C. GUÉRISON D'UN AVEUGLE
(M>\ vin. 2:2-26. — Bethsaïde.)
Cette conversation de Jésus avec ses Apôtres avait eu lieu pendant la traversée. Etant débarqués, «-ils allèrent à Bethsaïde, » ou Juliade, située sur l'embouchure orientale du Jourdain, « Lay on présenta a Jésus un aveugle, et on le priait de le toucher. » Gomme Jésus avait coutume d'imposer les mains sur les malades qu'il guérissait, les conducteurs de l'aveugle s'imaginaient, dans leur foi peu éclairée, que ce contact était nécessaire pour la guérison. « Jésus » qui fuyait, bien loin de les rechercher, l'ostentation, l'éclat, les vains applaudissements des hommes, qui, peut-être encore, ne voulait pas honorer d'un miracle une ville incrédule, « prenan t » avec une bonté touchante « la m ai a. du » pauvre «.aveugle, le conduisit hors du bourg » (Bethsaïde était alors plutôt un bourg qu'une ville), puis comme s'il eût voulu donner au miracle qu'il allait opérer l'apparence d'une guérison naturelle, « il enduisit ses yeux de salive, et lui imposant les mains, lui demanda 's'il voyait quelque chose. Cet homme se mettant a regarder, dit : Je rois des hommes semblables à des arbres qui marcheraient; » je vois, il est vrai, mais d'une manière obscure et confuse : je conjecture que je vois des hommes, parce qu'ils marchent; mais ils m'apparaissent grands comme des arbres.
et Sadducœorum? — 12. Tune intellexerunt quia non dixerit cavendum à fermento panis, sed-ù doctrine Pharisaeorum et Sadducaeorum. — Mi' VIII. 22. Et venin1!!! Bèthsàrdam, et adducunl ci caecum., et rogabant eum ut illum t|ngeret. — 83. Et appreheneâ manu cœci, eiluxit cum extra vicum ; et exspuene in oculos ejus impositis mauibus suis, interrogavit puni si quiq videret. — 24. Et aspiciens, ait : Video homines velut arbores ambulantes.
« Jésus lui mit de nouveau la main sur ses yeux, et il commença à mieux voir. » La guérison de l'aveugle s'effectue peu à peu, graduellement, dans le même rapport que la foi du malade : « enfin, sa vue fut tellement retaille, qu'il voyait distinctement tous les objets. Alors Jésus le renvoya chez lui, en lui disant : Retournez en votre maison, et si vous entrez dans lebourg, ne dites rien à personne de ce qui vous est arrivé. » L'Evangile ne dit pas de quel endroit était cet aveugle : la recommandation que Jésus lui fait pour le cas où il entrerait dans le bourg indique clairement qu'il était d'ailleurs, car, autrement, il aurait été tout naturel qu'il y entrât.
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
M1. XVI. v. 1. « Les Pharisiens et les Saddncéens vinrent à lui pour le tenter, et le prièrent de leur faire voir un signe dans le ciel. » Bien que séparés les uns des autres par leurs doctrines, les hérétiques et les incrédules se réunissent dans une haine commune contre Jésus-Christ et son Eglise. — Remplis de mauvaise foi, ils ferment volontairement les yeux à la lumière et cherchent toutes sortes de vains prétextes pour obscurcir la vérité. — L'incrédule demande des preuves qui puissent le convaincre, et il trouve toujours des sophismes pour les éluder. — Qu'il commence par demander un cœur nouveau, et le bandeau qui lui couvre les yeux ne tardera pas à tomber, et la foi viendra bientôt. — Une curiosité téméraire peut conduire à l'hérésie et à l'incrédulité. « Nobis curiositate ojms non est, post Christnm Jesum, nec inqnisitione post evangelium. Cedat curiositas fidei, cedat gloria saluti » (Tertull.).
v. 2, 3. « Mais il leur répondit : Le soir, vous dites : Il fera beau, car le ciel est rouge. Et le matin : il y aura de V orage aujourd'hui, car le ciel est comme un feu sombre. Hypocrites, vous savez juger la face du ciel, et vous ne savez pas reconnaître les signes des temps. » — Habiles et perspicaces dans les choses de la terre, la plupart des hommes sont d'un aveuglement prodigieux dans les choses du ciel. — Tous les événements du monde
— 25. Deindè iterùm imposuit manus super oculos ejus ; et cœpit videre, et restitutus est ita ut clarè videret omnia. — 26. Et niisit illum in domum suam, dicens : Vade in domum tuam ; et si in vicum introieris, nemini dixeris.
