‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 376 sur 419 · C. LA NATION DÉICIDE. — SA PUNITION. — PARABOLE DES VIGNERONS · texte numérisé non relu

C. LA NATION DÉICIDE. — SA PUNITION. — PARABOLE DES VIGNERONS

(M*, xxi, 33-46; M>\ xn, 4-42; L. xx, 9-20.)

Dans la parabole suivante, Jésus continue à reprocher aux Juifs leur endurcissement criminel, leur ingratitude et leur conduite odieuse envers celui qui vient à eux pour les sauver et dont ils ont conjuré la mort, et le châtiment terrible cpri les attend. Au crime de l'impénitence et de l'endurcissement opiniâtre, ils vont ajouter celui de déicide; mais ils ne tarderont pas cà sentir la main de Dieu prête à s'appesantir sur eux.

« Ecoutez encore, leur dit-il, cette autre parabole. Il y avait un homme, chef de famille, qui planta mie vigne, l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, y bâtit une tour, loua le tout à des vignerons, » les chargeant de cultiver sa vigne, moyennant un salaire, « et partit 'pour un pays lointain. » Les prophètes avait coutume de comparer le peuple de Dieu cà une vigne, dont Dieu était le propriétaire (Voy. Isa., v. 1,2). Les Orientaux entouraient leurs vignes d'une haie d'épines ou d'un mur, pour la défendre contre les ravages des bêles sauvages, y creusaient d'ordinaire un pressoir, pour

M'. XXI. 33. Aliam parabolara audite : Homo erat pater familiâs, qui plantavit vineam, etsepem circumdedit ci. et fodil us eâ torcular, et sedificavit turrim, et locavit eam agricolis, et peregrè profectus est.

y faire le vin, et y élevaient une tour pour la garder, ou offrir au propriétaire un pavillon de plaisance.

« Or, le temps de la vendange approchant, » le maître de la vigne « envoya un de ses serviteurs pour recevoir des vignerons la récolte qui lui était due. Mais ceux-ci, » aveuglés par la cupidité et voulant s'approprier les fruits de la vigne, « prirent te serviteur, V accablèrent de coups et le renvoyèrent les mains vides. Le chef de la vigne, » sans se rebuter, « en envoya encore un autre, et les vignerons, recevant cet autre à coups de pierres, le blessèrent à la tête, le chargèrent d'outrages, et le renvoyèrent également les mains vides. Un troisième serviteur fut, comme les autres, chargé de coups, blessé et jeté dehors. Le chef de famille, » poussant la patience jusqu'au bout, « en envoya d'autres, en plus grand nombre que les premiers ; il les traitèrent delà même façon, battant les iiiis, tuant les autres. Alors le maître de la vigne, » qui avait un fils unique, « se dit à lui-même : Que ferai-je? » Je veux employer la dernière ressource: « j'enverrai mon fils bien-aimé ; peut-être le respecter ont-ils^ Mais les vignerons, à la vue du fils, se dirent les uns aux autres : Celui-ci est l'héritier, venez, tuons-le, et nous resterons maîtres de l'héritage. » En effet, le dernier héritier étant une fois mort, ils héritaient, en qualité de fermiers, des biens de son père. « Ils se saisirent donc du fils, le jetèrent hors dé la vigne, et le tuèrent. »

Cette parabole est facile à comprendre, et a à peine besoin d'explication. On voit de suite que le propriétaire

— 34. Cùm autem tempus fructuum appropinquasset, misit M1'. 2. servum, ut ab agricoiis accipcret de fructu vineae. 3. Qui apprehensunj eum ceciderunt, et dimiserunt vacuum. — 4. Et iterùm misit ad illos aliura servum; L. illi aulcm hune quoque cœdentes, M1', in capite vulneravcrunt, L. et Efficientes contumelià, dimiserimt inanem. — \%. Et addidit tertium mi itère, qui et illum vulnerantes ejocerunt, — M*. 36. Iterùm misit alios servos plures prioribus, et Fecerunt illis similiter, quosdam eaedentes, alios autem becidentes. — L. 13. Dixit : autem dominas vineae : Quid faciam? mitlam filium meum dilectum: ' Forsitan, cùm hune viderint, verebuntur. — M*. 38. Agricolae autem, h videntes filium, M<\ 7. dixerunt ad invicem : Hic est haeres : vende, « oceidamus eum, et nostra erit haereditas. — 39. Et apprehensum eum ejecerunt extra vineam, et occiderunt.

