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LXIX

LA GLOIRE DU FILS DE DIEU MANIFESTÉE SUR LE MONT THABOR. SON INSTALLATION SOLENNELLE COMME LÉGISLATEUR DE LA NOUVELLE ALLIANCE.

(Mont Thabor, on Galilée, 6 août, S Tammuz, an 29).

(Mt. xvi. 4-13 ; M'1. XI. 4-12; L. ix. 28-36. — Ecmujile du %e dimanche de Carême.)

Nous avons vu, précédemment, Jésus soulever aux yeux de ses disciples le voile qui cachait sa grandeur et sa divinité, et en même temps leur manifester, leur prédire d'avance le mystère de ses souffrances et de sa mort pour la rédemption du monde. Au moment où il va, en quelque sorte, faire les premiers pas dans la vie douloureuse qui doit aboutir au Calvaire, il veut confirmer la foi de ses disciples, de ceux du moins qui devaient être les colonnes de son Eglise et les témoins de son agonie au jardin des Olives, en faisant briller à leurs yeux quelques rayons de sa gloire divine. Cette transfiguration glorieuse devait être comme le commencement des preuves qui établissaient sa dignité messianique, le point culminant de sa vie terrestre, et son inauguration solennelle en qualité de prophète de la nouvelle loi. Il y a une relation manifeste entre la Transfiguration et le Baptême de Jésus-Christ. De même que le Baptême inaugurait la première phase, la phase active et paisible du ministère public de Jésus-Christ, la Transfiguration inaugure la seconde, celle dcVàlu/teourerfe. Jusqu'alors

Jésus avait évite les lieux où ses ennemis étaient les maîtres, désormais il va les affronter en face et marcher résolument dans la voie douloureuse qui doit aboutir au Calvaire.

« 8 iœ jours après » l'entretien précédent de Jésus avec ses disciples, le 6 août de l'an 29, « Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère... » Il ne prit pas tous ses Apôtres, parce qu'il voulait que ce prodige demeurât caché jusqu'après sa résurrection ; il prit trois d'entre eux, afin qu'on ne pût récuser leur témoignage (trois témoins suffisaient et étaient exigés par la loi mosaïque pour assurer un témoignage (Deut. xix, 15). Il prit, comme nous le remarquions tout à l'heure, les mêmes Apôtres qui devaient être plus tard les témoins de son agonie au jardin des Olives, afin de les fortifier d'avance contre cette redoutable épreuve; il prit saint Pierre, qu'il venait de choisir pour le chef de son Eglise,, saint Jacques, qui devait être le premier martyr, saint Jean, l'apôtre bien-aimé, « et il les conduisit seuls, à l'écart, sur une haute montagne. » — Les évangélistes ne désignent pas le nom de cette montagne. Plusieurs commentateurs pensent qu'il s'agit du mont Hébron, près de Gésarée de Philippe, où Jésus se trouvait alors, attendu que les évangélistes ne parlent pas d'un nouveau voyage de Jésus-Christ. Mais les évangélistes ne se sont pas donné pour mission de raconter, sans en omettre un seul, tous les voyages de Jésus-Christ. La tradition de l'Eglise, confirmée par l'église et le monastère que sainte Hélène fit bâtir sur le mont Thabor, appuyée sur le témoignage de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Jérôme, de saint Jean Damascène, ne permet guère de douter que la Transfiguration n'ait eu lieu sur cette montagne de Galilée. Le mont Thabor, entièrement isolé au milieu d'une plaine immense, où il s'élève comme un pain de sucre, jusqu'à une hauteur de 1, 760 pieds au-dessus du niveau de la mer, revêtu de verdure et de bouquets, offre un séjour bien agréable d'où l'on peut embrasser dans un vaste panorama presque toute la Tïrre-Sainte. Il

M*. XVII. 4 . Et post dies sex assumit Jésus Petrum, et Jacobum, et Joannem fratrem ejus, et ducit illos in montem excelsum seorsùm.

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faut une bonne heure pour monter au sommet qui est ovale et que l'on découvre de 12 à 1d lieues au loin. « Ainsi, dit Sepp, toute la contrée put être témoin de la merveille qui s'y opéra : tous purent voirie nuage léger qui envelojppa le sommet du Thabor, et la gloire de Dieu descendre, non du milieu de la foudre et de la tempête, mais dans un éclat doux et tempéré. »

Jésus, « arrivé sur le sommet, » se retira à l'écart, « pour prier. » Quel fut l'objet de sa prière? sans doute -le mystère de la rédemption, qui fut également l'objet de son entretien avec Moïse et Elie. Il s'offrit de nouveau à son Père, comme victime pour le genre humain ; la gloire de sa Transfiguration fut la récompense de son sacrifice, de son humiliation volontaire; c'est ainsi qu'il fut glorifié par le Père céleste, lorsqu'il s'humilia sous la main de Jean-Baptiste.

