JÉSUS, LE PAIN DE VIE. — DISCOURS SUR L'EUCHARISTIE
(Capharnaùm, 15 nisan, 18 avril, jour de la fête de Pâques). (J. vi, 22-72).
« Le jour qui suivit » le miracle de la multiplication des pains, « le peuple, » ou plutôt une partie du peuple, comprenant ceux qui ne s'étaient pas dispersés à la voix de Jésus, les plus exaltés parmi ceux qui ne voyaient dans le Messie qu'un libérateur temporel, le peuple, dis-je, « qui était resté» à Betlisaïde, « de Vautre côté du lac, avait remarqué qu'il n'y avait eu là qu'une seule largue, que Jésus n'y était point entré avec ses disciples, mais que ses disciples étaient seuls partis ; » ils en conclurent que Jésus était encore caché dans quelque coin du désert, et n'ayant point abandonné le dessein de le proclamer Roi, ils le cherchaient inutilement. « Pendant ces entrefaites, d'autres largues vinrent de Tibériade, » ville bâtie à l'occident méridional du lac par Antipas,
J. VI. 22. Altéra die, turba quae stabat frans mare, vidit quia navicula alia non erat ibi nisi una, et quia non introissef cum âiscipulis suis Jésus in navim, sed soli discipufi ejus abiissent. — 23. Aliae vero supervenerunt naves à Tiberiadc
Deuaut. L'Evang. — T. III. i
et nommée ainsi en l'honneur de Tibère, et on le Tétrarque faisait sa résidence, « près du lieu ou le Seigneur, ayant rendu grâces, avait nourri le peuple » d'une manière miraculeuse. « Le peuple » clone, en quête de Jésus, voyant l'inutilité de ses recherches, et « s' étant convaincu que Jésus n'était plus là, non plus que ses disciples, » présuma qu'il était allé les rejoindre., probablement par terre. « Ils montèrent donc dans les largues » qui se trouvaient à leur disposition, « et vinrent à Capharnaum, » toujours « a la reclierclie de Jésus, » espérant le trouver dans cette ville, vers laquelle ses disciples s'étaient dirigés, et où il faisait sa résidence habituelle.
« Ils le trouvèrent, » en effet, « de l'autre côté du lac, » dans la synagogue de Capharnaùm, comme nous l'apprend le v. 59, et surpris de le voir arrivé avant eux, qui avaient traversé la mer, « ils lui dirent: Maître, comment êtes-vous venu ici? Jésus, » qui lisait au fond des cœurs et y découvrait les mauvaises dispositions de ceux qui lui parlaient, dédaignant de satisfaire leur vaine curiosité, va droit à la plaie secrète de leur âme, et leur reproche les motifs étroits et grossiers qui les guidaient dans leur recherche. « En vérité, en vérité, Je vous le dis, vous me cherchez, non 'parce que vous avez vu les miracles » que j'ai opérés, et qui prouvent ma mission divine, non parce que vous reconnaissez en moi le Messie libérateur, par lequel vous pouvez être sauvés, « mais parce que vous avez mangé des pains » multipliés sous mes mains, « et parce que vous avez été rassasiés » sans aucun labeur de votre part, parce que vous attendez de moi des bienfaits purement temporels, et la satisfaction de vos instincts grossiers. Elevez-vous à des pensées plus hautes : « Cherchez à vous procurer, non une nourriture » vile et grossière, « qui périt » avec
juxta locum ubi mandueaverunt panem, gratias agente Domino. — 24. Cùm ergo vidisset turba quia Jésus non esset ibi, neque discipuli ejus, ascenderunt in naviculas, et venerunt Gapharnaiim quœrentes Jcsum. — %o. Etcuminvenisscntcum tran.5 mare, dixeruntei: Rabbi, quandô hùc venisti? — 26. Respondit eis Jésus et dixit : Amen dico vobis : quaeritis me, non quia viclisLis signa, sed quia manducastis es panibus, et saturât i estis. — 27. Operamini non cibum qui périt,
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le corps qu'elle soutient, et ne peut satisfaire les besoins élevéi de votre cœur, « mais une nourriture » bien supérieure, céleste et divine, « qui demeure vivante à jamais, » qui nourrit notre âme et la fait vivre éternellement en l'unissant à Dieu, qui est la vie essentielle et le principe de la vie, « et que le Fils de l'homme vous donnera, car Dieu Je Père Va marqué de son sceau, » par les prodiges qu'il lui a donné le pouvoir d'opérer, et qui sont comme les lettres-patentes de sa mission divine.
