B. DISCUSSION DANS LE SANHÉDRIN
« Les hommes armés, » envoyés pour se saisir de Jésus-Christ, « revinrent, » sans avoir accompli leur commission, « vers les Pontifes et les Pharisiens, qui leur dirent : Pourquoi ne Vavez-vous point amené? y — « Jamais homme, répondirent-ils, n'a parlé comme cet homme-là. » Rien ne peut résister à son éloquence, à sa sagesse toute divine. Il exerce sur les cœurs une impression inexplicable, à laquelle nul ne peut entièrement se soustraire : devant lui, nous nous sommes sentis désarmés, et comme arrêtés par une force divine. — « Les Pharisiens, » pleins de dépit, « leur répondirent » d'un ton où perçait leur orgueil de caste et leur souverain mépris du peuple : « Vous a-t-il donc séduits, vous a ussi ? » Vous êtes-vous, comme la populace stupide, laissé éblouir par cet imposteur? « D'entreles princesdes Prêtres et d'entre les Pharisiens, en est-ïlun seul qui ait cru en lui? » Vous croyez-vous plus sages que nous tous? S'il était réellement le Messie, est-ce que nous ne serions pas les premiers à le reconnaître sous ce titre ? « Quant à cette populace » ignorante et méprisable « qui n'a point étudié la loi, ce sont des maudits » que Dieu abandonne aux ténèbres de leur esprit et à leur propre sottise.
Les Synédristes voulaient, dès lors, prononcer contre Jésus une sentence de bannissement ; toutefois, même au milieu du Sanhédrin, Jésus-Christ trouva un défenseur. — « Nicodême, l'un d'entre eux, » l'un des membres de ce Conseil souverain, « celui-là même qui était venu de nuit trouver Jésus, » et depuis ce temps, lui était dévoué du fond du cœur, « leur dit : » Avant de
45. Venerunt ergb ministri ad pontifîees et Pharisœos. Et dixerunt eis illi : Quarè non adduxis'is illum? — 46. Responderunt ministri : Nunquàm sic locutus est homo, sicut hic homo. — 47. Responderunt ergb ois Pharisœi : Numqnid et vos seducti estis? — 48. Numquid ex nrineipibus aliqnis crédit in eum, ant ex Pharisœis? — 49. Sed turba liaec, quae non novit legem, maledicti sunt. — 50. Dixit Nicodemus ad eos, ille qui venit ad eum nocte, qui unus erat ex ipsis :
condamner Jésus, votre devoir serait de l'entendre. « Notre loi condamne-t-elle un homme sans V avoir auparavant entendu, sans avoir fait une information sur sa conduite? » Avant de porter contre quelqu'un une sentence de condamnation, ne devons-nous pas l'interroger, entendre les témoins,, et ce qu'il peut alléguer pour sa défense? — Dans l'impossibilité de rien répondre de raisonnable à cette observation pleine de sagesse, « ils répliquèrent » par des injures : « Et vous aussi, lui dirent-ils, êtes vous devenu Oaliléen? » seriez-vous l'un des disciples de ce faux prophète, et vous déclareriezvous contre nous? « Etudiez les Ecritures et vous verrez que nul prophète ne vint jamais de Galilée. » — Nicodème aurait pu leur objecter l'exemple du prophète Nahum et de Jonas qui était de Galilée ; mais il comprit sans doute que c'est peine perdue de disputer avec des gens qui veulent s'aveugler eux-mêmes. « Ils s'en retournèrent » toutefois, « chacun chez eux, » sans avoir, cette fois du moins, rien résolu contre Jésus.
