RÉCOMPENSE PROMISE
jugés et condamnés par les hommes, an jour du grand jugement, ils seront associés à la puissance du Christ. Assis sur douze trônes de gloire, ils jugeront avec lui les douze tribus d'Israël, de cet Israël nouveau qui se composera de toute l'humanité appelée à la régénération par le Sauveur. Ils jugeront, c'est-à-dire qu'ils seront associés à la gloire triomphale du Christ comme ils l'ont été à son action régénéra trice, à ses travaux, à ses souffrances et à sa mort.
La seconde récompense leur sera commune avec ceux qui, pour le Christ et son évangile, auront tout quitté, maison, parents et biens terrestres. Ici-bas, ils recevront déjà cent fois plus : la satisfaction qu'ils auraient pu tirer de leurs parents et de leurs biens sera cent fois compensée par le bonheur qu'ils auront au service de Dieu (45). Ils auront en plus les persécutions qui, bien loin d'atténuer ce bonheur, ne contribueront qu'à l'augmenter, ainsi qu'il a été formellement promis. Enfin, ils auront plus tard la félicité de la vie éternelle, d'autant plus grande pour eux que leur générosité et leur fidélité auront été plus parfaites en ce monde.
Alors, pour beaucoup, les rôles seront renversés. Les premiers sur la terre par la dignité, la puissance, la noblesse, la richesse et tous les avantages qui peuvent séduire les hommes, seront les derniers, relégués dans le séjour du malheur éternel, comme Judas et les puissants qui ont combattu contre Dieu et son Christ ; ou moins favorisés dans le ciel que ne le seront de plus humbles, s'ils n'ont pas répondu assez généreusement à l'appel de Dieu, comme le jeune homme riche qui se contente d'observer les commandements sans vouloir aller plus loin. Les lderniers seront les premiers, comme les apôtres >artis de si bas pour devenir les princes de l'Eglise,
98 LES OUVRIERS A LA VIGNE t
les pécheurs et les gentils méprisés des Juifs et les précédant dans le royaume de Dieu (110).
me des cieux est semblable à un père de famille qui sortit de bon matin afin de louer des ouvriers pour sa vigne. Quand il fut convenu avec les ouvriers d'un denier pour la journée, il les envoya dans sa vigne. Sorti vers la troisième heure, il en vit d'autres qui se tenaient sur la place à ne rien faire. Il leur dit : Et vous aussi, allez à ma vigne et je vous donnerai ce qui sera juste. Ils s'y en allèrent. Il sortit encore vers la sixième et la neuvième heure, et fit de même. Sorti enfin vers la onzième heure, il en vit d'autres qui étaient là et leur dit : Pourquoi restez-vous ici tout le jour à ne rien faire? — Parce que, direntils, personne ne nous a loués. Il leur dit : Et vous aussi, allez à ma vigne. Quand le soir fut arrivé, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers, et donne-leur le salaire, en commençant par les derniers jusqu'aux premiers. Lorsque vinrent ceux qui étaient arrivés vers la onzième heure, ils reçurent chacun un denier. Les premiers vinrent à leur tour et supposèrent qu'ils allaient recevoir davantage ; mais ils ne reçurent aussi que chacun un denier. En le recevant, ils murmuraient contre le père de famille : ces derniers, disaient-ils, n'ont travaillé qu'une heure, et vous les traitez de la même manière que nous, qui avons porté le poids du jour et de la chaleur. Mais s'adressant à l'un deux : Mon ami, dit le maître, je ne te fais pas d'injustice. N'es-tu pas
convenu avec moi d'un denier? Prends ce qui est à toi et va-t-en. Je veux donner à celui qui est venu le dernier autant qu'à toi ; ne m'est-il pas permis de faire ce que je veux ? Est-ce parce que je suis bon que ton œil est mauvais ? C'est ainsi que les derniers seront les premiers, et les premiers les derniers ; car il y a beaucoup d'appelés mais peu d'âmes d'élite. »
Je vous donnerai ce qui sera juste. Pour obtenir la vie éternelle, il ne suffit pas d'entrer dans le royaume de Dieu, il faut y travailler.
