‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 273 sur 359 · G. INSCRIPTION PLACÉE SUR LA CROIX · texte numérisé non relu

G. INSCRIPTION PLACÉE SUR LA CROIX

« Cependant, Pilate, avait dressé un écriteau qu'il fit mettre au haut de la croix. Cet écriteau portait (a) : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs (ô fiaatXeo; avec l'art.).

quae dicit : Et cum iniquis reputatus est. — Jo. 19. Scripsit autem et titulum Pilatus; et posuit super crucem. Erat autem scriptum : Jésus Nazarenus, Rex Jud.eorum.

(a) Dans les exécutions capitales, on inscrivait toujours sur une planche le nom du criminel, et le crime pour lequel il était condamné. Cet usage du droit romain s'était perpétué chez nous dans le pilori. La tablette de l'inscription s'appelait titre, ou bien tabula dealbata, parce que les sentences des condamnations, de même que les lois, étaient inscrites sur une tablette blanche. Il était ordonné aux Juifs d'ensevelir avec le supplicié les instruments de sa mort. « Lapis quo quis lapidatur, lignum in quo suspenditur, gladius quo decollatur, et tudarium quo strangulatur, simul cum eo vel propè eum sepeliuntur. » (Sanh., fol. 45. h). Cette prescription du Thalmud nous fait comprendre comment l'impératrice Hélène retrouva le bois de la vraie croix, les clous et le titre enfouis sous le Calvaire. Les Juifs qui n'avaient pu enterrer le corps de l'auguste victime avaient, suivant leur usage, enterré les instruments de son supplice. Le titre de la croix est aujourd'hui conservé à Rome, dans la basilique de Sainte- Croix de Jérusalem, où il a été déposé par sainte Hélène, en même temps que le fragment de la vraie croix et le clou, lors de la construction de ce sanctuaire, au IVe siècle. Enfermé dans une caisse de plomb, il fut anciennement placé audessus du grand arc de la basilique. En 1402, sous le pontificat d'Innocent VIII. lors des réparations faites à l'édifice, on trouva que la planche du titre portait encore des traces de sang. Mais elle était rongée par le temps, et avait perdu les deux dernières lettres du mot Judœorum; elle avait alors une longueur de 36 centimètres; en 1648, le mot Jésus avait disparu.

L'inscription hébraïque, placée au haut de la planche, est presque entièrement

m1, xxvii. 3^-66. — g CXXIV. le calvaire. 353

Sans doute Pilate avait écrit ces mots dans une intention sarcastique et méprisante envers les Juifs; mais il prophétisait, lui aussi, comme Gaïphe, sans le vouloir. « Beaucoup de Juifs lurent cette inscription, car le lieu ou fut crucifié Jésus était près de la ville, et l'inscription était écrite en hébreu, en grec et en latin; » en latin, pour marquer la domination des Romains; en hébreu, qui était la langue du pays ; et en grec à cause du grand nombre de Grecs que la solennité de Pâques avait attirés à Jérusalem; dans la langue sacrée, la langue littéraire et la langue politique. « Les Pontifes, » dont cette inscription choquait l'orgueil, « dirent à Pilate : Il lie faut point écrire le Roi des Juifs, mais se disant le Roi des Juifs. Mais Pilote, » secrètement irrité contre les Juifs, qui l'avaient conduit plus loin qu'il n'aurait voulu, « leur répondit » avec humeur : « Ce qui est écrit, est écrit (b). » — « Que la royauté de Jésus soit donc écrite en la langue hébraïque, qui est langue du peuple de Dieu; en la langue grecque, qui est la langue des philosophes, et en la langue romaine, qui est celle de l'empire et du monde. Et vous, ô Grecs inventeurs des arts; vous, ô Juifs héritiers des promesses; vous, Romains, maîtres de la terre, venez lire! Bientôt vous

20. Hune ergo titulum multi Judœorum legerunt, quia propè civitatem erat locus, ubi crucifixus est Jésus. Et erat scriptum hebraïcè, greecè et latine. — 21 . Dicebant ergo Pilato pontifices iudaeorum : Noli scribere : Rex Judaeorum : snd quia ipso dixit : Rex sum Judaeorum. — 22. Respondit Pilatus ; Quod scripsi, scripsi.

effacée. Le R. Drach a cru cependant pouvoir en rétablir, ainsi qu'il suit, les caractères : Jeschouah Nôstri Meleck Jehoudaia. Jésus Nazarenus, Rex Judworum. Il ne reste, de l'inscription grecque que le<mot Nazarenous ; enfin, de la ligne inférieure, le mot latin Nazarenus et les deux premières lettres de Rex. Ces deux inscriptions, grecques et latines, sont écrites de droite à gauche, de telle sorte qu'elles correspondent mot pour mot à la ligne hébraïque" (d'après l'abbé Darras et autres auteurs). L'abbé Michon, dans sa Vie de Jésus, conteste l'authenticité de cette précieuse relique, par la raison qu'elle est gravée en creux sur une planchette, et qu'il n'est pas croyable que Pilate ait eu le temps de faire graver cette inscription sur bois. Nous lui laissons la responsabilité de cette assertion, que nous ne sommes pas en mesure de discuter.

(6) Pilate fut ainsi, sans le savoir, l'instrument de la Providence, qui voulait qu'au milieu des humiliations et des ignominies de la croix, la royauté de Jésus fut proclamée et resplendit à tous les yeux. « Lleo enim Pilatus quod scripsit, teripsit, quia Dominus quod dixit, dixit. » (S. Aug.)

verrez cet homme, abandonné de ses propres disciples, ramasser tons les peuples sous l'invocation de son nom. Bientôt les nations incrédules auxquelles il étend ses. bras, viendront recevoir le baiser de paix qui les doit réconcilier au vrai Dieu. » (Bossuet).

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