‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 187 sur 419 · MARTHE ET MARIE, OU LA VIE ACTIVE ET LA VIE CONTEMPLATIVE · texte numérisé non relu

MARTHE ET MARIE, OU LA VIE ACTIVE ET LA VIE CONTEMPLATIVE

(Béthanie.) (L. x, 38-43. — Evang. de la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge.)

Au sortir de Jérusalem, « Jésus, » accompagné de ses disciples, « s'arrêta au bourg » de Béthanie, distant d'environ une lieue de la ville sainte et situé près de la grande route., au milieu de collines ravissantes et entourées d'une ceinture d'arbres et de jardins; et là, « une femme, nommé Marthe, » la sœur de Lazare, que Jésus ressuscita peu après, « le reçut en sa maison . » Outre son frère, « elle avait une sœur, nommée Marie » Madeleine que nous connaissons déjà. C'était elle qui était venue pleurer ses péchés sur les pieds du Sauveur dans la maison du pharisien Simon; plus tard, nous l'avons retrouvée à la suite du divin Maître., parmi les femmes de Galilée qui s'étaient donné le soin de pourvoir à ses besoins ; aujourd'hui, elle est chez sa sœur, soit que, de-

L. X. 38. Factura est autem, dura irent, et ipse intravit in quoddam eastellum ; et mulier qusedam, Martha nomine, excepit illum in domum suam ; — 39. Et huic erat soror nomine Maria,

DEHAUT. L'Evang. — T. III. 23

puis sa conversion, elle y ait fixé son domicile, afin d'ôter tout prétexte aux mauvais soupçons, soit qu'instruite de la prochaine arrivée de Jésus-Christ, elle y soit venue pour le recevoir. Plus portée par son caractère à une vie recueillie et contemplative^ elle se tenait « assise aux pieds du Seigneur, écoutant » et recueillant avec une sainte avidité « les paroles » de salut qui sortaient de sa bouche divine. « De son côté, Marthe, » d'un caractère plus ardent, plus actif, et qui, en qualité d'ainée, veillait spécialement à tout ce qui concernait l'administration domestique et les soins du ménage, « était fort occupée à préparer tout ce qu'il fallait » pour recevoir dignement celui qui les honorait de sa présence. Craignant de ne pas suffire toute seule à la besogne, elle voyait avec quelque peine que sa sœur, immobile aux pieds de Jésus et suspendue à ses paroles, l'oubliait entièrement et lui laissait toute la charge. « S' arrêtant donc devant Jésus, elle lui dit » avec une respectueuse familiarité, et peut-être avec un sourire d'aimable gaieté : « Seigneur, vous ne prenez pas garde que, » tandis que j'ai tout sur les bras, « ma sœur, » tranquillement assise à vos côtés et insouciante à tout le reste, « me laisse tout l'embarras du service. » — « Dites-lui donc, je vous prie, » car un seul mot de votre bouche aura plus de puissance auprès d'elle que tout ce que je pourrai lui dire. « qu'elle m'aide » tant soit peu, et qu'elle fasse quelque chose à son tour.

« Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, » je connais votre bon cœur; je sais que votre zèle et votre ardeur viennent de l'amour que vous avez pour moi; mais permettez-moi de vous donner cette petite leçon, de vous adresser un doux reproche ; « tous vous inquiétez et vous vous troublez de beaucoup de choses: » vous vous donnez une peine infinie pour des préparatifs dont vous savez, que je n'ai nul besoin, et auxquels je tiens

quse etiam sedens secùs pedes Domini, audiebat vcrbum illius. — 40. Martha au te m satagebat cireà frequcns ministerium ; quae stetit, et ait : Domine, non est tibi cura?, quod soror mea reliquit me solam ministrare? die ergo il li ut me adjuvet; — 41. Et respondens, dixit illi Dominus : Martha, Martha, sollicita es, et turbaris ergà plurima.

l. x. 38-43. — S LXXXIII. marthe et marie. 2G7

fort peu. « Or, » apprenez de moi qu' « une seule chose est nécessaire, » le soin de satisfaire les besoins de l'âme, de la vie spirituelle, l'application à chercher le royaume de Dieu et sa justice. Je loue votre zèle hospitalier, votre pieuse sollicitude; mais « Marie, » votre sœur, plus intelligente et uniquement occupée de nourrir son âme de la parole de vie, » a choisi la meilleure part, qui ne lui sera 'point ôtée. » Les SS. Pères ont vu dans les deux sœurs, priant et servant comme les anges devant le trône de Dieu, appliquées, l'une à la vie contemplative, l'autre à la vie active, tout à la fois le modèle et l'image de toutes les âmes qui devaient plus tard se consacrer à Dieu dans la vie religieuse.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

v. 38. « Un jour qu'Us étaient en chemin, Jésus entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut en sa maison. » — Nous nous trouverions bien heureux, s'il nous était donné, comme à Marthe, de recevoir la visite de Jésus-Christ et de lui donner l'hospitalité. — Consolons-nous, ce bonheur ne nous est pas refusé. 1) Jésus vient à nous dans la sainte communion : « Voilà que je suis à la porte, et je frappe : si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je souperai avec lui, et lui avec moi » (Apoc, m, 20). 2) Jésus-Christ vient à nous dans la personne du pauvre et accepte pour lai-même tout ce que nous faisons à l'un de nos frères. Accueillir, loger, nourrir, vctir un pauvre, c'est accueillir, locer, nourrir Jésus- Christ.

