‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 54 sur 419 · JÉSUS-CHRIST PRÉDIT SES SOUFFRANCES ET SA MORT · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST PRÉDIT SES SOUFFRANCES ET SA MORT

(Mt. xvi. 21-28 ; Mr. vm. 31 ; ix. 9; L. ix. 22-27.)

Après avoir confirmé ses Apôtres dans la foi en sa mission messianique et en sa divinité, Jésus crut que le temps était venu de leur révéler le mystère de la rédemption du genre humain par sa mort et sa passion douloureuse, afin de les préparer à cette grande épreuve, de les fortifier d'avance contre le trouble, la frayeur et le découragement que devait naturellement leur inspirer le spectacle de ses humiliations et de son supplice. « II commença » donc « dès-lors à découvrir à ses disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem, qu'il y souffrit beaucoup de la part des anciens, des docteurs et des princes des prêtres, qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât le troisième jour. »•

La lugubre perspective que Jésus venait d'entrouvrir aux yeux des Apôtres attristés les surprit et les troubla. Voir leur divin Maître, ce Messie si désiré, le Libérateur

Mt. 21. Exindè cœpit Jésus ostendere discipulis suis quia oporteret eum ire Jerosolymam, et multa pati à senioribus, et Scribis et principibus sacerdotum, et occidi, et tertiâ die resurgere.

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d'Israël, repoussé par la synagogue elle-même, persécuté, mis à mort comme un vil criminel!... qui pourrait supporter une pareille idée? qui ne la repousserait de toutes ses forces? — Pierre surtout, qui avait conçu de si hautes idées sur la nature divine de -Jésus-Christ, qui venait ,d'être désigné publiquement comme le chef de son Eglise, emporté par son ardeur et son amour pour Jésus-Christ, crut devoir le dissuader d'un dessein qui lui paraissait si inconcevable, si indigne de lui. « Le prenant à part » car il n'aurait osé se permettre cet acte d'opposition en présence des autres Apôtres, « il commença a le reprendre, disant : A Dieu ne plaise, Seigneur, qu'il vous arrive jamais comme vous le dites; » loin de vous de pareilles choses. Il est impossible que le Fils de Dieu puisse être mis à mort comme un scélérat et tomber victime de ses ennemis. Vous qui pouvez tout empêcher, vous ne permettrez jamais un pareil crime.

« Mais Jésus » eut bientôt mis à sa place son téméraire conseiller. « Se retournant » d'un air de majesté et d'indignation, « il dit cl Pierre: Arrière, Satan; » loin de moi celui qui, sous le masque de l'intérêt et de l'amour, ose remplir à mon égard le rôle du démon et devenir un tentateur, en supposant aux desseins de mon Père pour le salut du monde, et à ce qui est l'objet de mes plus ardents désirs; « tu m'es à scandale, » en voulant me détourner du but glorieux que je poursuis. Ce n'est pas l'Esprit de Dieu qui te dirige en ce moment, qui t'inspire cette frayeur indigne de la croix et des souffrances, c'est l'esprit de l'homme grossier et charnel; « tu n'as pas le août des choses de Dieu, mais le goût des choses de la terre. »

Malgré cette réprimande et la clarté des paroles de Jésus, cette prédiction des souffrances, de la mort et de la résurrection du Fils de Dieu ne put entrer dans l'esprit des Apôtres, dont elle contrariait tous les préjugés, et ils ne la comprirent qu'après l'événement. La mort

22. Et assumons (Mr appréhendons) eum Petrus, cœpit increpare illum dicens : Absit a te. Domine, non erit libi hoc. — "23. Qui conversas, dixit Petro : Vade post me, Satana; scandalum es mini : quia non sapis ea quae Dei sunt, sed ea quae hominum.

de Jésus-Christ les bouleversa tellement, qu'ils furent entièrement découragés et eurent toutes les peines du monde à croire à sa résurrection. Il n'y a pas là un motif pour suspecter avec les rationalistes la véracité des évangélistes, mais une raison d'admirer la sincérité et la candeur avec laquelle ils avouent leurs misères et leurs faiblesses.

« A lors Jésus, appelant le peuple et ses disciples, leur dit : » Non-seulement je dois souffrir, mais ceux qui veulent être mes véritables disciples doivent marcher à ma suite dans la voie douloureuse de la croix et des souffrances. « Si quelqu'un veut venir après moi, » veut marcher sur mes traces comme un fidèle disciple, il faut « qu'il renonce à lui-même, » à ses inclinations perverses, aux penchants déréglés qui l'entraînent sans cesse au mal, « que cliaque jour il prenne sa croix, » qu'il mène une vie mortifiée et pénitente, « et qu'il me suive, » jusqu'au calvaire, jusqu'à la mort, s'il le faut. C'est à ce prix que je le reconnaîtrai pour mon véritable disciple, car le disciple ne doit pas être mieux traité que le Maître.

