‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 237 sur 419 · C. Parabole de l'enfant prodigue · texte numérisé non relu

C. Parabole de l'enfant prodigue

v. 11. « Un homme avait deux fils. » — Par le sacrement de Baptême, le chrétien est élevé à la dignité d'enfant de Dieu. Les relations étroites de tendresse paternelle d'un côté, d'amour filial et d'obéissance de l'autre, qui unissent un père à ses enfants, sont l'image naturelle des relations intimes qui existent entre Dieu et l'homme régénéré. Tant que l'homme vit sous les regards de son Père céleste, et lui est uni par la grâce sanctifiante, l'obéissance et l'amour, il est innocent et heureux. — Tous les enfants de Dieu se partagent en deux corps : les justes qui ont persévéré dans l'innocence baptismale, et les pécheurs qui l'ont recouvrée par la pénitence. Tout le reste sera exclu du royaume de Dieu, et ne doit pas être compté parmi ses enfants. On peut encore voir dans ces deux fils l'image de deux sortes de pécheurs : le pécheur déclaré, public, qui se livre ostensiblement à tous les excès du vice... ; le pécheur secret, hypocrite, le pharisien, le faux dévot, qui affecte les dehors de la religion, mais dont le cœur est secrètement dominé par l'égoïsme, l'orgueil, la jalousie, etc. ; ou bien encore, le peuple juif, fidèle au culte de Dieu, et les gentils idolâtres.

v. 12. « Le plus jeune dit a son père : Donnez-moi la portion de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son lien. » — Le premier degré qui conduit le pécheur à l'abîme, la première cause de son malheur, la première tentation qu'il a à subir, c'est la concupiscence, la cupidité, l'amour déréglé des biens terrestres. Le pécheur veut s'approprier les biens créés, dont il n'est que l'usufruitier, il veut en être le maître, en user à sa guise, dans l'intérêt de ses passions. Il oublie que la succession du Père céleste n'est jamais ouverte, que nous ne devons user des biens créés que dans l'ordre de Dieu, pour sa gloire, et pour notre salut, et non dans l'intérêt de notre égoïsmo et de nos passions aveugles. — « Le plus jeune, » — La jeunesse est

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imprudente et inconsidérée : c'est l'âge des passions ardentes et des grands écarts : « Adolescentia est infirma viribus, vitio calons, fastidiosa monitoribus, illecebrosa deliciis. » — (S. Amb.) Le père se rend aux désirs du jeune imprudent, non sans doute, sans l'avoir averti, sans avoir essayé de lui ouvrir les yeux, de le retenir clans le devoir. — Dieu respecte la liberté de l'homme, même lorsqu'il en fait un mauvais usage.

v. 13. « Peu de jours après, le plus jeune des fils, ayant rassemblé tout ce qu'il avait, partit pour une région étrangère et lointaine, on il dissipa son bien dans la débauche. » — La seconde tentation qui conduit au péché, c'est l'esprit d'indépendance et d'orgueil, qui ne veut pas de maître au-dessus de lui. Le pécheur ne veut pas d'un Dieu curieux et incommode, qui lui impose ses volontés et demande compte de ses actions, et parce qu'il parvient à repousser de son esprit toute pensée de Dieu, il s'imagine qu'il n'existe pas, et vit en conséquence : « Regio longinqua oblivio Dei est. » (S. Aug.) — Des mauvais désirs, le pécheur passe à l'acte; il consomme le péché par la désobéissance, et se sépare de Dieu, en lui préférant les créatures, et cherchant en elles sa fin et son bonheur : « Sciendum est, non locorum spatiis, sed ajfectu, nos esse cum Deo, aut ab eo discedere. » (S. Hier.) — Une fois que l'âme pécheresse s'est éloignée. de Dieu, elle tend à s'en éloigner de plus en plus. — Et quelle est la suite nécessaire de cette séparation, de cet éloignement de Dieu? C'est la perte de tous les biens surnaturels et même naturels que le pécheur possédait. Il perd, a) les biens de la grâce, l'innocence baptismale, l'amour de son Dieu, l'espérance des biens éternels, bientôt même la lumière de la foi... ;

b) les biens de la nature •• le caractère s'affaiblit, et l'on perd tout sentiment généreux, on n'est qu'un être dégradé et inutile;

c) les biens mêmes de la fortune : on n'en trouve que trop d'exemples.

