C. LE DIDRAGME DU TEMPLE
(Gapharnaum, 23-27 sept.)
(( De retour à Gapharnaum, » où Jésus faisait sa résidence habituelle lorsqu'il n'était pas en voyage, « ceux qui recueillaient le didragme, » (c'est à dire le tribut de deux dragmes, ou d'un demi-sicle, environ 1 fr. 60 c. suiv. Arnoldi; 81 c. suiv. Glaire, que, suivant la loi de Moïse (Ex., xxx, 12-18), chaque israélitede 20 à 50 ans devait payer tous les ans pour l'entretien du temple), « s'approchèrent de Pierre, » qu'ils savaient être le chef des disciples de Jésus, et craignant que leur Maître ne voulût s'assimiler aux docteurs de la loi qui, ainsi que les lévites, étaient exempts de ce tribut, ils lui dirent : « Est-ce que votre Maître ne paie pas le didragme ? Pierre, » qui n'ignorait pas ce que Jésus avait coutume de faire en pareilles circonstances, « répondit » de luimême et sans consulter son Maître : « Oui, » il le paie. « Jésus » voulut lui faire sentir que, dans cette réponse
nec volcbat queniquam scire. — 30. Docebat aulem discipulos suos, et dicebat illis : W. 21 . Filius hominis tradendus est in manus hominum : — 22. Et occident eum, et tertiâ die resurget. — L. 45. At illi ignorabant verbum istud; et erat velatuni ante eos ut non sentirent illud; et timebant eum interrogare de hoc verbo. M*. Et contristati sunt vehementer. — 23. Et cùm venissent Capharnaum, accesserunt qui didraclima accipiebant ad Petrum, et dixerunt ci : Magister vester non solvit didraclima?— 24. Ait : Etiam.
M*. XVII. 14-26. — g LXX. GUER1S0N d'un lunatique. 109
précipitée, il avait plus consulté sa piété que la dignité de Celui au nom duquel il parlait ; « et lorsqu'il fut entré dans la maison, lui adressant la parole, il lui dit : Que t en semble, Simon? De qui les rois de la terre reçoiventils le tribut? de leurs enfants ou des étrangers? Pierre répondit : Des étrangers, » c'est-à-dire de leurs sujets, étrangers à la familie royale. « Donc, dit Jésus, les fils sont exempts; » donc, moi qui suis le fils du Dieu vivant, je suis exempt d'un tribut payé par les hommes en l'honneur de mon Père. « Toutefois, pour ne pas les scandaliser » par un refus dont ils ignoreraient le motif véritable, «va sur le bord de la mer, jette F hameçon, et le premier imsson gui montera, prends-le, » tire-le sur le rivage, « puis, ouvrant sa bouche, tu trouveras un statere, » pièce de monnaie de quatre dragmes ; « l'ayant pris, donne-le 'pour moi et pour toi. » Jésus paie le tribut, mais de la manière qui convient au Fils de Dieu ; en roi, non en sujet. Il vient de dire, que, comme fils de Dieu, il en est exempt. Ce qu'il venait de dire, il le confirme par un miracle. Il ne paie pas lui-môme le tribut, c'est la nature qui le paie pour lui. C'est ainsi qu'il sait concilier à la fois ce qu'exige le soin de sa dignité et le bon exemple.
1° Si l'on est curieux de savoir comment les protestants rationalistes ont défiguré le récit évangélique qui précède pour le réduire aux proportions d'un fait purement naturel, voici quelque échantillon de leur savoirfaire.
a) Quant au lunatique, c'était tout simplement un épileptique, dont la maladie était attribuée, par la croyance superstitieuse des Juifs, à la possession du démon.