« En effet, » je vous le déclare « celui qui voudra sauver sa vie » terrestre et périssable, en sacrifiant sa foi, en violant la loi de Dieu, « perdra la vie » véritable, éternelle, se dévouera lui-même à l'éternelle damnation; « au contraire, celui qui perdra, » sacrifiera « sa vie four moi, » qui préférera souffrir le martyre, plutôt que de renoncer à sa foi, celui-là « retrouvera » audelà du tombeau, « une vie » meilleure et immortelle. « Que sert à l'homme de gagner le monde -entier , s'ilperd son âmel (a) » Que lui serviront tous les trésors du

24. Tune Jésus, M*" 34, convocatà turbâ cum discipulis suis, dixit eis : M' Si quis vult post me venire, abneget semetipsum, et tollat crucem suam, et sequatur me. — M1 25. Qui enim voluerit animam suam salvam facere, perdet eam : qui autem perdiderit animam suam propter me, inveniet eam. — 2G. Quid enim prodest homini, si mundurn universum lucretur, animas verb suae detrimentum patiatur?

(a) Le mot âme est employé ici dans les deux sens do vie présente et de vie étemelle. Notre Seigneur joue sur cette double signification.

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monde, s'il vient à mourir, et, si, en perdant la vie temporel^, il perd également la vie éternelle, s'il doit être éternelle ment malheureux ? L/àme ne vaut-elle pas plus que tout l'univers, et celui qui la perd n'a-t-il pas tout perdu! « Que pourra donner l'homme en êcJiange de son âme? » Qui pourra compenser une semblable perte? « Car, » ne vous y trompez pas, il y a une justice, un jugement à subir au-delà du tombeau. Un jour, à la fin des temps, « le Fils de l'homme, » celui-là même qui vous parle, « viendra, » descendra de nouveau sur la terre, « dans la gloire de son Père » dans tout l'éclat de sa Majesté divine, « environné de ses anges (bj, » de la multitude des esprits célestes, servant d'escorte au Juge souverain du ciel et de la terre ; tous paraîtront devant son trône redoutable, « et il rendra à chacun selon ses œuvres. » Et pour vous convaincre de la vérité de mes paroles, « je vous le dis en vérité, plusieurs sont ici présents (c), nui ne goûteront pas » le calice amer de « la mort, avant de voir le fils de l'homme venant dans son royaume, » prenant possession de son royaume messianique sur la terre, par la prédication de son Evangile, et préludant en quelque sorte, au jugement dernier, par le jugement terrible qu'il exercera sur l'ingrate Jérusalem.

Aut quam dabit honio commutât ionem pro anima suâ? — 27. Filins enim hominis venturus est in gloriâ Patris sui eum angelis suis : et tune reddet unicuique secundùm opéra ejus. — 28."Amen dico vobis : sunt quidam de hic slantibus, qui non gustabunt mortem, donec videant Filium hominis venientem in regno suo; Mr donec videant regnum Dei veniens in virtute.

(b) Les anges, dit Denys le Chartreux, prendront part au jugement dernier : « Primo, propter reverentiam judicis, secundo ad terrorem malorum, tertio, ad accusationem eorum qui angelicis mstinctibua noluerunt ossentire, quart", ut exequantur sentenliam judicis in reprobos. »

{<•) Quelques commentateurs croient, à tort, qu'il s'agit ici de la transfiguration qui eut lieu quelque temps après, ou de la résurrection, ou de la descente du Saint-Esprit; car Jésus-Christ parle ici d'un événement placé dans l'avenir à un tel éloignement qu'un certain nombre seulement de ses disciples pourront en être les témoins.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

M} XVI. v. 21. « II commença dès lors à découvrir à ses disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem, qu'il y souffrît beaucoup de la part des anciens, des docteurs et des princes des prêtres, qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât le troisième jour. » Ce verset renferme l'abrégé et comme le symbole de tous les mystères du Christianisme, l'incarnation du Fils de Dieu, ses souffrances, sa mort, sa résurrection, etc. — Il a fallu la mort d'un Dieu pour sauver les hommes, et Dieu s'y est décidé.

— Comprendrons-nous jamais assez la grièveté du péché et la sévérité de la justice divine, qui a exigé une semblable réparation? — Comprendrons-nous jamais assez l'amour et la miséricorde infinie d'un Dieu qui a bien voulu la subir?

v. 22. « Le prenant à part, Pierre commença à le reprendre, disant : A Dieu ne plaise, Seigneur, que de telles choses vous arrivent/» — La nature corrompue repousse la croix et les souffrances. Jésus-Christ crucifié a toujours été et sera toujours un mystère, un scandale, une folie pour les hommes de chair et de sang (i. Cor. i, 23). — Souvent on croit suivre l'esprit de Dieu, et on ne suit que le sien propre.

v. 23. « Mais Jésus se tournant dit et Pierre : Arrière, Satan, tu m'es à scandale, car tu n'as pas le goût des choses de Dieu., mais des choses des hommes. » — Un faux ami, qui veut nous détourner des voies de Dieu et de la vertu, doit être pour nous un Satan. — L'homme animal et sensuel ne comprend pas les choses de Dieu.