Ne comprenant pas bien de quelle nourriture Jésus- Christ leur parlait, et croyant qu'il s'agissait d'une nourriture plus merveilleuse encore que celle qu'il leur avait distribuée dans le désert de Bethsaïde, et qui avait la vertu d'empêcher de mourir, « ils lui dirent : Que devons-nous faire pour opérer les œuvres de Dieu?» quelles nouvelles observances devons-nous ajouter à la loi mosaïque, pour mériter cette nourriture merveilleuse dont vous nous parlez? « Jésus Jeur répondit : L'œuvre de Dieu, » l'œuvre par excellence que Dieu demande de vous, « c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé, » et qui est celui-là même qui vous parle; c'est que vous reconnaissiez en moi le Messie prédit par les prophètes, et qui doit vous sauver tous. — C'est la foi qui unit le fidèle à Jésus-Christ, comme le membre à son chef, qui lui ouvre l'entrée du royaume de Dieu, le met en possession de la vérité et de la grâce divine, qui sont la nourriture de l'âme. C'est la condition première et indispensable pour que nos œuvres soient agréables h Dieu, et méritoires pour le ciel.
Les Juifs crurent trouver dans ces paroles de Jésus une occasion favorable de revenir sur la demande qui leur tenait tant à cœur, d'une nourriture miraculeuse qu'ils attendaient de Jésus, et qui aurait renouvelé et surpassé à leurs yeux le miracle de la multiplication
sed qui permanctin vitam aBternam, quem Filius homini* dabit vobis. Hune enim Pater signavit Deus. — 28. Dixerunt ergb ad eum : Quid faciemus ut aperemur opéra D i?— 89. Respondil Jésus et dixit eis : Hoc estop'iis Dci. ut credatis iri cum quem misit ille. — 30. Dixerunt ergb ei :
des pains. Vous voulez, disent-ils,, que nous reconnaissions en vous l'envoyé de Dieu; mais « quel miracle, » quel prodige « faites-vous donc pour que nous puissions croire en vous ? Qu'opérez-vous ? » Le miracle que Vous avez opéré hier ne nous paraît pas encore en rapport avec la prétention que vous manifestez d'être le Messie prédit par les prophètes. « JVos 'pères ont mangé la manne dans le désert, et il est écrit : Il leur a donné a manger le pain du ciel. » Moïse a nourri six cent mille hommes de la manne pendant quarante ans; vous, vous avez nourri seulement une seule fois cinq mille hommes avec un pain terrestre. Si vous êtes réellement le Messie, comme vous le dites, vous devez faire des miracles supérieurs encore à ceux de Moïse : c'était, en effet, une tradition accréditée chez les Juifs que le Messie devait à l'exemple de Moïse, faire descendre la manne du ciel (Et redemptor posterior descendere faciet manna, Midr. Cohelet), et ce miracle, pour ces esprits grossiers, paraissait supérieur à celui de la multiplication des pains (a).
« Jésus leur dit: » le don que je veux vous faire, la nourriture que je vous offre, est supérieure, en effet, à la manne dont Moïse a nourri les Hébreux dans le désert. « En vérité, en vérité, je vous le dis, le pain du ciel, » le pain vraiment céleste, « il ne vous en a donné, » dans la manne, que l'ombre et la figure; cette manne qu'il a fait pleuvoir sur les Juifs était formée tout au plus dans les hauteurs de l'atmosphère ; « mon père vous donne le vrai pain du ciel, » un pain vraiment divin et céleste, « et ce pain de Dieu, » qui est moi-même, il n'est pas tombé seulement des nues, « il est tombé du
Quod ergo tu facis signum, ut videamus et credamus tibi? Quid operaris? — 31. Patres nostri manducaverunt manna in deserto, sicut scriptnm est : Panem de cœlo dédit eis manducare. — 32. Dixit ergo eis Jésus : Amen, amen, dico vobis : non Moyses dédit vobis panem de cœlo, sed Pater meus dat vobis panem de cœlo verum.