M1. XXI. 23-27. — g C1V. PARABOLE DES VIGNERONS. 503

de la vigne, c'est Dieu; la vigne, c'est la nation juive; la haie, le pressoir, la towp indiquent ce que Dieu a fait pour assurer la garde et la culture de sa vigne; les vignerons, sont les prêtres et les docteurs de la Synagogue ; le voyage du père de famille, l'absence sensible de Dieu; les serviteurs envoyés, les prophètes; les envois successifs des serviteurs indiquent la patience et la longanimité divines. Jésus y dépeint, avec les plus vives couleurs, l'ingratitude des Juifs, leur opiniâtre endurcissement, leurs persécutions, leurs violences contre les prophètes qui les reprenaient au nom de Dieu, leur haine déicide qui, dans quelques jours, leur fera attacher à la croix celui qui vient les sauver; comment après avoir persécuté, scié, lapidé, etc., les prophètes {Voy. i. Reg., xxn, 24; n. Par., xxiv,, 21; Heb., il, 37, etc.,), ils repousseront, ils traîneront hors de la ville et crucifieront sur le Calvaire, l'héritier du royaume messianique, le Fils unique de Dieu. Ils avaient assez de lumières pour le reconnaître pour le Messie, s'ils l'avaient voulu ; ils connaissaient ses miracles qui prouvaient sa mission divine; mais ils ne roulaient pas le reconnaître; et leur aveuglement était volontaire et coupable, — Ils veulent garder la vigne sans en payer la redevance, jouir des avantages et des privilèges de la loi sans en subir le fardeau, sans en remplir les obligations.

Remarquons que Jésus-Christ répond ici implicitement à la question que les ministres du Sanhédrin lui avaient adressée : il se distingue clairement des autres prophètes, il se désigne comme le Fils de Dieu, l'héritier du royaume, par conséquent, comme le Messie promis par les prophètes, et qui ne laisse aucune prise à leur malignité, et ne leur fournit aucun prétexte pour une accusation do blasphème.

Après avoir dépeint avec tant de force la conduite des Juifs envers Dieu et envers lui-même, Jésus leur montre le châtiment terrible qui les attend. S'adressanfc à ceux qui l'entourent, il leur dit : « Quand donc viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vigne-

Mt. 40. Cum ergo venerit domiuus yineœ, quid faciet agcicoiis iilis i

504 l'évangile expliqué, dépendu, médité.

rons*. » comment les traitera-t-il? « Des voix de la foule répondirent : Il mettra ces méchants à mort', il louera la vigne à d'autres, qui lui en rendront les fruits en leur temps. » Vous avez parfaitement répondu, leur dit Jésus-Christ, et vous avez prophétisé votre sort, sans le savoir; vous avez porté vous-mêmes votre propre condamnation. Oui, vous l'avez dit, « le père de famille viendra, il perdra ces vignerons homicides, et en mettra d'autres dans sa vigne; » en d'autres termes, il ruinera cette ville ingrate, il la détruira de fond en comble, il en dispersera les habitants par toute la terre, il leur ôtera la lumière de la foi, et substituera les Gentils à leur place dans le royaume de Dieu. L'accent avec lequel Jésus appuya sur ces paroles, en fit comprendre la portée à ceux qui Técoutaient. « A Dieu ne glaise! » répliquèrent-ils ; que Dieu détourne de nous de pareils malheurs ! — Gela ne dépendait que d'eux, mais ils ne voulurent pas en prendre les moyens.

« A lors Jésus, les regardant en face, leur dit : » Vous qui faites une étude spéciale des Livres saints, et qui êtes chargés de les expliquer au peuple, « n'avez-vous donc jamais lu cette parole de l'Ecriture, » tirée du Psaume cxvii, 22-23 : « La pierre qu'ont rejetée ceux qui Mtissaient est devenue la pierre angulaire de l'édifice; ceci est l'œuvre du /Seigneur, merveilleuse à nos yeuxl » C'est-à-dire vous aurez beau me repousser, moi qui suis le Messie véritable, que vous attendez depuis tant de siècles, et qui viens à vous pour vous sauver ; c'est en vain que vous me persécuterez, que vous me mettrez à mort ; le moment de votre triomphe sera celui de votre ruine ; l'œuvre de Dieu ne s'en accomplira pas moins ; vous avez beau me rejeter comme une pierre inutile, je n'en serai pas moins la pierre angulaire, le fon-

— 41 . Aiunt illi : Malos malè perdot ; et vineam suam locabit aliis agricolis, qui reddant ei fructum temporibus suis. — 42. Dixit illis Jésus : — L. XX. 16. Perdet colonos istos, et dabit vineam aliis. Quo audito, dixerunt illi : Absit. — 17. Ille autem aspiciens eos, ait : Mt 42. Nunquam legistis in Scripturis : Lapidem quem reprobaverunt fledificantos, hic factus est incaput anguli. A Domino factum est istud et est mirabilc in oculis nostris?

Page 1