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
J. VII. v. 37. « Le dernier jour, qui est le plus grand de la fête, Jésus, debout, s'écriait ■ /Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boite. » — Zèle ardent de Jésus pour le salut des âmes ! « Clamabat. » — Il nous invite à venir avec lui, à nous abreuver à la source des grâces. Nous avons besoin d'un Rédempteur. Notre âme a soif d'un bonheur qu'elle ne trouve pas en elle-même. Jésus seul peut apaiser la soif de notre âme, et nous donner ce qui nous manque. Hors de Jésus, tout est sécheresse et aridité... Les biens delà terre ne sont que des eaux bourbeuses et empoisonnées qui ne font qu'irriter la soif, bien loin de l'apaiser. Le recueillement intérieur, l'union avec Jésus-Christ, la méditation de ses mystères, la participation à ses sacrements, etc., sont des sources abondantes toujours ouvertes, et les seules où nous puissions nous désaltérer pleinement et trouver le vrai bonheur.
51. Numquid lex noslra judicat hominem, nisi priùs audieiït ab ipso, et cognoverit quid faciat? — 52. Responderunt et dixerunt ei : Numquid et tu Galileeus es? Scrutare Scripturas, et vide quia à Galilaeâ propheta non surgit. — 53. Et reversi sunt unusquiapie in do mu m suam.
j. vu. 37-53. § LXXVI. veux, jour fête des tabeun. 179
v. 38. « Qui croit en moi, de son sein, comme dit V Ecriture, jailliront des fleuves d'eau vive. » — Jésus est pour nous une source inépuisable de grâces, mais ces grâces ne doivent pas rester stériles en nous, et nous devons les répandre ensuite sur nos frères.
v. 39. « Il disait cela de V Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. » — Cette source d'eau vive, cette source inépuisable de grâces, n'est autre cpie l'Esprit-Saint, l'Esprit sanctificateur, rpii nous unit, â Dieu, dont Jésus-Christ annonce la venue : « Car l'Esprit n'était pas donné encore, parce que Jésus n'était pas encore dans sa gloire. » — L'Esprit-Saint n'avait été accordé Jusqu'alors qu'à quelques âmes d'élite, aux prophètes, aux patriarches, aux saints de l'Ancien Testament. Ce n'est qu'après la mort, la résurrection et l'ascension de Jésus- Christ qu'il doit devenir le patrimoine de l'Eglise entière. Il fallait que les péchés du monde fussent expiés, avant que l'Esprit- Saint vînt la diriger, la protéger, en être l'âme et la vie. — Haute dignité du chrétien appelé à être le temple de l'Esprit-Saint, à devenir par lui un membre du corps mystique de Jésus-Christ ! Don inestimable qui est le fruit de la mort de Jésus-Christ! Nous l'avons reçu au baptême, à la confirmation...; Tavons-nous conservé avec soin? Avons-nous suivi ses inspirations? Ne lavons-nous pas chassé de notre cœur? Avons-nous du moins pleuré sa perte? Hélas ! nous méprisons ce bien précieux, qui fait toute la richesse de notre âme, d'où dépend notre éternelle félicité, et nous nous exposons tous les jours au hasard de le perdre !
v. 40. 41. « Ayant dit ces paroles, les uns disaient : c'est un prophète. D'autres disaient : C'est le Christ! Mais quelques-uns disaient : Est-te que le Christ viendra de Galilée? » — Hors de l'Eglise, hors de l'unité de la foi, il n'y a que division et discorde irrémédiable. Les incrédules, les hérétiques, ne s'accordent sur rien, excepté dans leur haine contre l'Eglise de Jésus- Christ.
v. 42. « L'Ecriture ne dit-elle pas : C'est de la race de David, C'est de Bethléem, d'où était David, que viendra le Christ? » — Les hérétiques sont habiles à torturer l'Ecriture-Sainte, pour lui faire dire tout ce qu'ils veulent. Les sophismes, les raisonnements, les prétextes ne manquent jamais aux ennemis de Jésus-Christ et de l'Eglise.
