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II. De l'humilité

4) A quoi se reconnait-ellc? — En quoi consiste-t-elle? — a) A se reconnaître comme pécheur, b) à s'humilier et à se confondre dans la pensée de sa misère, c) à attribuer à Dieu tout le bien qui se trouve en nous, d) à mettre toute sa confiance dans la rédemption de Jésus- Christ et l'infinie miséricorde de Dieu. 2) Motifs pour acquérir l'humilité. — o) Par rapport à Dieu. — aa) Tout le bien qui est en nous vient de Dieu : « Quid habes quod non accepisti? » (n. Cor., iv, 7). — bb) Dieu nous commande l'humilité. (Matt , xi, 29; xvm, 3, 4, etc.)

— ce) Que sommes-nous devant Dieu, même lorsque nous avons fait ce qui est en notre pouvoir? « Servi inutiles sumus. » (Luc, xvn, 4 0).

— dd) Que sommes-nous auprès d'un Dieu souverainement parfait, comparés à Jésus-Christ, à tous les Saints? — b) Par rapport à nousmêmes. — Considérons, aa) le penchant violent qui nous porte au mal. (Rom., vu, 45); — bb) notre répugnance pour le bien; — ce) tous nos défauts dans l'accomplissement de nos devoirs, dans le peu de bien que nous faisons; — dd) notre, impuissance à réparer le mal que nous avons causé. — c) Par rapport aux autres hommes. — aa) Ils sont, comme nous, enfants de Dieu, héritiers du ciel... ; — bb) Ils sont souvent meilleurs; plus vertueux, plus saints que nous. — d) Par rapport aux précieux avantages de l'humilité. — aa) Elle est le fondement de toutes les vertus, de la foi, de l'espérance, de la charité, etc. — bb) Elle nous assure l'estime et l'amour de nos semblables. — ce) Elle nous rend agréables à Dieu, et attire sur nous ses grâces. — dd) Elle nous ouvre le ciel, et nous promet l'éternelle récompense des élus : « Qui se humiliât, exaltabitur. » — 3) Moyens d'obtenir cette vertu. — a) S'appliquer sérieusement à se connaître soi-même ; — 6) méditer souvent sur les motifs énumérés ci-dessus, et sur le prix inestimable de cette vertu; — c) méditer sur les exemples d'humilité que nous donnent Jésus-Christ, Marie, saint Jean-Baptiste, le centenier, le Pu-

blicain, tant de saints, etc.; — d) ne manquer aucune occasion de nous exercer à cette vertu, de nous humilier (Luc, xvi, 7) ; — e) recourir à la prière. — 0 Dieu, donnez-nous un cœur humble.

§ GXV.

JÉSUS SE RETIRE DANS LA PÉRÉE. — LA FAMILLE CHRÉ- TIENNE; ENSEIGNEMENT SUR LE DIVORCE ET LA VIRGI- NITÉ. — RESPECT POUR LES ENFANTS.

(M*, xix, 1-9; Mr. x, 1-12; L. xvi, 14-18.J

« Jésus, après ces discours, partit » des frontières « de la Galilée, et vint aux confias de la Judée, au-delà du Jourdain, » pays connu, dans la langue des Grecs, sous le nom de Pére'e (de wépa, au delà). Mais la renommée de Jésus l'accompagnait partout, « de grandes troupes le suivaient » à l'ordinaire, et se précipitaient sur ses pas, avides de l'entendre, lui amenant leurs infirmes et leurs malades, et « il les guérissait. »

« Des Pharisiens » y vinrent aussi et « s'approchèrent de lui, » non pour profiter de ses divines instructions, mais « pour le tenter, » pour lui tendre des pièges, suivant leur habitude invétérée, et ils lui proposèrent une question captieuse : Est-il permis à un mari, lui dirent-ils, de renvoyer sa femme pour quelque cause que ce soit? » — « Que vous a ordonné Moïse? répondit Jésus. — Ils répliquèrent : Moïse a permis d'écrire un acte de répudiation, et de renvoyer sa femme. » — La loi de Moïse tolérait le divorce, pour certaines causes graves. « Si un homme, est-il dit, (Deut., xxxiv, 1), épouse une femme, et, qu'après l'avoir eue, elle ne trouve pas grâce à ses yeux, à cause de quelque chose de hon-

M*. XIX. 1. Et factum est, cùm consummasset Jésus sermones istos. migravit à Galilceà. et venit in fines Judae trans Jordanem. — 2. Et secutas sunt eum turbae multae, et curavit eos ibi. — 3. Et accesserunt ad eum Pharisaei tentantes eum, et dicentes : Si licet homini dimittere uxorem suam quâcumque ex causa'? — Mr X. 3. At ille respondens dixit eis : quid vobis prsecepit Moïses? — l. Qui dixerunt : Morses permisit libellum repudii scribere. et dimittere.