v. 39. « Bile avait une sœur, nommée Marie, laquelle assise aux pieds du Sauveur, écoutait sa parole. » — Heureux partage que de passer sa vie aux pieds de Jésus, d'écouter en silence ce quïl nous dit au fond du cœur !

v. 40. « Cependant Marthe s'occupait avec empressement de toutes sortes de soins. » — Marthe et Marie accueillent Jésus- Christ à leur manière, et suivant l'impulsion de leur caractère. La première est plus empressée, plus active, elle veut donner leaiicoup. Elle ne croit pas pouvoir jamais en trop faire pour répondre à l'honneur que Jésus lui fait. Marie est plus re-

41. Porrb unum est necessarium. Maria optimam partent elegit, quae non auferetur ab eâ.

cueillie, plus contemplative, plus empressée à recevoir, à puiser à la source des. grâces. Avide d'entendre les divines instructions du Sauveur, elle est comme suspendue à ses lèvres et ne peut se lasser de l'écouter. Les Saints Pères ont vu en elles l'image de la vie active et de la vie contemplative. Ce sont deux sœurs : ce qui signifie qu'elles ne doivent pas se séparer, et que le chrétien doit réunir l'action à la contemplation. Il doit se livrer au travail de sa profession, sans négliger la prière, et ses pratiques de piété ne doivent pas lui faire négliger les devoirs de son état.

« S 'arrêtant devant Jésus, elle lui dit : Seigneur, ne voyezvous point que ma sœur me laisse à moi seule toute la peine? Dites-lui donc qu'elle m'aide. » Gardons-nous de voir, dans les paroles de Marthe, l'expression du mécontentement et de l'aigreur, a) Elle se plaint, par amour pour Jésus-Christ. Son unique soin, c'est de le servir aussi bien que possible, et elle craint de ne pouvoir suffire seule à sa tâche. Est-ce là aussi l'objet habituel de nos plaintes? — b) C'est à Jésus seul qu'elle porte ses plaintes. Imitons-la, et que Jésus soit le premier confident de nos peines. — b) Elle prend Jésus-Christ pour juge, et s'en rapporte à ce qu'il voudra décider. Consultons également Notre Seigneur Jésus-Christ, et demandons-lui ce que nous devons faire, lorsqu'il nous arrive quelques mécontentements dans nos rapports avec nos frères. — d) Elle ne se permet aucune parole blessante ou offensante pour sa sœur, et se contente d'exposer simplement à Jésus-Christ son désir et sa perplexité. Bien différente de ces caractères acariâtres qui, pour la moindre contrariété, se répandent en injures et en paroles outrageantes.

v. 41, 42. « Le Seigneur répondit : Marthe, Marthe, vous vous inquiétez de beaucoup de choses. Or, une seule chose est nécessaire. » — Qui peut voir sans pitié les vains soucis des hommes, qui s'agitent et se tourmentent pour les choses futiles et oublient la seule chose nécessaire? Il n'y arien de grand, d'important, de nécessaire, que ce qui est éternel, que ce qui est infini. Tout le reste passe, tout le reste est borné et, par conséquent, moins que rien, comparé à l'éternité. « Recherchez les choses du ciel, où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu ; n'ayez point de goût que pour les choses d'en haut, et non pour celles d'ici-bas. » (Col., m, 1, 2). Même en nous occupant des choses de la terre, nous devons lever nos regards au ciel.

« Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée. » — Qu'y a-t-il de meilleur pour une faible créature, que de se donner tout entière à son Créateur et d'oublier toutes choses pour vivre avec lui dans une union intime? C'est le ciel sur la terre. C'est ce que le monde aveugle ne comprend pas : il ne

l. x. 38-43. — § LXXXIII. maiithe et marie. 269

veut voir clans ces âmes livrées à la contemplation et à la prière que des personnes oisives et inutiles à la société. Il se trompe grossièrement, car elles ne sont pas oisives, ces mains qui s'élèvent vers le ciel, et qui appellent sur nous les grâces et les bénédictions divines. Depuis longtemps les foudres de la vengeance divine auraient éclaté sur nos tètes coupables, si les prières de ces âmes innocentes ne s'élevaient pas vers le ciel pour désarmer la colère divine. — « Et elle ne lui sera point ôtée. » Il n'en est pas des biens surnaturels comme des misérables biens de la terre, que la mort nous ravira sans retour. N'attachons pas notre cœur à cette vile poussière que Dieu a placée sous nos pieds pour nous apprendre à la mépriser, tandis que nos regards se tournent naturellement vers le ciel, là où est notre véritable patrie, où nous attend un bonheur qui ne connaîtra jamais de fin.

PROJETS HOMILÉTIQUES.

Page 1