v. 24. « Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce ci lui-même, qu'il prenne sa croix et me suive. » — Nécessité de la croix, de la mortification, du renoncement à soi-même. — Jésus ne reconnaît pour ses amis, pour ses véritables disciples, que ceux qui prennent sa croix et marchent sur ses traces. A ce prix, ô mon Sauveur, vous avez bien peu d'amis. Moi, du moins, je veux être du nombre, quoi qu'il puisse m'en coûter. La croix la plus pesante me sera légère, si je la porte après vous, et soutenu par vous. — Jésus, du moins, ne trompe pas ceux qui veulent se donner à lui ; il leur dit d'avance ce à quoi ils doivent s'attendre, et leur laisse la liberté du choix. — Saint Luc ajoute deux expressions qui méritent d'être pesées. Jésus dit « à tous » de porter sa croix « tous les jours. »

— Ce n'est donc pas ici un simple conseil donné aux plus parfaits, mais un précepte donné pour tous, et qui s'adresse à tous, et pour tous les temps, et dont personne n'est exempt. A quoi pensent donc tant de prétendus chrétiens, dont tous les jours sont des jours de délices, de mollesse et de divertissements, et qui ne

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savent ce que c'est que de se contraindre et de mortifier la chair?

— Sont-ils animés de l'esprit de Jésus-Christ et de l'Evangile? Sont-ils dans le chemin qui conduit au ciel, ou dans celui qui mène à l'enfer ?

v. 25. « Car, qui voudra sauver sa vie, la perdra; mais qui perdra sa vie à cause de moi, la trouvera. » — L'amour déréglé de nous-mêmes nous porte sans cesse à chercher nos aises et nos plaisirs, à chercher notre bonheur dans la satisfaction des sens; mais, s'aimer ainsi, c'est se haïr véritablement; sechercher.de la sorte, c'est se perdre. — «,Si périt homo amando se, pro/ectù invenitur negando se. Prima ko mi ni s perditio fuit amor sui. Disce amare te, non amando te. » (S. Aug.) — «Amor perver sus anime ahindat, amor autem reclus valdè paucorum est. Discamus ergà, fraires, amare animas nostras. » — L'homme ne peut trouver le bonheur qu'en sortant de lui-même, pour se reposer en Dieu, qui est sa fin, et qui seul peut remplir le vide de son âme. — Pour gagner, il faut perdre : pour se retrouver, il faut se fuir et se renoncer; pour avoir la vie véritable, il faut mourir à soi-même; pour obtenir tout, il faut être prêt à tout sacrifier.

v. 26. « Que sert à l'homme de gagner le monde entier, s'il vient à se perdre soi-même? Et que donnera l'homme en échange de sa vie, de son âme? » Importance du salut, et prix infini de notre àme. — Pour sauver son âme, il n'est rien que l'on ne doive sacrifier, car il n'est rien qui puisse en compenser la perte. « Magna res est anima, quœ Christi sanguine redempta est. Gravis anima casus, qui non nisi Christi cruce potuit reparari. —

— Si rursum corruerit peccato duntaxat ad mortem, vndè jam reparabiturï Numquid aut al ter Chrisius, aut idemiterùm cruci figi hahet pro ilUi? » (S. Bern.)

Que m'importera, lorsque je paraîtrai devant Lieu, d'avoir été pendant cette vie, pauvre, méprisé, diffamé, malade, etc?... Tout cela n'est rien, si j'ai sauvé mon àme. Le salut gagné rétablit tout, répare tout, me dédommage de tout, anéantit tous les maux et me rend possesseur de tous les biens. — Si j'ai le malheur de perdre mon âme, au contraire, à quoi m'aura servi d'avoir, pendant cette vie d'un jour, nagé clans l'abondance et les délices, satisfait toutes mes passions? Tout cela e^t passé, pour ne plus revenir, mais les souffrances qui m'attendent ne passeront pas. — En suivant l'Evangile, on ne perd, après tout, que ce qu'il faudra nécessairement perdre dans quelques années, dans quelques jours peut-èiir, < I que ce qu'un homme sage juge indigne de son attachement. En ne le suivant pas, on perd tout pour l'éternité et l'on s'expose à un éternel dés< spoir. — Faites-moi comprendre, o mon Dieu, cette grande véi lié, qu-il n'y a qu'une seule chose nécessaire, à savoir de sauver mon àme.

v. 21. « Car le Fils de Vhomme viendra dans la gloire de son- Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. » — 1) Certitude du jugement dernier. — Prouvée, a) par Y Ecriture sainte; b) par la tradition et les décisions de l'Eglise catholique : c'est article de foi ; c) par la raison. Il est juste et raisonnable que la gloire de Jésus-Christ, la sagesse, la justice, la bonté de Dieu soient manifestées, que les justes ignorés, humiliés, etc., soient publiquement glorifiés, que les méchants heureux et triomphants soient humiliés. — 2) Matière de ce jugement, a) Pensées, b) paroles, c) actions, d) omissions. : — 3) Circonstances de ce jugement, a) manifestation des consciences, b) séparation des bons et des méchants, c) sentence, d) accomplissement de la sentence, e) fin du monde.

PROJETS HOMILÉTIQUES.

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