Et cùm intrasset in domum, prœvenit eum Jésus dicens : Quid tibi videtur, Simon? Reges terrée a quibus accipiunt iributum vel censura? à filifs suis, an ab alienis? — 2o. Et ille dixit : Ab alienis. Dixit illi Jésus : Ergo liberi sunt filii. — 26. Ut autom non scandalizemus eos, vade ad mare, et mitte hamum : et eum piscem, qui primus ascenderit, toile, et aperto ore ejus, inventes staterem ; illum sumens, da eis pro me et te.
Dehaut. L'Evang. — T. 111. 10
Jésus, croyant inutile de combattre leurs fausses idées sur ce sujet, se contente de guérir le malade par un traitement à la fois hygiénique et moral, lui ordonnant le jeûne et la prière, et lui inspirant la confiance de sa guérison, en lui faisant accroire que le démon l'avait quitté, etc. On voit combien tout cela est conforme au récit évangélique.
V) Quand au second miracle de la pièce d'or trouvée dans la bouche d'un poisson, le docteur Paulus l'explique en traduisant ainsi le texte évangélique : « Prenez, dit Jésus à Pierre, le premier poisson venu, portez-le au marché, vous n'aurez besoin que Rouvrir la houche, et vous recevrez, sur place, une pièce d'or pour le prix. » — On a trouvé qu'une pièce d'or de quatre dragmes était un prix bien élevé pour un poisson pris à la ligne, dans une ville comme Gapharnaùm, où le poisson abondait; mais le docteur Paulus ne se laisse pas arrêter pour si peu de chose, et il en est quitte pour modifier un peu sa traduction : « Et eumpiscem qui primus ascenderit, toile, » doit se traduire ainsi : « Tirez, chaque fois, le poisson qui se prendra d'abord, et continuez de la sorte jusqu'à ce que vous en ayez pour la valeur d'une pièce de quatre dragmes, » et vous sortirez d'affaire. — Celui qui n'admirerait pas l'habileté merveilleuse du docteur Paulus, pour traduire l'Ecriture sainte et en découvrir le sens caché au profane vulgaire, serait bien difficile.
2° Mais, à\i Strauss, le miracle est absurde, incompréhensible. Comment un poisson a-t-il pu conserver une pièce d'or dans la gueule, en saisissant l'hameçon? — Je ne trouve rien d'incompréhensible à ce qu'un poisson, montant verslasurface de l'eau, puisseavaler d'abord une pièce d'or, puis, tout en la conservant, saisir l'hameçon qui se présente. — « On ne voit pas le motif d'un pareil miracle. Qui empêchait Jésus-Christ d'emprunter l'argent dont il avait besoin? etc. » — Le motif du miracle a été indiqué précédemment. Il convenait à Jésus de maintenir sa dignité, tout en payant, pour le bon exemple, un tribut dont il était exempt.
M*. XVII. 14-20. — § LXX. guérison d'un lunatique. 111 ENSEIGNEMENTS PRATIQUES.
« Le jour suivant, comme ils descendaient de la montagne, ils trouvèrent les autres disciples environnés d'une grande foule de peuple, au milieu de laquelle des Scribes leur parlaient avec véhémence. » — Après les consolations spirituelles, on doit s'attendre aux croix et aux épreuves; du ciel, il faut descendre sur la terre. — Les défauts, les faiblesses des ministres de Jésus- Christ retombent sur Jésus-Christ lui-même, font la honte de la religion et le triomphe des incrédules.
« Alors y un homme sortit de la foule et vint se prosterner à ses pieds, en disant : Maître, je vous en supplie, ayez pitié' de mon fils unique. » — Premier pas de la conversion : S'approcher de Jésus-Christ, s'humilier devant lui, le prier avec instance, lui exposer avec confiance sa propre misère. — Les pères et mères qui souffrent dans leurs enfants trouveront un refuge assuré auprès de Jésus-Christ. — La nécessité rend humble et éloquent. — « Quand l'esprit du mal s'empare de lui, il le jette à terre avec violence, souvent dans le feu, souvent dans Veau, et alors, il pousse des cris, il écume, il grince des dents, et le démon le quitte à grande peine, après l'avoir tout meurtri. » — Terrible image de la haine et de la rage du démon contre les hommes. — Si l'état d'un possédé est bien à plaindre, l'état d'un pécheur que le démon tient en son pouvoir, l'est bien plus encore.
