‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 315 sur 419 · B. PRÉTENTION DES FILS DE ZÉBÉDÉE · texte numérisé non relu

B. PRÉTENTION DES FILS DE ZÉBÉDÉE

Ils la comprenaient si peu qu'ils étaient encore dominés par des idées d'ambition, et se disputaient les premières places de ce royaume imaginaire que Jésus, suivant eux, allait inaugurer. On en vit bientôt un nouvel exemple.

« Alors, Salomé, la mère » des Apôtres « Jacques et Jean, fils de Zébédée, » qui tenait de près par le sang à Marie, mère de Jésus, et qui se glorifiait de cette liaison de parenté avec le Sauveur et s'en autorisait pour concevoir à l'égard de ses enfants de folles espérances, « s'approcha » de Jésus, avec ses « deux » fils « et se prosternant devant lui. elle lui dit : Maître, nous voudrions bien que vous fissiez 'pour nous ce que nous noîis proposons de vous demander. Que voulez-vous, reprit Jésus. Alors, Salomé, se prosternant, lui dit : Ordonnez que mes deux [ils que voici s'asseoient, Vun à votre droite, Vautre à votre gauche, dans votre royaume. » Ce sont vos parents, ils vous aiment, ils vous sont dévoués, conservez-leur l'affection spéciale dont jusqu'à ce jour, vous les avez jugés dignes, qu'ils ne vous quittent jamais, qu'ils soient toujours à vos côtés, qu'ils soient placés au -premier rang dans le royaume messianique que vous vous disposez à fonder : vous ne pouvez moins faire pour eux, et qui donc aurait des droits égaux aux

Mt. 20. Tune accessit ad eum mater filiorum Zebedeei adorans et petens aliquid ab co : Magister, volumus ut quodeumque pette rimus facias nobis. — Mt. 21. Qui dixit ei : Quid vis? Ait ilh : ut sedeant lu duo filii mei, unus ad dexteram. tuam, et unus ad sinistram, in regno tuo.

leurs? Qui reconnaîtrait, qui n'excuserait, dans cette demande extravagante l'illusion du cœur maternel, qui ne trouve jamais, pour ses enfants, rien d'assez beau, rien d'assez élevé? « Postulat mater, dit saint Jérôme, errore mulitbri, et pietatis affectu, nesciens quid jpeteret. »

« Jésus leur répondit, » car c'est au nom de ses enfants, et, de concert avec eux, que la mère parlait : « Vous ne savez ce que vous demandez. » Ce ne sont point des postes éclatants, des places d'honneur, que je viens apporter à mes disciples, mais des humiliations et des souffrances. La couronne de gloire que je leur promets est réservée pour la vie future, et, pour l'obtenir, il faut la mériter, il faut combattre, il faut souffrir. Si vous voulez être à mes côtés dans mon royaume céleste, il faut être à mes côtés, ou du moins, marcher à ma suite, dans le chemin rude et douloureux de la croix. Etes-vous disposés à le faire ? Vous en sentez-vous la force et le courage? « Pouvez-<vous boire le calice » d'amertume « réservé à mes lèvres? pouvez-vous être baptisés du baptême » de sang « dont je dois être baptisé? » Pouvez-vous me suivre dans ce- gouffre de douleur où je vais me plonger pour le salut du monde ? Etesvous prêts à souffrir et à mourir pour moi, comme je vais souffrir et mourir pour vous ? — « Nous le pouvons, répliquèrent-ils. » Oui, Seigneur, nous sommes prêts à tout supporter pour vous prouver notre amour et notre dévouement. — C'était bien le cœur qui parlait par leur bouche. Tout paraît possible à celui qui n'a pas éprouvé sa faiblesse.

« Jésus repartit : » Oui, en effet, vous ne vous êtes pas trompés, « la coupe que je dois boire, vous la boirez, et vous serez baptisés de mon baptême; » vous aurez la gloire de participer à mes souffrances, et la palme du martyre vous est réservée. L'un de vous périra par le

22. Respondens autem Jésus, dixit : Nescitis quid petatis. Potestis bibere calicem, quem ego bibiturus sum; Mr. aut baptismo, quo ego baptizor, baptizari? Mt. Dicunt oi : Possunius. — Mr. 29. Jésus autem ait eis : Calicem quideni quem ego bibo, bibetis; et baptismo quo ego baptizor, baptizabimini :

M1. XX. 17-28. — § XCVIII. LES FILS DE ZEBÉdÉE. 441

glaive, et l'autre sera plongé dans une cuve d'huile bouillante; « mais, quant à être assis à ma droite et à ma gauche, ce n'est pas à moi à vous le donner. » Je ne suis pas venu sur la terre pour satisfaire les vues ambitieuses de ceux qui me sont unis par les liens du sang et de l'amitié; et, quant aux récompenses célestes, elles ne sont pas distribuées par une volonté arbitraire, elles ne sont pas le prix de la faveur, mais du mérite : « Ce sera le 'partage de ceux à qui cette place a été préparée par u ton Père, » dans sa souveraine justice et sa libre miséricorde. — Bien que toutes les oeuvres ad extra soient communes aux trois personnes de la Sainte-Trinité, certaines œuvres sont attribuées spécialement dans les saintes Ecritures à Tune ou l'autre des trois personnes ; c'est ainsi que la création, et la prédestination, sont attribuées spécialement au Père, la rédemption au Fils, la sanctification au Saint-Esprit.

Page 1