C. Jésus apparaît à Madeleine
Jo. XX, 11. « Marie se tenait dehors, près du sépulcre, versant des larmes. — Tout à coup, s étant penchée pour regarder dans le sépulcre, elle vit deux anges, etc. » — Jésus permet l'épreuve, pour augmenter la récompense. C'est l'amour qui se cache, pour se faire rechercher. Mais à peine avons-nous commencé à pleurer, que déjà le divin Consolateur est près de nous, pour sécher nos larmes.
« Elle se retourna et vit Jésus debout devant elle; mais elle ne le reconnut pas... Pensant que c'était le jardinier, elle lui dit..., etc. » — Jésus est véritablement le jardinier qui cultive les plantes du Père céleste. — Puisse-t-il les faire fleurir dans le jardin de notre cœur. — L'âme qui ne cherche que Jésus- Christ, pour laquelle tout le reste est indifférent, ne tardera pas à le trouver. — « Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé, ditesmoi où vous l'avez mis, et je l'emporterai. » — L'amour ne mesure pas, ne connaît pas ses forces; pour l'âme qui aime véritablement, il n'y a rien d'impossible.
« Jésus lui dit : Marie/ File se retourne et s'écrie : Mon Maitref » — Que de choses dans ces deux mots ! Auprès du langage du cœur, la parole est bien pauvre et bien impuissante. — Oui, Jésus est mon Maître; Maître du corps et de l'âme, Maître de l'esprit et du cœur : je lui appartiens tout entier ; je veux me donner à lui sans réserve.
« Jésus lui dit : Ne me touchez pas, car je ne suis pas encore remonté vers mon Père. » — Comme Madeleine, l'Eglise, l'âme fidèle, ne doit toucher, ne doit embrasser Jésus que par la foi. La possession est réservée pour le ciel. C'est là qu'il lui sera donné de se réunir à lui pour ne plus jamais le perdre, de le voir face à face, d'entrer dans ses joies ineffables : « intra in gau~ dium Domini. »
Signification mystique. — Marie-Madeleine est la figure du genre humain, soupirant après celui qui seul peut remédier à sa
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misère profonde, et étancher la soif de bonheur qui le dévore.
— En vain, les anges, messagers du ciel, symboles des lumières de la révélation primitive, éclairent-ils la conscience de l'homme ; il ne trouve pas encore là son salut. — Le Verbe divin s'est révélé particulièrement à la nature divine, et lui a fait connaître sa volonté ; mais il ne s'est encore montré à elle que sous une l'orme extérieure, et d'une manière cachée, comme le législateur qui impose sa volonté, comme le jardinier qui dirige, dispose et règle tout dans le jardin du Père de famille; mais l'âme qui cherche Dieu ne reconnaît pas encore dans le législateur sévère son époux et son roi. Ce n'est que lorsque la parole de l'amour s'est fait entendre, que l'âme reconnaît celui qui seul peut la délivrer des liens du péché, et sans lequel elle ne peut pas vivre. — Alors elle voudrait s'attacher étroitement à lui, et jouir éternellement de sa présence. — Mais, cette jouissance, cette possession assurée, intime et complète, n'est pas le partage de ce lieu d'exil : ici-bas, nous ne pouvons nous attacher à Jésus que par la foi : la jouissance est réservée pour le ciel ; c'est là que tous nos désirs doivent se porter.
M1. 10. « Jésus leur dit : Ne craignez point. » — Jésus repousse la frayeur que sa majesté divine doit inspirer à la faiblesse humaine : il ne veut de nous que l'amour et la confiance.
— « Allez dire à mes frères qu'ils se rendent en Galilée; c'est là qu'ils me verront. » — « Allez dire à mes frères.... » comme cette douce parole doit parler à notre cœur ! . . . Jésus est notre frère; quelle consolation pour nous! quelle confiance! quel amour ce nom doit nous inspirer!... Nous sommes les frères de Jé»us-Christ, les enfants du Père céleste, les héritiers du ciel... Loin de nous la crainte des esclaves. La seule crainte que nous devions avoir, c'est de déplaire à celui qui nous a tant aimés.
