‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 62 sur 359 · M1. XXV. 14-30. — § CVIII. PARABOLE DES DIX TALENTS · texte numérisé non relu

M1. XXV. 14-30. — § CVIII. PARABOLE DES DIX TALENTS

aussitôt après » qu'il eût ainsi réglé ses affaires, « il partit. Or, celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla, trafiqua avec son argent, » et conduisit ses affaires avec tant d'habileté, qu'il gagna cent pour cent, et « doubla » ainsi « les cinq talents » qu'il avait reçus. « Celui qui en avait reçu deux, en gagna également deux autres. Mais celui qui n'en avait reçu qu'un » ne tint pas la même conduite; ne trouvant pas que cette somme valut la peine d'être mise dans le commerce, et étant, d'ailleurs, lâche et paresseux, il ne tira aucun profit de l'argent qui lui avait été confié, mais « il alla faire un trou dans la terre, et y enfouit V argent de son maître. »

« Longtemps après, le maître, de retour » de son lointain voyage, « demanda compte à ses serviteurs de ce qu'il leur avait remis. » C'est ainsi que moi-même, je viendrai un jour, à la fin des temps, juger tous les nommes et demander compte à chacun du talent qui lui a été confié. « Le premier vint, et dit : Seigneur, vous m'avez remis cinq talents, en voilà, de plus, cinq autres que j'ai gagnés. Bien, répondit le maître, » je suis content de toi, « et puisque tu as été fidèle en peu de choses, je te confierai beaucoup; » ce que je t'ai confié est peu de chose, ou plutôt n'est rien auprès de ce que je te réserve ; il n'y a aucune proportion entre ce que tu as fait pour moi et la récompense incommensurable que je te prépare; « entre dans la joie de ton maître; » sois participant de son propre bonheur et de toutes ses richesses. « Celui qui avait reçu deux talents vint aussi, » à son tour, « et dit : Seigneur, vous m'avez remis deux

et profectus est statim. — 16. Abiit autem qui quinque talenta acceperat, et operatus est in eis, et lucratus est alia quinque. — 17. Similiter et qui duo acceperat, lucratus est alia duo. — !s. Qui autem unum acceperat, abiens fodit in terrain, et abscondit pecuniam domini sui. — 19. Post multum vero temporis, venit dominus servorum illorum, et posuit rationem cum eis. — 20. Et accedens qui quinque talenta acceperat, obtulit alia quinque talenta, dicens : Domine, quinque talenta tradidisti mibi; ecce alia quinque superlucratus sum. — 21 . Ait illi dominus ejus : Euge, serve bone et fidelis, quia super pauca fuisti fidelis, super multà te constituant : intra in gaudium domini tui. — 22. Accessit autem et qui dup talenta acceperat, et ait : Domine, duo

Dehaut. L'Evang. — T. IV. 1

talents, en voilà deux autres que fui gagnés. C'est Uen, Ion et fidèle serviteur, » lui répondit également son maître, « parce que tu as été fidèle en yen de choses, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître,»

« Celui qui n'avait reçu qu'un talent, s' approchant alors, dit à son maître » (les mauvais serviteurs sont fertiles en mauvaises excuses, et toujours portés à d'injustes récriminations) : « Seigneur, je sais que vous êtes un homme austère, » rigoureux, qui ne passez rien à personne ; vous moissonnez où vous n'avez pas semé, vous recueillez où voîis n'avez rien mis; » parce que vous êtes le propriétaire de la terre, vous voulez avoir pour vous toute la moisson, comme si cette moisson n'était pas le fruit de notre travail et de nos sueurs ; que pouvais-je faire avec un seul talent? quelle moisson pouvais-je recueillir d'une si petite semence? et à quoi non, d'ailleurs, me donner tant de peine pour un maître aussi exigeant? « Aussi, j'ai eu peur de vous; j'ai caché votre talent dans la terre; le voici; je vous rends ce qui est à vous. » — « Son maître, » justement irrité, « lui répondit : Serviteur mauvais et paresseux, » tes vaines excuses ne servent qu'à te confondre toi-même, et tu te condamnes par ta propre bouche : « Tu savais, » dis-tu, que je suis sévère et rigoureux, « que je moissonne où je n'ai pas semé, que je recueille où je n'ai rien mis; » que je ne veux pas que le talent que je confie à mes serviteurs reste inutile entre leurs mains, et que j'exige qu'ils le fassent fructifier à mon profit; tu devais donc te conduire en conséquence, et prendre tes précautions. Si tu étais trop lâche pour travailler toi-même, et faire fructifier par tes propres efforts l'argent que je t'avais

talenta tradidisti mihi ; ecce alia duo lucratus sum. — 23. Ait il li dominus ejus : Euge, serve bone et fidelis, quia super pauca fuisti fidclis, super multa te constituam; intra in gaudium domini tui. — 24. Accedens autem et qui unum talentum acceperat, ait : Domine, scio quia homo durus es; métis ubi non seminasti, et congregas ubi non sparsisti : — 25. Et timens abii, et abscondi talentum tuum in terra; ecce habes quod tuum est. — 26. Rospondens autem dominus ejus, dixit ei : Serve maie et piger, sciebas quia meto ubi non semino, et congrcgo ubi non sparsi :

