‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 83 sur 419 · LE ROYAUME DES CIEUX? — SCANDALE · texte numérisé non relu

LE ROYAUME DES CIEUX? — SCANDALE

(Capharnaum, septembre.)

(M*, xvin. 1-14. Mr. ix. 32-36. L. ix. 46-50.)

A. QUI est le plus grand dans le royaume DES CIEUX?

La prédiction de Jésus-Christ sur sa passion et sa résurrection prochaine fit croire aux Apôtres qu'après une épreuve passagère, sur laquelle il n'avait que des idées confuses, l'époque allait bientôt arriver où Jé^

sus restituerait le royaume d'Israël, où il établirait ce royaume messianique si impatiemment attendu, et qu'ils ne se représentaient, suivant les idées grossières des Juifs de leur temps, que comme un royaume purement temporel. Cette pensée réveillait en eux des idées d'ambition, car, naturellement, ils devaient être appelés par leur Maître aux premières dignités de ce nouveau royaume. « C'est alors que s'introduisit dans leur esprit la pensée de savoir qui d'entre eux devait être le plus grand. » Les promesses faites à saint Pierre, le choix récent que Jésus avait fait de trois de ses disciples, pour les rendre témoins de sa Transfiguration, les prétentions des fils de Zébédée, etc., offraient une matière toute naturelle à ce débat. Ils discutaient sans doute entre eux les divers titres que chacun pouvait faire valoir à la faveur de son Maître.

Jésus crut devoir dissiper ces vaines illusions, étouffer dans leur germe ces pensées ambitieuses, et faire comprendre à ses Apôtres combien elles étaient éloignées du véritable esprit qu'il voulait inspirer à ses disciples.

— La dispute des Apôtres avait eu lieu « durant le chemin (W. 32.). Lorsqu'ils furent entrés dans la maison » où Jésus faisait sa résidence habituelle, « le Sauveur, » qui connaissait leurs pensées les plus secrètes, « leur demanda : De quoi parliez-vous en chemin? — Mais ils se taisaient; » la honte leur fermait la bouche, « parce qu'en chemin, ils avaient disputé ensemble sur cette question : Qui d'entre eux était le plus grand. » — Puis enfin s'enhardissant, « ils s'approchèrent de lui et lui dirent: Maître, qui, » d'entre nous « doit-être le plus grand dans le royaume des deux, » doit occuper le premier rang dans le nouveau royaume que vous allez établir? « Jésus s' étant assis, appela près de lui les douze et leur dit : >Si quelqu'un veut être le premier » dans le

L. IX. 46. Intravit autem cogitatio in eos, quis eorum major esset.

— 47. At Jésus videns cogitationes cordis illorum, — Mr IX. 32. cùm domi essent, interrogabat cos : Quid in via tractabatis ? — 33. At illi tacebant : siquidem in via inter se disput avérant, quis eorum major esset. — Mt. XVIII. 1. Accesserunt discinuli ad Jesum, dicentes : Quis, putas, major est in regno eœlorum? — M1. 34. Et residens vocavit duodecim et ait illis : Si quis vult primus esse.

royaume des cieux, « qu'il soit le dernier de tous, et Je serviteur de tous. » — Il n'en est pas du nouveau royaume que je veux établir comme des royaumes de la terre; ce n'est pas l'esprit d'ambition, la recherche des grandeurs, qui doit animer mes disciples ; la première condition, au contraire, la condition fondamentale pour aspirer au premier rang dans le royaume messianique^ c'est l'humilité, le mépris des honneurs, le désintéressement, qui s'oublie soi-même pour se dévouer au service de ses frères. Puis, pour rendre plus sensible aux yeux la leçon qu'il voulait donner à ses disciples, « appelant un petit enfant, » le même, s'il en faut croire la tradition, qui fut depuis S. Ignace, l'illustre martyr et évoque d'Antioche (Voy. Euseb. Hist. Ecc, 3-30; Niceph. 2, 3), « il le prit, le plaça au milieu d'eux, et après V avoir emîrassé, il leur dit : En vérité, je vous le dis, si vous ne clwngez, et ne devenez comme de petits enfants, » aussi simples, aussi humbles, aussi dénués d'envie et de toute prétention ambitieuse que l'est naturellement un enfant, non-seulement vous n'obtiendrez pas les premières places, mais, « vous n'entrerez pas » même « dans le royaume des cieux. » Le royaume que je veux établir, commencé sur la terre, n'aura sa perfection, tout son éclat, que dans le ciel; et dans ce royaume céleste, bien opposé à ceux de la terre, les premières places sont réservées à l'humilité la plus profonde, à qui s'abaissera davantage : « Quiconque se sera fait petit comme cet enfant, celui-là dans le royaume des cieux est le plus grand. » L'enfant, le plus humble et le plus petit de vos frères, ne doit pas seulement être pour vous un modèle que vous devez vous efforcer d'imiter, il doit être pour vous un objet d'estime et d'affection. A l'humilité, au désintéressement qui s'oublie soi-même, vous devez joindre la charité fraternelle, qui se sacrifie pour les autres. « Celui qui reçoit, » qui accueille avec bienveil-