E. Les disciples d'Emmaus.
L. 13. « Et voici que deux d'entre eux allaient ce Jour-là, à la bourgade d'Emmaus, distante de Jérusalem d'environ soixante stades. » — Et nous aussi, nous sommes des pèlerins, des voyageurs sur la terre. — Puissions-nous faire notre voyage dans la compagnie de Jésus !
v. 14. « Chemin faisant, ils s'entretenaient de ce qui venait de se passer. » — Celui qui a l'amour de Jésus dans son cœur, l'a aussi sur les lèvres. On parle volontiers de ce qu'on aime. — Utilité des entretiens pieux. — La foi et la piété sont les liens les plus sûrs de la véritable amitié ; les cœurs s'ouvrent et s'épanchent avec abandon et confiance.
v. 15. « Or, pendant qu'ils discouraient et se communiquaient mutuellement leurs pensées, Jésus s'approcha d'eux, et se mit à
marcher avec eux. » — Jésus aime à s'approcher des âmes simples et pieuses. — Nous ne devons jamais oublier que Jésus est notre compagnon invisible, que rien de ce que nous pensons, de ce que nous faisons ne lui échappe.
v. 16. « II ne se montra pas à eux sous sa forme ordinaire, et ils ne le reconnurent point. » — Jésus et>t toujours le compagnon invisible et inconnu de notre voyage sur la terre; mais combien dont les yeux sont couverts d'un bandeau épais, et ne songent pas à sa présence ! Combien vivent loin de lui, et ne pensent pas plus à lui que s'il n'existait pas ! — Aveuglement d'autant plus déplorable que ceux qui en sont atteints ne s'en doutent pas, et s'applaudissent au contraire de leur prétendue sagesse.
« Pourquoi êtes-vous tristes? » — Si nous sommes tristes, allons à Jésus, notre divin consolateur, et notre tristesse ne tardera pas à s'évanouir. — Il y a dans le cœur humain un fond de tristesse que tous les plaisirs et toute la dissipation du monde ne peuvent combler, et que la religion seule peut guérir.
v. 18. « Eh quoi! lui répondit l'un d'eux, nommé Cléophas, êtes-vous "donc tellement étranger à Jérusalem, que vous ne sachiez ce qui est arrivé ces jours-ci ? » — La fête de Pâques avait rassemblé à Jérusalem les Juifs de toutes les classes et de toutes les contrées : tous avaient été témoins de la passion et de la mort de Jésus-Christ, et la plupart l'avaient été de ses miracles.
— Les faits de l'Evangile sont des faits publics, et d'une publicité telle qu'elle rend tout doute impossible. — Il n'y a qu'une impiété obstinée et de mauvaise foi qui puisse se refuser à les croire. — Malgré cela, combien de chrétiens, même de nos jours, ne connaissent pas l'histoire de Jésus-Christ.
v. 19. « Qu'est-ce donc? leur dit-il. — Au sujet, répondentils, de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en paroles et en œuvres, devant Dieu et devant tout le peuple. » — Les miracles de Jésus-Christ, la sainteté, la sublimité de sa doctrine, prouvent sa mission, et, par là même, sa divinité. — Les disciples d'Emmaiis reconnaissent Jésus-Christ pour un grand prophète, puissant en œuvre et en action, ou plutôt, pour le Messie dont on attendait la venue prochaine... ; et pourtant, à la vue de sa passion et de sa mort, ils sont tristes, abattus, découragés.
— Que l'homme est faible et inconstant I Comme il se laisse dominer par les événements extérieurs, par les préjugés dominants ! — N'est-ce pas ainsi que nous nous laissons dominer par les faux jugements du monde.
v. 25 « Et il leur dit : Insensés! cœurs lents à croire ce qu'ont annoncé les prophètes! » — L'incrédulité des disciples, leur lenteur à croire la résurrection de J.-C, est bien propre à fortifier notre foi. On voit que s'ils ont été convaincus, ce n'est
pas aveuglément et à la légère, qu'ils ont lutté tant qu'ils ont pu, et qu'ils n'ont cédé qu'à la plus entière évidence.