M1. XV. 39 — § LXVI. GUERISON d'un aveugle. 65
se rapportent, en définitive, à l'établissement du royaume de Dieu, et ce n'est que sous ce rapport qu'ils ont une réelle importance. Mais il n'y a que l'œil éclairé par la foi qui puisse découvrir les desseins de la divine Providence : ce n'est que pour le chrétien seul qu'il peut exister une véritable philosophie de l'histoire.
« Cette génération mauvaise et adultère demande un signe, et il ne lui sera point donné de signe, si ce n'est le signe du prophète Jonas. » — Jésus accorde aux besoins du peuple qui le suivait un miracle qu'il ne demandait pas, il refuse aux Pharisiens le miracle qu'ils demandent. — Jésus donne à tous des preuves sufîisantes pour convaincre les hommes de bonne foi ; il no repousse que l'aveuglement volontaire. — Les reproches de Jésus aux Pharisiens, tout sévères qu'ils sont, n'offrent aucun mélange d'orgueil, d'impatience ou d'amertume; ils ne sont que l'effusion de son amour et de sa tendre compassion pour les pécheurs. Imitons Jésus-Christ dans les reproches que notre ministère nous oblige à adresser aux pécheurs. — La résurrection de Jésus-Christ estime preuve irrésistible de la vérité de la religion chrétienne, et contre laquelle tous les sophismes de l'incrédulité viendront toujours se briser : « Si Christus non resurrexit, vana est /ides vestra. Nunc autem Christus resurrexit à mortuis, primitiœ dormientium » (i. Cor. xv, 17-20).
« Et les laissant, il s'en alla. » — Jésus s'éloigne de ceux qui repoussent ses grâces. Funeste sort d'un pécheur aveugle et endurci qui, par ses mépris et ses résistances, force Jésus-Christ à l'abandonner.
v. 6. « Il leur dit : Gardez-vous soigneusement du levain des Pharisiens et des Publicains. » — On ne peut se garder avec trop de soin de toute mauvaise doctrine. — C'est le propre de l'Eglise de Jésus-Christ de ne pouvoir transiger ni avec aucune erreur, ni avec aucun vice.
Mr. VIII, 18. «Ave:-vous des yeux pour ne point voir, et des oreilles pour ne point entendre? » — Dieu n'est-il pas en droit de nous adresser le même reproche ?
v. 22. « Etant venus èi Bethsaïde, ils lui amenèrent un aveugle, et ils le priaient de le toucher. » — Nous sommes tous cet aveugle, tant que la foi et la lumière de la grâce ne nous ont pas éclairés. Admirons ici tout ce que fait Jésus-Christ pour guérir l'aveuglement spirituel.
v. 23. a) «Il prend la main de l'aveugle; » il vient lui-même au-devant de lui et le conduit peu à peu à la lumière. I) « Il le conduit hors du bourg. » Il le soustrait à la dissipation du monde, et le conduit dans la solitude, c) « Il enduit ses yeux de salive ; » il lui fait sentir sa misère et le besoin qu'il a de son secoure, d)
« II lui impose les mains » et s'annonce à lui comme le médecin tout-puissant, seul capable de le guérir, e) « Il lui demande s'il voyait quelque chose» et, par ces paroles, excite en lui l'espérance de la guérison (v. 24). f) « 11 V éclaire graduellement et peu à peu : Je vois, dit-il, des hommes semblables à des arbres qui marchent » (v. 25). g) « Il commença à voir et fut guéri » (v. 20). h) Ill'engage à conserver précieusement les grâces qu'il a reçues dans le recueillement et la retraite : « Allez en votre maison, lui dit-il, et ne dites à personne ce qui vous est arrivé. »
PROJETS HOMILÉTIQUES.
A. DES ENNEMIS DE JÉSUS-CHRIST ET DE SON ÉGLISE (m1. 1-4).