M1. XV. 21-28. — § LXIII. LA CHANANEENNE. S
Glem. ii, 19), la Chananéenne désignée sous le nom de Justa, et sa fille, sous le nom de Bernikc, et on lui donne la ville de Sarepta pour demeure.
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
v. 21. « Jésus, étant parti de ce lieu, se retira du côté de Tyr et de Sîdou. » — Jésus, pour sauver sa vie, est obligé de quitter son ingrate patrie. Ce n'est pas la seule fois qu'il subit l'exil. Sa patrie Le chasse; mais il lui demeure fidèle. — Jésus s'approche des payens, qu'il doit bientôt appeler à la grâce de l'Evangile.
v. 22. « Et voilà qu'une femme chananéenne, sortant de ces contrées, lui dit avec de grands cris : Seigneur, fils de David, ayez pitié de moi; ma fille est cruellement tourmentée du démon. » — La Chananéenne aux pieds du Sauveur, c'est le monde payen implorant sa délivrance et suppliant Jésus de briser enfin la chaîne de Satan. — Admirons la foi de la Chananéenne : toute payenne qu'elle est, elle reconnaît en Jésus le Messie, le Sauveur attendu du monde entier. — Une tendre mère s'identifie avec son enfant et s'approprie ses souffrances. Sa fille infortunée peut-être ne connaissait pas son malheur, mais la mère le sentait profondément. C'est une grande douleur, pour des parents chrétiens, une douleur à nulle autre pareille, que de voir l'âme de leurs enfants sous la puissance du démon ; ils doivent tout faire pour les retirer de cet état misérable, et surtout recourir à la prière. — C'est à Jésus que nous devons recourir en nos nécessités ; c'est lui que nous devons supplier pour nous et pour les autres : « Kyrie eleison. »
v. 23. « Jésus ne lui répondit pas une parole. » — Jésus dont le cœur est si compatissant, nous apparaît ici dur et insensible. « La parole reste muette, la source des grâces semble tarie, le médecin céleste rebute ses malades et refuse de les guérir. » (S. Chrys.). — Ne nous laissons pas tromper par cette dureté apparente sous le masque de laquelle se cache en vain l'ineffable bonté du Sauveur. S'il diffère de nous exaucer, c'est pour exciter encore davantage notre foi, notre confiance, notre ferveur, pour nous faire mieux apprécier les bienfaits qu'il nous destine. « Clamabat mulier avida impetrandi beneficii, fortiterque pulsabat : et dissimulabatur ab eo, non ut miscricordia negaretur, sed utdesiderium acceuderetur, sed ut humililas cornmendaretur, etc. Clamabat tanquam Domino non exaudiente, sed quod facturas erat silentio disponente. — Oratio sanctorv.m quasi dilatione repellitur, ut lanquàm, ignis flatu reqjercussus in/lammelur ardentiùs. » (S. Aug.)
Dehaut. L'Evant;. — T. III. 4
« Et ses disciples s' approchant de lui le priaient, disant ; renvoyez-la, car elle nous poursuit de ses cris. » — Nous devons prier les uns pour les autres. Les supplications des malheureux ne doivent pas nous être importunes. « Res est sacra miser. »
v. 24. « Mais il leur répondit : Je n'ai été envoyé qu aux brebis perdues de la maison d'Israël. » — Jésus est d'abord, et en premier lieu, le Sauveur des Juifs : mais bientôt, repoussé par les Juifs déicides, il deviendra le sauveur des Gentils et du monde entier — « Et dixit Sion : dereliquit me Dominus, et Dominus obliius est milii. » (Isa. xlix, 14). Quia adhùc visus procul, et apparelit in finem, et non mentietnr. Si moram feccrit, exspecta ittum, quia veniens veniet et non lardabit. » (Hab. m, 2).
v. 25. « Elle, cependant, se vint prosterner devant lui, disant: Seigneur, secourez-moi. » C'est en vain que Jésus la rebute ; la Cliananéennc ne se décourage pas. Elle continue de crier ; elle répète sans cesse : Seigneur, Fils de David, ayez pitié de moi. Admirable exemple de persévérance et de ferveur dans la prière.
v. 2G. « Il lui répondit : Il n est pas Ion de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens. » — Misérables pécheurs que nous sommes, que sommes-nous, en présence de la sainteté do Dieu, que des chiens immondes? quel droit avons-nous de participer aux faveurs destinées aux enfants de la famille ? Humilions-nous devant Dieu, et reconnaissons notre indignité.
v. 27. « Mais elle lui dit : Il est vrai, Seigneur; mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » — Humilité profonde de la Chananéenne! Elle accepte sans les repousser les qualifications injurieuses que Jésus lui inflige, et se reconnaît indigne de ses faveurs ; elle entre toute entière dans les pensées de Jésus-Christ, mais elle ne se décourage pas pour cela; et, avec une habileté qu'on ne peut assez admirer, elle se sert des paroles mêmes de Jésus-Christ pour s'en faire une arme contre lui. « 0 Domine, faclus esadvocatus peiilionis meœ, et abnegando promiltis. Non respuo opprobrium. Si canis sum, non tàm aliéna sum. Si licet participare canibus, non omninà prohibeor : nutri me ut canem : fac mihi quod cani debetur ; da mihi micas. » (S. Chrjs.) — « Tantm snnt mensœ Domini opes, ut abundè mihi satis sit, si justorum suorum micis frui liceat. » — (Expos.) — La Chananéenne ne demande que des miettes destinées aux petits chiens. Parmi les hommes, il faut demander beaucoup pour recevoir peu. Il n'en est pas ainsi auprès de Jésus-Christ. L'humilité qui s'abaisse et se reconnaît indigne de rien recevoir, obtient beaucoup.
v. 28. « Alors Jésus lui répondit : 0 femme, votre foi est grande; qu'il vous soit fait selon votre désir. » — « 0 femme,