‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 12 sur 419 · M1 XV. 1-20. — § LXII. FAUSSES TRADIT. DES PHARISIENS · texte numérisé non relu

M1 XV. 1-20. — § LXII. FAUSSES TRADIT. DES PHARISIENS

les auteurs rabbiniques, le Thalmud est un aromate précieux. Celui qui pèche contre la loi mosaïque peut obtenir son pardon; celui qui est rebelle aux décisions des docteurs est digne de mort. » — « Si les docteurs, dit le rabbi Bêcher, vous assurent que votre main droite est votre main gauche, vous devez les croire. » Parmi ces prescriptions traditionnelles, celle qui prescrivait aux Juifs cte se laver les mains, suivant certaines formules, avant de prendre leurs repas, était l'une de celles auxquelles ils attachaient le plus d'importance. Cet usage était, sans doute, louable en lui-même, en ce qu'il introduisait parmi les Juifs des habitudes de propreté, mais l'abus consistait dans Fimportance exagérée et les idées superstitieuses que les Pharisiens y attachaient, l'égalant aux préceptes les plus graves de la loi divine et morale, à ceux, par exemple, qui défendaient l'adultère et l'homicide. Ainsi, pour entrer dans le détail : un Israélite ne pouvait manger un morceau de pain, s'il ne s'était d'abord lavé les mains en les élevant à la hauteur de la tête. Pendant le repas, les plus zélés affectaient de se mouiller fréquemment le bout des doigts. Enfin, quand ils cessaient de manger, ils pratiquaient une dernière ablution, en tenant les mains en bas, et en observant avec soin que l'eau n'allât jamais au delà du poignet. Il n'était permis de plonger entièrement le bras dans Feau que pour le repas des sacrifices. Fallût-il aller chercher Feau à une distance de quatre milles, les Pharisiens maintenaient l'inviolabilité de ces rites superstitieux. Le Juif qui les eût enfreints était déclaré aussi criminel qu'un meurtrier. Au contraire, celui qui les exécutait strictement était assuré du salut éternel et d'une place au banquet du royaume des cieux. Le Thalmud enregistre vingtsix prescriptions relatives à la manière cle pratiquer chaque matin l'ablution manuelle (c).

(c) Sola, fol. 1—2. — « Quicumque pnnem edit absque lotione manuum, proindè facit ac si rem haberct cum muliere meretrice. » Te ne huma, fol. 93-2. « Si quit manus post cibum sumptum non lavât, idem est ac sihominem interfidat. » — Hierus. Sabb. fol. 36. « Quicumque in terni Israelitarum moratur, et cibum oulgarem in munditiâ edit, et linguâ tanctâ loquitur, et mani ac oetpere phylacteria récitât, oitam futuri sœculi procul iluOio prosequetur. » — In Bahyl.

Dehaut. L'EvaiiL'.— T. III 3

« Aussi les docteurs de la loi » scandalisés « dirent- Us à Jésus : Pourquoi vos disciples, au mépris de la tradition des anciens, mangent-ils arec des mains impures? » Gomment se fait-il que vous, qui êtes leur Maître, et qui vous donnez pour un prophète, vous puissiez autoriser une semblable transgression? Jésus, au lieu de leur répondre directement et d'excuser ses disciples, les attaque eux-mêmes très-vivement, et leur reproche le déplorable abus qui leur faisait placer des traditions purement humaines au-dessus de la loi divine elle-même. « Et vous-mêmes, leur dit-il, » qui êtes si prompts à accuser les autres et si âpres dans vos censures, « pourquoi transgressez-vous la loi de Dieu pour suivre vos » prétendues « traditions? » Quand vous aurez répondu à ma question, je répondrai à la vôtre. Et, pour preuve de ce que j'avance, qu'il me suffise de citer un seul fait. « Dieu a dit, » dans les tables de la loi donnée sur le mont Sinaï (Ex. 20-12) : « Honore ton père et ta mère, » remplis à leur égard tous les devoirs de la piété filiale, parmi lesquels tient le premier rang celui qui t'oblige à les assister dans leurs nécessités ; et ce commandement est si rigoureux, que le prévaricateur est jugé digne de mort (Ex. 21, 17). « Quiconque maudira, » outragera « son père et sa mère, qu'il meure de mort y » qu'il soit condamné au dernier supplice. « Mais vous, » vous enseignez à un fils à éluder, à violer ce devoir sacré, à laisser ses père et mère dans leurs besoins, sous prétexte d'un vœu fait à Dieu ou au temple, ce qui les dispense à leur égard de tout autre

5. Et interrogabant eum Pharissei et Scribae : Quarè discipuli tui non ambulant juxtà traditionem seniorum, sed communibus manibus manducant ? — W- 3. Ipse autem respondens ait illis : Quarè et vos transgredimini mandatum Dei propter traditionem vestram? Nam Deus dixit : — i. Honora patrem et matrem; et : Qui maledixerit pàtri vel malri, morte moriatur. — 5. Vos autem dicitis :

Bavacoth., fol. 4G, 2. « lie fer lui-, vilipensionem lotionis inanuum ex iis rébus esse, pro quibus synhedrium excommunicat, excommunicatumque adeo fuisse R. Elcazaruua ben Azar, quod vilifaceret lotionem manuum, cùmque mortuus fuis^ct, jitbcnte synhedrio, lapidera magnum impositum fuisse ejus feretro. » (Voy. Ligtkfoot, Hor. Heb. p. 365.)