« Je l'ai présenté à vos disciples, les priant de chasser l'esprit mauvais, et ils n'ont pu le guérir. » — Souvent Dieu permet que ses ministres ne réussissent pas dans le ministère des âmes, soit par un secret jugement de Dieu sur les pécheurs impénitents et endurcis, soit pour conserver ses ministres dans l'humilité, et les exciter à croître dans la foi, la confiance, la prière et la mortification.
« Jésus leur dit : Génération incrédule et perverse, jusqu'à quand vous supporterai-je? » — Les reproches sont sur les lèvres de Jésus, l'amour est dans son cœur : plein de sévérité et d'indignation contre le mal, il n'a pour les pécheurs que tendresse et miséricorde. — Patience ineffable de Jésus à supporter les fautes et les imperfections de ses disciples ! — Jésus supporte nos faiblesses, nous devons, à son exemple, supporter celles de nos frères. « Amenez-moi ce jeune homme. » — Beau conseil à donner aux pères et mères de famille. C'est à Jésus qu'ils doivent conduire et confier leurs enfants.
« Dès qu'il aperçut Jésus, le démon le jeta contre terre, oit le malade se roulait* en écumant. » — Le démon redouble ses efforts, quand il voit que Jésus est près de lui îwir une ftme,
« Jésus demanda au père : Depuis combien de temps est-il en cet état? Et le père lui dit : Dès sa première enfance. » — Terrible puissance d'une habitude invétérée, qui est devenue une seconde nature ! Il faut un prodige de la grâce pour en triompher.
« Seigneur, si vous pouvez le guérir, ayez pitié de nous. » — Lutte entre la foi et l'incrédulité dans le cœur du père. — Ce n'est pas de la puissance et de la bonté de Jésus que nous devons nous défier, car elles n'ont aucune borne, mais de notre manque de foi et de confiance.
« Jésus reprit : Si vous pouvez croire, tout est possible à celui qui croit. » — La foi nous unit à Dieu, et nous rend forts de la puissance de Dieu lui-même. — Avec la foi, nous pouvons triompher de tous les efforts de Satan, et vaincre les passions les plus violentes.
« Le père s'écria, en fondant en larmes : Je crois, Seigneur ; venez en aide à mon incrédulité . » — Belle prière, que nous devons souvent adresser à Jésus-Christ. C'est déjà avoir de la foi, que de sentir combien elle nous est nécessaire, de la désirer ardemment, et cle la demander à celui qui seul peut nous la donner.
« Jésus alors, menaçant V esprit immonde, lui dit : Esprit sourd et muet, je te le commande, sors de cet homme, et ne rentre plus en lui. » Jésus, souverain Maître du ciel et de la terre, terreur du démon, destructeur de sa puissance.
« Le démon poussant un grand cri, et V agitant avec violence, sort de V enfant, qu'il laissa comme mort. » — Un dernier et plus violent combat précède d'ordinaire immédiatement le triomphe. — Le pécheur souffre d'étranges convulsions quand on lui parle de quitter des habitudes invétérées : c'est comme lui ôter la vie, que de lui parler de renoncer à ses passions.
« Ses disciples s'approchèrent de lui, en secret, et lui dirent : Pourquoi n'avons-nous pu chasser ce démon? » — Le pasteur des âmes doit se demander à lui-même pourquoi son ministère est si stérile, et si ce n'est pas dans son peu de foi, de vertu, de zèle, qu'il doit en rechercher la cause? Il est difficile de chasser le démon de l'âme des autres, si l'on subit soi-même son empire.
