‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 85 sur 419 · C. IlESPECT POUR LES PETITS ENFANTS · texte numérisé non relu

C. IlESPECT POUR LES PETITS ENFANTS

La charité fraternelle que Jésus-Christ impose à ses disciples ne se contente pas d'éviter tout ce qui peut scandaliser le plus petit et le plus humble de ses frères : elle le considère avec respect et amour, parce qu'elle découvre en lui une âme chère à Jésus-Christ, et pour laquelle il a versé tout son sang : « Prenez garde de mépriser tin seul de ces petits;» et ce respect s'appuie sur deux raisons. La première, c'est l'honneur que Dieu leur a fait, en leur donnant pour gardiens et pour protecteurs les princes de la cour céleste eux-mêmes, « car je vous déclare que leurs anges dans le ciel voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les Cieux ; » en quelque lieu qu'ils soient, ils y trouvent le ciel et jouissent de la vision béatifique. La seconde, -c'est le prix auquel Jésus-Christ les a rachetés; ils lui sont d'autant plus chers, qu'ils lui ont plus coûté; «car le Fils de l' homme est venu sauver ce qui avait péri.y Afin de rendre son idée plus sensible encore, Jésus-Christ selon sa cou-

49. Bonum est sal : quod si sal iusulsum fuerit, in quo illud con- (!i"iis ? Habete in vofois sal, et pacem habete inter vos. — Mt. 40. Videto ii3 contemnalis iinum ex bis pusillis : dico enim vobis quia angeli eorum io cœlis semper vicient faciem Patris mei, qui in cœlis est. — M, Yenit caim Filins honiinis salvare quod perierat.

M*. XVIII. 1-14. — g LXXI. INSTRUCTION- AUX APOTRES. 123

îuiii.'. a recours à une parabole. « Que tous en semhle? * dit-il; je vous en rends juges vous-mêmes, « si quelqu'un a centljrelns, et qu'une d'elles s'égare, ne laisse-til pas dans les pâturages de la montagne, » où elles peuvent s'égarer en liberté, « les quatre-vingt-dix-neuf outres, et ne s'enva-t-il pas clierclter celle qui est égarée? Et s'il par rient à la trouver, je tous le dis en vérité, elle lui donne plus de joie queles quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont point éloignées de lui. «Bien que les autres lui soient également chères, elle lui cause en ce moment une joiesensible que ne lui donnent pas les autres, la joie de l'avoir retrouvée après l'avoir perdue, joie d'autant plus vive, qu'elle contraste avec la tristesse et l'inquiétude qui précèdent. « Aussi n'est-ce point la volonté de mon Père, qui est dans les deux, qu'un seul de ces petits périsse, » et il prendra une vengeance terrible de ceux qui auraient contribué à les perdre.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

L. IX. v. 46. « Une pensée entra en eux, celle de savoir qv.i d'entre eux était le plus grand. » — Le cœur de l'homme a une propension naturelle à s'élever au-dessus des autres. Les pensées d'ambition peuvent se glisser jusque dans l'état le plus saint, jusque parmi les ministres du Seigneur. Détestons ce vice odieux, d'autant plus funeste qu'on se le dissimule à soi-même, qu'il est une source féconde de discorde et de scandale ; veillons à ce qu'il n'entre jamais dans notre cœur. « 0 amVitio cinlïe.ntlvra crvx, quomodo o runes torques? Nili il ucrii'S crucial, nikil molestiùs inquiétai, nil tamen apud miseras mortales celehrirs ncgotiis ejus. » (S; Bern.) — «Ambitio, futile ntaluai, secrclum virus, ycsiis occulta, doit artifex. mater hijpocrisis, livoris parens, rc\tiorum origo, tinea sanctitatis, excœcatio cordium, cxremediis ïiiorlos creans, ex medicinâ languorern generans. » (le même).

<«, Mais Jésus connaissant les pensées de leur cœur. » — En vain dissimulons-nous à nous-mêmes et cachons-nous aux autres les secrètes pensées d'orgueil et d'ambition qui s'agitent au fond

12. Quid vobis videtur? si fuerint alicui centum oves. et erraverjt una ex eis, nonne relinquit nonaginta novem in montibus. et Vàdit quaerere eam quae erravit '? — \3. Et si contigerit ut invoniat eam, amen dico vôbis quia gaudet super oam magis quàm super nonaginta novem, quse non erraverunt. — 15. Sic non est vtrtufttas antô Patrem vestrum, qui in cœlis est, ut pereat unus de pusillis istis.

de notre âme, qui sont le mobile caché de nos actions; en vain les parons-nous des glorieux prétextes de justice, de zèle, de religion, etc. ; nous ne pouvons pas en imposer à Dieu, qui pénètre le fond de notre âme.

