M*. XXVIII. 1-20. — § CXXV. DERNIÈRES APPARITIONS
royaume, de mon Eglise., crue l'on recueillera les fruits de la Rédemption « Celai qui croira » k votre parole, « et sera baptisé, sera sauvé. Celui qui ne croira pas, » qui, fermant les yeux à la vérité, repoussera obstinément votre prédication, « sera » justement « condamné y et exclu du nombre des élus. Et afin que le monde vous reconnaisse pour mes envoyés, je vous donne le pouvoir d'opérer les mêmes prodiges que j'ai faits moi-même. « Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru. Ils chasseront les démons en mon nom, ils parleront de nouvelles langues; ils saisiront impunément les serpents; et s'ils boivent quelque breuvage empoisonné et mortel, il ne leur fera aucun n,ial; ils imposeront les mains aux malades, et ils seront guéris. »
Si je dois bientôt vous quitter, je ne vous abandonnerai pas pour cela; du haut du ciel, je serai votre guide et votre protecteur, » et je serai avee vous tous les jours, » même personnellement, sacramentellement, d'une manière cachée et mystique, dans le sacrement de l'Eucharistie, « jusqu'à la consommation des siècles. »
Jésus-Christ se fit voir encore plusieurs autres fois en Galilée. Saint Patil nous apprend qu'il « se montra à saint Jacques ».(i. Cor., xv, 7), que l'on croit être saint Jacques-le-Mineur, fils d'Alphée, et qui fut êvêque de Jérusalem (a).
M1'. Qui crediderit, et baptizatus fuerit, salvus erit ; qui vero non crediderit, condemnabitur. — M. Signa autem eos qui crediderint, hoec sequentur : In nomine meo dsemonia ejicient, linguis loquentur novis : — 48. Serpentes tollent ; et si morliferum quid biberint, non eis nocebit; super œgros manns imponent, et benè habebunt. M t. Et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem sasculi. — i. Cor., xv, 7. Deindè visus est Jacobo,
(a) D'après saint Jérôme, cette apparition aurait eu lieu dès le premier jour de la résurrection. « Dominas autem, cùm dedissel sindonem servo sacerdotis, ivil ad Jarnbum, et apparuit ei : juraverat enim Jacobus, se non comesturum pancm ab illâ horâ, quâ biberat calicem Domini, donec videret eum à morlùis... ; afferte, ait Dominus, panem et mensam. Tulit panem et benedixit ne fregit, et dédit Jacobo justo, et dixit ei : fraier mi, comede panem tuum, quia resurreteil ftliut hominis à dormtentibus. » — Mais l'Apotre place évidemment cette apparitiou plus tard.
j. dernière apparition. — ascension. (Mr. xvi, 19; L. xxiv, 49-52; Act. Ap., i, 4-14.)
Les Apôtres, pour obéir aux ordres du Sauveur, revinrent de nouveau à Jérusalem. Jésus se montra à eux pour la dernière fois; et « mangeant avec eux, il leur ordonna de ne 'point s'éloigner de Jérusalem, mais d'y attendre l'accomplissement de la promesse du Père. Vous l'avez entendue de ma bouche, leur dit-il, » cette promesse. « Jean a baptisé dans Veau, mais vous, d'ici à quelques jours, vous serez baptisés, » vous serez purifiés, vous serez renouvelés, npâr l'Esprit-Saint. »
Malgré toutes les instructions du Sauveur, les Apôtres n'étaient' pas encore entièrement désabusés de leurs préjugés sur le royaume temporel du Messie. « Seigneur, demandèrent-ils, sera-ce alors que vous rétablirez le royaume d'Israël? » Jésus ne juge pas à propos de discuter sur ce sujet, ni de satisfaire leur curiosité. L'Esprit-Saint qu'ils vont recevoir, leur éclaircira toutes choses. « Ce n'est pas à vous, leur dit-il, de savoir les temps et les moments que le Père a marqués dans sa puissance. » Contentez-vous de savoir ce qu'il juge utile de vous révéler. « Mais vous recevrez la vertu de l'Esprit- Saint qui surviendra en vous, » et vous donnera des lumières et la force nécessaire pour remplir votre mission, qui est « de rendre témoignage » de ma résurrection, et de tout ce que j'ai fait et enseigné pour le salut du moude, de rendre, dis-je, ce témoignage « dans toute la Judée et la S a marie, » puis dans toutes les nations, « jusqu'aux extrémités de la terre. »
Ensuite, il les conduisit hors de la ville, sur la montagne des Oliviers, vers Béthanie. C'est là qu'ils de-
deindè apostolis omnibus. — Act. Ap. 1. 4. Et convescens, praecopit eis ab Jerosolymis ne discederent, sed expectarent, promissionem Patris, quam àudistis (inquit) per os meum. — 5. Quia Joannes quidem baplizavit aquà ; vos autem baptizabimini Spiritu Sancto non post multos hos dies. — 6. Igitur qui convenerant, interrogabant eum, dicentes : Domine, si in tempore hoc restitues regnum Israël? — 7. Dixit autem eis : Non est vestrum nosse tempora vel momenta, quae Pater posuit in suà potestate. — 8. Sed accipietis virtutem supervenientis Spiritûs Sancti in vos, et eritis mihi testes in Jérusalem, et in omni Judaeâ, et Samarià, et usque ad ultimum terras.
L*. xxiv. 49-52. — § CXXV. l'ascension. 413
vaient le voir pour la dernière fois. Sur le point de les quitter « il leva les mains et les hé ait, et, » pendant qu'il « leur donnait cette bénédiction » suprême, « ils le virent s'élever » majestueusement au-dessus de leurs têtes, et monter « vers le ciel, où il est assis maintenant à la droite de Dieu, » où, en tant qu'homme, il jouit de la gloire incomparable réservée au Fils unique du Père.
Bientôt, « une nuée le déroba à leurs yeux. Comme ils continuaient à fixer leurs yeux vers le ciel, » et à suivre cette nuée du regard, « voici que deux hommes » ou plutôt deux anges, » vêtus de blanc, se trouvèrent près d'eux, et leur dirent : Hommes de Galilée, 'pourquoi continuez-vous de regarder ainsi vers le firmament? Ce même Jésus qui, se séparant de vous, vient de s'élever vers le ciel, viendra un jour de la même manière que vous l'y avez vu monter.
« A ces mots, ils se prosternèrent pour adorer. Ensuite, ils quittèrent le mont des Oliviers, éloigné de la ville de l'espace de chemin qu'il est permis de faire un jour de sabbat; et ils revinrent à Jérusalem , pleins d'une grande joie. On les voyait chaque jour au temple, louant Dieu et le bénissant. Amen. »
« Jésus fit encore devant ses disciples beaucoup de miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre. 3Iais ceux-ci ont été écrits, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant, vous ayiez la vie en son nom. »
— 9. Et cùm haec dixisset, L. XXIV. 50. elevatis manibus suis benedixit ois. — 51 . Et factum est, dùm benediceret illis, recessit ab eis, et ferebatur in cœlum. Mr. Et sedet à dextris Dei. Act. Ap. Et nubes suscepit eum ab oculis corum. — 10. ('ùmque intuerentur in cœlum euntem illum, ecce duo viri astiterunt juxtà illosin vestibus albis. — 11. Qui et dixerunt : Viri Galilpei, quid statis aspicientes in cœlum? hic Jésus, qui assumptds est à vobis in cœlum, sic veniet, quemadmodùm vidistis eum euntem in Cceluin. — L. 52. Et ipsi adorantes regressi sunt in Jérusalem eum gaudio magno, Act. Ap. à monte qui vocatur Oliveti, qui est juxtà Jérusalem, sabbati habens iter. — L. 53. Et erant semper in U mplo, laudantes et benedicentes Deum. Amen. — Jo. XX. 30. Multa autem et alia signa fecit Jésus in conspectu discipulorum suorum, quae non sunt sciipta in libro hoc. — 31. Hsec autem scripta sunt, ut credatis, quia Jésus est Christus, Filius Dei; et ut credentes, vitam habeatis, innomine ejus.
POLÉMIQUE RATIONALISTE
La résurrection de Jésus-Christ formant Tune des preuves fondamentales de l'apologétique chrétienne, il n'est pas étonnant que les rationalistes aient réuni tous leurs efforts pour l'obscurcir. « Si nous ne parvenons à expliquer sans miracle, dit Strauss lui-même, l'origine de la foi à la résurrection de Jésus-Christ, nous sommes obligés de retirer tout ce que nous avons dit jusqu'à présent, et de renoncer à notre entreprise. » — (Str., Nouv. Vie de Jésus, p. 381). Voyons si leurs efforts sont parvenus à ébranler le grand fait sur lequel repose la foi et les espérances du monde chrétien.