Le père de famille a une vigne à cultiver. Il va sur la place publique dès la première heure, il y loue des ouvriers et leur promet Je salaire normal d une journée de travail, un denier, soit environ 95 centimes. Comme il n'a pas trouvé autant d'ouvriers qu'il lui en fallait, il retourne à la place à la troisième, à la sixième, à la neuvième et même a la onzième heure, soit 9 heures, midi, trois heures et même cinq heures du soir, et il envoie d'autres ouvriers à sa vigne, en leur promettant un juste salaire.
Le soir, après la journée, il charge son intendant de payer un denier à chaque ouvrier, en commençant par les derniers. En voyant donner à ceux-ci un denier, les ouvriers de la première heure s'imaginent quils recevront bien davantage. A leur grande surprise, ils ne reçoivent eux aussi qu'un denier et murmurent.
Le maître est dans son droit en agissant ainsi et il le leur fait remarquer. Il est juste envers eux pourquoi lui serait-il interdit d'être généreux envers les autres ? Il a le cœur bon, pourquoi certains
ouvriers ont-ils F œil mauvais, c'est-à-dire pourquoi sont-ils jaloux et voient-ils avec dépit le bien fait aux autres ? Finalement, tous s'en vont après un travail inégal mais avec le même salaire.
Beaucoup d'appelés, mais peu crames a" élite. Ce salaire identique pour tous ceux qui ont travaillé, c'est la vie éternelle. Les derniers venus précèdent les premiers dans le ciel quand, par l'ardeur de leur foi et la génésosité de leur amour, ils ont plus fait, en quelques années ou en quelques jours, que ceux qui ont passé une longue vie de tiédeur au service de Dieu. Les premiers deviennent les derniers quand la ferveur de leur vie n'a pas répondu à sa longueur. Dieu peut donc attribuer à tous ses disciples la même récompense céleste, quelle que soit la durée de leur service', sans qu'il y ait en cela la moindre atteinte à la justice. D'ailleurs il ne s'en suit nullement que, dans la même vie éternelle accordée à tous, le bonheur et la gloire soient au même degré pour toutes les Ames.
C'est la conclusion qu'indique le Sauveur dans la sentence qui termine la parabole, sentence qui manque dans quelques manuscrits importants, mais qui est assez autorisée par tous les autres pour qu'on ne la supprime pas. En français, on appelle « élus >^ les bienheureux du ciel. Mais le mot ainsi traduit n'a pas ce sens exclusif dans les langues anciennes. La conclusion ainsi entendue ne cadrerait nullement avec l'enseignement de la parabole, dans laquelle tous les ouvriers reçoivent le salaire. Les âmes ainsi désignées sont des âmes choisies, des âmes de choix ou d'élite, c'-est-à-dire des âmes qui ont été l'objet du choix divin et qui ont généreusement répondu à ce choix.
Dès lors, le sens de la parabole s'éclaire de luimême. Parmi les ouvriers, il en est qui sont allés
au travail dès le matin, mais qui le soir se sont montrés mécontents et jaloux. D'autres ont été négligents pour venir au travail et n'y sont allés que plus ou moins tard. Tous appelés, ils ont tous répondu et ont tous reçu le salaire ; mais combien parmi eux se sont montrés généreux ? Il en est ainsi parmi les hommes. Beaucoup sont appelés, répondent à l'appel et arrivent à la vie éternelle ; mais parmi eux combien peu sont des âmes d'élite, des Ames vraiment généreuses qui viennent à Dieu dès le matin de la vie et le servent jusqu'au soir avec un dévouement qui ne se dément jamais, ou des âmes pénitentes qui rachètent le retard de leur arrivée par une ferveur extraordinaire et une intense application à la pratique du bien ?