v. 26. « Ne fallait-il pas que le Christ subît toutes ces souffrances, pour entrer ainsi dans sa gloireï » — La gloire du Sauveur, ce sont les fruits de la Rédemption, c'est la glorification de son humanité sainte, c'est sa victoire sur l'enfer et sur la mort, c'est la fondation de l'Eglise, de son royaume sur la terre, où il reçoit les adorations du monde, qu'il dirige et gouverne du haut du ciel avec une souveraine puissance, c'est la rénovation et la sanctification du monde. — Gloire bien grande, mais aussi, achetée à un bien haut prix. (Héb. xn. 2). A l'exemple de J.-C, c'est parle chemin de la croix que nous parviendrons à la gloire; il nous faut souffrir avec lui, si nous voulons être glorifiés avec lui. Marchons avec courage, avec persévérance, à la suite de notre divin Maître, dans cette voie salutaire. — Il n'y a nulle proportion entre des souffrances légères et passagères et le poids immense de gloire qui nous attend.
v. 27. « Commençant alors par Moïse, et parcourant successivement tous les prophètes, il leur expliquait tout ce que les Ecritures ont dit du Christ. » En Jésus-Christ, les prophéties ont trouvé leur accomplissement. Il est la clef qui nous ouvre l'Ecriture-Sainte, le centre où tout aboutit, et qui explique tout.
v. 28. « Arrivé à Emmaus, Jésus parut vouloir continuer sa route. » — Jésus semble quelquefois vouloir s'éloigner de nous, nous ôter ses consolations, nous laisser à notre faiblesse ; il ne le fait que pour nous éprouver, nous faire sentir plus vivement le besoin que nous avons de lui, augmenter nos désirs, vivifier notre foi. Les âmes pieuses ne s'attachent jamais plus vivement à Jésus-Christ que quand elles craignent de le perdre.
v. 29. « Ils le pressent donc, et lui disent : Restez avec nous, car il se fait tard, et le jour est sur son déclin. » — Jésus aime qu'on lui fasse une sainte violence pour le retenir. L'amour, la soif de la vérité et de la justice, la prière fervente..., avec ces armes, on triomphe facilement du cœur de Jésus, et on le retient captif. L'amour pare la maison de notre cœur, le désir ouvre la porte et tend les bras vers l'hôte bien-aimé ; la prière fervente le force en quelque sorte à entrer, et l'introduit dans l'intérieur de notre Ame. « Et intravit cum ïllis. »
v. 30. « Etant avec cnx à table, il prit le pain, le bénit, et V ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs peux s'ouvrirent, et ils le reconnurent. » — C'est dans la sainte communion que nous apprenons à connaître, à goûter Jésus-Chribt, que sa douce présence se fait sentir à notre cœur, que l'amour divin nous embrase de ses feux. Au souvenir de ces doux inslints, nous nous
écrions avec les disciples d'Emmaùs : « N'est-il pas vrai que notre cœur était brûlant au, dedans de nous? » — Mais hélas ! ces pensées précieuses ne durent pas... ! le temps de la jouissance est réservé pour la patrie. « Et ipse evanuit ex oculis eorum. »
F. Cinquième apparition.
« Le soir du même jour qui était le premier jour de la semaine... » — Le soir est l'heure du recueillement et de la prière, où le Seigneur est près de nous, et nous pax'le au fond du cœur. — « Les Apôtres réunis à table avaient rigoureusement fermé les portes à cause des Juifs, lorsque tout à coup Jésus parut au milieu d'eux. » — La subtilité, l'une des propriétés des corps glorieux. Jésus-Christ fait connaître par là à ses disciples qu'il n'est plus emprisonné dans les limites de l'espace, qu'il n'appartient plus à la terre; que, pour eux aussi, le ciel doit être l'unique but de leurs espérances. — « La paix soit avec vous, leur dit Jésus, c'est moi; ne craignez point. » — Jésus nous apporte la paix, le pardon, la réconciliation du ciel et de la terre : c'est le fruit de sa mort sur la croix. — La présence de Jésus est incompatible avec la tristesse et la crainte; elle apporte avec elle la confiance et la joie. Jésus est la seule source de la joie véritable.