(a) Midrasch Coheleth : « Rabbi Berechach dieit nomine C. Isaac : sicut fui) primus Goël (Liberator), sic et secundus crit. Primus Goiil descendere fecit manna, sicut scriptum est! Ego faciam vobis pluere panem de cœlo, sic et aller Goèl faciet manna descendere. » (Voy. Schottgen, horœ hebraicœ, Thalm., tom. i, p. 3*59, L.).
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ciel, » du sein même de la divinité, « et il donne la vie au monde; » c'est le véritable arbre de vie, qui procure à ceux qui le reçoivent, au monde entier, et non-seulement au peuple juif, non une vie corporelle et passagère, mais l'immortalité, la vie divine et surnaturelle de l'âme.
Les Juifs, toujours plongés dans leurs idées basses et matérielles, et toujours dans l'attente de quelque prodige analogue à celui qui fit pleuvoir la manne sur les Hébreux, « lui dirent : Seigneur, ne cessez pas de nous donner ce pain » merveilleux. Jésus s'exprime plus clairement encore et dissipe enfin leurs idées grossières. Cessez, leur dit-il, de voir dans mes paroles, la promesse d'une nourriture matérielle et physique; le pain dont je vous parle, et qui doit nourrir, non le corps, mais l'âme, c'est moi-même.
« Je suis le pain de vie; » moi seul, je puis assouvir la faim dévorante, apaiser la soif insatiable de votre âme avide d'un bonheur infini; « celui qui vient à moi n'aura plus faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif; » il trouvera en moi la satisfaction de tous ses désirs. « liais je vous l'ai dit, » déjà je vous ai expliqué pourquoi mes paroles ne trouvent pas accès dans votre cœur; « vous m'avez vu, » vous avez été témoins des miracles qui prouvent ma mission divine, et malgré tout cela, « vous ne croyez point. » Toutefois, votre incrédulité n'arrêtera pas les desseins de la miséricorde divine; d'autres, plus fidèles que vous, recevront les grâces qui vous étaient préparées. « Tout ce que me donne mon Père viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai point dehors; » je ne le repousserai pas, mais je le protégerai, je l'aiderai pour qu'il persévère, et je le couronnerai. Si vous ne croyez pas en moi, c'est que, par suite de votre endurcissement volontaire, vous
33. Panis enim Dci est qui de cœlo descendit, et dat vitam mundo. — 34. Dixerunt ergb ad eum : ; Domine, semper da nobis panem hune. — 35.Dixit autem eis Jésus : Ego sum panis vit»; qui venit ad me non esuriet, et qui eredit in me, "non sitiet unquàm. — 37. Sed dixi vobis quia et vidistis me, et non creditis. — 37. Omne quod dat mini Pater, ad me veniet ; et eum qui venit ad me, non ejiciam foras : —
vous êtes rendus indignes de ces grâces toutes-puissantes qui triomphent de la volonté humaine, et que vous n'êtes pas du nombre de ceux que mon Père me donne et qu'il destine à être mes disciples.
« Quant à moi, je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté » propre, ma volonté, en tant qu'homme, est toujours soumise à celle de mon Père; « rnris la volonté de celui qui m'a envoyé. » Ma vie entière est une immolation continuelle, un grand sacrifice d'obéissance h la volonté de mon Père céleste, pour la rédemption du monde. « Or, la volonté de mon Père, qui m'a envoyé, la voici : c'est que, de tout ce qu'il m'a donné, rien ne se perde, » que je procure à ceux qui croient en moi, tous les moyens de salut, que je veille sur eux avec amour, et qu'ils ne puissent se perdre que par leur faute ; « mais que je les ressuscite cru dernier jour, » que je sois pour eux le restaurateur de l'âme et du corps, et que j'accomplisse ainsi, dans le temps, les décrets éternels de la miséricorde divine pour le salut des hommes. Oui, « c'est la volonté de mon Père, qui m'a envoyé, que quiconque voit le Fils » des yeux de l'esprit, « et croit en lui, ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour, » à ce jour suprême qui doit clore l'histoire du monde et ouvrir l'ère nouvelle de la dernière restauration.
