‹ L'EvangileChapitre 63 sur 108 · INCRÉDULITÉ DES JUIFS · texte numérisé non relu

INCRÉDULITÉ DES JUIFS

Isaïe, 53, 1 ; 6, 10 (59). « Ils ne pouvaient croire », non que la lumière, la grâce et les preuves leur fissent défaut, mais parce qu'ils avaient mauvaise volonté, s'en tenaient à leur parti-pris et justifiaient ainsi l'oracle prophétique.

Cependant, un bon nombre croyaient en Jésus, mais ils n'avaient pas le courage de le montrer. Le sanhédrin avait excommunié tous ceux qui se rallieraient à Jésus de Nazareth (87). Pour éviter de tomber sous le coup de cette sentence, les croyants timides ne se déclaraient pas : la crainte des hommes les influençait plus que celle de Dieu.

Le Sauveur leur fit entendre une dernière fois comme un résumé des enseignements donnés à Jérusalem, dans ses précédentes visites, au sujet de sa mission (25, 40, 84). Il est l'envoyé du Père et parle en son nom. Il est la lumière et chacun sera jugé selon la manière dont il la reçoit. L'écouter, c'est écouter le Père, dont il ne fait que reproduire la parole.

— Jésus se mit alors à dire aux foules et à ses disciples : « Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse ; observez et faites tout ce qu'ils vous diront, mais ne conformez pas votre conduite à la leur, car ce qu'ils disent, ils ne le font pas. Ils attachent des fardeaux lourds et insupportables et les mettent sur les épaules des autres ; mais ils se gardent bien de les remuer, même du bout du doigt. Défiez-vous des scribes, car ils accomplissent toutes leurs actions pour être vus des hommes. Ils se font de larges phylactères et des franges démesurées. Ce qu'ils aiment, ce sont

les premières places dans les festins, les premiers sièges dans les synagogues, c'est qu'on les salue sur la place publique et qu'on les appelle maîtres.

« Pour vous, ne vous faites pas appeler maîtres, car vous n'avez qu'un Maître et vous êtes frères. Ne donnez à personne le nom de père sur la terre ; vous n'avez qu'un Père, qui est dans les cieux. Ne vous appelez pas non plus docteurs, car vous n'avez qu'un Docteur, le Christ. Celui qui est le plus grand parmi vous sera votre serviteur ; mais celui qui s'élève sera humilié, tandis que celui qui s'humilie sera élevé.

« Malheur donc à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux : vous n'y entrez pas, et vous ne permettez pas qu'on y entre.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui dévorez les maisons des veuves, sous prétexte d'y prier longuement ; votre jugement en sera plus étendu et votre condamnation plus grande.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous parcourez la mer et le désert pour faire un seul prosélyte, et quand il l'est devenu, vous en faites un fils de l'enfer deux fois pire que vous.

« Malheur à vous, guides aveugles qui dites : Jurer par le temple, ce n'est rien ; mais quand on jure par l'or du temple, on est obligé. Insensés et aveugles ! lequel est donc le plus important, de l'or ou du temple qui sanctifie l'or ? Jurer par l'autel, ce n'est rien ; mais quand on jure par

l'offrande qui est placée dessus, on est obligé. Aveugles ! lequel est le plus important, de l'offrande ou de l'autel qui sanctifie l'offrande ? Jurer par l'autel, c'est jurer par lui, et par toutes les choses qui sont dessus ; jurer par le temple, c'est jurer par lui, et par celui qui y habite ; et jurer par le ciel, c'est jurer par le trône de Dieu et par celui qui y siège.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et qui négligez ce qu'il y a de plus grave dans la loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Il fallait faire l'un et ne pas omettre l'autre, guides aveugles, qui filtrez le moucheron et avalez le chameau.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui purifiez l'extérieur de la coupe et du plat, mais qui à l'intérieur êtes pleins de rapine et d'impureté. Aveugles pharisiens ! purifiez donc d'abord l'intérieur de la coupe et du plat, afin que l'extérieur devienne pur aussi.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis, de belle apparence au dehors, mais au dedans pleins d'ossements de morts et de toutes les pourritures. \ ous aussi, du dehors, vous paraissez justes aux yeux des hommes, mais au dedans vous êtes remplis d'hypocrisie et d'iniquité.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui bâtissez les sépulcres des prophètes et embellissez les tombeaux des justes en disant: Si nous avions été au temps de nos pères, nous

ne nous serions pas associés à eux pour verser le sang des prophètes. Mais par là vous témoignez vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Mettez le comble à la mesure de vos pères. Serpents, engeance de vipères ! comment vous soustrairez-vous au jugement de l'enfer ?