La résurrection de Jésus-Christ suppose deux faits à discuter : 1° que Jésus-Christ est véritablement mort; 2° qu'il s'est montré de nouveau vivant à ses Apôtres le troisième jour.
1) Les incrédules ont essayé d'abord de répandre des doutes sur la réalité de la mort de Jésus-Christ. « Le crucifiement, môme avec le percement des pieds, n'avait pu entraîner qu'une faible perte de sang; la mort très-lente n'était amenée que par la contraction spasmodique des membres distendus, ou par l'épuisement insensible des forces vitales. Si, au bout d'environ six heures, Jésus a été détaché de la croix avec les apparences de la mort, cette prétendue mort n'était probablement qu'une catalepsie dont il a dû revenir par la fraîcheur du tombeau, par la vertu des baumes, par la forte odeur des aromates... On peut encore admettre comme cause de retour à la vie l'ébranlement et le coup de tonnerre qui ouvrirent le tombeau de Jésus le matin du jour de la résurrection. Ainsi s'expliqueraient plusieurs circonstances des apparitions rapportées par les Evangélistes. Les disciples s'en montrent effrayés, c'est qu'ils étaient persuadés de sa mort, et qu'ils croyaient ne voir que son ombre revenue du monde inférieur. Les voyageurs d'Emmaùs tardent à le reconnaître; Marie-Madeleine le prend pour un jardinier : c'est que la souffrance l'avait défiguré, c'est que sorti nu du tombeau, il avait emprunté les vêtements du jardinier voisin. Il entre à travers les portes closes; il va de soi
qu'on les avait préalablement ouvertes. On suit les progrès de sa guérison, et son amélioration successive. Le matin de la résurrection, Jésus défend à Marie de le toucher; huit jours après, l'état de ses blessures s' étant amélioré, il invite lui-môme Thomas à mettre les doigts dans ses cicatrices; le matin du premier jour, il se tient tranquillement aux abords du tombeau; l'après-midi, il se sent assez fort pour faire une excursion de trois lieues jusqu'à Emmaùs ; à quelques jours de là, il entreprend le voyage en Galilée. Le fait même de la résurrection n'est surnaturel que dans l'imagination des disciples et des Evangélistes. Que des femmes en émoi aient pris pour des anges des linceuls blancs, dans un tombeau vide, ou des inconnus vêtus de blanc, cela n'a rien de surprenant; pas n'était besoin d'un ange pour expliquer l'enlèvement de la pierre; des hommes ont pu
I opérer par hasard ou à dessein; une fois la pierre ôtee, la sortie de Jésus s'explique non moins naturellement que les circonstances antécédentes, etc., etc.
II en est même qui ont imaginé que Jésus-Christ s'était retiré après sa prétendue résurrection, dans la communauté des Esséniens, où il aurait vécu encore vingtcinq ans. »
Réponse. — Il est facile de prouver la réalité de la mort de Jésus-Christ, a) Elle est uniformément attestée par tous les Evangélistes; elle forme un point essentiel de l'enseignement dogmatique de saint Paul. I) A ce témoignage se joint le témoignage officiel des soldats envoyés par le gouverneur pour constater cette mort, c) Jésus avait passé toute une nuit de torture et d'agonie, jusqu'à suer du sang, été soumis à une horrible flagellation, s'était trouve tellement affaibli, qu'il succombait sous le faix de la croix, etc. ; est-il étonnant qu'il n'ait pas survécu plus de trois heures à de semblables souffrances? d) Quand bien même Jésus-Christ n'aurait pas été entièrement mort, le coup de lance qui lui avait traversé la poitrine, et percé le péricarde et le cœur, comme le prouve l'eau qui sortit de son côté., aurait été plus que suffisant pour le faire mourir, e) Les disciples de Jésus-Christ ne l'avaient pas enseveli sans s'être préalablement assuré qu'il était réellement mort f) Le
suaire dont la tête était enveloppée aurait suffi pour l'étouffer dans le cas où il n'aurait pas été mort, et les aromates, loin de lui rendre la vie, devaient au contraire, dans un espace étroit et fermé, exercer une action stupéfiante et asphyxiante, g) Il serait facile, si la chose en valait la peine, de faire ressortir l'absurdité des explications précédemment citées, et combien elles torturent et violentent le texte évangélique. Quand un narrateur, c'est à Strauss lui-même que nous empruntons cette réfutation, dit à deux reprises et dans les mêmes termes : « Jésus vint, et se trouva debout au milieu d'eux, les portes étant fermées. » il ne va pas de soi qu'on avait commencé par les lui ouvrir. Ce qui va de soi, c'est que, d'après les Evangélistes, Jésus n'avait plus un corps naturel et semblable à celui qu'il avait durant sa vie mortelle, mais un corps glorieux et transfiguré, c'est que les prétendus progrès de sa guérison sont purement imaginaires, et que rien n'est plus contraire au sens des textes que l'idée d'un corps souffrant, valétudinaire, ou soumis aux nécessités humaines. Ce qui n'est pas moins clair, c'est que cette façon d'envisager le retour de Jésus à la vie, indépendamment des difficultés où elle se perd, ne conduit pas à la solution du problème, qui est d'expliquer la naissance de l'Eglise chrétienne par la foi en la résurrection miraculeuse du Messie Jésus. Que penser de ce Messie demi-mort, qui sort péniblement du tombeau, qui traîne un corps malade, qui a besoin des secours de la médecine, de bandages, de fortifiants et de ménagements, et qui finit par succomber? Est-ce lui que ses disciples auraient pris pour le vainqueur de la mort et de la tombe, pour le prince de la vie? sont-ce de telles images qui eussent pu les animer à leur œuvre future? Non : une pareille résurrection n'eût pu qu'affaiblir l'impression que sa vie et sa mort avaient faite sur eux, et l'éteindre dans les brouillards du souvenir élégiaque. Jamais elle n'eût transformé leur deuil en enthousiasme, leur respect en adoration. » C'est Strauss qui nous fournit cette réponse et elle est décisive.
2) N'ayant pu réussir à ébranler la certitude de la mort de Jésus-Christ, les rationalistes ont essayé de
prouver que les témoignages desEvangélistes en faveur de la résurrection et des apparitions successives de Jésus-Christ n'étaient pas dignes de foi. « Que l'on admette ou non le miracle en principe, dit Strauss, quand il s'agit d'accepter un miracle tellement inouï, il faut qu'il nous soit atteste de telle sorte, que la fausseté du témoignage paraisse plus impossible que la réalité du fait attesté. Il faut, a^ant tout, que les témoins soient des témoins oculaires, que le fait soit attesté par ceuxlà mêmes qui l'auraient vu de leurs yeux. Il faut, en outre, que ces témoignages ne se contredisent et ne se détruisent pas les uns les autres. Or, nous avons vu plus haut, qu'aucun de nos Evangiles n'a eu pour auteur un apôtre ou un autre témoin oculaire de la vie de Jésus, et nous ajouterons que leurs rapports sont en contradiction multiple entre eux et avec eux et avec les dires de Paul (a). » — Nous répondrons a) que nous avons vu et prouvé le contraire, et nous renvoyons le lecteur aux preuves que nous avons exposées dans Y Introduction de l'ouvrage, de l'authenticité, de l'intégrité et de la véracité des quatre Evangiles, où nous avons démontré, entre autres choses, que le premier et dernier Evangile avaient pour auteurs les Apôtres saint Matthieu et saint Jean, que le 2e et le 3e avaient été écrits sous les yeux et avec l'approbation des Apôtres saint Pierre et saint Paul. — V) Quant aux prétendues contradictions que ces critiques ont cru trouver entre les Evangélistes, il serait souverainement fastidieux de les relever et de les discuter toutes. — Strauss, par exemple, remplit de longues pages de raisonnements tels que les suivants : « Paul ne dit rien des apparitions de Jésus à des femmes, que tous les Evangélistes, hors Luc, placent en première tête. Luc et^Paul s'accordent à nommer Pierre pour le premier témoin favorisé d'une apparition de Jésus. Mais, ni Matthieu, ni Marc, ni Jean, ne savent quoi que ce soit d'une apparition particulière a Pierre ; ils ne connaissent que l'apparition commune aux Apôtres réunis, que Paul distingue de celle de Pierre. Paul ne parle pas de l'apparition aux deux disciples qui
(«) Voy. Strauss. Nottv. Vie de Jéms, T. I, p. 385 et suiv.
allaient à Eminaùs, suivant Luc, ou qui étaient en chemin, et s'en allaient aux champs, suivant Marc. Matthieu et Jean ne savent rien de l'Ascension, etc., etc. » — Qu'est que tout cela prouve? — Une seule chose; c'est que les Evangélistes ne se sont pas proposé de faire une histoire complète de Jésus, mais un simple abrégé, une sorte de résumé qui devait servir de fondement à la prédication évangélique, que les uns racontent un fait, une circonstance que les autres omettent, et qu'ils se complètent les uns les autres. De ce qu'un Evangéliste ne parle pas d'un fait, Strauss en conclut qu'il l'ignorait, qu'il n'en avait aucune connaissance, que ce fait n'existait pas à ses yeux; un bon logicien se serait contenté de conclure qu'il n'avait pas cru nécessaire d'en parler, que cela n'entrait pas dans son plan. « Mais les récits évangéliques renferment des contradictions manifestes. » — Voyons-les... — « Chez Luc, Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques, plusieurs autres femmes vont au tombeau ; elles y voient deux anges et, à leur retour, elles annoncent aux Apôtres et à tous les autres tout ce qu'elles ont vu et entendu. Chez Marc, trois femmes seulement, parmi lesquelles Salomé figure à la place de Jeanne, ont visité la tombe ; elle n'ont vu qu'un ange, et, par peur, elles ne disent rien à personne. Chez Matthieu, Marie-Madeleine et l'autre Marie voient seule un ange assis sur la pierre roulée du tombeau, et rencontrent ensuite Jésus à leur retour.