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confié, « tu devais donc, » du moins, « remettre cet argent, » moyennant nne juste rétribution, « au banquier » ou changeur. « afin qu'à mon retour je retrouvasse avec usure ce qui est à moi. » — « Le maître ajouta : Reprenez-lui le talent qu'il a reçu, et donnez-le à celui qui en a dix. Car, on donnera encore à celui qui a déjà, et il sera dans l'abondance, mais pour celui qui n'en a point, même ce qu'il semble avoir lui sera été; » il sera dépouillé de tous les dons naturels et surnaturels, de toutes les grâces dont il a fait un si mauvais usage; et les récompenses dont il s'est rendu indigne seront données en surcroît aux serviteurs fidèles, et serviront à enrichir encore leur couronne. « Et main' tenant, jetez dehors, dans les ténèbres, ce serviteur inutile. » Ce n'est pas assez pour lui d'être destitué de toute récompense, d'être exclu du séjour de l'éternelle félicité, il faut encore qu'il reçoive la punition qu'il a méritée, qu'il soit jeté avec les réprouvés dans l'enfer : « là seront les pleurs et les grincements de dents. » — C'est ainsi qu'au dernier jour, chacun rendra compte des grâces qu'il a reçues et de l'usage qu'il en aura fait. Il ne suffit donc pas pour être sauvé, pour se préparer dignement à la venue du souverain Juge, de ne pas faire le mal; il faut, de plus, faire le bien, et remplir dignement les devoirs de sa vocation.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

A. Le serviteur fidèle et le serviteur infidèle.

MK XIV. v. 43. « Si le père de famille savait à quelle heure le voleur doit venir, il ne manquerait pas de veiller, et ne laisserait pas percer sa maison. Vous aussi, tenez-vous donc prêts, car le Fils de V homme viendra à l'heure que vous ne pensez pas. »

27. Oportuit ergo te commit tore pecuniam moam numulariis. et venions ego recepisscm utique quod meum est cum usurâ. — 28. To- IHtè itaqueab eo talentum, et date ei qui habet decem talenta. — 29. Omni enim habenti dabitur, ot abundabit; ei autem qui non habet, et quod videtur habere, Éuferetur ab eo. — 30. Et inutilem servum ejicite in tonebras exteriores; illic erit fletus, et stridor dentium.

— Le voleur qui peut vous surprendre à chaque instant, c'est la mort, qui nous dépouille de tout ce que nous possédons et nous jette pauvres et nus dans le sein de l'éternité, où nous n'emporterons que nos péchés ou nos bonnes œuvres. — A notre réveil, nous devons nous dire : peut-être ne verrai-je pas le soir; le soir venu, nous devons nous dire : peut-être ne verrai-je pas le matin. Si nous nous occupions de ces pensées sérieuses, nous éviterions le péché, nous n'aurions rien à craindre des surprises de la mort, et nous accomplirions le précepte du Sauveur.

v. 4. « Quel est le serviteur fidèle et prudent, que son maître a établi sur les gens de sa maison, pour leur distribuer leur nourriture en son temps? » — Devoirs d'un bon et fidèle pasteur des âmes, a) Il faut qu'il soit appelé de Dieu et qu'il soit établi en vertu d'une mission légitime; b) il doit se regarder, non comme le maître de la maison, mais comme le serviteur chargé de faire la volonté de son maître, et qui doit lui rendre compte de sa gestion ; c) il doit accomplir tous les devoirs de son ministère, sans omission et sans négligence ; â) il doit se conduire avec fidélité et prudence; avec fidélité, pour ne pas tromper son maître, avec prudence, pour ue pas être trompé lui-même. Il doit agir en toutes choses uniquement pour son maître, et non pour son propre intérêt, pour satisfaire sa cupidité ou son amour-propre, être fidèle en toutes choses, dans les petites comme dans les grandes ; il doit agir avec sagesse, avec jugement, éviter tout ce qui pourrait compromettre le ministère, chercher les moyens les plus propres pour atteindre le but qu'il se propose, se laisser guider, non, par la prudence de la chair, mais par les lumières de l'Esprit-Saint. é) Il doit distribuer avec soin, aux âmes qui lui sont confiées, la nourriture spirituelle dont elles ont besoin, et qu'il doit puiser lui-même dans la sainte-Ecriture et l'enseignement de l'Eglise. /) Il doit agir en temps convenable, et ne jamais sacrifier les devoirs de son état à ses plaisirs, à ses caprices et à ses fantaisies. — Le temps même qui n'est pas consacré directement aux devoirs de son ministère, il doit l'employer à se rendre plus capable de les remplir.