La parabole ne porte donc pas sur l'ensemble des hommes, parmi lesquels il y aurait beaucoup d'appelés et peu de sauvés, mais seulement sur les sauvés, parmi lesquels il y en a peu qui aient donné toute satisfaction à Dieu. Par conséquent, la sentence finale ne peut être légitimement invoquée comme argument en faveur de la thèse du petit nombre des élus.
133. résurrection de lazare. — - A Bethanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur, se trouvait malade Lazare. (Marie était celle qui avait oint le Seigneur de parfum, et lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux ; Lazare, le malade, était son frère). Ses sœurs envoyèrent donc dire à Jésus : « Seigneur, celui que vous aimez est malade. A cette nouvelle, Jésus leur dit : « Cette maladie ne doit pas aboutir à la mort, mais à la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu en soit glorifié. » Or Jésus aimait Marthe, sa sœur
Marie et Lazare. Mais quand il eut appris la maladie de ce dernier, il demeura encore deux jours dans le même endroit. Il dit ensuite à ses disciples : « Retournons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Maître, naguère les Juifs cherchaient à vous lapider et vous y retournez encore ! » Jésus répondit : « N'y a-t-il pas douze heures de jour ? Celui qui marche pendant le jour ne se heurte pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde ; mais s'il marche pendant la nuit, il se heurte, parce que la lumière n'est pas en lui. » Après avoir ainsi parlé, il ajouta : « Notre ami Lazare dort, mais je vais pour le réveiller de son sommeil. » — « Seigneur », dirent les disciples, « s'il dort, il sera sauvé.» Mais Jésus avait parlé de sa mort, tandis qu'eux pensèrent qu'il parlait d'un sommeil ordinaire. Jésus leur dit alors clairement : « Lazare est mort, et je me réjouis, à cause de vous, de n'avoir pas été là, afin que vous croyiez. Mais allons à lui. » Thomas, surnommé Didyme, dit à ses compagnons : « Allons, nous aussi, pour mourir avec lui. »
Cette maladie ne doit pas aboutir à la mort, mais à la gloire de Dieu. Jésus était encore sur la rive gauche du Jourdain quand de Bethanie, où étaient retournées Marthe et Marie-Madeleine, il reçut un message : Lazare, son ami, était bien malade. De même qu'à l'occasion de l'aveugle-né (87), le Sauveur se contenta d'observer que cette maladie devait tourner à la gloire de Dieu, et il resta encore deux jours dans le même endroit.
Après ce délai, il annonça aux disciples qu'il allait reprendre le chemin de la Judée. Ceux-ci
furent effrayés, car ils connaissaient les projets homicides des Juifs. Mais Jésus, comme il l'avait déjà fait naguère (111), leur déclara qu'il lui fallait aller jusqu'au terme de sa mission, sans qu'aucun complot pût l'empêcher. De même que le voyageur qui marche pendant les heures du jour ne craint pas de se heurter et de tomber, ainsi il n'avait rien à redouter tant que la« puissance des ténèbres n'aurait pas vu arriver son heure.
Il ajouta que Lazare dormait et qu'il allait le réveiller, appelant la. mort un sommeil, comme autrefois dans la maison de Jaïre (63). Les apôtres prirent l'expression à la lettre et augurèrent bien de la guérison du malade. Jésus leur annonça alors» la mort de son ami et se réjouit à la pensée qu'elle allait devenir pour eux l'occasion de fortifier leur foi.
Voyant la résolution du Sauveur, Thomas exhorta ses compagnons à le suivre jusqu'au bout et même à mourir avec lui.
Jésus arriva donc et le trouva dans le tombeau déjà depuis quatre jours. Bethanie n'était qu'à environ quinze stades de Jérusalem, et beaucoup d'entre les Juifs d'étaient rendus auprès de Marthe et de Marie, pour les consoler au sujet de leur frère.