« Voyez mes pieds et mes mains, et reconnaissez que c'est bien moi... Et il leur montra ses mains, ses pieds, et la plaie qu'il avait au côté. » — Certitude inébranlable de la résurrection de Jésus-Christ. — Jésus conserve les cicatrices de ses plaies, comme la marque glorieuse de son dévouement à la gloire de son Père et de son amour pour nous, pour montrer quïl n'a triomphé que par ses souffrances, pour confirmer la vérité de son incarnation, de sa mort et de sa résurrection, pour exciter sans cesse notre reconnaissance et notre amour, pour offrir continuellement à son Père le prix de notre délivrance. « Yulnera pro nobis accepta cœlo inferre maluit, abolere noluit, ut Deo Patri nostrm pretia libertatis ostenderet. » (S. Aug.) « Cicatrices tituli gloriarum. » (Ibid.) La croix et la résurrection sont inséparables; la seconde suppose la première, et en est le fruit. — Si nous n'avons rien à souffrir, à sacrifier, quel mérite aurions-nous?
« Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » — Fondation de l'Eglise. Mission des Apôtres. » — Cette grande parole doit avoir son application jusque dans la consommation des siècles. — La mission des Apôtres et de leurs successeurs n'est autre chose que la mission de Jésus-Christ continuée ; ils n'en sont que les instruments.
« Puis il souffla sur eux, et leur dit : Recevez le Saint-Esprit. Les péchés seront remis a ceux à qui vous les remettrez, et seront
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retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » — L'esprit est l'ànie de l'Eglise : c'est le souffle créateur qui produit un nouveau monde. — Puissance de remettre les péchés, d'appliquer aux hommes le fruit de la rédemption. — Institution du sacrement de la pénitence. — Pour juger si les péchés doivent être remis ou retenus, il faut les connaître, ce qui suppose nécessairement l'aveu et la confession. — Avant d'accorder aux autres le pardon de leurs péchés, il faut l'avoir mérité et obtenu soi-même. Comment arracher les autres à l'empire du démon, si l'on est soimême son esclave? Comment donner la vie aux autres, si soimême on est mort !
G. Sixième apparition.
« Or Thomas, Vun des dou:e, n'était pas avec les autres, quand Jésus vint. Ceux-ci lui dirent : Nous avons vu le Seigneur. Mais Thomas répondit : Si je ne vois dans ses mains l'empreinte des clous, si je- ne mets mon doigt où ils étaient, et ma main dans la plaie de son côté, je ne croirai point. » — Il fallait que le spectacle de la pasbion et de la mort de Jésus- Christ eut bien ébranlé la foi de Thomas, pour le conduire à une pareille incrédulité. Dans son esprit étroit, il ne pouvait concilier les idées magnifiques qu'il s'était faites du Messie, encore moins la divinité de Jésus-Christ, attestée par Saint Pierre, avec les humiliations du Fils de Dieu, ses souffrances et sa mort. Comme cette incrédulité avait sa source dans la faiblesse de son intelligence, et non, comme celle des Pharisiens, dans la corruption et la perversité du cœur, Jésus-Christ en eut pitié, et voulut la guérir. — Il fallait d'ailleurs que l'incrédulité de saint Thomas devînt la preuve inébranlable de la résurrection de Jésus-Christ, et le fondement de notre foi.
« Thomas s'écrie : 0 mon Seigneur et mon Dieu! » — Oui, ô mon Sauveur, je le reconnais avec Thomas, vous êtes vraiment le Fils de Dieu; vous êtes mon Seigneur, mon Dieu, mon Sauveur, njon espoir, mon souverain Maître". C'est pour vous que je veux désormais vivre et mourir.
« Jésus, reprit : Tu as cru, Thomas, parce que tu as vu .• heureux ceux qui croient sans avoir vu. » — Si la foi n'était pas mêlée d'obscurité, elle n'aurait aucun mérite. — Il faut que notre raison orgueilleuse s'humilie et s'anéantisse devant la vérité divine.