teux, il lui écrira une lettre de divorce., la lui mettra en main, et la renverra ainsi hors de sa maison. » — Les docteurs juifs disputaient sur le sens de ces mots. Les uns, avec Schammai, soutenaient la nécessité d'une cause grave et contraire à l'honnêteté ; les autres, à la suite à' Hillel (a), prétendaient que la moindre raison suffisait pour autoriser le divorce, celle., par exemple, d'avoir laissé brûler un mets en faisant la cuisine,, ou de déplaire à son mari (b). Cette dernière opinion, plus conforme à la corruption du genre humain, était devenue dominante parmi les rabbins. Par cette question, le Sauveur se trouvait dans l'alternative, ou de passer pour un docteur relâché, s'il se déclarait pour l'opinion d'Hillel, ou, s'il embrassait l'opinion de Schammai, de se rendre odieux aux partisans nombreux de l'opinion contraire, et peut-être de passer pour l'accusateur du roi Hérode lui-même, qui s'était autorisé de l'opinion d'Hillel pour épouser la femme de son frère. Au reste, ce désordre était si commun, que l'historien Josèphe raconte de lui-même que sa première femme le quitta, puis qu'il renvoya la seconde, parce qu'elle lui déplaisait, pour en épouser une troisième, quoiqu'elle lui eût donné trois fils. Si le mal était si grand chez les Juifs, que devait-ce donc être chez les païens? On peut en juger par ce que dit Sénèque, « que les femmes ne comptaient plus les années par les consuls, mais par le nombre des hommes qu'elles avaient eus (c). »

« Jésus leur répondit, » en les rappelant à l'autorité de l'Ecriture sainte et de la révélation divine : Vous, qui vous glorifiez de votre science dans les Ecritures, est-ce que vous n'avez yas lu, » au premier chapitre de

Mr. 5. Ouibus respondens Jésus, ait : — M1. 4. Non legistis,

(a) Schammai et Hillel non mullo prias quam Dominus nasceretur, ortos esse inJudω. (Hierou., ad Isa., vin).

(b) Schola Hillel decidit : Licere marito uxorem suam expellere, etiamsi insulserit pulpitem suam... aut si invenerit aliam sud pulchriorem, dit le R. Akiba.

(c) « Numquid jam ulla répudia erubescit, postquam illustres quœdam ac nobiles fœmiriœ, non consulum numéro, sed marilorum annos suos computant, et exeunt matrimonii causa, nubunt repudii ? » (De benef., m., 16, et Martial, vi, 7, dit également : Aut minus, aut certè non plus tricesima, lux est. Et nubi decimo jam Telesina viro. »

la Genèse (.(.que »le souverain Créateur, « qui fit l'homme au commencement, » divisa la nature en deux sexes et « créa, » non un seul homme avec plusieurs femmes, ou une seule femme avec plusieurs hommes, mais « un seul homme et une seule femme? » tira la femme du côte de l'homme et la lui donna pour compagne, les unit l'un à l'autre par le lien sacré du mariage. « et dit, » par la Louche d'Adam, qu'éclairait alors et dirigeait l'inspiration prophétique, « à cause de cela, » par suite de l'union du mariage que je viens d'instituer, « l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, » le lien si étroit de la parenté cédera au lien plus étroit du mariage, et l'époux et l'épouse « seront deux dans une même chair ; » ils ne formeront, en quelque sorte qu'un seul tout, un seul organisme, un seul être par le droit conjugal, qu'ils acquiéroront l'un sur l'autre : Ainsi, ils ne sont pas deux, mais une même chair. » — « Or, » conclut-il, ce que Dieu a uni, il n'est pas donné à l'homme de le séparer. » — Il est donc inutile de discuter sur les causes plus ou moins graves ou plus ou moins frivoles qui peuvent autoriser le divorce; car, dans la pensée primitive et dans la loi plus parfaite que je viens proclamer (car, dans le royaume messianique, l'ordre primitif des choses doit être rétabli), tout divorce est absolument défendu.