« Parce que vous ne croyez point assez, répondit Jésus. Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez il cette montagne : Transporte-toi d'ici là, et la montagne le ferait. » — Puissance merveilleuse de la foi, à qui rien ne peut résister, et qui nous fait triompher de Dieu lui-même! — Chasser du cœur le démon de l'orgueil, c'est transporter une montagne. Pour cela, il faut une grande foi, soutenue d'une fervente prière et d'une vie pénitente et mortifiée.
M*. XVII. 14-26. — § LXX. guérison d'un lunatique. 113
« Pour ce genre de démon, il ne se chasse que par la prière et le jeûne. » — La prière et le jeûne sont des armes toutes-puissantes pour vaincre le démon : « Grata est Deo, et terribilis diabolo, jejunantis oratio. » (S. Léon.) — Ce sont deux ailes puissantes, dit saint Chrysostôme, qui nous élèvent vers le ciel, là où le démon ne peut nous atteindre.
« Le fils de V homme, leur disait-il, sera litre' entre les mains des hommes. — Mais eux ne comprenaient rien à cette parabole. » — La chair et le sang ne veulent pas entendre parler de croix et de souffrances ; c'est pour eux une langue inconnue et qu'ils ne veulent pas apprendre. L'esprit se refuse à comprendre ce que le cœur ne veut pas accepter.
« Les collecteurs chargés de percevoir l'impôt du didragme pour le temple de Jérusalem, s' adressant à Pierre, lui dirent : Votre Maître ne paie-t-ïl pas le tribut? » — Devoir de payer le tribut aux puissances établies. — Manifestation de la primauté de saint Pierre. C'est à saint Pierre que s'adresse le collecteur de la dîme sacrée. Ne voulant pas importuner le Maître par une réclamation peu importante, il trouve naturel de la lui transmettre par l'intermédiaire du chef des disciples.
« Jésus lui dit : Simon, que vous en semble? De qui les rois de la terre reçoivent-ils le tribut ou le cens, de leurs enfants ou des étrangers? Des étrangers, répondit Simon. — Donc les fils en sont exempts, reprit Jésus. » — Jésus-Christ affirme sa propre divinité, qu'il prouvera tout à l'heure par un miracle. L'immunité est de droit pour les rois et leurs fils ; de même, le Fils de Dieu n'a point à payer l'impôt pour le Temple, qui est le palais de son Père.
« Mais, pour ne pas les scandaliser, allez sur le bord de la mer, etc. » — A l'exemple de Jésus-Christ, ne cherchons pas à nous prévaloir d'exemptions souvent contestables pour nous soustraire aux lois de l'Eglise, aux devoirs de la vie commune, aux pratiques de l'observance régulière. Sacrifions tout, plutôt que de nous exposer à scandaliser nos frères.
« Jetez Vhameçon; le premier poisson qui s'y prendra, tirez-le sur le rivage, vous trouverez dans sa bouche un statère, que tous donnerez à ces gens pour vous et pour moi. » — Admirons et adorons : a) la pauvreté de Jésus-Christ, qui n'a point de quoi payer le tribut du Temple ; b) son obéissance et son humilité, qui l'engagent à payer un tribut qu'il ne doit pas ; c) sa charité, qui recourt à un miracle pour ne pas scandaliser les faibles ; d) le soin qu'il a de sa dignité dans son humiliation, en payant le tribut, mais en le payant en Dieu, par un acte de sa souveraine puissance. — Jésus fait de saint Pierre son économe, le ministre de ses merveilles, d'un prodige inouï. Il trouve en lui un ministre
plein de foi, de docilité, d'humilité. Imitons ces vertus, si Dieu nous a choisis pour être les dispensateurs de ses grâces.
PROJETS HOMILÉTIQUES.
A. GUÉRISON DU LUNATIQUE. — OU TROUVONS-NOUS LA FORCE DE TRIOMPHER DU PÉCHÉ ?