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devoir; « vous dites : Sti un homme répond à son pire et à sa mère » tombés dans l'indigence : J'aurais pu vous secourir, mais a je déclare corlan (?/), » j'ai voué à Dieu « toutes les ressources dont j'aurais disposé en votre faveur; » cet homme est lié à son vœu et « dispensé de soulager la vieillesse de son père et de sa mère; » (e) « celui-là, » dites-vous, « satisfait à la loi! » et peut, en sûreté de conscience, « laisser ses père et mère mourir de faim. C'est ainsi que, » pour satisfaire une Lasse cupidité, et vous attirer de riches offrandes, « vous détruisez le commandement de Dieu et le rendez inutile par votre tradition. »

« Hypocrites, c'est lien de vous qu'Isa'ie a prophétisé; » il vous a parfaitement caractérisés, « lorsqu'il a dit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi; vain est le culte qu'ils me rendent, eux qui enseignent des maximes et des pratiques toutes humaines. » (Voy. Isa. xxix, 13). (Il est cité librement d'après les Septante.) Commencez donc par vous corriger vousmêmes, avant d'accuser les autres.

Quicumqucdixerit patri vcl matri : Munus quodeumque est ex me, tibi prodent : — 6. Et non honorificabit pat rem suum aut matrem suam : et Mr 12. Ultra non dimittitis eum quidquam facere patri suo, aut matri, — 43. (rescindentes verbum Dei). — M1 6. Et irritum fecislis mandatiim Dei propter traditioncm vestram. — 7. Hypocrita?, benè prophetavit de vobis Isaïas dicens : 8. Populus hic labiis me honorât : cor autem corum longé est à me. — 9. Sine causa autem colunt me, docenles doctrinas et mandata hominum. — Mr 14. Et advocans itcrùm turbam, dicebat illis :

(cl) Corban, signifie : « Chose vouée à Dieu, offrande. »

(e) Nous avons suivi le sens du grec : oç âv sitt/i tw irarpl ^ ty] [ir^pl. Awpov S èàv i% è(J.où cbop£),r,8ïjç, xai ou tj.rj TijjLrjiïj tôv Trarspa auToù, mot à mot : « donum, seu sacrificium, dicalum esto, quo à me juvari posset, » etc... Ou trouve chez les Rabbins plusieurs exemples de ces vœux impies. « Rabbi Nassum : Quidquid paravero patri meo sacrum esto. Qui sic vovit non potest irritum facere t'Otum. »

D'après la Vulgate, il faudrait traduire de la manière suivante : « Vous dites : Quiconque dit à son père et à sa mère : L'offrande que je fait à Dieu vous profitera, » le vœu que je fais de consacrer à Dieu mon bien ou une partie de mon bien, vous rend participants du mérite de cette offrande, attire sur vous la bénédiction divine, je puis donc vous abandonner aux soins d> la divine Providence et regarder mon devoir de piété filiale comme parfaitement accompli. « Celui-là, dites— vous, satisfait à la loi, et peut, » en sûreté de conscience, « laisser ses père et mère mourir de faim. » — La différence, au fond, est de peu1 d'importance.

« Puis, appelant plus près de lui le peuple qui était là, » qu'il jugeait plus cligne de ses instructions que ces Pharisiens endurcis qu'il venait de confondre et de réduire au silence., « il leur dit : Ecoutez, vous tous, et comprenez : « Rien de ce qui entre du dehors dans V homme ne peut le souiller ; mais ce qui sort de la louche, les paroles criminelles, « voilà ce qui souille l'homme. » Ne vous imaginez pas qu'une nourriture prise avec des mains non lavées puisse souiller votre âme ; ce qui est matériel ne peut atteindre un être spirituel. La véritable souillure, la seule qu'il faille craindre et éviter à tout prix, c'est celle de l'âme, c'est le péché qui vous sépare de Dieu.

La vive réprimande de Jésus et les dernières paroles qui la terminaient n'avaient pas manqué d'irriter et de scandaliser les Pharisiens, et ils marquaient leur indignation en présence de ses disciples. Ceux-ci, qui ne voyaient pas sans inquiétude l'irritation toujours croissante d'une secte aussi puissante et aussi dangereuse contre leur divin Maître, et qui auraient voulu peut-être engager celui-ci à les ménager un peu, se hâtèrent de l'en avertir. « /^'approchant de lui, ils lui dirent : Savez-vous que les Pharisiens, entendant cette parole » que vous venez de prononcer : « Bien de ce qui entre du dehors dans l'homme ne peut le souiller, se sont scandalisés? » Mais Jésus les rassura. « Ne les craignez point , » leur dit-il, Dieu saura mettre un terme à leur puissance, et le jugement qui les condamne est déjà prononcé. « Toute herbe que n'a point plantée mon Père qui est au ciel, sera arrachée jusqu'à la racine. Laissez-les » à leur endurcissement; « ce sont des aveugles conducteurs d'aveugles. Or, si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse, » ils périront l'un et l'autre.

Audite me omnes, et intelligite. — W. 11. Non quod intrat in os, coinquinat hominem : sed quod procedit ex ore, hoc coinquinat hominem. — 12. Tune accedentes discipuli ejus, dixerunt ei : Scis quia Pharisaei, audito verbo hoc,, scandalizati sunt? — At ille respondens ait : Omnis plantatio quam non plant avit Pater meus cœlestis, eradicabitur. — 14. Sinite illos : caeci sunt, et duces caecorum. Cœcus autem si caeco ducatum prœstet, ambo in foveam cadunt.

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