CONTRE LE RESPECT HUMAIN
deux as? Pourtant pas un seul d'entre eux n'est en oubli devant Dieu. Bien plus, les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc pas ; vous valez bien plus que des passereaux.
« Je vous le dis : Quiconque m'aura rendu témoignage devant les hommes, le Fils de l'homme lui rendre témoignage devant les anges de Dieu ; mais celui qui m'aura renié devant les hommes, sera renié devant les anges de Dieu. Quiconque dit une parole contre le Fils de l'homme, en aura la rémission ; mais quiconque aura blasphémé contre l'Esprit Saint, n'en aura pas le pardon. Quand on vous traduira devant les synagogues, devant les magistrats et les autorités, n'ayez nul souci de la forme ni de la nature de vos réponses, ni de ce que vous direz ; car l'Esprit Saint vous apprendra à cette heure-là ce que vous aurez à dire. »
s. Luc, 12, 1-12.
Gardez-vous du levain des pharisiens, qui est V hypocrisie. Comme dans les précédentes missions, les foules se pressaient autour de Jésus et s'écrasaient pour l'entendre. Il les prémunissait contre le levain des pharisiens, l'hypocrisie (78), et, reprenant des paroles appliquées naguère à un autre sujet (67), il leur déclarait que tout ce qui se cachait serait un jour révélé publiquement.
Il leur répétait d'autres avis sur les seuls ennemis à craindre, sur la confiance en la Providence, sur le témoignage à lui rendre et sur la manière de se comporter devant les tribunaux humains (67). Ces instructions, adressées d'abord aux apôtres, étaient
maintenant redites à l'usage- de tous les disciples. Il n'est pas possible de déterminer si la vraie place de ces épisodes et de quelques autres encore est celle qu'ils occupent dans saint Matthieu et saint Marc, ou celle que saint Luc leur assigne dans son récit plus méthodique. Le plus probable est qu'ils se sont répétés plusieurs fois, ce qui n'a rien que de naturel, puisque les auditeurs variaient sans cesse, mais toujours avec le même état d'esprit et les mêmes préjugés. Seulement les trois synoptiques ont reproduit à peu près identiquement les faits et les discours sous la forme traditionnelle consacrée par l'évangile oral.
Quelqu'un de la foule lui dit alors : « Maître, dites à mon frère de partager avec moi l'héritage.)) Mais Jésus lui dit : « Homme, qui donc m'a établi pour juger et partager entre vous? » Et il dit à tous : « Veillez à vous garder de toute avarice ; car la vie de chacun ne dépend pas de l'abondance des biens qu'il possède. » Il leur dit alors cette parabole : « Le champ d'un homme riche rapporta des fruits abondants. Aussi cet homme pensait-il en lui-même et se disait-il : Que ferai-je, puisque je n'ai pas où recueillir mes récoltes? Voici ce que je ferai, dit-il ; je détruirai mes greniers, j'en ferai de plus grands, et là j'amasserai tout ce qui m'est survenu et tous mes biens, et je dirai à mon âme : Mon âme, tuas là de grands biens pour bon nombre d'années ; repose-toi, mange, bois, fais bonne chère. Mais Dieu lui dit : Insensé, cette nuit même on va te redemander ton âme ; à qui seront les biens que
tu as préparés? Ainsi en est-il de celui qui amasse pour lui-même, et qui n'est pas riche pour Dieu. »
Il disait encore à ses disciples : « C'est pour cela que je vous dis : N'ayez point de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet du vêtement. La vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. Voyez les corbeaux qui ne sèment ni ne moissonnent, et qui n'ont ni celliers ni greniers : c'est Dieu qui les nourrit. Combien valez-vous mieux qu'eux ! Qui de vous, avec tout son esprit, peut ajouter à sa vie la longueur d'une coudée? Si vous ne pouvez pas ce qui est si peu de chose, pourquoi vous inquiétez-vous du reste?
« Considérez comment croissent les lis ; ils ne travaillent ni ne filent ; mais je vous le dis, Salomon dans toute sa gloire n'était pas vêtu comme l'un d'entre eux. Si donc Dieu habille ainsi l'herbe qui est aujourd'hui dans les champs, et qui demain est jetée dans le four, combien plus fera-t-il pour vous, hommes de peu de foi ! Gardez-vous de toute recherche dans le manger et le boire, et n'ayez pas de vues prétentieuses. Les nations de ce monde s'enquièrent de toutes ces choses ; mais votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez donc tout d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. ^
« Ne craignez pas, petit troupeau, parce qu'il a plu à votre Père de vous donner le royaume. Vendez ce que vous possédez et faites l'aumône.