erit omnium novissimus, et omnium minister. Mt. 2. Etadvocans parvulum statuit eum in medio eorum ; Mr quem cùm complexus esset, ait illis : — Mt. 3, Amen dico vobis : Nisi conversi fueritis, et efficiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnum cœlorum. — 4. Quieumque ergo humiliaverit se sicut parvulus iste, hic est major in ivtrno cœlorum, — 5. et qui susceperit

lance, avec amour, se dévouant à son bien-être temporel et spirituel, « en mon nom, » à cause de moi et par amour pour moi, « un petit enfant comme celui-ci, » le dernier et le plus humble de ses frères, « me reçoit moimême. » Ce qu'il fera pour lui, je le regarde comme fait à moi-même, et je me charge de la récompense : « Quiconque me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé. »

« Alors Jean, prenant la parole, dit à Jésus : « Maître, » vous nous ordonnez d'accueillir avec amour, avec respect, le plus petit, le plus humble dé nos frères; aurions-nous péché contre ce précepte ? Il y a peu de temps, « nous avons vu qtcelqu'un exorciser les démons en votre nom, » s'arrogeant ainsi un pouvoir que vous nous avez réservé à nous seuls; par zèle pour votre gloire, et, « farce qu'il ne vous suit pas avec nous, » qu'il ne s'est pas attaché à vous, en qualité d'apôtre ou de disciple, « nous Yen avons empêché; » avons-nous bien fait? « Jésus répondit : ne l'en empêchez point ; car nul ne peut en même temps faire un miracle en mon nom et parler mal de moi, » blasphémer contre moi, ne pas me reconnaître pour le Messie; il est donc mon disciple au fond du cœur : « Qui n'est pas contre vous, est pour vous. »

Jésus-Christ avait dit précédemment, en parlant des Pharisiens : « Qui n'est pas avec moi est contre moi. » — Ces deux maximes générales sont également véritables, selon les personnes et les circonstances diverses auxquelles elles s'appliquent. Les Pharisiens en refusant de se déclarer pour Jésus-Christ, de reconnaître sa mission divine, évidemment prouvée par ses miracles, étaient sans excuse et manquaient à leur devoir. En refusant de se déclarer positivement pour Jésus-Christ, en réalité, ils se déclaraient contre lui. Au contraire, le simple Israélite, qui n'était pas forcé par une voca-

unum parvulum talem in nomine meo, me suseipit. L. et quicumque me rceeperit, recipit euin qui tac misit. — L. 49. ilespondens auteiu .Joannes, dixit : Prseçeptpr, \idimusquemdam in nomine tuoejicientem dœmonia, et prohibuimus eum, quia non sequitur nabiscum. Et ait ad illum Jésus : Nolite prohibera : M1- 38. Nemo enim est qui faciat virlulom in nomine meo et possit eitb malè ioqui de me. — 39. Qui enim non est adyersùm vos, pro vobis est.

tioii spéciale à diriger le peuple dans la voie de la vérité, par là même qu'il résistait à l'influence des Pharisiens contre Jésus-Christ, était au fond du cœur pour lui. Revenant au précepte de la charité fraternelle, Jésus- Christ ajoute : « Quiconque vous donnera v/n verre d'eau en mon nom, parce que vous êtes au Christ, » parce que vous êtes du nombre de mes disciples, « je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense. »

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