Mr. 34. «Si quelqu'un, leur dit-il, veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » — L'humilité est la mesure de la grandeur dans le royaume de Dieu. Noble et sainte ambition, que celle qui s'applique à être le plus petit et le plus humble ! — En même temps qu'elle impose aux sujets, aux inférieurs, le respect pour l'autorité, la religion impose à ceux qui en sont revêtus l'esprit de dévouement et de sacrifice.

« En vérité, je vous le dis, si vous ne devenez comme de petits enfants, vous ri entrere: pas dans le royaume des deux. » — Imitons les vertus de l'enfance, l'innocence, la candeur, la docilité, la simplicité, l'humilité, l'obéissance. L'enfant ne se repaît pas de projets d'ambition et de fortune, il croit ce qu'on lui dit, il dit ce qu'il pense, il va où on le conduit, il fait ce qu'on lui ordonne... Voilà le modèle que nous devons nous proposer si nous voulons entrer dans le royaume du ciel. Ne rougissons pas d'apprendre à l'école des enfants. Jésus-Christ les aime, les ministres de Jésus-Christ doivent aussi les aimer, et travailler à faire régner Jésus-Christ dans leurs jeunes cœurs.

W. 4. « Quiconque se fait petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des deux. » — « Omnes détectât celsitudo, secl liumilitas gradus est. Ad magna nos tendimus, parva capiamns, et magni erimus » (S. Aug.). — « Cfloriosa res liumilitas, quâ ipsa quoqne superbia palliare se appétit, ne vilescal » (Id.).

« Et qui reçoit en mon nom un semblable petit enfant, me reçoit. » — La foi nous apprend à voir dans l'enfant Jésus-Christ lui-même, à l'accueillir dans son abandon, à honorer en lui l'image de Dieu, à respecter son innocence, à la préserver de toute souillure, à le regarder comme un dépôt sacré confié à notre garde, et dont Jésus-Christ lui-même nous demandera compte. — « Bona est Jiospitalitas, habet mercedem suam, primùmJiumanœ gratiœ, deindè, quodmajus est, remunerationis divines. Omnes in hoc incolatu hospites sumus ; ad tempus enim habitandi habemus hospitium ; emigramus propere. Caveamus ne, si nos duri et négligentes fuerimus in recipiendis hospitibus, etiam nobis post vitœ istius cursum sanctorum Jiospitia denegentur... Sed pauperiem prœtendis. . . Non opes à teliospes requirity sed gratiam; non ornât um convivium, sed cibum obvium. » — « Meliùs est vocari ad olera cum caritate, quàm ad vituhim saginatum cum odio » (Prov. xv. ] 7).« Hœcgrata Itominibus et accepta Deo. » (S. Ambr.)

v. 6. « Mais quiconque scandalisera l'un de ces petits qui croient enmoi, mieux vaudrait pour lui qu'on mît à son cou une meule de moulin, et qu'on le jetât dans la mer. » — Crime horrible et terrible responsabilité des parents qui, par leur négligence coupable, leurs mauvais exemples, la déplorable éducation qu'ils donnent à leurs enfants, leur sont une occasion de ruine et de scandale ! La colère de Dieu s'appesantira sur eux : « Je viendrai à eux, dit-il, par la bouche du prophète Osée (xm, 7-8), comme l'ourse qui a perdu ses petits, je leur déchirerai les entrailles : comme un animal furieux, je les mettrai en pièces. »

v. 7. « Malheur au monde, à cause des scandales ! Il est nécessaire qu'il vienne des scandales; mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive! » — Le monde est le centre du scandale et comme le trône où il règne : « Corrumpi et corrumpere sceculum vocatur. » (Tac.) — Le scandale est une suite naturelle de la corruption humaine. 11 sert à rehausser la vertu des justes.

— Crime énorme du scandale. Scandaliser ses frères, c'est être un antechrist, un ennemi déclaré de Dieu et de Jésus-Christ, le meurtrier, non du corps, mais, ce qui est bien pis, de l'âme de ses frères, un suppôt du démon, un démon incarné et le persécuteur de l'Eglise. Assassiner un homme, c'est lui enlever la vie du corps ; le scandaleux enlève à ses frères la vie de la grâce, les jette dans l'esclavage du démon, les précipite en enfer. Si vous assassinez un homme, du moins cet homme assassiné n'en assassinera pas d'autres, au lieu qu'une âme pervertie par le mauvais exemple en pervertit d'autres, qui, à leur tour, font le même ravage, et ainsi à l'infini. Les péchés du scandaleux se multiplient encore lors même qu'il ne pèche plus, qu'il ne vit plus ; c'est une racine empoisonnée qui portera des fruits de mort peut-être jusqu'à la fin du monde. Les personnes qu'il a portées au mal pèchent pour lui et pour son compte.