Trompés dans leur attente grossière, voyant que leur demande d'un miracle analogue à celui de la manne était rejetée, et n'attachant qu'une médiocre importance à la nourriture toute spirituelle dont leur parlait Jésus- Christ, « les Juifs, » scandalisés de ce qu'il s'attribuait une origine divine, « m wrni u raient contre lui, parce qu'il avait dit : Je suis le pain vivant, descendu du ciel ; et ils
38. Quia descendi decœlo, non ut faciam voluntatem meam, sed voluntatem cjus qui misit me. — 39. Hœc est autem voluntas ejus qui misit me Patris, ut omne quod dédit milii non perdait» ex eo, sed resuscitem illud in novissimo die. — 40. Hœc est autem voluntas Patris mei qui misit me, ut omnis qui videt Filium, et crédit in eum, habeat vitam œternam, et ego resuscitabo eum in novissimo die. — 41. Murmurabant ergo Judaei de illo, quia dixisset; Ego sum panis vivus, qui de cœlo descendi :
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disaient : N'est-ce pas là Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et là mère? Comment donc » peut-il se permettre de « dire : Je suis descendît du ciel? » Jésus pensant qu'il était inutile de discuter avec ceux qui ne veulent pas voir la lumière, se contente de leur reprocher les mauvaises dispositions de leurs cœurs. « Ne murmurez pas contre moi, » leur dit-il; ce n'est pas contre moi, c'est bien plutôt contre vousmêmes que vos reproches, votre indignation doit se diriger; car, si vous aviez un œil exempt de préjugés, vous reconnaîtriez la vérité de mes paroles. Au reste, vos murmures no m' étonnent pas; par votre faute, vous êtes privés de l'attraction de la grâce divine, sans laquelle le cœur de l'homme ne se convertit pas, et nul ne peut être mon disciple, « nul ne peut venir à moi, si le Père, qni m'a envoyé, ne V attire (b), et celui-là, je le ressusciterai au dernier jour. » Mais cette privation de la grâce ne vous excuse pas, car elle est offerte à tous; c'est la mauvaise volonté de l'homme qui la repousse et refuse d'y coopérer; car « il est écrit dans les prophéties (Voy. Isa., liv, 13) : lisseront tous enseignés de Dieu; » le Fils de Dieu lui-même descendra sur la terre pour enseigner les hommes, pour offrir à tous la doctrine du salut; tous sont appelés à la lumière de la révélation divine, à l'école de Dieu lui-même, et « quiconque a, entendu la voué du- Père » parlant extérieurement par la
42. Et dicebant : Nonne hic est Jésus Filius Joseph, cujus nos novimua pal rem el matrem ? Ouoinodo eruo dieit hic : Quia de cœlo descendi ? — 43. Respondit ergô Jésus et dixit eis : Nolite murmurare in invicem : — 44. Nemo potest Venire ad me, nisi Pater qui misit nie traxeriteum; et ego resuscitabo cumin novissimo die. — 43. Est ; criptum in piophetis : Et eruntoranes docibilesDei. Omnisqui audivit à Pâtre,
(b) Ce n'est, ni par la force du raisonnement,, quelle que soit son évidence, ni par la vue des miracles, quel que puisse être leur éclat, que l'homme parvient à la foi véritable et vivifiante, et par elle, à Jésus-Christ, mais par l'impulsion intérieure de la grâce divine; et celle action de la grâce est attribuée au l'ère, parce que l'homme, en tant qu'il n'appartient pas an royaume de Jésus-Christ, est soumis à l'empire universel de la Providence divine, dirigeant tous les événements vers le grand but de la rédemption du monde par Jésus-Christ. Que cette impulsion secrète de la grâce soi! l'œuvre de PÈ&prit-Sdlnt, de l'esprit d'amour, qui uii'u les hommes à Dieu, cela s'entend de soi-même. Mais la grâce' divine ne viok'iiie pas la liberté tic l'homme qui doit y coopérer librement. (Bisping.)
bouche du Fils, et intérieurement par les illuminations secrètes de la grâce, « et n'a 'point rejeté ses enseignements, » les a accueillis avec bonne volonté, « il vient à moi, » il s'attache à moi comme un fidèle disciple. « Je ne veux pas dire qu'aucun de ceux » dont je viens de parler, et qui se montrent dociles à l'enseignement divin, à la lumière de la grâce, « ait vu » immédiatement, intuitivement, « le Père » céleste : « il n'y a que celui qui est sorti du sein de Bien, » le Verbe incarné, celui-là même qui vous parle, « qui ait vu le Père » immédiatement, substantiellement, intuitivement et face à face.