« En effet, je vous envoie des prophètes, des sages, des scribes. Vous tuez et crucifiez les uns, vous flagellez les autres dans vos synagogues et vous les poursuivez de ville en ville, afin que retombe sur vous tout le sang des justes qui a été versé sur la terre, depuis le sang du juste Abel jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez mis à mort entre le temple et l'autel. Je vous le dis, en vérité, toutes ces choses retomberont sur cette génération.

« Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu n'as pas voulu ! Aussi votre maison vous sera laissée déserte ; car je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais, jusqu'à ce que vous disiez : Béni celui qui vient au nom du Seigneur ! »

S. MATTHIEU, 23, 1-39 ; s. marc, 12, 38-40 ; s. LUC, 20, 45-47.

Malheur à cous, scribes et pharisiens hypocrites. Puisque Jésus parle au nom du Père, il est le vrai docteur qu'il faut écouter et suivre. Donc les pharisiens et les scribes, qui lui font une opposition acharnée, sont des docteurs de mensonge, qui

égarent le peuple et qu'il faut discréditer à ses yeux. C'est pourquoi Jésus, dans le temple même, renouvelle les malédictions qu'il a déjà proférées contre eux en Galilée (103).

^ Ces hommes sont assis sur la chaire de Moïse, c'est-à-dire qu'ils ont autorité pour enseigner, expliquer et faire pratiquer la loi. Mais ils ne font pas ce qu'ils disent et ils chargent les autres de fardeaux auxquels ils ne mettent même pas le bout du doigt. Il faut se garder de les imiter.

Ils sont hypocrites et ne cherchent qu'à paraître. Pour marquer que la loi devait être connue et pratiquée, le législateur avait dit qu'il fallait l'avoir présente comme un signe dans la main et devant les yeux. Exod., 13, 9, 16. Les Juifs du temps de Notre- Seigneur, prenant ces recommandations à la lettre, écrivaient des textes sacrés sur des bandes qu'ils attachaient à leur front et dans leurs mains, ait moins pendant la prière. Ces bandes s'appelaient « phylactères » ou moyens de garder. Les scribes et les pharisiens leur donnaient des dimensions exagérées, pour faire parade de zèle et attirer l'attention de tous. Ils allongeaient, dans le même but, les franges prescrites par la loi (63).

Ils recherchaient partout les premières places et les honneurs, et se faisaient appeler maîtres, pères et docteurs. Mais tous les hommes sont frères visà-vis du seul Père qui est dans les cieux, vis-à-vis du seul maître et du seul docteur, qui est le Christ. Ces appellations sont vaines et condamnables, quand elles sont inspirées par l'orgueil, et cet orgueil aura son châtiment (126).

Les pharisiens et les scribes ont la clef de la science ; ils devraient reconnaître le royaume de Dieu, y entrer et le montrer aux autres ; par leur puéril attachement à leurs traditions humaines et leur

fausse idée du Messie, ils s'éloignent de ce royaume et en écartent les autres.

Cupides et hypocrites, ils fréquentent les maisons des veuves, gagnent leur confiance par des apparences de piété et la récitation de longues prières et arrivent ainsi à se faire attribuer leurs biens, pratique odieuse qui sera sévèrement châtiée.

Ils font de longs voyages pour gagner un seul prosélyte (154). Les prosélytes étaient alors en grand nombre en Asie-Mineure, en Grèce et en Italie. Mais ce zèle n'aboutissait qu'à engager les âmes dans une mauvaise voie, en leur faisant adopter des préjugés et des pratiques qui seront un obstacle à leur acceptation de la loi nouvelle.

Les docteurs avaient introduit des distinctions subtiles et captieuses dans les serments. Jurer par le temple et par l'autel n'obligeait à rien ; on n'était tenu que si on jurait par l'or du temple ou l'offrande placée sur l'autel. Ce qui donne la valeur au serment, c'est uniquement l'appel au Dieu qui est adoré dans le temple, auquel sont offertes les victimes de l'autel et qui réside dans le ciel. Mais, par leurs distinctions arbitraires, les pharisiens induisaient en erreur les étrangers et ceux qui n'étaient pas au courant de leur casuistique ; ils se dégageaient ainsi à leur profit des obligations les plus formelles (46,

Ils affectaient de payer la dîme des moindres herbes et transgressaient les préceptes les plus graves de la loi divine (103). Ils filtraient l'eau, de peur que le cadavre d'un moucheron la rendît impure, et ils avalaient le chameau (130), c'est-àdire se permettaient sans scrupule la violation des commandements les plus importants. On pouvait s'astreindre à des pratiques minutieuses, si on le voulait, mais il fallait commencer par obéir à la

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