H. Septième apparition, sur le lac de Tibèriade.
Jo. XXI. 2. « Simon Pierre, et Thomas, appelé Didyme, Na~ thanaël, qui était de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples étaient ensemble. » — L'Eglise est ici Dehaut. L'Evang. — T. IV. 38
446 l'évangile expliqué, dépendu, médité.
toute entière représentée dans sa tète et dans ses membres. Ce n'est qu'en union avec Pierre que la prédication apostolique peut produire des fruits.
v. 3. « Ils s'en allèrent donc et entrèrent dans une barque; mais celle nuit-là ils ne prirent rien. » — Image de la vie présente. Ce n'est qu'une nuit où l'on travaille beaucoup, trop souvent inutilement, au milieu de la mer de ce monde. Heureux ce matin, où nous trouvons Jésus sur cette rive bienheureuse, où ne régnent jamais les orages et les tempêtes! — Dieu se plaît à nous éprouver, à nous faire sentir notre impuissance, avant de bénir nos travaux. Il faut savoir attendre le temps de la grâce et persévérer.
v. 4. « Le matin tenu, Jésus parut sur le rivage, sans que ses disciples le reconnussent. » — Dans l'affliction, Jésus est souvent tout près de nous, lorsque nous le croyons bien loin.
v. 5. « Il leur demanda de loin .' Mes enfants, avez-vous quelque cliose à manger?» — S'il est une nourriture pour le corps, il en est une aussi pour l'âme; nourriture que le monde ne connaît pas, qui est d'accomplir la volonté divine, et de se dévouer au salut des âmes. — « Mes enfants. » Oui, Jésus-Christ nous aime comme un père, comme la plus tendre mère aime ses enfants ; il veille sur tout ce qui nous intéresse, sur tous nos besoins.
v. 6. Ils jetèrent donc le filet, et ils ne pour aient plus le retirer, tant il était chargé de poissons. » — Image symbolique et prophétique des succès de la prédication apostolique. — Lorsque Jésus-Christ est avec nous, que nous travaillons en son nom et par son ordre, rien ne nous est impossible. Puissance souveraine de J.-C, à qui tout obéit.
v. 7. « Or, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C'est le Seigneur. A ces mots, Pierre, qui était nu, remit sa tunique, se ceignit, et se jeta à la mer. » — Ce fut le tendre amour de Jean, qui lui fit connaître le Seigneur, ce fut l'ardent amour de Pierre qui le fit jeter à la nage pour arriver au Seigneur. D'un côté, les lumières de l'innocence; de l'autre, les impétuosités de l'amour. — La grâce perfectionne la nature sans la détruire. Pour nous donner, nous unir à Jésus-Christ, nous devons briser tous les obstacles.
v. 9. « Lorsqu'ils furent à terre, ils trouvèrent des charbons allumés, un poisson mis dessus, et du pain. » — Un nouveau prodige. La même puissance qui remplit les filets transporte ici d'autres poissons. La table hospitalière est dressée et servie devant les disciples. Jésus veut fortifier leur confiance en la Providence divine, et les convaincre qu'elle saura pourvoir à, tous leurs besoins.
v. 11 .« On tira le filet à terre, il contenait cent cinquantetrois grands poissons, et pourtant, il ne se rompit point. » — Fruits abondants et merveilleux de la prédication apostolique. — Ces filets qui ne rompent pas, c'est l'Eglise de Jésus-Christ qui, malgré la multiplicité, la diversité des nations qu'elle reçoit dans son sein, malgré la diversité de leurs moeurs, de leurs langues, de leurs usages, les maintient toujours dans l'unité.
v. 12. « Jésus leur dit : Venez et mangez. Et nul de ceux qui étaient assis n osaient lui demander : Qui êtes-vous? » — Jésus lui-même nous invite à sa table, au festin des anges. — Nous savons de quel pain Jésus fortifie notre faiblesse et nourrit notre àme : c'est à nous à le manger comme les Apôtres, avec une foi respectueuse. — Avons-nous besoin de lui demander qui êtesvous?... Quand la foi ne nous l'apprendrait, notre cœur le reconnaît, et il nous fait sentir sa présence par les divines consolations qu'il nous fait goûter.
v. 15. « Lorsque le repas fut terminé, Jésus dit a Simon- Pierre : Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ceux-ci? Il répondit : Seigneur, vous savez que je vous aime. » — Pierre se défie de lui-même, et n'a garde de se préférer à personne, se souvenant qu'il était tombé pour s'être élevé au-dessus des autres. Gardons-nous de nous préférer à qui que ce soit. Réconnaissons avec confusion que bien des âmes, dans un état inférieur au nôtre, sont plus avancées que nous clans l'amour de Dieu, et dans la perfection chrétienne. — Puissions-nous, du moins, nous rendre le témoignage que nous aussi, nous aimons Jésus, et nous sentir le droit de dire avec l'Apôtre : « Oui, Seigneur, je vous aime. »
« Jésus lui dit: Pais mes agneaux. » — Jésus ne veut confier le salut des âmes qu'à l'amour : c'est le dépôt le plus précieux qu'il puisse confier à ceux qui l'aiment.
