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LXIII

SIXIÈME VOYAGE DE JÉSUS. - IL SE RETIRE DANS LES ENVIRONS DE TYR ET DE SIDON. - LA FEMME CHANA- NÉENNE. — JÉSUS LE SAUVEUR DES GENTILS COMME DES JUIFS.

(Mi. xv. 21-28; Mr. vu. 24-30. — Evangile de la 5e férié après le , 1er dimanche de Carême.

« Jésus étant 'parti du lieu » où il venait de confondre et de démasquer l'hypocrisie des Pharisiens, et voulant se soustraire pour quelque temps à leurs persécutions tracassières, « se retira » au Nord-Ouest de Sephoris, dans la partie septentrionale de la Galilée, « vers les confins de Tyr et de Sidon. Là, il entra dans nue maison où il eût saulwÂté que son séjour pût demeurer secret, mais il ne put demeurer caché. » Le bruit de sa présence ne tarda pas à se répandre aux environs, et « voilà qu'une femme chananéenne, habitant la Syro- Phénicie » et descendant d'une race en abomination chez les Hébreux, à cause de leur idolâtrie et de la corruption de leurs mœurs, de ces anciens Ghananéens que les Juifs exterminèrent presque entièrement et chassèrent de la Terre-Sainte, et qui, par conséquent, était payenne, « sortant de ces contrées, s'approcha de Jésus avec de grands cris, disant : Seigneur, fis de David, » vous que je reconnais pour le Messie libérateur qu'attendent les Juifs (l'attente d'un Messie qui devait sortir de la Judée était alors presque universelle et avait pénétré jusques chez les Gentils), « ayez pitié de moi, » (le cœur d'une mère s'approprie les souffrances

M1 XV. 24. Et egressus indè Jésus, secessit in partes Tyri et Sidonis. — Mr VIL 24. Et ingressus domum, neminem voluit scire ; et non potuit latere. — M' 22. Et ecce mulier CLananrea à fmibus illis egressa clamavit, dicens ci, — Mr 26. (Erat enim mulier gentilis, Syrophœnissa génère) : — W 22. Miserere mei, Domine, fili David;

34 l'évangile expliqué, dévendu, MEDITE.

de son enfant); « ma fille est cruellement tourmentée du démon; » j'ose vous en conjurer, guérissez-la, comme vous en avez guéri tant d'autres.

A ces touchantes supplications, « Jésus ne répondit pas une seule parole. » — Qui nous expliquera ce silence étrange? Une mère désolée prie, pleure, conjure, fait retentir l'air de ses lamentations et de ses cris, et Jésus, si bon, si tendre, lui qui n'a jamais rebuté un infortuné, demeure insensible, froid, indifférent. Son cœur seraitil changé? — Ne le croyons pas. Ce dédain apparent cache une bonté réelle : il veut offrir à cette pauvre mère, qui vient le trouver avec tant de foi et de confiance, l'occasion d'étaler au grand jour tous les trésors de vertu qu'elle cache au fond de son cœur pudique, et offrir en cette payenne comme un présage, un prélude de la vocation des Gentils.

« Les Apôtres, » voyant ce silence de leur Maître, et cédant à la pitié que cette pauvre femme leur inspirait, intercédèrent à leur tour, et, « s'approchant de lut, » ils lui dirent : « Renvoyez-la, » débarrassez-vous des sollicitations importunes, en lui accordant ce qu'elle vous demande, et délivrez-nous nous-mêmes, « car elle nous poursuit de ses clameurs » et ne nous laisse aucun repos.

« Mais, » leur intercession ne fut pas plus efficace que les prières de la Gliananéennc, et « il leur répondit : » Ce que vous me demandez ne peut s'accorder avec la mission que j'ai reçue de mon Père. « Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. » Je suis le Messie promis aux Juifs par les prophètes : c'est à eux que doivent s'adresser mes prédications, mes miracles, que je dois consacrer ma vie toute entière. Ce n'est qu'après ma mort que l'Evangile pourra être annoncé aux Gentils. — Ce que Jésus-Christ disait était véritable; mais toute règle souffre exception, et la Chana-

filia mea malè à daemoniovexatur. — 23. Qui non respondit ci verbum. Etàccedentes discipuli ojus rogabant eura dicentes : Dimitte eam, quia clamât post nos. — 24. Ipse autera respondeas ait : Non sum missus nisi ad oves qiue perierunt domûs Israël.

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néenne, par la vivacité de sa foi et l'ardeur de sa confiance, devait mériter d'en être une.