« En vérité, en vérité, je vous le dis, » je vous l'affirme de nouveau : « Qui croit en moi a la vie éternelle, » reçoit le gage de la vie éternelle, possède tous les moyens de l'obtenir. « Je suis » véritablement « le pain de vie, » pain bien supérieur à la manne des Israélites, qui ne les a pas empêchés de mourir; « vos 'pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Voici» devant vous, vous voyez en ma personne, « le pain qui descend du ciel, afin que si quelqu'un en mange, il ne meure pas, » il n'encourre pas la mort éternelle des réprouvés.
Encore une fois, a je suis le pain vivant descendu du ciel; » par mon incarnation, je suis devenu le pain, la nourriture spirituelle des hommes qui croient en moi; « celui qui mange de ce pain vivra éternellement; » et il est temps de vous faire entrer plus profondément encore dans les mystères de mon amour pour vous, dans les ineffables merveilles que je vous prépare dans le sacrement de l'Eucharistie que j'instituerai la veille de ma mort; « le pain que je donnerai, c'est ma propre chair » que je sacrifierai « pour le salut du monde. » — Le
et didicit, venit ad me. — 46. Non quia Patrem vidit quisquara, nisi îs qui est à Deo, hic vidit Patrem. — 47. Amen, amen dico vobis : qui crédit in me, habet vitam aîternam. — 48. Ego sum panis vitae,
— 49. Patres vestri manducaverunt manna in deserto, et mortui sunt.
— 50. Hic est panis de cœlo descendens; ut si quis ex ipso manducaverit, non moriatur. — 54 . Ego sum panis vivus qui de cœlo descendu — 52. Si quis manducaverit ex hoc pane, vivet in œternum; et panis autem ego dabo, caro mea est pro mundi vitâ.
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pain dont il parle n'est plus le Verbe incarné ; c'est la chair du Verbe, et ce pain., il ne le présente pas à manger dans le moment où il parle, il le promet seulement pour la suite : il parle donc ici évidemment de l'Eucharistie qu'il devait instituer un an plus tard.
« Les Juifs, » étourdis de ces paroles étranges, et s'imaginant grossièrement que Jésus parlait de leur donner sa chair par morceaux, et de les convier à un repas d'anthropophages, se scandalisèrent des paroles du Sauveur ; et « ils disputaient entre eux, disant : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger? »
Jésus ne révoque pas les paroles qu'il vient de prononcer et que les Juifs prenaient dans le sens littéral ; il ne les atténue pas en disant, comme les protestants de nos jours, qu'il ne s'agit ici que d'une figure de rhétorique, d'une manducation métaphysique et spirituelle, par la foi en la rédemption du Christ; il les confirme, au contraire, de la manière la plus solonnelle : « En vérité, en vérité, je vous le dis, » quelque étrange que cela vous paraisse, et bien que vous vous scandalisiez à tort, en vous figurant une manducation grossière et sanglante, dont il n'est pas question, les paroles que je viens de prononcer n'en sont pas moins littéralement vraies : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne luvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous » Non-seulement, je vous affirme de nouveau que je vous donnerai ma chair pour nourriture, mais j'ajoute que cette nourriture vous est tellement nécessaire, que si vous vous en privez volontairement, vous vous excluez par là même de la vie éternelle. Au contraire « celui qui marge ma chair et qui doit mon sang a la rie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour (c). En
53. Litigabant ergo Judaei ad invicem dicentes : Quomodo potest hic nobis carnem suam daread manducandum ? — 54. Dixit ergb eis Jésus : Amen, amen dico vobis : nisi manducaveritis carnem Filii hôminis et biberitis ejus sanguinem, non habebitis vitam in vobis. — 55. Qui mandueat meam carnem. et bibit m eu m sanguinem, habet vitam seternam ; et ego resuscitabo eum in novissimo die.