v. 14. « Après qu'il eut tout consommé, il survint dans ce pays une grande famine, et il commença à sentir le besoin. » — Suites funestes du péché, ou ce que trouve le pécheur. Il trouve, a) Y indigence et la misère, un vide qu'il ne peut remplir, une faim qu'il ne peut rassasier. — Les désirs naissent, et les moyens de les satisfaire diminuent. La jouissance elle-même laisse un vide dans Famé, et ne produit que le dégoût et une fausse satiété, qui ne fait qu'irriter la faim sons la satisfaire. — « Peccator carens

Deo, rébus omnibus caret Omnis locus quem Pâtre incolimus

absente, famis , penurke , et egestatis est. » — « Semper famem patitur, qui aliment is cœlestibus neseit impleri.» (S. Aug.) — « Qui recedit et fonte, sitit ; qui recedit à Uesauro, eget; qui recedit èi Deo, esurit. » {Ibid.) — « Va anima' auduci. ftm speravit, si

à te recessisset, se aliquid meliùs hàbituram ! Versa et reversa in tergvm et in latera et in nentrem, dura sunt omnia. » (Ibid.) — Les païens eux-mêmes ont compris cette vérité : « Graves domina cogitationum libidines infinita quœdam cogunt atque imperant,quœ expleri atque saturari nullo modo possunt. » (Cic.)

v. 15. « S'en allant donc, il se mit au service d'un habitant de ce pays, qui V envoya à m maison des champs, pour garder les pourceaux. » — Deuxième suite du péché, Y esclavage; esclavage honteux de la passion, qui règne en dominatrice, qui demande sans cesse : « A /fer, affer ; » esclavage du démon, qui s'établit en tyran dans l'âme du pécheur... : « Qui Deo servire ttoluit, fit mancipium diaboli. » (S. Aug.) — Nul maître n'est si dur que le démon, nul joug si pesant que celui du péché, nulle servitude si humiliante que d'être esclave de ses passions charnelles, brutales et honteuses. — Troisième suite du péché, Y avilissement, qui plonge le pécheur dans la fange des plus honteuses turpitudes. — « Ecce quid faciat cupiditas ad cursum prœceps : citem in peregrinum, filium in mercenarium, locupletem in egenum, lïberum mutavit in servum : junxit porcis à pâtre piîssîmo quem sejunxit, ut serviret ccenoso pecori, qui pietati sanctœ parère contempsit. » (S. Petr. Chrysol.)

v. 16. « Et il eût bien voulu se rassasier des sïliques que mangeaient les pourceaux, et personne ne lui en donnait. » — L'homme dégradé, tombé au-dessous des plus vils animaux, ne peut même rassasier sa faim immonde. — Les plaisirs du monde sont des plaisirs de pourceaux, toujours penchés vers la terre, toujours dans la saleté et dans la boue. — « Semper voluptas famem sut habet, et transacta non satiat. » (S. Hier.) — « Vires in fornicatione deficiunt, et fornicandi desiderium non quiescit. » {Ibid.) — Avilissement et honteuse turpitude des passions de la chair! Un fils de faim lie forcé a) de devenir l'esclave de l'étranger, b) de garder les pourceaux, c) de désirer leur vile et grossière nourriture, d) de ne pouvoir pas même l'obtenir. — Quelle vive image de l'état misérable du pécheur !

v. 17. « Rentrant alors en lui-même, il dit : Combien de mercenaires dans la maison de mon père ont du pain en abondance, et moi je meurs ici de faim! » — Après avoir montré les causes du péché et ses suites funestes, Jésus-Christ nous fait l'histoire du retour et de la conversion du pécheur, c'est le vif sentiment de sa misère et le retour en lui-même. Premier réveil de la conscience... Combien il se sent misérable, avili, dégradé, malheureux ! Quel contraste entre son état actuel et l'époque si heureuse où il goûtait les joies de l'innocence!... Il cherchait uniquement son bonheur dans ce monde, et, pour l'obtenir, il sacrifiait son éternité, et il trouve que son sort, même ici-bas,

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est bien plus dur et plus à plaindre que celui du serviteur de Dieu, qui n'a en vue que le bonheur de l'autre vie.

v. 18. « Je me lèverai, j'irai ter s mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous. » — Second degré de la conversion du pécheur, le bon propos '. — Il prend la résolution de revenir à Dieu, et il espère encore en la miséricorde du Père céleste. — Troisième degré, la confession. — Il reconnaît sa faute, il pleure son péché dans l'amertume de son cœur. — L'aveu de ses fautes est un besoin pour le cœur repentant : « Taiitùm relevât confessio delictorum, quantum dissimulatio exaggerat. » — « J'ai péché contre le ciel et contre vous. » — On ne peut pécher contre le prochain sans péeher contre Dieu. Le premier motif de la haine du péché, c'est qu'il offense Dieu, le meilleur des pères.