Sitôt qu'elle apprit que Jésus était arrivé, Marthe accourut à lui. Marie était restée assise à la maison. Marthe dit donc à Jésus : « Seigneur, si vous aviez été là, mon frère ne serait pas mort. Toutefois, je sais bien maintenant que tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous l'accordera. )> Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » — « Je sais »3 reprit Marthe, « qu'il ressuscitera
à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il est mort, vivra, et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. Le croistu ? » — « Oui, Seigneur », dit-elle, « je le crois déjà, vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde. » Quand elle eut ainsi parlé, elle s'en alla, et appela tout bas sa sœur, en disant : « Le Maître est là, et il t'appelle. »
A cette annonce, celle-ci se leva sur-le-champ et vint à lui. Car Jésus n'était pas encore arrivé dans le village, mais il était resté dans l'endroit •bu Marthe l'avait rencontré. Lors donc que les Juifs, quittaient dans la maison avec Marie et qui la consolaient, la virent se lever subitement et sortir, ils la suivirent en disant : « Elle va au tombeau pour y pleurer. » Mais Marie, parvenue à l'endroit où était Jésus, l'aperçut, tomba à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si vous aviez été là, mon frère ne serait pas mort. » Quand Jésus vit qu'elle pleurait, et que les Juifs qui étaient venus avec elle pleuraient aussi, il frémit en son âme et se troubla lui-même. « Où l'avez vous mis? » dit-il. On lui répondit : « Seigneur, venez et voyez. »
Ton frère ressuscitera. Quand Jésus arriva à Bethanie, Lazare était mort et mis au tombeau depuis quatre jours. L'œuvre de la mort était donc beaucoup plus avancée que pour la fille de Jaïre et pour le jeune homme de Naïm. Bethanie se trouvait seulement à quinze stades, soit trois kilomètres de Jérusalem, et les Juifs pourraient être témoins du miracle accompli aux portes de leur ville, comme
ils l'avaient été des guérisons du paralytique de Bethesda et de l'aveugle-né.
Beaucoup d'entre eux venaient en effet, durant ces premiers jours, pour s'associer au deuil des deux sœurs, dont la famille avait une situation considérable qui lui assurait de nombreuses relations.
Sitôt qu'elle apprit l'arrivée de Jésus, Marthe, toujours empressée, se porta à sa rencontre et manifesta les pensées de foi qui l'animaient. Jésus présent, Lazare ne serait pas mort ; mais, malgré la mort, tout est possible au Sauveur, auquel son Père ne refuse rien. La prière est discrète, mais elle indique clairement l'espoir de Marthe.
Le Sauveur lui assure que son frère ressuscitera ; mais elle n'ose conclure (pie cette résurrection va être immédiate. Jésus lui fait faire un acte de foi en sa puissance de vie et de résurrection, et Marthe proclame, dans les termes déjà employés par Pierre (80), qu'elle reconnaît en lui le Christ, le Fils du Dieu vivant. Cependant, sa pensée ne conclut pas encore à autre chose qu'à la résurrection future de son frère.
Marie, avertie à son tour, accourt près de Jésus, resté à distance, et lui redit la réflexion que les deux sœurs ont dû bien souvent échanger ensemble : « Si vous aviez été là, mon frère ne serait pas mort. »
A la vue de la douleur des deux sœurs qu'il aimait, le Sauveur fut vivement ému, et', après s'être fait indiquer où était le tombeau, il pleura lui aussi sur celui qui avait été son ami. Les Juifs remarquèrent sa douleur. Ils firent une réflexion analogue à celle des deux sœurs : lui, qui a ouvert les yeux de l'aveugle-né, ne pouvait-il empêcher Lazare de mourir ? Jésus allait faire bien plus qu'ils n'imaginaient.
