CXIX
ZACHÉE. - JÉRICHO. (L. xix, 4-40. — Évangile pour là fête delà Dédicace.)
« Jésus, étant entré dans Jéricho, traversait la tille (a) » au milieu d'une foule immense, accourue de toutes parts, et qui lui formait comme un cortège triomphal. « Or, il y avait » dans cette ville, « un homme nommé ZacJ/ée (b) (en hébreu Zaccai, pur), qui était le chef des Publicains, » très-nombreux dans cette ville commerçante, net fort riche, et qui désirait ardemment de voir Jésus, » ce nouveau prophète, dont on racontait tant de merveilles, qui ne repoussait pas dédaigneusement, comme les Pharisiens orgueilleux, les Publicains et les pécheurs; « mais il ne pouvait y réussir, » et tous
L. XIX. 1. Et ingfeësus perambulabat Jéricho. — 2. Et ccce vir nomme Zachœus; et hic princeps erat publieanorum, et ipse dives. — 3. Et quœrebat videre Jesum, quis êsset; et non poterat
(a) Jéricho, la ville rie-* parfums, était, après Jérusalem, le lieu le plus considérable de la Judée. C'était la capitale de la tribu de Benjamin; elle avait vingt stades de circonférence, et était entourée de fortifications. Elle était située au milieu d'une vallée délicieuse, environnée de montagnes qui formaient autour d'elle un vaste amphithéâtre. Nulle part on ne respirait un air plus pur. Des sources abondantes, dont les eaux, distribuées avec art par des canaux infinis, portaient partout la fécondité et la vie, faisaient de ce lieu le paradis de la Judée. Là. croissaient le figuier et l'arbuste qui fournit le baume, le palmier qui donne le miel, et presque toutes les autres productions des climats les plus chauds; la canne à sucre, l'indigo, etc. C'est que la plaine du Jourdain, près de Jéricho, avec le lac Asphalicte, était, par un phénomène singulier de la nature, située à six cents pieds au dessous du niveau de la Méditerranée, ce qui donnait au pays le même climat, que celui de la Basse-Egypte. La source principale de son commerce était le baume, qui croissait aux alentours, jouissait d'une grande réputation chez les peuples voisins, et était très-recherché, bien que d'un prix très-élevé, à cause des droits énormes auxquels il était assujetti
[b] Les écrits des rabbins nous parlent aussi d'un certain Zaebée qui vivait à Jéricho, à cette époque, dont le iils Jochanan fonda plus tard, avec la permission de l'Empereur Titus, te Sanhédrin de Jafna, et qui mourut ensuite dans un âge fort avancé. Le Zaebée de l'Evangile était probablement (à ce que suppose Sepp), de cette illustre famille. C'est ce que semblent indiquer les paroles du Sauveur : « Celui-ci est aussi un enfant d'Abraham. » Lorsqu'un Pharisien devenait publicain, il était exclu de la société des autres Pharisiens, comme un homme sans honneur. Au reste, les Zachée formaient une famille très-nombreuse, puisque déjà, au retour de la captivité de Babylonê, sous Zorobabel, Esdras et Néhéinie portent à 760 les membres de cette famille. » (Sepp.)
ses efforts étaient vains, « a cause de la foule * qu'il ne pouvait percer, « et 'parce qu'il était très-petit de taille. » Un moyen de se tirer d'embarras s'offrit tout à coup à sa pensée, et, sans trop se soucier du décorum que lui imposait le rang qu'il tenait dans la société, du ridicule qu'il pouvait encourir et des railleries qu'il pouvait susciter, il prit bravement son parti. « Courant au-devant » de la foule, « il monta sur un sycomore, » espèce de figuier, très-commun en Palestine, dont les feuilles ressemblent à celles du mûrier, et dont les branches, peu élevées de terre, lui offraient une escalade facile, bien sûr que de là, il pourrait contenter son désir « et voir » à son aise le nouveau prophète, « qui devait » nécessairement « passer » au pied de l'arbre.
« A /'rivé eu cet endroit, Jésus levant les yeux, l'aperçut, » et son regard divin découvrant la droiture de son cœur, il voulut l'en récompenser. L'appelant par son nom, « Zachée, lui dit-il, hâtez-vous de descendre,, car il faut qu'aujourd'hui, je loge dans votre maison. » Zachée, hors de lui, étonné de se voir découvert, lui qui se croyait si bien caché par l'épais feuillage du sycomore (c), pouvant à peine croire à une faveur qui comblait tous ses désirs, et à laquelle, dans ses vœux les plus hardis, il n'aurait jamais osé prétendre. « descendit en toute hâte, et reçut » son divin hôte « avec la joie » la plus vive. Il put alors le voir de près, imprimer ses traits dans son âme, l'entendre, lui ouvrir son cœur, et recevoir de lui les paroles du salut.
Cependant « les Juifs, » choqués, scandalisés d'une telle faveur accordée à un homme qu'ils méprisaient
prœ turbà : quia staturâ pusillus erat. — 4. Et preecurrens ascendit in arborera sycomorum ut videret eum : quia indè erat transiturus. — 5. Et eùm vemsset ad loeum, suspiciens Jésus vidit illum, et dixit ad eum : Zachaee, festinans descende ; quia hodiè in domo tuâ oportet me manere. — 6. Et festinans descendit, et excepit illum gaudens.
(c) Umbram prœbet egregiam arbor vasta, ramosa. in latum extensa, quia incolis terrarum sub fervirio sitarum cœlo insignem prœstat uswm [Hasselquist, Voyage en Palest., p. 337).