v. 8. « Il vaut mieux entrer boiteux et mutilé dans la vie éternelle que d'aller, ayant deux mains, dans le feu qui ne s'éteint pas, au lieu où Von est rongé par le ver qui ne meurt point. »

— Obligation de tout sacrifier pour assurer son salut. — Existence de l'enfer : a) peine du feu, b) ver rongeur de la conscience, c) éternité de l'enfer.

v. 9-10. « Prenez garde de mépriser aucun de ces petits, parce que leurs anges voient sans cesse dans le ciel la face de mou Père qui est dans les deux. » — Existence des anges gardiens. — « Magna dignitas animarum ut unaquœque liabeat ab ortu nativitatis in custodiam sut angelum delegatum . » (S. Jér.)

— Nous devons à l'égard de notre ange gardien : 1° le respect : « remrentiam pro prœsentiâ. » (S. Bern.) La majesté des rois imprime tant de respect que leur seule présence nous tient dans

le devoir. Le dernier des anges est plus noble que le plus grand roi du monde. Comment donc oserions-nous faire devant lui ce que nous n'oserions faire devant le dernier de tous les hommes t ■ — 2° Amour et reconnaissance pour ses services; « devotionem pro benevolentiâ. » — Que de bienfaits ne recevons-nous pas de lui ? Il quitte le ciel pour être avec nous, il nous préserve de mille dangers, il présente nos prières au Seigneur et nous en rapporte ses grâces ; il nous défend contre nos ennemis visibles et invisibles ; il nous porte dans ses mains, et quand, malgré ses soins, nous tombons, il nous aide à nous relever; après nous avoir conduits pendant la vie, il nous assiste encore à la mort. Pourrons-nous jamais assez reconnaître tant de bienfaits? — 3° Confiance dans sa protection ; « fiduciam pro custodiâ. » — Notre ange gardien est pour nous un puissant protecteur, un ami éclairé, fidèle, zélé pour nos intérêts. Pourrions-nous ne pas placer en lui notre confiance? pourrions-nous négliger de recourir à lui dans nos peines, de le consulter dans nos doutes, de suivre avec une parfaite docilité ses inspirations?

v.'ll. « Le fils de l'homme est venu sauver celui qui avait péri. » — Si nous aimons Jésus-Christ, nous devons, à son exemple, nous dévouer au salut de nos frères. — Si le marchand, pour augmenter sa fortune, ne craint pas de traverser les mers, de braver les orages et les tempêtes ; si l'ouvrier, pour un gain modique, s'impose de rudes fatigues, hésiterons-nous à nous dévouer nous-mêmes pour gagner des âmes immortelles, dont nous ne pourrions d'ailleurs négliger le salut sans exposer le nôtre? (S. Chrys.J

PROJETS HOMILÉTIQUES.

à. (m1. 4-14.) — « SI vous NE DEVENEZ comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. »

Jésus-Christ nous recommande :

I. De devenir comme de petits enfants: « Nisi efficiamini sicat

parvuli. »

Pourquoi ?

Parce que : 4) les enfants sont humbles; ils ont le sentiment de leur faiblesse. — 2) Ils sont généralement, et par leur âge, exempts de pensées ambitieuses, de cupidité, d'avarice, etc.. — 3) Ils sont généralement dociles et soumis à la volonté de leurs supérieurs.

II. De l'honorer lui-même, dans la personne des petits et des humbles : « Quisquis unum ex hnjusniodi pueris receperit in n-yniine meo, me recipit. »

4) C'est ce que nous ferons : a) en recueillant avec charité les enfants abandonnés : « Quisquis receperit, » etc ; b) en évitant avec soin tout ce qui pourrait leur être un sujet do scandale, soit par nos paroles, soit par nos actions : « Qui scandalizaverit unum de pusillis istis... expedit ei, » etc. ; — c) en étouffant et réprimant en nous les passions coupables, qui sont la première cause des mauvais exemples et du scandale : « Si manus tua vel pes tuus scandalizat te, abscide eum, et projice abs te. » — 2) C'est ce à quoi doit nous engager la pensée a) de la terrible responsabilité que nous ferions peser sur nos tètes : « Vœ homini itti,per quem scandalam venit; » — b) de l'amour infini de Jésus-Christ pour ces petits et pour ces humbles, pour lesquels il est mort..., dont il ne veut pas la perte : « Venit Filius hominis salvare quod perierat. »

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