v. 44. « Quelques-uns d'entre eux voulaient se saisir de sa personne, mais aucun ne mit la main sur lui. » — Ne craignons pas la haine impuissante des ennemis et des persécuteurs de l'Eglise. Dieu la pri tége et la soutient de son bras puissant. Ils n'agiront contre elle que quand et qu'autant que Dieu le leur per-
mettra, et la persécution même ne fera qu'augmenter son éclat et sa gloire.
v. 45, 46. « Les gardes revinrent vers les Pontifes et les Pharisiens, qui leur dirent : Pourquoi ne Vavez-vous 'point amenél Les gardes répondirent : Jamais homme ne parla comme cet homme. » — Jésus change ces hommes envoyés pour s'emparer de lui, mais dont le cœur n'était pas entièrement endurci, en témoins de sa divinité. La vérité est hien puissante, lorsqu'on ne ferme pas volontairement les yeux à sa lumière . — « Jamais homme n'a parlé comme Jésus. » — Jamais homme n'a annoncé une doctrine aussi sublime, aussi sainte, aussi pure, avec autant d'autorité, la confirmant par ses exemples et par ses miracles. Qu'a-t-on substitué à sa doctrine? qu'y a-t-on ajouté?
v. 48, 49. « Les Pharisiens reprirent : Vous a-t-il séduits, vous aussi? D'entre les princes des prêtres ou d'entre les Pharisiens, en est-il un seul qui ait cru en lui? Quant à cette populace ignorante, qui n'a point étudié la loi, ce sont des maudits. » — Les incrédules se regardent comme des esprits supérieurs, prennent en pitié la foule ignorante. C'est le désir de se distinguer, de ne pas penser comme le commun des hommes, qui les pousse à l'incrédulité. La religion, disent-ils, d'un ton dédaigneux, est bonne pour le peuple. Ils opposent à la loi de Dieu l'exemple et les maximes du monde. L'orgueil et le respect humain, voilà les deux grands obstacles qui éloignent les hommes de la religion. Heureuses les âmes simples et humbles qui n'ont pas peur d'être du peuple quand il s'agit de foi, qui ne cherchent dans les livres saints que ce qui peut les édifier et les instruire I
v. 50-51 . « Nicodème, l'un d'entre eux, qui était tenu de nuit à Jésus, leur dit : Notre loi condamnc-t-elle un homme sans l'avoir auparavant entendu, sans avoir fait une information sur sa conduite? » — Remontrance 1) généreuse. Il ose parler en faveur de l'innocence persécutée, et s'exposer à la haine des puissants ; 2) forte et courageuse •" il dénonce le Sanhédrin comme violateur de la loi et de la justice ! 3) modeste : il se contente d'avoir raison sans montrer ni aigreur, ni animosité. Imitons ce beau modèle toutes les fois que nous avons à défendre la religion contre les attaques de l'incrédulité. C'est la coutume ordinaire des incrédules de juger, de décider, avant d'avoir examiné. La révélation est impossible, les miracles sont impossibles axiomes commodes, qui les dispensent d'examiner les
faits incontestables qui établissent l'existence des miracles et de la révélation.
v. 52. « Lis lui répondirent : Et vous aussi, seriez-votes Gfaliléen ? Etudiez les Ecritures, et vous verrez que nul prophète ne vint jamais de Galilée?» — Les Pharisiens ne pouvant rien
répliquer de raisonnable, s'emportent en injures. C'est la tactique ordinaire de ceux qui n'ont rien à répondre. Les injures dans leur bouche suppléent les bonnes raisons. Ils donnent le change sur la question. Battus sur un point, ils se réfugient sur un autre. On n'a jamais le dernier mot avec eux.
v. 53. « Et ils s en retournèrent, sans avoir rien résolu, chacun dans sa maison. » — Suite ordinaire des disputes sur la religion. On se fait un point d'amour-propre de ne point céder; on ferme les yeux à la lumière. Nous ferons plus auprès des impies par l'exemple, par le dévouement de la charité fraternelle, par la prière, que par les disputes.
PROJETS HOMILÉTIQUES.