Les Pharisiens ne se rendirent pas encore. « Mais alors, répliquèrent-ils, » s'il en est ainsi, « pourquoi donc a-t-il commandé à l'homme de donner un acte de répudiation » à la femme dont il ne veut plus, « et de la renvoyer? » Moïse, envoyé de Dieu, n'a pu prescrire un acte contraire à la loi divine. Il est vrai, « répondit Jésus, » que « Moïse tous a, » non pas « commandé, » comme vous le dites faussement, mais « permis, » en certaines circonstances et pour des causes graves, « de

quia qui fecit homincm à principio, masculum et feminam fecit cos? et dixit :— 5. Propter hoc dimittet homo patremetmatrem, et adhœrebit uxori suœ, et erunt duo in carne unà. — 6. Itaque jam non sunt duo, sed una caro. Quod ergo Dcus eonjunxit, homo non Beparet. — 7. Dicunt illi : Quicf ergo Moyscs mandavit dare libellum repudii, et dimittere? — 8. Ait ïllis : Quoniam Moyses ad duritiam cordis vestri permisit vobis dimittere uxercs vestras ;

renvoyer vos femmes, » et qu'il vous a donné cette dispense « à cause de la dureté de vos cœurs, » pour éviter de plus grands maux, de plus grands crimes, tels que l'empoisonnement, le meurtre, etc., d'une épouse dont on ne pourrait se délivrer par d'autres moyens ; « mais, au commencement, il n'en fut pas ainsi; » la loi primordiale, établie par le Créateur et que je veux faire revivre de nouveau, n'admettait pas le divorce, et cette exemption temporaire doit céder à une loi plus parfaite. « Je vous le déclare donc, quiconque renvoie sa femme, si ce n'est pour cause d'adultère » (car alors il peut la renvoyer et s'en séparer, quoacl thorum, puisqu'elle a violé elle-même la loi fondamentale du mariage, mais non pas en épouser une autre du vivant de la première) (d), « est adultère, » est complice et responsable

ab initio autem non fuit sic. — 9. Dico autem vobis, quia quicumque dimiserit uxorem suam, nisi ob fornicationem.

[d) Les protestants et les schismatiques grecs ont conclu de cette parole, nisi ob fornicationem, entendue dans un sens général et isolée de son contexte, que Jésus-Christ permettait de contracter une alliance nouvelle, après qu'une première avait été rompue par l'adultère de la femme. Or, la seule permission que donne le Sauveur, en ce cas, est de renvoyer la femme coupable, et non d'en épouser une autre, puisqu'il ajoute immédiatement et en termes absolus : « Quiconque épouse une femme répudiée, commet un adultère. » Jésus déclare donc, a) que la séparation n'est permise que dans ce cas unique de l'adultère; 6) que la séparation, même en ce cas, n'entraîne point la faculté de contracter une nouvelle alliance. Si la réponse du Sauveur avait eu un autre sens, elle eût été exactement conforme à la doctrine de Schammai, qui n'étonnait personne et que tous les plus fidèles Hébreux se faisaient gloire d'observer; elle n'aurait rien changé à la loi mosaïque et aurait maintenu le libellum repudii, temporairement accordé, ad duritiam cordis; elle n'aurait nullement choqué les disciples, et n'aurait point provoqué de leur part cette plainte qu'ils expriment un peu plus loin : « S'il en est ainsi, si telle est la situation d'un homme qui épouse une femme, il «'est pas avantageux de se marier. » L'enseignement de saifft Paul n'est que l'écho fidèle de cette doctrine : « Prœcipio non ego, sed Dominus, quod si discesser it, manere inuptam ; » et le concile de Trente a résumé sur ce point toute la doctrine du divin Maître, recueillie par la tradition catholique. « Si quelqu'un dit que l'Eglise est dans l'erreur, lorsqu'elle a enseigné et enseigne encore, selon la doctrine des Evangiles et des Apôtres, que le mariage peut être dissout pour cause d'adultère, qu'il soit anathème. »

Schegg propose une autre explication du texte évangélique dont nous lui laissons la responsabilité. Jésus-Christ aurait voulu dire : Vous dites, vous autres, en vous appuyant sur la loi mosaïque, qu'il est permis de renvoyer une femme pour une chose honteuse, Ervat Dabar : « propter turpitudinem quamdam, » et vous vous disputez entre vous sur le sens que vous devez donner à ce mot ; mais moi, parlant avec l'autorité d'un souverain législateur envoyé de Dieu, «je vous dis, que quiconque renvoie sa femme, si ce n'est dans le cas d'une union illicite

de l'adultère auquel il expose son épouse, « et s'il en épouse une autre » à la place de la femme renvoyée, « il commet lui-même un adultère, et celui qui épouse la femme répudiée est également adultère. »

Jésus étant retourné, accompagné de ses disciples, « dans la maison » qui lui donnait Fhospitalité, « ses disciples l'interrogèrent de nouveau sur le même sujet. Jésus, « leur répétant ce qu'il avait dit tout à l'heure, « leur dit, » cette fois-ci, d'une manière absolue : « Quiconque renvoie sa femme, et en épouse une autre, commet un adultère à l'égard de celle-là; et si une femme quitte son mari, et en épouse un autre, elle se rend adultère. »

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