Faites-vous des bourses qui ne s'usent point. et un trésor qui ne vous fasse point défaut, dans les cieux où le voleur n'approche pas et où la teigne ne ronge pas. Car là où est votre trésor, là aussi est votre cœur. »
s. luc, 12, 13-34.
Veillez à vous garder de toute avarice. Le souci des biens de ce monde et la recherche des richesses ne conviennent pas à un disciple du Sauveur. Quelqu'un vint lui demander de décider relativement au partage d'un héritage. Il s'y refusa ; sa mission ne s'étendait pas à ce genre d'affaires.
Il en prit néanmoins occasion pour prêcher à ses auditeurs le détachement des biens terrestres et la confiance absolue en la Providence.
Insensé, cette nuit même on va te redemander ton âme. Le riche que le Sauveur met en scène dans sa parabole est un gros propriétaire rural, qui récolte beaucoup plus que ne réclament ses besoins domestiques et qui amasse ses produits pour les vendre au moment opportun. Une année, les récoltes ont été si abondantes, que les greniers du propriétaire sont insuffisants pour les contenir. Son plan est aussitôt arrêté. Il va abattre ses anciens greniers pour en construire de plus vastes ; puis, ayant de quoi vivre largement pendant un bon nombre d'années, il modérera son travail ou le fera faire par d'autres et il jouira agréablement de l'existence.
Il n'y a qu'une ombre à ce beau rêve. Le propriétaire satisfait va mourir cette nuit-là même. Il aura amassé beaucoup pour lui, rien pour Dieu ; d'autres jouiront de ses biens, et lui, il se présentera dans l'éternité les mains vides. C'est folie de calculer de la sorte.
Le Sauveur répète ensuite ce qu'il a dit sur la confiance en la Providence dans son discours sur la montagne (47).
Ne craignez pas, petit troupeau. Le Sauveur encourage ses disciples à la confiance. Ils sont relativement peu nombreux et ils le seront longtemps. Mais le Père leur a mis en main la plus grande des richesses, le royaume des cieux. Qu'ils emploient donc les biens de la terre à venir en aide aux malheureux. Ils se constitueront ainsi un trésor dans le ciel.
106. sur la vigilance. — « Que vos reins soient ceints et que les lampes allumées soient en vos mains. Soyez vous-mêmes comme des hommes qui attendent leur maître, quand il reviendra des noces, afin que, quand il frappera à son retour, on lui ouvre aussitôt. Heureux les serviteurs que le maître, à son retour, trouvera vigilants. Je vous le dis en vérité, lui-même se ceindra, les fera asseoir à table et se mettra à les servir. S'il vient à la seconde ou à la troisième veille, et qu'il les trouve vigilants, heureux sont ces serviteurs. Sachez bien que si le père de famille était informé de l'heure où viendra le voleur, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison. Pour vous, soyez donc prêts, parce que le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous ne pensez pas. »
Soyez donc prêts. Le riche propriétaire de la parabole n'avait su ni s'amasser un trésor dans le ciel, ni se tenir prêt à passer dans son éternité. Le vrai disciple doit être toujours prêt.
Les serviteurs qui, la nuit, attendent le retour de
leur maître, ont soin de se tenir prêts à le revecoir •et à le servir ; leur ample vêtement de dessus est serré par une ceinture, pour ne pas empêcher la célérité de leurs mouvements ; les lampes bien allumées sont en leurs mains, et ils sont eux-mêmes en éveil pour ouvrir la porte au premier heurt. Peut-être le maître ne rentrera-t-il qu'à la seconde veille, entre neuf heures et minuit, ou même à la troisième, entre minuit et trois heures. S'ils sont vigilants à leur poste, le maître sera content d'eux ; il ira même jusqu'à serrer son vêtement à la ceinture et leur servira luimême à souper. Une telle condescendance n'est pas d'usage chez les hommes (122). Jésus l'aura dans le ciel pour ses serviteurs vigilants.