(c) Par le péché, l'homme tout entier a été corrompu dans sa nature spirituelle et corporelle. La restauration de l'homme par Jésus-Christ doit aussi
effet ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang vraiment un breuvage. » Et il n'est pas étonnant que cette nourriture divine donne la vie à votre âme ; car, en vous unissant intimement à l'Homme-Dieu, au Dieu incarné^ elle vous unit intimement à Dieu lui-même qui est la vie de votre âme ; « Qui mange ma chair et doit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père qui m'a envoyé est la vie » essentielle et le principe de toute vie, « et que moi, je vis par le Père, » qui me communique sa vie, sa nature divine tout entière, de môme « celui qui me mange vivra aussi par moi. » — C'est par le moyen de l'humanité sainte du Verbe incarné que la divinité est entrée en communication avec liiomme ; c'est par le moyen du Verbe humain, de la parole humaine, que le Verbe divin se manifeste aux hommes; c'est aussi par la communication de sa chair et de son sang qu'il leur donne la vie divine. — Jésus conclut en revenant au commencement de son discours : « Voici le pain qui est descendu du ciel, non semblable à la manne que vos pères ont mangée, et qui ne les a pas préservés de la mort. Quiconque mange ce pain vivra au contraire éternellement. Il dit ces choses, enseignant dans la Synagogue de Capharnailm. »
56. Caro enim mea verè cr,t cibus; et sanguis meus verè est potus. — 57. Qui manclucat raeam carnem, et bibit meum sanguinem, in me manct, et ego in illo. — 58. Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo pfopter Palrem ; et qui manducat me, et ipse vivet propter me. — 59. Hic est panis qui do cœlo descendit. Non sicut manducaverunt patres vestn manna etmortui sunt. Qui manducat hune panem, vivet in œternum. — 60. Hœc dixit in synagogâ docens in Capharnaum.
embrasser l'homme tout entier. Elle commence dans le baptême par le sacrement de la renaissance. Par notre naissance naturelle, nous avons reçu du premier Adam le germe de la mort spirituelle et corporelle. Par la renaissance dans le bâptêinë, nous recevons le germe d'une vie nouvelle qui doit embrasser à la fois Prime et le corps. Ce germe d'une vie nouvelle est conservé et nourri en nous, a) par notre communion dans la foi avec le Verbe divin, source de toute grâce et de toute vérité, b) par notre communion sacramentelle avec le Verbe incarné, qui nous fait participer à son corps glorieux; ce germe parviendra à sa maturité, à sa perfection dernière, lors de la résurrection de la chair, au jugement dernier, qui doit clore l'œuvre de la rédemption. La sainte communion dépose donc en nous un germe d'immortalité, et nous est un gage de la résurrection future. (Bisping.)
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B. DÉFECTION DE PLUSIEURS DISCIPLES. — DISCOURS DE JESUS A SES APOTRES.
Non-seulement les Juifs grossiers qui entouraient Jésus-Christ, niais « plusieurs » môme « de ses disciples entendant ces paroles, » s'en trouvèrent scandalisés, « et se dirent les uns aux autres: Ces paroles sont dures à entendre, gui peut les écouter? Jésus, connaissant en lui-même les murmures » secrets « de ses disciples, leur dit : Cela tous scandalise? » Que serait-ce donc^ « si wus voyiez le Fils de l'homme » avec son corps glorieux, « montant, » s'élevant par sa propre vertu vers le ciel, « ou il était auparavant, » et d'où il est descendu sur la terre? À la vue de ce prodige, dont vous pourrez être un jour témoins, refuserez-vous encore d'ajouter foi h mes paroles? Vous ne pouvez croire maintenant que je suis descendu du ciel, peut-être croirez-vous, lorsque vous m'y verrez monter. Il ne faut pas, du reste, attacher aux paroles que je vous ai dites un sens grossier et matériel, comme si je devais vous distribuer ma chair par morceaux. Le corps que vous recevez de moi, et qui doit nourrir votre âme, ce sera mon corps glorifié et, en quelque sorte, spiritualisé, uni intimement avec mon esprit, avec ma divinité. « C'est l'esprit qui vivifie. La chair, » prise comme vous le faites, dansvun sens grossier et matériel, « ne sert de rien; » ma propre chair elle-même, si elle pouvait être séparée de ma divinité à laquelle elle est intimement unie, n'aurait aucune utilité. « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie; » elles n'ont pas rapport à la vie matérielle et sensible, mais à la vie spirituelle et surnaturelle de l'àme; car elles contiennent la promesse d'un sacrement dans lequel on peut recevoir, d'une manière miraculeuse, l'esprit, la grâce et la vie dans sa source. « Maisil en est par mi vous
61 . Multi ergo audientes ex discipulis ojus dixerunt : Durus est hic sermo, et quis potest eumaudire?— 62. Scions autem Jésus apud semetîpsûm quia murmuràrehf de hoc dïseipuli cjus, dixit eis : TIoc vos scandalizat? — 63. Si e*g& videritis Filium hominis ascendentem ubi crat pràùs. — 64. Spjrnus est qui vivificat : caro non prodesl quidquam. Verba qiuo ego locuius sum vobis, spiritus et vita sunf. — 65. Sed sunt quidam ex vobis qui non credunt.
