L. XIII. 1-9. — § LXXXV. LE FIGUIER STERILE
image et toute apothéose, planta au-dedans des murs de la ville sainte les étendards des légions avec les images de l'empereur. Les citoyens de Jérusalem, ayant enfin obtenu de lui qu'il fit enlever ces enseignes, il vint lui-même à Jérusalem, et voulant faire payer aux Juifs là faveur qu'il leur avait accordée, il annonça le projet de faire construire avec l'argent du temple un aqueduc de deux ou trois cents stades. Le peuple, à cette nouvelle, se souleva et chercha par des cris tumultueux à détourner les Romains de leur entreprise sacrilège. Pilate., irrité, fit habiller en bourgeois ses soldats qui, portant sous leurs vêtements des massues, se mêlèrent au peuple et assommèrent les séditieux, dont un grand nombre périrent ou furent blessés. Puis, profitant des bonnes dispositions d'Hérode, dont il s'était gagné l'amitié en lui livrant Jean-Baptiste, il lui demanda des architectes et des ouvriers pour conduire l'aqueduc au-dedans de la ville sur la gorge creusée entre le mont Sion et le mont Moria, et où s'amasse l'eau de Siloé. Mais les architectes, d'après les conseils du perfide Hérode, construisirent l'aqueduc de manière qu'il ne pût résister longtemps; et en effet, les arcades s'affaissèrent bientôt, et le château-d'eau de Siloé s'abîma, et ensevelit sous ses ruines dix-huit pauvres ouvriers des faubourgs de Jérusalem; et c'est d'eux que veut parler ici Notre Seigneur. Pilate, courroucé de la perfidie d'Hérode, cherchait le moyen de se venger; et c'est pour cela que, cette armée même, il fit attaquer et massacrer les Galiléens au moment où ils offraient leurs sacrifices à Dieu. Nous ne nous rendons pas garants de ces hypothèses dont il serait difficile à Sepp d'offrir la preuve.
D'autres pensent que ces Galiléens étaient des sectateurs de Judas le Gaulanite, qui enseignait que le peuple de Dieu, n'ayant d'autre prince que Jéhovah, ne devait le tribut qu'au Seigneur ; que payer un impôt aux Pvomains, c'était se rendre coupable d'idoLàtrie. Cette secte subsista jusqu'au temps de la destraction de Jérusalem. On peut présumer qu'un certain nombre de ces sectaires, offrant dans le temple des sacrifices où l' empereur n'avait aucune part (car ils pensaient
qu'on ne devait prier ni sacrifier pour César, ni pour 1 empire), Pilate, offensé des discours séditieux qu'ils tenaient et qui remuaient le peuple, envoya des soldats qui les immolèrent au pied des autels. Ceux qui racontèrent ces événements à Notre Sauveur étaient probablement revenus plus tard que lui de la fête des Tabernacles.
Pour exciter les Juifs à une prompte conversion, Jésus « ajouta cette parabole : Un homme avait planté un figuier dans sa vigne. » Ce figuier que Dieu a planté dans sa vigne, c'est vous tous, qui m'écoutez, qui faites partie de ce peuple élu, que Dieu s'est choisi préférablement à tant d'autres, auquel il a prodigué tant de grâces, tant de moyens de salut. « Il vint pour y chercher les fruits » de vertus et de bonnes œuvres qu'il avait droit d'en attendre « et il n'en trouva point; » il n'a trouvé, au milieu de vous, qu'endurcissement et obstination à repousser ses grâces. « Alors il dit à celui qui cultivait sa vigne, » à moi-même, qui ai succédé à Moïse et aux prophètes : « Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier; » voilà trois ans que votre voix se fait entendre à ce peuple endurci, et l'appelle inutilement à la pénitence, « et je ne trouve rien; coupole doue, cet arbre stérile : à quoi bon occupe-t-il la terre? » à quoi bon en puise-t-il inutilement le suc et tient-il la place d'un arbre fructueux ?
« Mais le vigneron, » le Fils de l'Homme, celui qui vous parle, et qui n'est venu sur la terre que pour vous sauver, « répondit » au maître de la vigne : « Seigneur, laissez-le encore cette année ; » supportez-le encore quelque temps et suspendez votre vengeance; « je creuserai tout autour:, et y mettrai du fumier, » je redoublerai d'efforts pour convertir ce peuple rebelle et obstiné; « peut-être, » à la fin, se rendra-t-il à ma voix et
6. Dicebat autem et hanc similitudinem : Arborera fici habebat quidam plantatam in vineà suâ, et venit qurerens fructurn in illà, et non invenit. — 7. Dixit autem ad cultorem vineae : Ecce anni très sunt ex quo venio quœrens fructurn in ficulneâ hâc, et non invenio ; succide ergo illam; ut quid etiam terram occupât? — 8. At ille respondens, dicit illi : Domino, dimitte illam et hoc anno, usquedùm fodiam circà illam, et mittam stercora.