« Chez Jean, Marie-Madeleine se rend toute seule au tombeau. Une première fois, elle ne voit que le sépulcre vide ; elle y retourne, et aperçoit deux anges assis dans le caveau, puis Jésus debout derrière elle. Matthieu et Marc ne savent pas comme Luc que, sur le rapport des femmes, Pierre courut aussi au tombeau, et et le trouva vide; encore moins, comme Jean, que Pierre fut accompagné de l'autre disciple. »
Réponse. Il suffit de renvoyer le lecteur à l'explication que nous avons donnée du texte évangélique pour voir comment ces divergences apparentes s'harmonisent et se concilient. — Un evangéliste nomme l'un, deux des femmes qui se rendirent au tombeau, un autre.
M*, xxvm. X-20. — § CXXV. POLÉMIQUE. 419
trois ; mais ils n'excluent pas pour cela les autres. — Si, d'après saint Jean, Marie-Madeleine arrive seule, au torubeau, si Jésus se montre à elle seule, c'est, qu'après s'être jointe au groupe des femmes, elle s'en est séparée, et est arrivée la première. — Si, d'après les uns, les femmes n'auraient vu qu'un ange, tandis que, d'après les autres, elles en auraieut vu deux, c'est que les premiers ne citent que l'ange qui leur aurait adressé la parole, ou bien saint Luc, pour plus de concision, aurait réuni deux apparitions en une. Si saint Matthieu et saint Marc ne parlent pas de la visite de saint Pierre et de saint Jean au tombeau, il n'en suit pas que cette visite, racontée par saint Jean lui-môme, n'a pas eu lieu, ni qu'elle ait été ignorée des autres Apôtres, etc. — Du reste, Strauss lui-même est obligé d'avouer que « ces variantes sont secondaires et ne détruisent pas le fait essentiel de la résurrection, sur lequel tous les Evangélistes s'accordent. »
« Mais voici des contradictions plus graves encore. Dans Matthieu, Jésus ne se montre d'abord qu'aux deux Marie, le jour même de la résurrection, sur le chemin du tombeau à la ville, c'est-à-dire, près de Jérusalem. Par elles, il avertit les disciples d'avoir à se rendre en Galilée, où il leur apparaît aussitôt, et certainement pour la première et dernière fois. — Dans Luc, au contraire, Jésus apparaît dès le jour de la résurrection aux deux disciples qui vont à Emmaùs, puis à Pierre, et aussitôt après à Jérusalem, aux onze réunis; il leur fait la recommandation expresse de ne pas quitter la ville avant que la force d'en haut ne soit descendue sur eux, événement que les Actes ne placent qu'à la Pentecôte, c'est-à-dire, à sept semaines de là. Marc essaie de tout concilier : chez lui, les femmes transmettent aux disciples, de la part de l'ange, l'ordre de se rendre en Galilée pour recevoir Jésus; puis, on ne sait pourquoi, Jésus n'en apparaît pas moins aux disciples de Jérusalem et dans les environs. Ce moyen terme est impossible; si Luc a raison; si, au jour de la résurrection, Jésus a commandé aux disciples de rester à Jérusalem, il n'a pas pu les envoyer dès ce même malin en Galilée, comme le veut Matthieu; ils n'ont pas pu davantage y
42Ù l'évangile expliqué, dépendu, médité.
aller contre son ordre formel, et par conséquent, ils n'ont pu y voir les apparitions dont parle Matthieu, et Fauteur de l'appendice de Jean. Réciproquement, si Jésus a désigné la Galilée comme le lieu au rendez-vous, on ne conçoit pas ce qui a pu le porter à se montrer le môme jour aux disciples à Jérusalem : donc, si Matthieu a raison, toutes les apparitions placées par les trois autres Evangélistes à Jérusalem et aux environs sont nulles et non avenues. »
Réponse. Saint Matthieu ne parle, dans son Evangile, que d'une apparition aux femmes pieuses près du tombeau de Jésus-Christ et d'une autre arrivée en Galilée ; donc il exclut toutes les autres apparitions racontées par les autres Evangélistes. Toujours le même système de transformer l'omission d'un fait ou de plusieurs faits, en négation de ces faits. De ce que saint Matthieu ne juge pas à propos de raconter toutes les apparitions de Jésus- Christ à ses disciples, et qu'il juge suffisant au but qu'il s'est proposé d'en citer une ou deux, il ne s'ensuit nullement que les autres apparitions, racontées par les Evangélistes, n'aient pas pu exister, ni qu'ils les ont ignorées : le docteur Strauss aurait grand besoin de refaire son cours de logique.
Comme nous l'avons dit bien des fois, les Evangélistes ne se sont pas proposé de nous laisser une histoire complète et détaillée de la vie dé Notre-Seigneur Jésus- Christ. L'un d'eux., saint Jean, conclut lui-même son Evangile par cette hyperbole populaire : II y a encore beaucoup d'autres choses que fit Jésus; et si elles •étaient rapportées en détail, je ne crois pas que le monde pût contenir les livres oh elles seraient écrites. » Leur unique but a été de laisser un résumé rapide des principaux miracles et des instructions du Sauveur, qui pût servir de base à la prédication apostolique. S'intéressant aux choses elles-mêmes, bien plus qu'aux circonstances accessoires de temps et de lieu, à leurs yeux, assez indifférentes, ils mettent souvent à la suite les uns des autres, sans autres liaisons que ces mots : « Et factum est, et dixit, etc., » des faits plus ou moins séparés par le temps ou par la distance. C'est ainsi que saint Luc, après avoir rapporté l'apparition de Jésus-
Christ aux disciples d'Emmaùs, et aux Apôtres assemblés, se contente de résumer ses dernières instructions, et conclut en disant que Jésus-Christ est monté au ciel, parce qu'il se proposait de parler plus en détail de ces faits dans les Actes des Apôtres, qui devaient former la seconde partie de son Evangile. Il serait absurde d'en conclure avec Strauss que saint Luc a placé l'Ascension de Jésus-Christ le jour môme de sa Résurrection; puisqu'il dit expressément dans les Actes des Apôtres que Jésus-Christ s'est montré à ses disciples pendant qt'arante jours. Il est évident, par les Actes des Apôtres, i, 4, que le commandement que fit Jésus-Christ à ses Apôtres de rester à Jérusalem jusqu'à la Pentecôte, n'eut lieu que le jour même de l'Ascension, et par conséquent, après leur retour de la Galilée. — Le Sophiste s'étonne que Jésus-Christ, après avoir prescrit à ses disciples de se rendre en Galilée, continue à leur apparaître à Jérusalem. C'est que, comme nous l'avons vu, dans l'explication du texte, les disciples ne devaient retourner en Galilée qu'après l'octave de Pâques. Il n'y a que nos sophistes modernes pour transformer ainsi leurs propres bévues en contradictions manifestes, et pour mettre sur le dos desEvangélistes ce qui leur appartient en propre. — « Mais un corps tangible, c'est-à-dire doué de l'impénétrabilité physique, ne peut passer à travers des portes fermées, ou, en d'autres termes, avoir tout à la fois, et n'avoir pas cette impénétrabilité. Réciproquement, un corps qui passe sans obstacles à travers des planches, ne saurait avoir ni des os ni un estomac capable de digérer du pain et du poisson. Ces attributs contradictoires ne peuvent coexister dans un être réel, et nous nous heurtons ici à une contradiction irrésistible. » Hug répond que rien dans le texte n'oblige, à la rigueur, d'admettre que Jésus-Christ aurait pénétré dans le cénacle au travers de la porte ou des murs ; que le miracle a pu consister en ce que les portes se seraient ouvertes d'elles-mêmes devant Jésus. Nous nous concontentons de répondre qu'on ne peut pas raisonner sur les corps glorieux d'après les lois actuelles de la nature et les propriétés physiques de nos corps actuels. Le corps glorieux n'est plus sujet à la corruption et à la
Dehaut. L'Evang. — T. IV. 36
mort, il est, en quelque sorte, spiritualisé ; il est entièrement soumis à la volonté de 1 âme qui l'anime; et de même que la pensée nous transporte en un clin d'œii dans les espaces les plus éloignés, la volonté transporte en quelque sorte où elle veut le corps auquel elle est unie. C'est une nouvelle création, toute différente de celle que nous voyons, et on ne peut conclure de l'une à l'autre; et il n'appartient pas à l'intelligence humaine, d'imposer des limites à la toute-puissance divine.