Alors Jésus pleura. Aussi les Juifs dirent-ils : « Voilà comme il l'aimait ! » Mais plusieurs d'entre eux reprirent : « Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle-né, faire en sorte que celui-ci ne mourût pas ? » Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, vint au tombeau. C'était une grotte, et une pierre était placée par devant. Jésus dit : « Otez la pierre. » Marthe, la sœur du mort, lui dit : « Seigneur, il sent déjà mauvais, car c'est son quatrième jour. » Jésus reprit : « Ne t'ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » On ôta donc la pierre. Jésus leva les yeux en haut et dit : « Père, je vous rends grâce de m'avoir exaucé. Je savais bien que toujours vous m'exaucez, mais j'ai parlé à cause du peuple qui m'entoure, afin qu'on croie que c'est vous qui m'avez envoyé. » Après ces paroles, il s'écria d'une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Aussitôt apparut celui qui avait été mort, les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le et laissez-le aller. »
Beaucoup d'entre les Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et de Marthe, et qui avaient vu ce que fit Jésus, crurent en lui. Mais quelques autres allèrent trouver les pharisiens et leur dirent ce qu'avait fait Jésus.
s. JEAN, 11, 1-46.
Lazare, viens dehors ! On se rendit près du tombeau. C'était une excavation creusée dans le flanc de la colline rocheuse. La chambre sépulcrale contenait un lit de pierre sur lequel on avait étendu le
cadavre, enveloppé de bandelettes et le visage recouvert d'un suaire qu'on avait rabaissé définitivement le jour où il avait fallu fermer le sépulcre. La fermeture était assurée par une grande dalle, assez épaisse et peut-être de forme ronde, qui se plaçait devant l'ouverture et la fermait hermétiquement.
Jésus commanda d'ôter cette pierre. Marthe fit remarquer que le mort était là depuis quatre jours et que l'œuvre de la décomposition était déjà assez avancée pour incommoder beaucoup. Peut-être pensait-elle que le Sauveur voulait pénétrer dans le sépulcre pour revoir le visage de son ami. Mais il lui rappela ce qu'elle n'avait pas compris d'abord, qu'il s'agissait d'une manifestation de la gloire de Dieu. La pierre fut ôtée.
Jésus s'adressa alors à son Père pour le remercier de ce qu'il allait lui permettre de faire et notifier à l'assistâ*nce que ce serait une preuve de sa mission divine.
A l'ordre de Jésus, Lazare apparut à la porte du sépulcre dans son costume funèbre. Le Sauveur ordonna de le délier de ses bandelettes et de le laisser aller.
Si Jean, qui raconte ce miracle, ne dit rien de la vive émotion qui dut saisir les témoins du miracle, ni de la joie et de la reconnaissance de Lazare et de ses deux sœurs. Jésus a opéré son œuvre merveilleuse : c'est tout ce qu'il importait de noter.
Parmi les assistants venus de Jérusalem, beaucoup crurent en Jésus, qui venait de démontrer avec tant d'éclat la divinité de sa mission. D'autres allèrent raconter aux pharisiens de la ville ce qu'avait fait Jésus, les uns peut-être pour essayer de les convaincre, mais la plupart pour avertir les ennemis du Sauveur d'aviser aux mesures à prendre contre
lui. Ces derniers étaient de ceux que la résurrection d'un mort n'arriverait pas à convaincre.
les pontifes et les pharisiens réunirent le conseil et dirent : « Que faire? Car voici que cet homme opère quantité de miracles. Si nous le laissons aller ainsi, tous croiront en lui. Les Romains viendront alors, et ruineront notre ville et notre nation. » Or l'un deux, nommé Caïphe, qui était le pontife de cette année-là, leur dit : « Vous n'y entendez rien, et vous ne songez pas qu'il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse pas ! »
Il ne parlait pas ainsi de lui-même ; mais comme il était le pontife de cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation, et non seulement pour la nation, mais afin de réunir ensemble les fils de Dieu qui étaient dispersés. De ce jour donc ils songèrent à le mettre à mort.
C'est pourquoi Jésus n'allait plus en public au milieu des Juifs ; mais il se retira dans une région voisine du désert, dans la ville nommée Ephrem, et il y restait avec ses disciples.