v. 19. « Je ne suis plus digne d être appelé 'votre fils ; traitezmoi comme Vun de vos mercenaires. » — Le quatrième degré de la conversion du pécheur, c'est la satisfaction, ou l'humble acceptation de la pénitence imposée, la soumission courageuse aux pratiques et aux rigueurs d'une vie pénitente.

v. 20. « Et se levant, il vint vers son père. » — Il ne faut pas différer la pénitence, ni la remettre au lendemain.

« Comme il était encore loin, son père V aperçut, et, touclié de compassion, il accourut, lui sauta au cou, et le baisa. » — La réconciliation. — Comment Dieu accueille le pécheur. — a) Il va lui-même au-devant de lui : c'est lui qui l'appelle, l'attire à lui par les touches secrètes de sa grâce. — b) Il l'accueille avec une tendresse ineffable, et lui fait goûter les plus douces consolations : « Tcim pater nemo quàm Deus. » (S. Aug.)

v. 22. « Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez vite la robe première, et l'en revêtez; mettez-lui un anneau à son doigt, et une chaussure à ses pieds. » — Il rend au pécheur tout ce qu'il avait perdu, à) Il le revêt de la robe d'innocence et le rétablit dans la possession des biens spirituels qu'il avait perdus ; b) il met à son doigt Vanneau que portaient les hommes libres, le gage précieux de son alliance et de l'intime union qu'il avait eu le malheur de rompre ; c) il fait mettre à ses pieds la chaussure honorable qu'il portait dans la maison paternelle ; il le rétablit dans la dignité et les privilèges de la filiation divine, et lui rend tous ses droits à l'héritage céleste.

v. 23. « Amenez aussi le veau gras, et tuez-le. » — Il admet le pécheur à la participation des sacrements, au banquet eucharistique; il l'inonde de toutes les douceurs de l'amour divin. — Venez, pécheurs, et goûtez combien le Seigneur est doux I Heureux celui qui espère en lui !

v. 24. « Mangeons et réjouissons-nous, car mon fils était

mort, et il revit; il était perdu, et il est retrouvé. » — La conversion du pécheur est une véritable résurrection. L'àme, morte par le péché, renaît à la vie spirituelle de la grâce, — Le pécheur converti ne doit plas vivre pour le monde, qui l'a perdu, ni pour le péché, qui lui a donné la mort, mais pour Jésus-Christ, qui est mort pour lui rendre la vie, et qui se donne à lui pour être son festin et sa nourriture.

v, 25. « Or, comme le fils ai né revenait des champs, et approchait de la maison, il entendit le bruit des chants et de la danse; et, appelant son serviteur, il lui demanda ce que c'était. » — 1) A la première vue, l'aîné paraît bien préférable à son plus jeune frère, a) Le plus jeune abandonne son père, lui, reste avec lui; h) le plus jeune dissipe follement l'héritage paternel, celui-ci le conserve et l'augmente; c) le plus jeune se précipite dans tous les excès d'une vie de débauche, cherche la société des femmes perdues, celui-ci désirerait tout au plus un chevreau pour se réjouir avec ses amis; d) le plus jeune revient de l'étable des pourceaux..., celui-ci du champ paternel, etc.. — 2) Toutefois, au fond, il ne vaut pas mieux que lui, et n'est pas moins à plaindre, a) Il sert son père, mais comme un mercenaire, et non par amour et par piété filiale; b) il jouit de l'amour et de la société de son père, et il se plaint de ne recevoir aucune récompense ; c) il se vante d'observer tous ses commandements, et, en réalité, il transgresse le premier et le plus grand de tous, qui est celui de l'amour; d) il s'enorgueillit de sa prétendue justice, au moment même où son cœur est rempli d'amertume, de jalousie, d'ingratitude et de dureté envers son père ; é) tandis que le prodigue s'humilie, pleure ses fautes et se convertit, il persiste dans son inflexibilité et repousse tous les efforts de l'amour paternel. — « Tnvidia malicm xetustum, prima laies, antiquum virns, sceculorum renenum; causa funeris. Hœc principio angelum dejecit de cœlo, etc. » (S. Petr. Chrys.)

PROJETS HOMILÉTIQUES.

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