On voit qu'il suffit de regarder de près toutes ces formidables contradictions pour les voir s'évanouir comme une vaine fantasmagorie. Du reste, ces divergences fussent-elles même réelles, par rapport à des circonstances accessoires, ne feraient que démontrer la sincérité des Evangélistes, et prouver qu'ils ne se sont pas entendus ensemble, et s'expliqueraient suffisamment par le trouble extraordinaire où furent jetés les disciples, à la suite d'un événement aussi inattendu.
3), « Et bien soit, diront ici les incrédules; nous voulons bien admettre la véracité des récits évangéliques. Mais, que prouvent-ils? Une seule chose; c'est que les disciples de Jésus-Christ ont cru voir Jésus ressuscité ? Mais cette croyance était-elle fondée sur un fait réel, ou était-elle le fruit d'une vision, d'une hallucination ? C'est ce qu'il s'agit d'examiner. Ainsi les apôtres ont été des visionnaires, des hallucinés, le christianisme est le produit d'une hallucination, voilà la dernière ressource des ennemis de la Révélation, le dernier refuge de leur incrédulité. Tel est le système qu'en particulier ont défendu Strauss et Renan; le premier dans sa JYoul'élle Vie de Jésus, le second dans son livre intitulé : les Apôtres. Comme il s'agit ici d'un fait médical, nous aurons recours à l'autorité d'un médecin, pour nou3 aider à apprécier cet ingénieux système.
« Un fait d'une gravité et dune portée considérable, dit le docteur Constantin James, dans une Conférence médicale sur les affections du système nerveux, insérée dans la Gazette de France des 15 et 17 septembre 1866, vient, pour la première fois d'être signalé par M. Renan dans son livre des Apôtres, c'est l'existence d'une grande épidémie d'aliénation mentale, qui aurait sévi,
dès le début du christianisme, et aurait été la cause première de son établissement. Cette épidémie, d'après cet auteur, offre cela de particulier, qu'elle ne s'attaqua qu'aux personnes qui, de prés ou de loin, voulurent témoigner de la divinité du Christ. Chez toutes, suivant lui, elle prit la forme monomanie avec hallucination, toutes s'étant figuré, dans les circonstances les plus diverses, entendre des voix, apercevoir des objets ou commettre des actes, alors que ces voix', ces objets ou ces actes étaient simplement le produit de leur cerveau malade. Mais laissons parler M. Renan. S'il a eu la primeur de la découverte, c'est bien le moins qu'il ait le mérite de l'exposition.
a) Premier accès de la maladie. Hallucination de Marie-Madeleine.— Marie-Madeleine, au dire de M. Renan, aurait été la première atteinte; son accès aurait éclaté le dimanche même de sa visite au sépulcre. L'aspect du tombeau vide, l'ange qu'il lui sembla apercevoir, Jésus, qu'elle crut voir et entendre,, en furent, paraîtrait-il, la cause déterminante. Voici le saisissant tableau qu'en donne cet écrivain : « Folle d'amour, ivre de joie, Marie rentra dans la ville, et aux premiers disciples qu'elle rencontra : Je l'ai vu, il m'a parlé, dit-elle. .Son imagination fortement troublée, ses discours entrecoupés et sans suite, la firent prendre par quelques-uns pour une folle... La gloire de la résurection appartient ta Marie de Magdala. L'ombre créée par ses sens délicats plane encore sur le monde. Reine et patronne des idéalistes, elle sut mieux que personne affirmer son rêve, imposer à tous la vision sainte de son âme passionnée. Loin d'ici, raison impuissante ! Si la sagesse renonce à consoler cette pauvre race humaine. I rallie par le sort, laisse la folie tenter l'aventure. Où est le sage qui a donné au monde autant joie que la possédée Marie de Magdala? »
« Ainsi,, dit le docteur James, M. Renan délivre, de son autorité privée, à Marie-Madeleine un certificat d'aliénation, en n'oubliant qu'un point, qui, cependant, aurait bien son importance, celui de prouver qu'elle ne jouissait réellement pas de la raison. Il veut, de plus, qu'elle fût possédée. Possédée de quoi? Du démon, sans nul doute. J'ignorais que M. Renan admit
ce genre de possession. Le fait, en tout cas, valait la peine d'être cité, car rien de plus insolite que d'être ainsi frappé simultanément et en une seconde d'hallucination de la vue,, d'hallucination de l'ouïe et de possession. Mais continuons; M. Renan nous ménage de bien autres surprises. »
b) Deuxième invasion de la maladie. Hallucination des deux disciples sur le chemin d'Emmaus. — C'est là un cas d'hallucination en partie double, bien plus extraordinaire encore que le précédent. Dans la journée même du dimanche, deux disciples entreprennent un petit voyage à un bourg nommé Emmaûs. Ils causaient ensemble des derniers événements, et ils étaient pleins de tristesse; dans la route^ un compagnon étranger s'adjoignit à eux. A l'approche d'Emmaùs, ils le supplièrent de prendre le repas du soir avec eux. Pleins d'une douce tristesse, ils oublient l'étranger; ils rêvent tous les deux (éveillés ou endormis, nous ne savons pas) qu'ils voient Jésus remplir la coupe d'un vin trèsnoble, prendre le pain, puis le rompre, et le leur distribuer. Réveillés de leur sommeil ou de leur rêverie, ils s'aperçoivent que leur compagnon les a quittés, et ils sont persuadés que Jésus s'est montré à eux et qu'il est subitement disparu. Ils retournent en hâte à Jérusalem, pour aller raconter cette grande nouvelle. Le docteur James trouve qu'il y a là une communauté tacite d'impressions et d'idées qui laisse bien loin derrière elle tout ce qu'on raconte en ce genre des jumeaux Siamois, et qui constitue de plus un non-sens médical.
c) Troisième invasion de la maladie. Hallucination des Apôtres réunis ensemble. — « Les disciples d'Emmaùs racontèrent aux Apôtres rassemblés ce qui leur était arrivé dans la route : l'imagination de tous se trouva vivement excitée. » — Cependant, peu auparavant,, ils traitaient de rêverie et d'illusion ce que Madeleine et les autres femmes leur avaient raconté : d'où vient ce changement rapide, cette subite crédulité succédant tout à coup à une incrédulité opiniâtre? M. Renan ne l'explique pas, et serait sans doute fort en peine de l'expliquer. Mais avançons. Pendant un moment de silence, quelque léger souffle passa sur la face des
M1. XXVIII. 1-20. — g CXXV. POLÉMIQUE. 425
assistants. Le même bruit continue, le bruit du vent sans doute, ils croient entendre des sons, et s'imaginent que c'est Jésus qui leur parle. Il continue encore : ils croient lui entendre dire : « Schdlom loch. » (La paix soit avec vous). Il continue toujours; il leur semble voir et toucher les blessures de ses mains et de ses pieds, et de son côté. Enfin, à un dernier murmure, ils se persuadent qu'ils viennent de recevoir le Saint-Esprit... C'est alors que le sophiste charmé de ces belles découvertes, qui avaient échappé jusqu'alors aux interprètes les plus habiles, s'écrie, avec un noble orgueil : « Tels furent les incidents de ce jour, qui a fixé le sort de l'humanité! A ces heures solennelles, un courant d'air, une fenêtre qui crie, arrêtent les croyances des peuples pour des siècles/// » Mais, au milieu de ce triomphe, le docteur James demande la permission de lui dire que toute cette fantasmagorie cérébrale constitue pour le médecin autant d'impossibilités ; chez l'aliéné, dit-il, le nême fait, quand il se répète dans le même lieu, au nême moment et de la même manière, produira la même hallucination, et non une série d'hallucinations progressives; c'est même là ce qui forme le cachet de la monomanie. Pour obtenir les effets décrits par M. Renan, il eût fallu, non pas un son uniforme, mais une succession de sons très-différents, j'ai presque dit, tout un carillon.