v. 17. « Jésus lui dit, une troisième fois : Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? » — Le Seigneur veut lui faire expier son triple renoncement par une triple affirmation de son amour. C'est toute la pénitence qu'il lui impose, puis il le comble de ses faveurs les plus signalées. — Pour que Jésus nous pardonne tout, il nous suffit donc de faire un acte d'amour; et qui pourrait ne pas aimer un si bon maître?
« Jésus lui dit ■• Pais mes Ircbis. » — Primauté de saint Pierre dans l'Eglise de Jésus-Christ. — C'est à la vivacité de sa foi, à la grandeur de son amour, que saint Pierre doit sa prééminence dans l'Eglise. — C'est à l'amour pénitent de saint Pierre que cette grande charge est confiée, afin qu'il pût l'exercer avec la douceur que le souvenir de sa faute et les bontés do Jésus devait lui inspirer. — La charge pastorale est un ministère
d'amour et de dévouement. Paître les brebis de Jésus-Christ, c'est les instruire, les édifier, prier pour eux, s'intéresser atout ce qui les concerne, se dévouer tout entier au salut de leur âme.
— Jésus ne veut pas qu'on se contente, pour le choix de ses ministres, de la constatation d'une science vaine et souvent stérile ; il veut surtout que l'on examine les dispositions du cœur, et l'avancement dans la vertu.
y. 18: 19. « En vérité, en vérité, je te le dis : quand tu étais jeune, tu te eeignais toi-même, et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu tendras les mains, et un autre te ceindra les reins, et te conduira où tu ne voudrais pas aller. Jésus parlait ainsi, pour faire connaître par quelle mort Pierre devait glorifier Dieu. » — Voilà l'épreuve de l'amour ; il faut qu*il aille jusqu'au sacrifice, jusqu'à l'immolation totale. Aimer Jésus, aimer les âmes à cause de Jésus, souffrir et mourir pour Jésus, voilà ce que Jésus demande de ses Apôtres, voilà ce qu'il demande de ses ministres. Reconnaîtrait-il en nous ces dispositions? — Le martyre est une précieuse et inestimable faveur, que Jésus' n'accorde qu'à ses amis privilégiés. — Cette grâce ne nous est pas sans doute destinée, mais nous pouvons toujours si nous le voulons, trouver l'occasion de souffrir quelque chose pour lui. — « Et te conduira où tu ne voudrais pas aller. » — La vertu, la grâce ne détruit pas les répugnances et les soulèvements de la nature, mais elle en triomphe ; c'est ce qui augmente notre mérite. Parce qu'on est saint, on ne laisse pas d'être homme. — Quel est le philosophe qui pourrait se vanter d'un pareil empire sur ses disciples ?
v. 20, 21. « S' étant retourné, il vit venir après lui le disciple que Jésus aimait. Seigneur, dit-il à Jésus, et à celui-ci, qu ' adviendra-t-il ?» — Quelle différence, entre Pierre, avant la mort de Jésus-Christ, et Pierre, après sa résurrection I La croix de Jésus lui a fait peur, et sa propre croix ne l'épouvante pas. C'est sa joie d'avoir l'assurance qu'il donnera sa vie pour son divin Maître : maintenant, il cherche à partager cette faveur avec ses amis et ses frères. Ce n'est pas là une amitié humaine.
— Notre Seigneur ne conduit pas toutes les âmes par le même chemin ; que chacun suive sa voie, sans s'inquiéter de celle des autres. Déposons avec confiance notre avenir entre les mains de la Providence, il y est en sûreté; et ne nous livrons pas à une curiosité inutile et vaine. Ne recherchons pas si les autres sont plus ou moins favorisés que nous, ont un ministère plus ou moins consolant : contentons-nous de ce que Dieu nous donne, et tâchons d'en faire bon usage.