M1 XV. 1-20. — § LXII. FAUSSES TRADIT. DES PHARISIENS
« Et étant entré dans la maison » où il résidait habituellement, « après avoir quitté te peuple, ses disciples l'interrogèrent, et Pierre, » prenant la parole, « lui dit: Seigneur, expliquez-nous, » nous vous en prions « cette parabole. — Jésus leur répondit : Etes-vous donc encore, vous autres, dénués d'intelligence? — Ne comprenezvous pas que tout ce qui, du dehors, entre dans la bouche, va au ventre, et est rejeté au lieu secret par un travail où tous les aliments se purifient? » que la nourriture et la boisson sont digérées, et n'ont rien de commun avec l'âme, qui est le centre de la vie spirituelle, et ne peuvent l'atteindre ni la souiller? « Mais ce que la bouche profère vient du cœur, » sort de l'âme, « et c'est là ce qui souille l'homme. » Toute souillure vient du cœur de l'homme, de ses déterminations mauvaises, de ses passions criminelles : « car du cœur sortent les mauvaises pensées, les adultères, les fornications, les homicides, les vols, les faux témoignages, l'avarice, les méchancetés, la fraude, les impudicités, l'œil mauvais, » c'est-à-dire l'envie qui, comme un œil malade, donne une teinte funeste à tous les objets, « le blasphème, l'orgueil et toutes les extravagances. C'est là ce qui souille l'homme; mais manger sans avoir lavé ses mains ne souille 'point l'homme. »
Là était la question entre les Pharisiens et Jésus. Les premiers se lavaient les mains avant de manger, de peur que la souillure des mains, contractée (f), suivant
Mr 17. Et cùm introisset in donium à turba, interrogabant eum discipuli ejus, et W 15. Petrus dixit ci : Edisscre nobis parabolam istam. — 16. At ille dixit : Adhùc et vos sine intellectu estis? — MM8. Non intelligitis quia omne extrinsecùs introiens in hominem, uon potest eum communicare ; — 19. Quia non intrat in cor ejus, sed in ventrem vadit, et in secessum exit. purgans omnes escas? — M*. 18. Quœ autem procédant de ore. de corde exeunt, et ea coinquinant hominem : — Mr 21. Ab intùs enim de corde hominum malie cogitationes procedunt, adulteria, lornicationes, homicidia, — 22. Furta, avaritiae, nequitia?. oculus malus, blasphemia.. superbia, stultitia. — Mt 20. Haec sunt quae coinquinant hominem. Non lotis autem manibus manducare, non coinquinat hominem.
(f) Ramb., ad Toharth. « Cibi immundi et potus immundus non polluunt hominem, si ea non tangat : at vero si manibus ea tangat, tune manu* fiunt
eux, par le contact de mille choses non mentionnées par la loi, ne se communiquât aux aliments, et que, par suite, la souillure ainsi contractée n'infectât le corps tout entier. Jésus repousse ces idées superstitieuses, et répoud que rien de ce qui entre dans l'homme a son insu ne peut le souiller : ce qui le souille, c'est ce qui est voulu par lui, ce qui vient de lui. Tout autre sens est inadmissible. Direz-vous, par exemple, que l'ivresse ne souille pas l'homme? Et pourtant le vin bu par l'ivrogne entre par la bouche, etc. — Le vin, répondrez-vous, en soi, n'a rien d'impur; mais l'abus du vin, l'intempérance est une infraction volontaire à la loi de Dieu : l'intempérant désobéit à Dieu, et c'est sa désobéissance qui le souille. Il en est de même de la violation des commandements de l'Eglise qui prescrivent l'abstinence de certains aliments. Celui qui méprise la prohibition méprise l'Eglise, méprise Jésus-Christ emi l'a instituée, méprise Dieu qui a envoyé Jésus-Christ, et c'est ce mépris très-volontaire qui offense Dieu, et qui souille l'âme.
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
M1. XV. v. 1,2. « Alors les Scribes et les Pharisiens vinrent de Jérusalem trouver Jésus et lui dirent : Pourquoi vos disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? » — Les faux dévots sont bien plus occupés à critiquer les autres qu'à se corriger eux-mêmes.