quelques-uns qui ne croient point. — En effet, Jésus savait des le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient point, et lequel de ses apôtres le trahirait. Et il disait : c'est pourquoi que je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, s'il ne lui est donné par mon Père. » — La vocation au christianisme est un don de Dieu, qui est refusé à ceux qui en sont indignes.
« Dès ce moment, plusieurs disciples se retirèrent et ils n'allaient plus avec lui. » — Jésus, sans doute, avait lui-même, par la dureté apparente de ses paroles., provoqué cette séparation, afin d'éloigner de lui les disciples indignes. Il voulut aussi éprouver ses Apôtres : « Et vous, leur dit-il, voulez-vous aussi vous en aller? » — Simon-Pierre » se hâta de répondre au nom de tous : « Seigneur, à qui irions-nous? Vous » seul « avez les paroles de vie éternelle. Pour nous, nous avons reconnu et nous croyons que vous êtes le Christ, » le Messie prédit par les prophètes, et qui doit renouveler le monde; vous êtes plus encore, vous êtes « le Fils de Pieu » lui-même, le Fils unique et consubstantiel du Père. « Jésus leur répondit ; Ne vous ai-je pas choisi, tous les douze (a)1 » Et pourtant, malgré les belles protestations que vous venez de faire au nom de tous, « parmi vous, il y a un démon; » je découvre d'avance au milieu de vous le traître qui doit un jour me livrer entre les mains de ceux qui ont conjuré ma mort. « Il voulait parler de
Sciebat enira ab initio Jésus qui essent non credentes, et quis traditurus esset eum. — 66. Et dicebat: Proptereà dixi vobis quia nemo potest venire ad me, nisi fuerit ei datum à Pâtre meo. — 67. Ex hoc multi discipulorum ejus abierunt rctrb : et jam non cum illo ambulabant. — 68. Dixit ergb Jésus ad duodecim : Numquid et vos vultis abire? — 69. Respondit ergo oi Simon Petrus : Domine, ad quem ibimus? verba vitœ seternge habes. — 70. Et nos credidimus et cognovimus quia tu es Christus Filius Dei. — 71 . Respondit eis Jésus : Nonne ego vos duodecim elegi? et ex vobis unus diabolus est. — 72. Dicebat autem
(a) C'est ici la premièi'e fois, remarque M. Foisset (Hist. do Jésus-Christ, 148), qu'il est fait mention des douze dans l'évangile de saint Jean, et pourtant il en parle comme d'un fait connu, sans la moindre explication. Ceci démontre que cet évangile a été écrit après les autres, qui racontent en détail la vocation des douze Apôtres. C'est en quelque sorte un évangile supplémentaire.
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Judas, fils de Simon, de CariotJi; c'était lui, en effet, qui devait le trahir, dieu qu'il fût l'un des douze. »
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
J. VI. v. 24. « Le peuple ayant vu que Jésus n'était point là..., vint à Caphamaum, cherchant Jésus. » — Comprenons le malheur de perdre Jésus : à l'exemple des Juifs, cherchons-le avec empressement, sans nous laisser rebuter par aucun obstacle.
v. 26. « En vérité, en vérité Je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez été rassasiés. » — Chercher Jésus Christ pour ses intérêts temporels, ce n'est pas le chercher véritablement, c'est nous chercher nous-mêmes. Une piété a) qui ne repose que sur des impressions sensibles et passagères, b) qui recherche son propre intérêt, c) qui prend un masque pour tromper les hommes, d) qui est pleine d'ostentation et qui recherche l'estime des hommes..., est une piété fausse et entièrement opposée à l'esprit de Jésus-Christ. — L'attachement aux biens de la terre et l'amour de Jésus-Christ sont incompatibles. — Jésus-Christ connaît les plus secrètes dispositions du cœur, et le masque de l'hypocrisie tombe devant lui.