d) Quatrième invasion de la maladie. Deuxième hallucination des Apôtres, y compris Thomas. — « Le propre des états de F came où naissent l'extase et les apparitions, dit M. Renan, c'est d'être contagieux. » — Il vient de nous en donner un exemple dans la personne des Apôtres, leurs hallucinations n'ayant commencé qu'à l'arrivée des deux disciples qui en avaient apporté le germe d'Emmaùs. Un seul dut à son absence d'y avoir échappé : Ce fut Thomas. Celui-là, ne craignez rien pour lui, car, ajoute M. Renan, « comme si l'hallucination avait voulu se précautionner contre elle-même, il s'écria : Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, dans son côté la marque de la lance, je ne croirai point. » Et cependant il crut. A quelle cause attribuer ce revirement? M. Renan va sans doute nous l'expli-
quer. « L'Apôtre Thomas, dit-il, qui ne s'était pas trouvé à la réunion du dimanche, avoua qu'il portait quelqu' envie à ceux qui avaient vu la trace de la lance et des clous. « On dit que huit jours après il fut satisfait. »
Gomment ! poursuit le docteur médecin, vous vous en tenez à cet on dit! Pas un mot de plus! Mais c'était le cas où jamais d'entrer dans des détails. Thomas, le seul, suivant vous, qui continuât de jouir de son bon sens, avait averti les Apôtres qu'ils avaient été la dupe d'une illusion, et que, lui, saurait bien ne pas l'être, car il n'admettrait que des preuves positives, matérielles, palpables. Or, s'il fut satisfait, en d'autres termes, s'il fut dupe à son tour, de quelle manière le fut-il ? Evidemment, la cause d'erreur ne put être la même que pour la première apparition, puisque tout le monde était prévenu et se tenait sur ses gardes. Gomment donc Thomas, qui devait désabuser les autres, devint-il halluciné a son tour?... L'épidémie décrite par M. Renan se distinguant de toutes les épidémies connues, il m'est impossible de combler les lacunes de son récit. G'est donc à lui de nous donner quelque digne pendant « au vent coulis, ou à la fenêtre qui crie, pour arrêter pendant des siècles la croyance des peuples. »
e) Cinquième invasion de la maladie. — Ce n'est pas seulement dans les endroits clos, c'est en plein air, sur les sommets les plus hygiéniques, que l'épidémie va continuer ses ravages. « Un jour, qu'ils étaient guidés par leur chef spirituel, les Galiléens fidèles, au nombre de plus de cinq cents, montèrent sur celle de ces montagnes où Jésus les avait souvent conduits. L'air, sur ces hauteurs, est plein d'étranges miroitements. La foule assemblée s'imagina voir le spectre divin se dessiner dans l'éther, tous tombèrent sur la face, et l'adorèrent. Ils descendirent ensuite de la montagne persuadés que le Fils de Dieu leur avait donné l'ordre de convertir le genre humain et avait promis d'être avec eux jusqu'à la consommation des siècles. » — Le docteur James se croit encore obligé de déclarer à M. Renan que, malgré tout son désir de lui complaire il lui est impossible d'admettre son explication toute physique. Ce
n'est pas, dit-il, que je nie les effets de mirage si fréquents en Orient, non plus que les illusions auxquelles ils peuvent donner lieu. Mais, seulement, celui-là seul y sera pris qui les verra pour la première fois. Raisonsons par analogie. Voici un étranger qui arrive sur les bords de la mer, et qui, pour ses débuts, est témoin d'un de ces splendides couchers du soleil où l'horizon, le ciel, l'eau elle-même paraissent tout en feu. S'il est très-impressionnable, et surtout un peu toqué, il pourra croire assister à un immense embrasement. Mais, qu'il essaie de faire partager son erreur aux habitants de la cote, chacun lui rira au nez. Ainsi pour les 500 Galiléens. Ils étaients du pays; maintes fois ils avaient accompagné le Christ sur ces hauteurs; par conséquent, ils étaient pour ainsi dire blasés sur ces miroitements. Et vous voulez que tout d'un coup ils en aient été tous la dupe? cela n'est pas soutenable.
Mais l'étrange épidémie, semblable au choléra, poursuit son cours et continue à se propager, sans que rien puisse l'arrêter. Le jour de l'Ascension, les Apôtres conduits par Notre Seigneur Jésus-Christ sur le mont des Olives, le voient tout à coup s'élever dans les airs, et monter au ciel. Dix jours plus tard, étant réunis dans le cénacle, ils furent éblouis par un éclair, suivi d'un coup de tonnerre, et ils s'imaginent tous voir des langues de feu reposer sur leurs têtes, et recevoir l'Esprit-Saint,
Les habitants de Jérusalem accourent en foule : ils sortent; ils parlent; « ils se laissent aller, c'est M. Renan qui nous l'apprend, à un bégaiement indistinct, à la fois sublime et puérile, où la langue chrétienne flottait à l'état d'embrvon, le tout accompagné d'une pantomime d'autant plus expressive qu'elle est plus confuse; » et voilà que tout à coup, à ce spectacle, tous les auditeurs deviennent hallucinés à leur tour, et croient entendre, chacun dans son langage, les paroles de l'Apôtre? Quelque temps après, Paul l'ardent persécuteur des chrétiens, par suite également d'un éclair et d'un coup de tonnerre, éprouve un accès de la maladie générale, croit voir et entendre Jésus-Christ lui reprocher son zèle persécuteur; croit être aveugle, et
ensuite recevoir sa guérison de la main d'Ananie, et devient ainsi l'un des fondements du Christianisme. Enfin, une immense crédulité s'empare de la plupart des habitants de la Galilée et de la Palestine, et à la voix des Apôtres, ils s'imaginent avoir réellement vu Jésus-Christ guérir les malades, ressusciter les morts, et voir les Apôtres eux-mêmes répéter les mêmes miracles. Ainsi voila une multitude d'hommes, qui, dans ces diverses occasions successives, éprouvent tous la même suite d'hallucinations, malgré la diversité de leur caractère, de leur tempérament, de leur complexion, de leurs esprits. Tous, ils croient voir Jésus-Christ; ce n'est pas assez, ils croient Y entendre, et entendre tous à la foisles mêmes paroles; ce n'est pas assez, il croient le toucher, manger avec lui, marcher avec lui, s'entretenir avec lui, sans qu'il en soit rien; et cette illusion est si puissante, qu'aucun d'eux n'a jamais pu la distinguer de la réalité; si persévérante, si tenace, qu'ils y ont cru toute leur vie, et qu'ils ont souffert la mort pour la soutenir. Mais, s'il en est ainsi, il n'est pas un seul homme sur la terre qui puisse s'assurer qu'il n'est pas la victime d'une hallucination, qui puisse s'assurer, que ce qu'il voit, entend et touche, existe réellement, et il faut renoncer à ajouter aucune foi au témoignage de sens. Et si un criminel traduit devant les tribunaux se voit accablé des témoignages les plus écrasants, il lui suffira, pour sortir d'affaire, et mettre les juges dans l'impossibilité de le condamner, de dire que tous les témoins sont hallucinés.
Et c'est par suite d'une hallucination, ou, si l'on veut d'un vent coulis, d'une fenêtre ouverte, que douze « esprits étroits » et « ignorants, » ont conçu l'étrange projet de faire adorer, non-seulement par les Juifs, mais par toute la terre, en dépit des préjugés, des haines, des persécutions, celui-là même qu'ils ont cru voir ressuscité; et ils réussissent dans leur entreprise; ils deviennent les fondateurs d'une religion universelle : ils renouvellent le monde : ils le font monter d'un degré plus haut dans la civilisation et dans la vertu : et, « c'est ainsi qu'un courant d'air, une fenêtre qui crie, arrêtent les croyances des peuples four des siè-
des ; » et voilà dix-huit siècles en effet que le monde entier est la dupe de douze hallucinés, et il était réservé à M. Renan de nous ouvrir les yeux. En vérité quand on entend de pareilles choses, on se trouve honteux d'avoir à les réfuter sérieusement, et l'on est tenté de se demander si le grave académicien qui les profère, malgré toute sa science prétendue, a lui-même la tête bien saine, et s'il est bien guéri des accès d'hallucination, qu'il a, nous apprend-il, jadis éprouvés.