« Car ils ne lavent pas leurs mains lorsqu'ils prennent leurs repas. » Ce ne sont pas les mains, c'est le cœur qu'il faut laver et purifier si l'on veut être agréable à Dieu ; c'est aussi, il est vrai, ce qui coûte davantage. — Les pratiques extérieures sont un corps sans âme et sont plus propres à enfler qu'à sanctifier, quand l'esprit de Dieu ne les anime point.
v. 3, 4. « Il leur répondit : Et vous, pourquoi transgressezvous le commandement de Bien par votre propre tradition'* Car Dieu a dit ; Honore ton père et ta mère. » — Rien ne peut
immundœ : si manibus ambabus conlrectet, ambœ manus polluuntur ; si manu unâ tantùm ea tangai, una tantum polluitur. » [Ibid.) « Si homincm lateat, isque ignoret quod polluatur, tamen lenctur ad lavandum manus, » etc. — Aruch. « Shibla est spirilus malus, qui manibus Itominum insidet noctu : et si quis cibum su uni tangat illolis manibus, cibo isti insidet istc spiritus, et ab eo est periculum. »
M1 XV. 1-20. — § LXII. FAUSSES TRA.1HT. DES PHAltlSIENS. 31
exempter du devoir de la piété filiale, et de l'assistance que l'on doit à ses parents dans le besoin.
« Mais vous, vous dites : Quiconque dit à son père et à sa mère : J'ai voué à Dieu toutes les ressources dont j'aurais pu disposer en votre faveur, est dispensé de soulager la vieillesse de son père et de sa mère. » — La cupiuité est toujours ingénieuse à colorer ses injustices sous do beaux prétextes. C'est une impiété et un sacrilège de donner à Dieu ce que l'on doit au monde ; c'est une folie de se croire dispensé d'un devoir de justice, sous prétexte d'une bonne œuvre â laquelle on n'est pas obligé. «Pasce patron tuum, pascematrem tuam. Et si paveris matrem, adhùc non reddidisti dotons, non reddidisti cruciatus quos per te passa est : non reddidisti obsequia quïbus te illa gestavit : non reddidisti alimenta quœ iribuit tenero pietatis aff'ectu, immulgens labiis tuis niera. Tïbi vigilavit, tïbi flevit, et lu illam egere paieris? 0 fiti, quantum tïbi sumisjudiemm, si non pascas parentem! Illi debes quod liabes, cui debes quod es. » (S. Amb.). — Malheur aux ministres prévaricateurs qui font trafic de la religion, plus avides des biens de leurs ouailles que du salut de leurs âmes !
v. 7, 8. « Hypocrites, Isa'ie a bien prophétisé de vous, quand il a dit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. » — Le culto extérieur destitué du culte intérieur qui en est l'âme, n'a aucune valeur devant Dieu et ne sert de rien pour le salut. « Deus non colitur, nisi amando. » (S. Aug.).
v. 11. « Ce nest pas ce qui entre dans la bouche qui souille Vhomme. » ■ — La véritable souillure, la seule que nous devons craindre et redouter, c'est celle de l'âme. — Nul péché ne peut naître que de la volonté.
v. 12. « Alors ses disciples venant à lui, lui dirent : Savezvoies que les Pharisiens, entendant cette parole, se sont scandalisés? » — La crainte des hommes ne doit pas nous empêcher de ppécher la vérité. ■ — La vérité est insupportable à l'orgueilleux : « Veritas odiumparit. » — Il repousse la main qui veut toucher à l'endroit sensible, à la plaie secrète de son cœur.
v. 13. « Toute pilante que mon Père n'a point plantée sera arrachée. » — L'hypocrisie des méchants n'a qu'un triomphe éphémère et reçoit tôt ou tard son châtiment. Ne soyons pas assez insensés pour braver Dieu et pour mettre sa patience à l'épreuve; car nous tomberons entre ses mains, et, tôt ou tard, il aura sa revanche. — Ce qui n'est point à Dieu ne peut subsister.
v. 14. « Laisse:-les : ce sont des aveugles, conducteurs d'aveugles. » — Il n'y a rien de plus à craindre, de plus terrible, que l'aveuglement volontaire. — Ces orgueilleux philosophes,
infatués des lumières de leur faible raison, de leur prétendue sagesse, qu'ils venaient substituer à la révélation divine, que sont-ils autre chose que des aveugles, conducteurs d'aveugles?
v. 15. « Pierre, prenant la parole, lui dit : Expliquez-nous cette parabole. » — Nous devons chercher avec empressement les occasions de nous instruire et de nous éclairer, et ne pas rougir d'avouer avec simplicité notre ignorance.
v. 18. « Mais ce qui sort de la bouche vient du cœur, et & est-là ce qui souille l'homme. » — C'est par le fond du cœur que nous sommes ce que nous sommes, justes ou pécheurs, à Dieu ou au monde, à Jésus-Christ ou au démon : c'est sur l'état de notre volonté que nous serons jugés.
v. 19. « Car du cœur sortent les mauvaises pensées, les homicides, les adultères, » etc. — Le cœur de l'homme est une sentine d'impuretés et de corruption, que l'on ne peut contempler sans dégoût et sans effroi, et qui ne peut être purifiée que par la toutepuissance de la grâce divine.
PROJETS HOMILÉTIQUES.