v. 27. « Travaillez, non en vue de la nourriture qui pérît, mais pour celle qui demeure éternellement. » — L'homme se consume de travaux pour pourvoir aux besoins du corps ; quant à se préoccuper des besoins de son âme, c'est bien le moindre de ses soucis. La raison pourtant et la foi nous disent que nous devons mépriser ce qui passe, et n'estimer que ce qui demeure éternellement : « Porrà unum est necessarium. » — L'âme a besoin de nourriture comme le corps ; privée de cette nourriture spirituelle, elle languit et ne tarde pas à mourir. — « Car le Père Va marqué de son sceau. » — Les miracles de Jésus-Christ sont le sceau qui atteste qu'en lui nous trouvons le véritable pain de vie. Celui qui ne croit pas à la divinité de Jésus-Christ et â la religion qu'il a établie, s'aveugle lui-même et s'ôte toute excuse.
v. 28. « Ils lui dirent : Que ferons-nous pour opérer les œuvres de Dieu ?» — C'est la question que le chrétien doit se faire tous les jours â lui-même. Que dois-je faire pour opérer les œuvres de Dieu, pour faire mon salut? Qu'est-ce que Dieu exige de moi? — 0 mon Dieu, faites-moi connaître votre volonté, et donnez-moi la force de l'accomplir.
Judam Simonis Iscariotem : hic enim erat traditurus eum, cùm esset unus ex duodecim.
14 l'évangile expliqué, déeendu, médité.
v. 29. «Jésus leur répondit ! L'œuvre de Dieu est que vous croyiez en Celui qu'il a envoyé. » — La foi en Jésus-Christ est le fondement de la religion et, en quelque sorte, l'âme de la vie chrétienne; mais cette foi doit être -vivifiée par les œuvres, et, en même temps qu'elle éclaire l'intelligence, changer le cœur. Qu'importe de connaître Dieu, si l'on ne l'aime pas? qu'importe de ne pas me prosterner devant de vaines idoles, si je fais une idole de mes passions, et si je les préfère à Dieu ?
y. 30,31. « Ils lui repartirent : Quels miracles faites-vous donc, pour que nous croyions en vous? » — Un cœur sensuel et corrompu s'aveugle lui-même et repousse la vérité. C'est dans la corruption du cœur qu'il faut chercher la source principale do l'incrédulité. — Rien de plus obstiné, de plus difficile à convaincre qu'un incrédule dont le cœur, secrètement, repousse la lumière ; vous aurez beau l'accabler des démonstrations les plus claires et les plus évidentes, il trouvera encore le moyen de les éluder. Comment convaincre celui qui ne veut pas être convaincu ?
v. 31-33. « Nos p>ères ont mangé la manne dans le désert..., Jésus leur répondit : En vérité, je vous le dis, ce n'est pas Mo'ise qui vous a donné un pain céleste, mais mon Père vous donne le vrai pain du ciel. » — La manne est une figure de l'Eucharistie, mais une figure bien inférieure à l'objet qu'elle représente, a) La manne descendait, comme la pluie, des hauteurs de l'atmosphère...; le pain eucharistique vient de Dieu lui-même, et est Dieu lui-même (v. 23). b) La manne entretenait la vie du corps... ; le pain eucharistique donne à l'âme une vie céleste et divine (v. 23}. c) La manne n'était que pour un peuple et pour un temps...; le pain eucharistique est pour le monde entier, « Bat vitam mundo, » et durera jusqu'à la lin des siècles.
v. 34. « Ils lui dirent donc : Seigneur, donnez-nous de ce pain. » — Disons tous les jours à Dieu, avec ferveur et confiance : Seigneur, donnez-moi ce pain de vie qui nourrit mon âme et la préserve de la mort éternelle. Le pain céleste n'est accordé et n'est utile qu'à ceux qui en ont faim, et qui éprouvent un désir ardent de le recevoir.
v. 33. « Jésus leur répondit : Je suis le pain de vie : celui qui vient à moi n'aura pas faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif. » — Dieu seul peut nourrir notre âme, parce que seul il pont lui donner ce qui lui manque, le bien infini. Dieu seul, en se donnant à nous par la sainte communion, peut apaiser tous nos désirs et remplir le vide immense de notre cœur.
v. 37. « Tout ce que me donm mon Père viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai point dehors. » — La foi est un don de Dieu, que l'homme ne peut mériter, mais dont il