Nous ne pouvons donc nous empêcher de partager l'étonnement qu'éprouve le docteur James de voir que, dans un siècle aussi éclairé que le nôtre, il se trouve des esprits assez prévenus ou assez superficiels pour prendre au sérieux de pareilles inepties, présentées sous le couvercle d'une pseudo-science. Car enfin, ditil,, des arguments qu'il invoque, pas un n'est sérieux; plusieurs sont burlesques; quelques-uns même tombent littéralement dans la charge. Pour réfuter les miracles, il en imagine de bien plus extraordinaires encore; miracles d'impossibilité, au point de vue des faits qu'il interprète; miracles de démence, au point de vue des personnages qu'il met en scène ; miracles de crédulité par trop naïve, au point de vue des auditeurs auxquels ils s'adressent. » Miracles pour miracles, nous préférons les miracles de Jésus-Christ.
4) Les Apôtres furent des imposteurs, et firent accroire au monde un mensonge qu'ils ne croyaient pas eux-mêmes. — Nous croyons avoir prouvé, a) que Jésus-Christ était réellement mort; V) que les récits des quatre Evangélistes touchant sa résurrection, malgré quelques dissidences apparentes, n'offrent rien qui puisse infirmer leur véracité; c) que les Apôtres et les disciples qui affirment avoir vu Jésus-Christ ressuscité ne purent être la dupe d'une hallucination. Il ne reste plus, pour les incrédules, qu'une dernière ressource, qu'une dernière hypothèse; c'est de soutenir que les Apôtres furent des imposteurs, et publièrent sciemment, au prix de leur sang, un mensonge auquel ils ne croyaient pas eux-mêmes. Dès les premiers jours après la résurrection, les Pharisiens eurent recours à ce subterfuge, et les Evangélistes nous apprennent qu'ils
corrompirent les gardes à prix d'argent, pour les engager à répandre le bruit que les disciples de Jésus- Christ avaient enlevé le corps de leur Maître pendant qu'ils dormaient. C'est, en effet, un fait certain et avéré que, trois jours après la mort de Jésus-Christ, malgré les gardes apostés et la pierre scellée, le corps de Jésus ne se trouvait plus dans le tombeau où on l'avait déposé. Dans le cas contraire, en effet, comment concevoir que les Apôtres aient eu l'audace de publier la résurrection de Jésus-Christ en face de ce tombeau, lorsqu'il était si facile de les confondre en les conduisant devant le cadavre de leur Maître, ou en exposant celui-ci en public? — Mais, d'un autre côté, si le tombeau était vide, comment expliquer cette disparition? — Dira-t-on avec les Pharisiens que ses disciples l'ont enlevé? — H y a longtemps que les SS. Pères ont démontré l'impossibilité et l'absurdité de cette supposition, — Enlever le corps de leur Maître ! a) Ils n'ont pu même en avoir la pensée. — S'ils croyaient à sa résurrection future, ils n'avaient pas besoin de cet enlèvement. — S'ils n'y croyaient pas, se voyant trompés par lui, ils ne devaient penser qu'à retourner en Galilée, pour y reprendre leurs filets. — S'ils doutaient, ils devaient attendre le troisième jour, pour savoir à quoi s'en tenir. — h) A quelle accumulation d'hypothèses absurdes et impossibles ne faut-il pas avoir recours? Quelle vraisemblance que tous les gardes, sans en excepter un seul, malgré les recommandations qui leur ont été faites, au mépris de la discipline militaire, et du rigoureux châtiment auquel ils s'exposaient, se soient endormis d'un sommeil de plomb, d'un sommeil tellement profond, que les ravisseurs auront pu, sans les réveiller, briser les sceaux, renverser l'énorme pierre qui fermait l'entrée du caveau, et qu'ils se seront donné le temps de dépouiller le cadavre de son suaire, de plier ce dernier avec soin, et de le déposer dans un coin? — c) Dans cette hypothèse, ils auraient laissé des traces de leur passage; les soldats auraient été traduits en jugement et rigoureusement punis ; les disciples à leur tour auraient été accusés et traduits en justice comme violateurs de la sépulture;
et si les gardes avaient été corrompus par eux, on n'aurait pas manqué de leur faire un procès, etc.. Or, nous ne trouvons rien de tout cela. — Dira-t-on enfin, que les Juifs ont enlevé eux-mêmes le corps de Jésus- Christ? — Quel motif pouvaient-ils avoir de le faire? — Si ce corps avait été en leur possession, ils s'en seraient servis pour confondre les Apôtres, lorsqu'ils annonçaient publiquement la résurrection.
Afin de sortir d'embarras, et de faciliter l'enlèvement du corps de Jésus par ses disciples, les rationalistes ont essayé d'attaquer la véracité du récit évangélique sur l'apposition des gardes autour du tombeau, et leurs rapports avec le Sanhédrin. — Voyons leurs difficultés — a) « Si ce récit était véritable, disent-ils pourquoi les Apôtres, dans leurs épîtres, n'en appellent-ils pas à cette preuve si claire de la résurrection? » (Voyez Strauss, Nouvelle Vie de Jésus.) — Réponse. Parce qu'ils n'avaient pas besoin de cette preuve : leur seul témoignage, confirmé par les miracles qu'ils opéraient, suffisait abondamment. — ~b) « Pourquoi, lorsqu'ils paraissent devant le Sanhédrin, n'en appellent-ils pas à cette histoire? » — Les Sanhédristes ne révoquaient pas en doute la résurrection de Jésus-Christ, et ils n'auraient osé le faire; ils se contentaient seulement de défendre d'en parler : il n'était donc pas nécessaire d'insister sur les preuves de ce fait. — c) « Les femmes qui se rendaient au tombeau, le matin du dimanche, pour embaumer Jésus-Christ, ignoraient qu'on eût placé des gardes. » — Les gardes avaient été placés à l'entrée de la nuit, les femmes pouvaient parfaitement ignorer cette circonstance : on n'aura pas pris apparemment la précaution de les en prévenir. — cl) « Il est invraisemblable que les soldats aient pu recourir à un mensonge qui les exposait à être punis par le gouverneur ?» — Aussi ne le firent-ils que lorsqu'ils furent assurés de leur impunité. (Voyez l'expl.) — e) « Les Sanhédristes n'auraient pas cru au rapport des sofe dats; ils auraient supposé plutôt qu'ils s'étaient endormis, et, dans ce cas, loin de leur donner de l'argent ils les auraient punis. — Les soldats auront prouvé sans doute qu'ils avaient rempli leurs devoirs, et que les
chefs de ronde les avaient trouvés à leur poste. Les sanhédristes ne révoquaient pas en doute le pouvoir miraculeux de Jésus-Christ, mais ils l'attribuaient à la magie, au démon : ils pouvaient donc ajouter foi à ce nouveau miracle. — /) « Tout le Sanhédrin ne pouvait se réunir pour confirmer un mensonge. » — Rien ne dit que le Sanhédrin ait été réuni officiellement. Les grands-prêtres se concertèrent sur cela avec les anciens. Au surplus., ceux qui pouvaient conjurer de sang-froid la mort d'un innocent, avaient la conscience assez large pour ne pas reculer devant un mensonge. Rien donc n'autorise les rationalistes à révoquer en doute le récit évangélique sur les gardes apostés au tombeau. Gomment saint-Matthieu aurait-il osé insérer dans son Evangile un fait public de cette importance, sur lequel le démenti aurait été si facile, s'il n'avait pas été vrai?
« Mais pourquoi Jésus-Christ, après sa résurrection, ne s'est-il pas montré ostensiblement et publiquement aux Pharisiens et aux habitants de Jérusalem! C'était le moyen le plus simple de les convaincre de la réalité de cette résurrection, et de faire cesser tout débat. » — Réponse. Ce n'est pas à nous à demander compte à Dieu de ce qu'il juge à propos de faire ou de ne pas faire. — Jésus-Christ ne s'est pas montré aux Pharisiens, parce qu'ils ne méritaient pas cette grâce. — A ce compte, on pourrait demander pourquoi Jésus-Christ ne se montre pas à chacun de nous en particulier. — Dieu ne veut pas nous imposer la foi, ni la rendre en quelque sorte forcée ; mais il veut tempérer l'ombre avec la lumière, afin que notre foi soit à la fois raisonnable, appuyée sur des motifs suffisants, et en même temps Iwre, et par suite, méritoire. — Les Pharisiens ont eu assez de lumière, assez de preuves de la résurrection pour se convaincre de sa vérité, et au fond, ils n'en doutaient pas ; mais ils n'en persistaient pas moins dans leur endurcissement, parce que cette résurrection contrariait leurs projets ambitieux, et les convainquait de déicide. — Quand bien même Jésus-Christ se serait montré publiquement à eux après sa résurrection, ils ne se seraient pas convertis pour cela : il n'est aucun miracle, quelque
M(. XXVIII. 1-20. — $> CXXV. POLÉMIQUE. 4fâ
évident qu'il soit, qui puisse convertir et convaincre celui qui ne veut pas l'être.