Un second exemple de vigilance est emprunté au père de famille qui garde bien sa maison. Les voleurs ne manquaient pas en Palestine ; isolés, ils opéraient la nuit de préférence ou aux heures où ils savaient la maison solitaire. Il ne l'attaquaient pas du côté qui donnait sur le chemin, mais par derrière. Les murs des maisons ordinaires étaient faits d'argile mêlée de paille. Rien de plus aisé que de percer ces murs sans grand bruit, de s'introduire ensuite par le trou et de faire main basse sur ce qui était à portée. Si le père de famille avait su à quelle heure se proposait d'agir le voleur, il aurait fait bonne garde. Or, le Sauveur annonce qu'il viendra à l'heure où on ne l'attendra pas, comme le voleur. L'heure de sa venue sera pour chacun le moment de la mort. Il faut donc sans cesse se tenir prêt à le recevoir et à lui rendre compte de ses actes.
Pierre lui dit : « Seigneur, est-ce à nous seulement que vous dites cette parabole, ou à tous?» Le Seigneur répondit : « Quel est, penses-tu, l'intendant fidèle et prudent que le maître a
préposé à sa maison, pour donner à chacun, quand il le faut, sa mesure de froment? Heureux le serviteur que le maître, à son arrivée, trouvera occupé de ce soin. Je vous dis en vérité qu'il le mettra à la tête de tout ce qu'il possède. Si au contraire ce serviteur se dit à lui-même : Mon maître tarde à venir ; s'il se met à frapper serviteurs et servantes, à manger, à boire et à s'enivrer, le maître de ce serviteur surviendra un jour où il ne l'attend pas, à l'heure qu'il ignore ; il le châtiera et le reléguera parmi les infidèles. Le serviteur qui a connu la volonté de son maître et n'a rien préparé, ni rien fait selon sa volonté, sera accablé de coups. Celui qui ne l'a pas connue et a fait des actions dignes de coups, sera moins châtié. Car on exigera beaucoup de celui à qui on a donné beaucoup, et on réclamera davantage de celui à qui on aura plus confié. »
s. luc, 12, 35-48.
On exigera beaucoup de celui à qui on a donné beaucoup. Pierre demande si cette parabole concerne seulement les apôtres ou tous les hommes indistinctement. Sans répondre directement, le Sauveur indique que la parabole a un sens général, mais qu'elle concerne surtout ceux qui sont préposés à la conduite des autres.
Quand la maison comporte un personnel considérable de serviteurs, le père de famille met à leur tête un intendant. Si, à l'expérience, il le trouve digne de sa confiance, il lui confie la gérance de tous ses biens. Mais si l'intendant n'est pas suffisamment fidèle, il profitera de l'absence de son maître pour malmener les serviteurs et faire lui-même bonne
chère. Alors le maître, survenant à l'improviste, lui infligera le châtiment que mérite son infidélité. Ainsi en sera-t-il de celui que Dieu aura préposé à la conduite spirituelle des autres.
Le châtiment sera d'ailleurs proportionné à la responsabilité de chacun. De deux coupables, celuilà sera plus sévèrement châtié qui aura mieux connu la volonté du Maître. Plus on aura reçu de grâces, plus la justice de Dieu sera exigeante.
107. la mission du sauveuu. — « Je suis venu jeter le feu sur la terre », ajouta-t-il, « et que veux-je, sinon qu'il s'allume ! J'ai moi-même à être baptisé d'un baptême, et de quel ardent désir j'en attends l'accomplissement ! Vous pensez que je suis venu apporter la paix sur là terre? Non, je vous le dis, mais la division. Dès ce moment, les cinq d'une même maison seront divisés trois contre deux et deux contre trois : on se divisera, père contre fils et fils contre père, mère contre fille et fille contre mère, belle-mère contre belle- fille et belle- fille contre belle-mère. »
s. luc, 12, 49-53.
Je suis venu jeter le feu sur la terre. Le Sauveur apporte sur la terre le feu divin, qui purifie les âmes du péché et les enflamme de l'amour de Dieu. Luimême, brûlant du feu de la charilé, est impatient de recevoir le baptême de sang par lequel il doit racheter le monde.
Suivant qu'on sera pour lui ou contre lui, ce sera dès lors la division entre les hommes, même les plus proches par les liens du sang (67).