A. PARABOLE DE LA BREBIS ÉGARÉE. (L
[Evangile du 3° dimanche après la Pentecôte).
Tandis que les Pharisiens et les Scribes ne montraient, pour Jésus-Christ et sa doctrine, que mépris et malveillance, les publicains, si haïs et si méprisés des Juifs, et même des pécheurs publics, s'empressaient autour de lui, et se montraient dociles à ses divines leçons. « Des Publicains et des pécheurs, » dit l'Evan-
L. XV, 4. Erant autem appropinquanles ei publicani et peccatores, Dehaut. L'Evang. — T. III. 27*
géliste, « s'approchaient de lui pour l'écouter. » Jésus les accueillait avec bonté, acceptait volontiers leurs invitations, mangeait et buvait avec eux, comme avec ses meilleurs amis. Il agissait ainsi pour les gagner et les convertir, car c'était pour cela qu'il était venu sur la terre. Cette condescendance pleine d'amour scandalisait les orgueilleux Pharisiens, qui repoussaient loin d'eux les publicains et les pécheurs avec un mépris superbe, et se seraient crus souillés d'avoir avec eux le moindre contact. « Cet homme, » disaient-ils, « accueille les pécheurs et mange avec eux; » un prophète n'agirait pas ainsi; ce ne peut être qu'un pécheur lui-môme ; qui se ressemble s'assemble. Jésus leur montre, par une suite de trois paraboles, que, dans sa conduite à l'égard des pécheurs, il ne fait que se conformer au but essentiel de sa mission, qui est de sauver les pécheurs, que la Miséricorde divine, loin de repousser les pécheurs, les recherche, au contraire, et les accueille avec amour lorsqu'ils reviennent à lui.
Il commence par nous montrer, dans les deux premières paraboles, la miséricorde divine prévenant, cherchant les pécheurs, courant, en quelque sorte, après eux, et ne se lassant pas de les poursuivre, qu'elle ne les ait atteints et ramenés.
« Et il leur dit cette parabole (ci), » qu'il avait déjà
ut audirent illum. — 2. Et murmurabaut Pharisaei et Scribœ, dicentes : Quia hic peccatores recipit, et raanducat cum illis. — 3. Et ait illis parabolam istam, dicens :
(a) 11 n'y a rien d'invraisemblable à ce que Jésus ait proposé deux fois la même parabole en deux circonstances différentes : la première fois, pour instruire les apôtres, la seconde fois, pour confondre ses ennemis. Bien qu'identiques au fond, ces deux paraboles différent toutefois, a) par la forme. Dans saint Matthieu, les quatre-vingt-dix-neuf brebis restent sur la montagne; dans saint Luc, elles sont laissées dans le désert. — Saint Luc est plus circonstancié, et ajoute l'épisode de la joie des amis et des voisins, b) Par leur but et leur signification. Saint Luc nous représente l'amour infini de Dieu envers l'homme tombé et perdu; saint Matthieu, Jésus-Christ le Bon Pasteur, courant après la brebis, ïe fidèle égaré. Au reste, cette image empruntée à la vie commune est si naturelle, que nous ne devons pas nous étonner, non-seulement de la retrouver dans les prophètes de l'Ancien-Testament et que Jésus-Christ l'ait reproduite plusieurs fois, mais que les rabbins eux-mêmes Paient imitée. — (On trou.e en effet, en Bercschit rabba, sect. 86, fol. 843, une imitation de cette parabole : « Armentanus quidam duodecim jumcnla antè se agebat, quee vinum portabant, tinum vero er,