« Pendant qu'il priait, un changement subit se manifesta dans son extérieur. H fut transfiguré devant les Apôtres. Son visage resplendit comme le soleil, ses -vêtements parurent éclatants de lumière et lianes comme la neige, d'une Marcheur que nul foulon sur la terre ne pourrait égaler, » que la langue humaine est impuissante à décrire. Le bonheur qui remplissait son âme rejaillit à l'extérieur; l'éclat caché de sa majesté divine se fit jour au dehors : son corps fut glorifié et resplendissant de lumière, comme celui des bienheureux dans le ciel. Cette glorification, du reste, devait être l'état naturel de Jésus-Christ : à proprement parler, c'était moins un miracle que la cessation d'un miracle, et il est plus étonnant pour la foi, de voir le Fils de Dieu dans l'humiliation et l'obscurcissement oùil vécut surlaterve, que glorieux et transfiguré.

« Cependant, Pierre et ses deux compagnons, » fatigués de la route et isolés, au milieu des ombres de la nuit,

L. Ascendit in montem ut oraret. — 29. Et facta est, dùm oraret, species vultûs ejus altéra. — Ml. 2. Et transfigurât us est antè eos. Et rcsplenduit facios ejus sicut sol : M. 2. Et vestimenta ejus facta sunt splendentia. et eandida nimis velut Dix, qualia fullo non potest super terram eandida facere. — L. 52. Petrus vero, et qui cum illo erant, gravati.

« avaient succombé au sommeil, » lorsque, « se réveillant » tout à coup, « ils virent Jésus dans sa gloire, entre deux hommes, Moïse et Elle, debout et conversant avec lui. » Moïse, le législateur des Hébreux, Elie, le prophète au zèle ardent, au courage indomptable, et dans leur personne, la loi et les prophètes, dont ils étaient les représentants, venaient rendre hommage à Jésus- Christ, le centre où tout aboutit, et le reconnaître pour le Messie, en qui se trouvait accompli tout ce qui était figuré et prédit, et qui devait embrasser dans sa rédemption du genre humain tout entier, le présent, le passé et l'avenir.

Sur quoi roulait leur entretien avec Jésus? « Ils parlaient, » dit saint Luc, « de sa sortie du monde, qui devait s'accomplir à Jérusalem; » ils s'entretenaient du grand mystère de la rédemption des hommes par le sacrifice de Jésus-Christ.

A cette vue merveilleuse, les Apôtres, hors d'euxmêmes, furent plongés dans une sorte d'extase; leur àme fut inondée de délices spirituelles ; ils se crurent transportés au séjour céleste, et « Pierre, » toujours prompt à manifester les sentiments qui remplissaient son cœur, « au moment ou Moïse et Elle semblaient prendre congé de Jésus, s'écria : /Seigneur, il. fait bon ici, faisons-y trois tentes ; » construisons-y trois cabanes de verdure semblables à celles que font les Juifs pour la fête des tabernacles, aune pour vous, une pour Moïse, et une pour Elie. » Pourquoi descendre de nouveau parmi les hommes, qui ne vous réservent que de cruelles persécutions ? — Telle est la faiblesse humaine laissée à elle-même : elle voudrait jouir sans souffrir, triompher sans combattre, aller au ciel sans y monter sur l'échelle de la croix. Aussi, saint Marc âjoute-t-il qu' « il ne savait ce qu'il disait. » — Admirons toutefois

crant somno. Et ©vigilantes, videront majestatem ejus, et duos viros, qui stabant cum illo, — Mt. 3. Moysos et Elias, cum eo loquentes. L. Dicebant excessum ejus, qtiem completurus eiat in Jérusalem. — L, 33. Et factùm est, eùm diacedererit ab illo, ait Petrus ad Jesum : Mt. 4. Domine, bonum est nos hic esse : si vis, faciamus hic tria tabernacula, tibi unum, Moysi unum, et Elias unum.

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l'humilité et le désintéressement de l'Apôtre : il ne demande aucune tente pour lui ; toute son ambition est d'être l'humble serviteur de Jésus et de ses compagnons.