La Pâque des Juifs était proche. Aussi beaucoup montèrent-ils du pays à Jérusalem avant la Pâque, afin de se purifier.
Ils cherchaient Jésus, et pendant qu'ils étaient dans le temple, ils se disaient l'un à l'autre : « Qu'en pensez- vous? Ne viendra-t-il pas pour le jour de la fête? » Quant aux pontifes et aux pharisiens, ils avaient donné ordre à quiconque savait
où il était de le faire connaître, afin qu'on le saisit.
s. jean. 11. 47-56.
// est de votre intérêt qu'un homme seul meure pour le peuple. À la suite du miracle de Bethanie, il se produisit un phénomène inexplicable, qui montre jusqu'où peut aller la déraison des incrédules. Jésus faisait des miracles surprenants, qui supposaient en lui une puissance surhumaine à laquelle rien ne faisait obstacle. Des hommes se trouvèrent cependant qui entreprirent d'arrêter l'exercice de cette puissance.
Le sanhédrin se réunit en effet pour en délibérer. Jésus opérait quantité de miracles. Le laisser continuer, c'était s'exposer à ce que tout le monde crût en lui. Si tout le monde croit en lui, on le prendra pour le Messie. Or, pour les Juifs, dire Messie, c'est dire roi temporel, assurant l'indépendance de la nation et triomphant des étrangers. Mais, dans le sanhédrin, les sadducéens ne veulent pas de Messie temporel, parce qu'ils sont satisfaits du régime sous lequel ils vivent et prospèrent, et les pharisiens ne veulent pas de Jésus comme Messie, parce qu'il ne répond aucunement à l'idée qulls se font du libérateur attendu. Jésus, en effet, ne perd pas une occasion de proclamer le caractère purement spirituel de sa mission.
Les deux partis s'accordent donc pour trouver le Sauveur fort gênant et pour chercher à le supprimer. Les sadducéens, parmi lesquels se rangeaient tous les princes des prêtres, mettent en avant la crainte d'une intervention romaine, crainte imaginaire, comme le montrera la conduite de Pilate envers Jésus, et les pharisiens acceptent ce prétexte, pour se débarrasser d'un rival détesté.
Le grand-prêtre Caïphe, avec la gravité haineuse d'un personnage qui veut passer pour être uniquement préoccupé des intérêts de la nation, dit le mot de la situation : pour que le peuple ne périsse pas, écrasé par la supériorité romaine, mieux vaut que périsse un homme, qui menace d'attirer sur le pays la vengeance de cette puissance étrangère. Le mot était prophétique sur les lèvres d'une grandprêtre en exercice. Jésus devait mourir, non seulement pour la nation, mais pour tous les hommes, fils de Dieu dispersés à travers le monde entier.
La condamnation et la mort du Christ furent dès lors arrêtées définitivement par l'autorité religieuse. Jésus le savait, mais les événements ne devaient se produire qu'à son heure. Il s'abstint donc momentanément de paraître en public à Jérusalem ; il se retira à Ephrem, petite ville située sur le sommet d'une montagne, à une vingtaine de kilomètres au nord de Jérusalem.
Cependant la Pâque approchait. Déjà, de tous côtés, les pèlerins arrivaient à la ville sainte, pour avoir le temps de s'acquitter de différentes obligations religieuses avant le commencement de la solennité. Beaucoup étaient encore sous le coup d'impuretés légales dont ils avaient à se purifier par des sacrifices.
A Jérusalem on parlait beaucoup de Jésus. La résurrection de Lazare, aux portes mêmes de la ville, avait surexcité les sympathies et les antipathies de tous. On se demandait s'il n'allait pas venir pour la Pâque, puisqu'il était dans les environs, et l'on discutait beaucoup à son sujet. Quant au sanhédrin, il se tenait prêt à exécuter son arrêt. Ordre avait été donné de saisir Jésus, dès qu'on pourrait savoir où il était.