En résumé, les Apôtres n'ont pu être trompés sur la réalité de la résurrection de Jésus-Christ; nous l'avons montré précédemment. Ils n'ont pu tromper à leur tour, ni fonder leur prédication sur un mensonge. Si Jésus- Christ n'est pas ressuscité, ils ont dû le regarder comme un imposteur qui les avait abusés, perdre toute confiance en lui, et ne pouvaient songer à publier sa gloire. 11 est absurde de supposer que des hommes, tels que les Apôtres, grossiers, illettrés, pusillanimes, aient entrepris de persuader à tout l'univers un fait si incroyable, en faveur d'un homme qui les aurait misérablement trompés. Il est absurde de supposer qu'ils aient sacrifié leur vie pour soutenir ce mensonge (on ne se fait pas égorger pour un mensonge), et qu'ils aient proclamé au milieu des tourments la sainteté et la divinité d'un homme qui les aurait abusés eux-mêmes. Il est absurde de supposer qu'ils se soient proposé de faire adorer par toute la terre un crucifié, et qu'ils aient pu espérer un seul instant, un heureux succès d'un dessein si bizarre et si extravagant. Il est absurde de supposer que, de tant de disciples de Jésus-Christ, parmi lesquels se trouvaient de simples femmes, il ne s'en soit pas trouvé un seul que la crainte des tourments n'ait pu déterminer à découvrir le secret et à trahir ses frères. Il est absurde de supposer que les Apôtres aient pu convaincre les habitants de la Galilée et de la Palestine, de la résurrection d'un homme crucifié comme blasphémateur, si ces derniers n'avaient pas été euxmêmes témoins des miracles de Jésus-Christ, et préparcs ainsi à croire le dernier de tous. Non, ce n'est pas sur un rêve, sur un mensonge qu'est fondée l'Eglise chrétienne, aujourd'hui encore aussi vivante qu'il y a dix-huit siècles, et que reposent toutes nos espérances, et Jésus-Christ est vraiment ressuscité : Surrexit Dominus verè.
5) Il nous reste à résoudre les difficultés spéciales proposées par Strauss contre le récit de l'Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.
a) V ascension expliquée sans miracles. « S'il faut en
Deualt. L'Evany.— T. IV. 37
croire le docteur Paulus, quand l'Evangéliste nous dit : Jésus-Christ fut élevé à leurs yeux : « Videntïbus Mis elevatus est, » il veut dire, par là, non que Jésus s'éleva du sol, mais qu'il se redressa de toute sa hauteur, pour leur donner sa bénédiction, et de la sorte, leur parut plus élevé; et quand l'évangéliste ajoute qu'il se sépara d'eux, « recedit ab eis », il veut dire que Jésus, en prenant congé de ses disciples, s'était mis à une certaine distance d'eux. Quand il dit qu'une nuée le reçut et le déroba à leurs yeux, « et nubes suscepit eum ab oculis eorum; » cela veut dire simplement qu'une nuée, comme sur la montagne de la Transfiguration, s'interposa entre Jésus et ses disciples, et, jointe aux nombreux oliviers de la montagne, le déroba à leurs regards; et les disciples, dans leur simplicité, sur l'assurance de deux hommes inconnus, prirent cela pour un enlèvement dans le ciel. Venturini veut bien nous apprendre que ces deux inconnus étaient deux membres d'une société secrète, les francs-maçons de ce temps-là, à laquelle Jésus était affilié, et parmi lesquels il se retira après sa résurrection, pour se reposer de ses fatigues. Quant à Paulus, il croit savoir que Jésus, qui ne s'est jamais bien remis de ses blessures, mourut aussitôt après cette dernière entrevue. » — Nous croirions faire injure à nos lecteurs si nous perdions notre temps à réfuter ces inepties, cette profanation sacrilège de tout ce qu'il y a de plus sacré, qui s'efforce, par un labeur bien vain et bien puéril, à l'aide des explications les plus forcées, les plus extravagantes, à transformer l'Evangile en un roman ridicule et fade, Jésus-Christ en une espèce de charlatan et de faiseur de tours de passe-passe, et, ces mêmes Apôtres qui ont converti le monde et fondé le christianisme, en autant de prodiges de crédulité, de sottise, de stupidité, tels qu'on n'en a jamais vus, qui transformaient perpétuellement en miracles surnaturels les événements les plus simples. Ce n'est pas là une explication, c'est une caricature de l'Evangile. Ces sophistes, du reste, perdent leurs peines ; plus ils s'efforcent d'élaguer de l'Evangile les miracles qu'il renferme, plus ils rendent incompréhensible et inexplicable, et plus ils
M1. XXVIII. 1-20. — g CXXV. POLÉMIQUE. 435
font ressortir le miracle de l'établissement du christianisme.
b) L'ascension une vision, une hallucination des Apôtres. Nous renvoyons à ce que nous avons dit précédemment sur ce sujet.
c) L'ascension un mythe. Nous renvoyons également à la réfutation que nous avons faite du système du docteur Strauss, dans l'Introduction, Voy. T. I, p. 111.
â) Le récit évangvlique non suffisamment attesté. — « Il ne repose, dit Strauss, que sur le témoignage de saint Marc et de saint Luc, qui n'étaient pas témoins oculaires. Saint Matthieu et saint Jean n'en parlent pas. Pourquoi n'en auraient-ils pas parlé, s'ils l'avaient connu? » — Saint Jean n'a pas parlé de l'ascension, parce qu'il n'entrait pas dans son plan de parler de ce qui était suffisamment connu. Saint Matthieu n'en a pas parlé, parce que, à ses yeux, la résurrection était lé fait décisif, qui avait relevé toutes les' espérances des Apôtres, qui prouvait la divinité de Jésus-Christ, et que l'ascension n'en était, en quelque sorte que le corollaire ; parce que Jésus ressuscité n'appartenait en quelque sorte plus au monde, parce que l'ascension était suffisamment connue par la tradition. Du reste, il est facile de prouver que ces Apôtres n'ignoraient pas l'ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ. Quand Jésus, dans saint Matth., xxvi, 64, dit au grand prêtre : « Oui, je vous le dis, vous verrez un jour le Fils de Dieu assis à la droite de la Majesté divine, et venant dans les nuées du ciel ; » quand Jésus dit dans le quatrième Evangile : « Nul n'est monté au ciel, que celui qui est descendu du ciel. » (Jo., m, 13 et vi, 62); « Quand vous verrez le Fils de l'homme monter où il était auparavant, » ou qu'il dit dans son apparition à Madeleine : « Ne me touchez pas, car je ne suis pas encore remonté vers mon Père, » toutes ces paroles supposent naturellement l'ascension du Sauveur, et y font allusion. De même, quand saint Paul nous dit (Ephes., iv, 10), que « celui qui est descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux; » quand saint Pierre nous dit. que « Jésus-Christ est maintenant à la droite de Dieu", et quïl est monté au ciel, ayaut au dessous
de lui les anges, les dominations, et les puissances » (i. Petr., ni, °2b), on ne peut douter que ces Apôtres n'aient tous connu l'ascension.
d) Le récit éoaïigélique renferme des contradictions. « Les Evangélistes se contredisent entre eux, et avec eux-mêmes. D'après saint Marc et saint Luc, dans son Evangile, l'ascension aurait eu lieu le jour même de la résurrection. D'après les Actes des Apôtres, elle n'aurait eu lieu que quarante jours après. » — Réponse. Il est faux que d'après saint Marc et saint Luc, l'ascension de Notre-Seigneur aurait eu lieu le premier jour de la résurrection. Nous avons bien des fois remarqué que, parce qu'un fait dans les Evangiles est raconté immédiatement après un autre, on ne doit pas en conclure, comme le fait Strauss, si l'on ne veut pas s'exposer à des erreurs manifestes, que ce fait s'est passé dans le même -lieu, et dans le même temps : il y a souvent un long intervalle entre ces deux faits. Si l'interprétation de Strauss était admise, il faudrait en conclure d'après saint Marc, que Jésus-Christ est monté au ciel dans la chambre même où les Apôtres étaient réunis, et tandis qu'ils étaient à table, ce qui est souverainement ridicule.