v. 46, 47. « Heureux ce serviteur que son maître trouvera ainsi faisant. En vérité, je vous le dis, il rétablira sur tous ses Mens. » — Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité et récompensera avec une libéralité toute divine tout ce que nous ferons pour lui. Il fera de nous les princes de sa cour, les rois de la création; il nous donnera tout ce qu'il possède; il se donnera lui-même à nous. « Ego ero merces tua, magna nimis. » — Qu'il fait bon servir un maître aussi libéral !

v. 48. « Mais si ce serviteur est méchant, et que, disant en son

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cœur : Mon maître n'est pas prêt de venir, il se mette à battre ses compagnons, à manger et à boire avec des gens adonnés au vin, le maître de ce serviteur viendra au jour où il ne l'attend pas, et à l'heure qu'il ignore, et il le fera couper en morceaux, et lui assignera sa place parmi les hypocrites : là, seront les pleurs et les grincements de dents. » — Défauts ordinaires des mauvais pasteurs : a) la présomptueuse assurance d'une longue vie; b) l'exploitation abusive et coupable, dans leur propre intérêt, des âmes qui leur sont confiées ; c) une vie indolente, mondaine, sensuelle et toute épicurienne; d) l'endurcissement et le mépris des jugements de Dieu; e) la négligence dans l'accomplissement de leurs devoirs ; f) l'hypocrisie qui affecte un extérieur religieux pour tromper les hommes, mais qui ne peut pas tromper Dieu. — Punition terrible qui attend le mauvais serviteur : a) mort imprévue, dans Timpénitence; b) séparation de tous les biens de la vie, de la société des justes, exclusion du ciel, de la possession de Dieu ; c) souffrances intolérables, sans rémission, sans adoucissement, sans espoir; pleurs et grincements de dents, etc.... ! — Que l'on paie chérie plaisir d'un moment!

Veillons donc, non pas une heure, non pas un jour, mais tous les jours et à toute heure. Heureux celui qui est toujours prêt; la mort pour lui peut venir quand elle voudra ; il la recevra sans crainte, que dis-je, avec joie, comme on reçoit un libérateur.

B. Les vierges sages et les vierges folles.

M'. XXV, v. 1-4. « Alors, le royaume des deux sera semblable à dix vierges, qui, ayant pris leurs lampes, allèrent au devant de V époux et de l'épouse. Les cinq folles, ayant pris leurs lampes, ne se pourvurent point d'huile. » — Notre vie tout entière doit être une préparation perpétuelle à la venue du Seigneur. Notre âme, pour être admisse au festin nuptial, à la céleste félicité, doit être pure et exempte de la souillure du péché. La lumière de la foi, comme une lampe ardente et luisante, doit éclairer nos pas ; mais cette foi doit être nourrie et vivifiée par l'amour. Si l'huile manque à la lampe, si l'amour de Dieu s'affaiblit et s'éteint dans nos cœurs, la foi ne servira de rien et finira elle-même par s'éteindre.

v. 5. « Or, l'époux tardant à venir, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. » — Les commencements de la conversion sont fervents; mais, peu à peu, l'ardeur se ralentit, et l'on s'endort ; funeste assoupissement, dont on ne se réveille trop souvent que dans l'enfer I

v. 6. « Mais, au milieu de la nuit, un cri s'éleva : Voici l'époux qui vient, allez au devant de lui. » -— Savons sur pœ

gardes ; le Seigneur viendra à nous au milieu de notre sommeil, à une heure inattendue ; il nous réveillera brusquement, par les symptômes alarmants d'une maladie mortelle... Prêts ou non, il nous faudra partir.

v. 8. « Les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre hutte, car nos lampes s'éteignent. Les sages répondirent : Nous craignons qu'il n'y en ait pas assez pour nous et 'pour vous; allez plutôt à ceux qui en vendent. » — Celui qui est surpris par la mort dans l'état du péché ne peut plus rallumer le feu éteint de l'amour de Dieu. C'est en vain qu'il voudrait mettre sa confiance dans les prières et l'intercession des saints ; ils ne peuvent plus rien pour lui. L'huile de l'amour de Dieu ne s'achète point ; il ne peut plus revenir sur la terre pour réparer sa négligence. — Durant sa vie, il se moquait des âmes pieuses; maintenant, il envie inutilement leur sort.

v. 10-12. « L'époux vint, et les portes furent fermées. Les vierges folles vinrent à leur tour, disant : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous. Ll leur répondit •' En vérité, je ne vons connais pas. » -^ L'instant qui doit décider du sort du chrétien est arrivé. Heureux si le feu de la charité brûle dans son cœur ! il sera reçu aux noces de l'Agneau. Malheur à lui, s'il l'a laissé s'éteindre! il sera exclu à jamais du banquet céleste. Toutes les prières, toutes les supplications pour fléchir le Souverain-Juge seront inutiles ; la porte est fermée pour ne plus s'ouvrir. Jésus- Christ ne le connaît pas, et le repousse à jamais parmi les réprouvés. A quoi nous servira d'être connus, honorés, célébrés sur la terre, si Jésus-Christ ne nous connaît pas à notre entrée dans l'éternité? « Veillons donc, car nous ne savons ni le jour ni l'heure. »

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