Ce nouveau refus de Jésus était bien propre à la décourager; mais elle n'en persista pas moins dans ses instances. Voyant que l'intercession des Apôtres n'avait pas eu de résultat, « elle se jette elle-même aux pieds du Sauveur en Récriant, » les larmes aux yeux : « Seigneur, secourez-moi. » « Jésus » ne se rend pas encore. Vous ne savez pas ce que vous demandez, lui dit-il, et le temps de l'obtenir n'est pas encore venu. « Laissez d'abord, » comme il est dans l'ordre, et comme c'est dans leur droit, « les enfants » du royaume, les Juifs, fils et héritiers de la promesse, « se rassasier » à la tablé du père de famille; « il n'est pas don de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens ; » il n'est pas permis d'accorder aux Gentils les grâces réservées clans les desseins de la divine Providence au peuple de Dieu. — Le chien était réputé, à cause de sa lubricité, une bête immonde, et c'est sous ce nom injurieux crac les Juifs désignaient les payons (a); toute idolâtrie était considérée parmi les Juifs comme une impureté et une fornication. Jésus affecte d'employer leur langage flétrissant, bien qu'il en tempère la dureté par un dimir nutif (toi? xuvapfoiç, catulis), et sans doute, par le ton de ses paroles et la bonté empreinte sur son visage, afin de faire mieux éclater l'humilité et la foi de la Ghananéenne.

Il semble que ces dures paroles auraient dû refouler tout espoir dans le cœur de la Ghananéenne, et ne plus laisser de place qu'à l'irritation et à la colère. Il n'en est rien. Elle accepte l'humiliation qu'on lui fait subir et la dénomination injurieuse qui lui est infligée, et en

25. At illa venit, Mr et procidit ad pedes ejus, M' et adoravit euni, dicens : Domine, adjura me. — Mr 27. Qui dixit illi : Sine priùa saturari fdios; non est enim bonum sumere pancm filiorum, et miltero canibus. — M* 27. At illa dixit :

(a) Miilrusdi Tilliiii : « Natioçes mundi astimlQntur canibus. » — Eliézcr* C. 29 : « Qui comcdil çum idolâtra, similis est vvmedenti, cum cane, uterquO incircumeisus est. »

même temps, avec une adresse qu'on ne peut assez admirer, elle s'en sert comme d'une arme toute-puissante pour triompher du cœur de Jésus. « Oui, /Seigneur, » répond-elle, vous avez raison, je ne suis qu'une pauvre petite chienne; je ne me reconnais pas le droit de participer aux privilèges réservés aux enfants du Père céleste, et je ne prétends pas non plus les priver des bienfaits que vous leur réservez. Mais, je vous prends par vos propres paroles. « Les petits chiens, » vous le savez, ne sont pas absolument étrangers à la maison du père de famille, ils en font partie. S'ils n'ont pas le droit de s'asseoir avec les enfants à la table paternelle, « ils se nourrissent » du moins « des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » C'est tout ce que je vous demande, et je m'en contenterai.

Le cœur de Jésus ne pouvait résister à une prière aussi touchante, à une aussi vive confiance; il rend les armes, et donnant un libre essor à sa tendresse qu'il avait comprimée jusque-là, il ne craint pas de louer publiquement celle dont l'humilité était assez profonde pour n'avoir rien à redouter de ses louanges : « 0 femme, » s'écrie-t-il, « que ta foi est grande/ Qu'il te soit fait selon ton désir. Grâce a la parole que tu viens de prononcer, retour ne » en paix, ta demande est exaucée, « le démon a quitte ta fille. » En effet, « sa fille fut guérie à l'heure même, et de retour à sa maison, » la Ghananéenne « trouva sa fille délivrée du démon et couchée » tranquillement « sur son lit. » Devant la porte orientale de Sidon, on éleva clans la suite une chapelle à l'endroit où l'on croyait qu'avait eu lieu ce miracle. Mais, d'après les paroles qui suivent immédiatement dans l'évangile de saint Marc, telles du moins que les a traduites la Vulgate, il a dû plutôt avoir lieu devant les portes de Tyr. Nous trouvons plus tard dans le Clémentines (Hom.

Etiam, Domine, nam et catelli edunt de micis quae cadunt de mcnsà dominorum suorum. — 28. Tune respondens Jésus ait illi : 0 radier magna est fides tua; fiât tibi sicut vis. — W Propter hune sermonem vacie; exiit daemonium à filià tint. — Mt. Et sanata est filia ejus ex illà horâ. — Mr 30. Et cùm abiisset domum suam, invenit puellam jacentem suprà lectum, et daemonium exiisse.

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