« II parlait encore, lorsqu'une nuée lumineuse, » symbole de la présence de la Majesté divine, « enveloppa » Jésus et les prophètes, et lea déroba a ses regards; « les apôtres furent saisis de crainte envoyant Moïse et Elie entrer dans la nuée, et de celle-ci sortit une voix qui fit entendre ces mots : Celui-ci est mon Fils lien-aimé, en qui f ai mis toute mon affection : » Je le proclame ici devant vous, comme le souverain Législateur et Prophète parlant aux hommes avec l'autorité d'un Dieu, et à qui vous devez foi et obéissance; « écoutez-le » donc.

« Les disciples, entendant cette voix, furent saisis d'une grande frayeur et tombèrent la face contre terre; » car la nature humaine est impuissante à soutenir la présence et l'éclat de la Majesté divine.

« Pendant qice la voix 'parlait, Jésus se trouva seul : » il ne fallait pas qu'il y eût là personne autre à qui on eût pu croire qu'elle se serait appliquée; et « s' approchant » doucement des Apôtres, « il les toucha et leur dit : Levez-vous, ne craignez point. Alors, » ranimés par la douce voix de leur divin Maître, « ils levèrent les yeux et ne virent plus que Jésus seul; » toute la vision merveilleuse s'était évanouie.

« Et descendant avec eux de la montagne, Jésus leur dit : Ne parlez à 'personne de ce que vous are: vu, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts. » — Cet événement merveilleux n'aurait obtenu

M. 9. Non enim sçiebat quid diceret. — M* 5. Adhùc eo loquente, ecce nulios lueida obumbravit oos : L. et timuerunt, intrantibus illîs in nubem. M' Et ecce vos de nube, dicens : Hic est Filins meus dilectus in quo mihi benè complacni : ipsum audit'?. L. Et audientes diseipuli ceciderunt in faciem suam-j et timuerunt valdè. — L. 36. Etdiim neret vox. inventus est Jésus solus. — Mr7. Et accepit Jésus, et tetigit eos; dixitquo cis : Surgito et nolite timere. — 8. Levantes autem oculos buos, neminem videront, nisi solum Jesum. — 9. Et deacendentibus illis de monte, preecepit eis Jésus dicens : Nemini dixeritis vistonem, donec Filius hominis à mortuis resuréat.

aucune créance avant le miracle plus grand encore et plus décisif de la résurrection, et n'aurait servi qu'à augmenter le scandale des Juifs, à la vue des souffrances et des humiliations de la passion de Jésus-Christ. Quant aux autres Apôtres, sans doute que Jésus ne les jugeait pas encore capables de profiter de cette circonstance, et qu'il pouvait ici leur appliquer ce qu'il leur dit plus tard : « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne les pouvez porter à présent (Jo., xvi, 12). Tout a son temps, môme la vérité : la prudence doit être la compagne inséparable du zèle.

« Les disciples, » suivant l'ordre de leur divin Maître, « gardèrent le silence, et ne dirent pour lors à personne ce qu'Us avaient vu; mais ils se demandaient les uns aux autres ce que voulaient dire ces paroles du Sauveur : Jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts? » Les mystères de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ ne pouvaient entrer dans leur esprit. Ce ne fut qu'après la résurrection et l'ascension du Sauveur, qu'ils le publièrent : ce fut alors que S. Pierre, l'un des témoins de la Transfiguration, put dire dans l'une de ses Epîtres (il. Pet., i, 16-18) : « Ce n'est point en nous attachant à d'ingénieuses fictions, que nous vous avons fait connaître la puissance et l'avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais après avoir été nous-mêmes les spectateurs de sa gloire; car il reçut de Dieu l'honneur et la gloire, lorsque cette voix descendit sur lui d'une nuée lumineuse : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances; écoutez-le. Et cette voix qui venait du ciel, nous l'avons entendue nous-mêmes, lorsque nous étions avec lui sur la sainte montagne. »

L'apparition d'Elie rappela aux Apôtres la doctrine des Pharisiens, qui enseignaient qu'Elie devait préparer les voies au Messie. Nous lisons, en effet, dans le prophète Malachie (iv, 5-6) : « Voilà que je vous enverrai le prophète Elie, avant que soit venu le grand, l'épou-

— L. Et ipsi tacuerunt, et nemini dixerunt in illis diebus quidquam ex his quae viderant, Mr conquirentes quid esset : cùm à mortuis resurrexerit.

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