é) « On ne peut nier, du moins, que le récit de l'ascension ne renferme des impossibilités métaphysiques, aa) Il est difficile de concevoir comment un corps tangible, qui a encore de la chair et des os, et qui prend des aliments matériels, convient à une résidence céleste ? comment il peut se soustraire assez à la loi de pesanteur, pour être capable de s'élever à travers les airs. » — Cette difficulté pourrait avoir quelque valeur, si Ton supposait que le corps de Jésus-Christ avait, après sa résurrection, les mêmes propriétés, la même nature physique qu'avant sa mort; mais, d'après les récits évangéliques, il nous apparaît dans des conditions toutes différentes, comme un corps glorieux et incorruptible; or, il n'est pas permis de conclure des lois actuelles qui régissent nos corps mortels, à celles que Dieu peut établir pour une création nouvelle, sur laquelle nos connaissances sont trop bornées pour que nous en puissions raisonner. — bb) « D'après une juste
idée du monde, le séjour de Dieu et des bienheureux auquel Jésus est supposé s'être élevé, ne doit pas être cherché dans les régions supérieures de l'atmosphère, et en général, dans aucun lieu déterminé; cela appartient uniquement aux connaissances bornées que l'enfance des peuples avait sur les espaces inter-cosmiques. Celui qui veut arriver à Dieu et a la sphère des bienheureux, celui-là, nous le savons, fait un détour superflu quand, à cet effet, il croit devoir prendre son essor vers les couches supérieures de l'air; et plus Jésus était familier avec Dieu et avec les choses divines, moins il aurait été disposé à faire ce détour, et moins Dieu le lui aurait fait faire. » — Que signifie tout ce galimatias? Personne ne prétend que le séjour des bienheureux doive être cherché dans les couches supérieures de l'air ; ce serait là pour les élus ressuscites un singulier séjour. Mais comment Strauss s'y prendra-t-il pour prouver que le séjour des bienheureux ne puisse être assigné à un lieudéterminé? N'y a-t-il pas assez de place pour cela dans Timmensité de la création? ou bien Strauss croit-il qu'il n'existe et qu'il ne peut exister rien de corporel au delà des dernières coucnes de l'atmosphère? Prend-il donc les étoiles et les astres pour une vision fantastique et sans réalité? il serait bien plus sage, croyons-nous, de profiter pour notre salut des lumières que Dieu a bien voulu nous dispenser, que de vouloir pénétrer ce que, dans sa sagesse, il a jugé à propos de nous cacher, et dont nous ne pourrions parler que comme un aveugle parle des couleurs.
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
A. Résurrection de Jésus-Christ.
M*. XXVIII, v. 2. « Voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre; un ange du Seigneur, descendu du ciel, roula en arrière la pierre du sépulcre, et s'assit dessus; son visage avait l'aspect de réclair, et son vêtement, la blancheur de la neige. Dans le saisissement de cette vision, les gardes, frappés d'épouvante, devinrent comme morts. » — Toute la nature prend part à la résurrection de Jésus-Christ, comme elle avait pris part à sa, mort - Le but de l'apparition angélique était, l) de mettre
en fuite les gardes du sépulcre qui n'étaient pas dignes d'être les témoins de la résurrection de Jésus-Christ; 2) de donner la première nouvelle de la résurrection du Sauveur; 3) de faire comprendre que la résurrection de Jésus-Christ n'était pas un événement accidentel, mais une œuvre divine; 4) de montrer* que Jébus était le roi du ciel et de la terre, que les esprits célestes eux-mêmes lui étaient soumis, que l'harmonie entre le ciel et la terre, brisée par le péché du premier homme, était rétablie par la mort et la résurrection du Fils de Dieu, etc. — La résurrection de Jésus-Christ est le fondement de notre foi; il n'y a qu'un Homme-Dieu qui puisse déposer la vie, et la reprendre à son gré. — Elle est le fondement de notre espérance, et le gage de notre résurrection future. Nous sommes les membres du corps mystique de Jésus-Christ. Si notre chef est ressuscité, nous devons nécessairement ressusciter à notre tour. « Nous savons que celui qui a ressuscité Jésus, nous ressuscitera aussi avec Jésus. C'est pourquoi nous ne perdons pas courage, car les afflictions si courtes et si légères de la vie présente produiront pour nous h poids éternel d'une sublime et incomparable gloire. » (n. Cor. iv, 14-18.) — Mais, pour prendre part à la résurrection future, il faut, dès ici-bas, mourir au péché et ressusciter à une vie nouvelle : « Si donc vous êtes ressuscites avec Jésus- Christ, recherchez les choses du ciel, où Jésus est assis à la droite de Dieu. N'ayez de goût que pour les choses d'en haut, et non pour les choses d'ici-bas. » (Col. m, 1, 2,)
B. Premières visites au tombeau.
« Le soir du grand sabbat, Marie-Madeleine, Marie, mers de Jacques, et Salomé, avaient acheté des aromates, pour aller embaumer Jésus. De grand matin, avant que les ténèbres ne fussent dissipées, elles se mirent en marche ponr aller au tombeau. » — Les dernières au pied de la croix et au sépulcre de Jésus-Christ, elles sont aussi les premières à sa résurrection. — A peine le jour du sabbat, qui avait suivi la mort de Jésus, ce jour si douloureux, si long, fut-il passé, qu'insouciantes des jujugements du monde, elles se hâtent de nouveau pour aller au sépulcre de celui qu'elles avaient perdu. — On doit se hâter de chercher Jésus, dès qu'on a eu le malheur de le perdre par le péché. — Si nous suivons Jésus jusqu'au tombeau, il nous recevra à son tour dans le séjour de sa gloire.
« Elles se disaient les unes aux autres : Qui nous ôtcra la. pierre qui ferme Ventrée du tombeau? » — Dieu lui-même vient au devant des inquiétudes des âmes fidèles : elles sont étonnées de voir les obstacles qui leur paraissaient insurmontables s'évanouir comme par enchantement devant elles. — Qui ôtera la
pierre du tombeau où mon âme est ensevelie ? C'est Jésus ressuscité.
« Pendant qu'elles étaient consternées jusqu'au fond de laine, voilà que, près d'elles, parurent deux hommes têtus de robes resplendissantes . » — Les anges, si terrifiants pour les gardes, se montrent pleins de douceur et d'affabilité pour les saintes femmes. — C'est ainsi qu'au moment de la mort, nous lirons notre sort dans le seul aspect de notre bon ange.
« L'un deux leur dit : Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant? Il ri est point ici ; il est ressuscité comme il V avait dit. » — Jésus est vivant, Jésus est ressuscité ; c'est toute ma consolation. — Que m'importent les péchés que j'ai commis? — Jésus, qui ôte les péchés du monde, est vivant.
— Que m'importe le monde entier ? — Je trouve en lui plus que le monde. — Si je suis affligé, il me consolera; si je suis tenté, par le démon, il sera mon bouclier; si la mort m'épouvante de ses terreurs, Jésus a vaincu la mort, et lui a ôté son aiguillon.
— « Ne craignez point... » — Avec Jésus ressuscité, que pouvons-nous avoir à craindre?
« Venez et voyez le lieu où le Seigneur était déposé. » — Invitation à se convaincre de la vérité de la résurrection. — Notre foi repose sur des faits qui sont à la portée de tous. Nous pouvons, en quelque sorte, les voir de nos yeux et les toucher de nos mains. — La conversion du monde, l'établissement et la conservation de l'Eglise, son existence seule, supposent nécessairement la résurrection de Jésus-Christ et ne peuvent s'expliquer sans elle. — Dieu ne demande donc pas de nous une foi dénuée de motifs raisonnables : « SU rationabile obsequium vestrum. » — Les saintes femmes sont instruites les premières de la résurrection de Jésus-Christ. Elles méritaient cette faveur par leur empressement, par leur amour, par leur foi plus vive.
— La première à la chute, dans le paradis terrestre, la femme est aussi la première à recueillir le fruit de la rédemption.
« Saisies de joie et de crainte, elles sortirent en hâte du tombeau, et n'osèrent rien dire à personne, car le tremblement de la peur les avait saisies. » — Ce double sentiment est physiologiquement vrai ; ces paroles expriment la double impression (pie la manifestation du monde surnaturel, jointe à la nouvelle de la résurrection de Jésus-Christ, durent naturellement produire sur les saintes femmes. — La pensée de la vie future est aussi pour nous, à la fois consolante et redoutable : « Religio est spes et horror mortalium. »
« Pierre sortit sur le champ avec l'autre disciple, et ils se rendirent au sépulcre. Ils couraient tous deux ensemble, ?nais Vautre disciple courut plus vite, et arriva le premier près de la
grotte... Simon Pierre, qui le suivait, arriva ensuite, et entra dans la grotte... » — Pierre est ici la figure de la Gentilité, et saint Jean, celle du peuple d'Israël. Saint Jean précèdeiPierre. C'est le peuple de la promesse arrivé avant le Gentil. Mais, malgré l'avance qu'il a sur Pierre, Jean, arrivé au tombeau n'entre pas. C'est Israël qui méconnaît son Sauveur, et qui a un voile épais sur les yeux. Il a les oracles de l'Ecriture, mais il n'en pénètre pas le sens. Pierre entre le premier dans le tombeau; le peuple qui marchait loin d'Israël le précède. L'autre n entrera qu'à la fin des temps.