‹ L'EvangileChapitre 67 sur 108 · RUINE DU TEMPLE · texte numérisé non relu

RUINE DU TEMPLE

158. ruine du temple. — Après être sorti du temple, Jésus s'en allait, quand ses disciples se rapprochèrent de lui pour lui faire remarquer comme le temple était construit en belles pierres, et enrichi de dons. « Maître », dit l'un d'eux, <( voyez donc quelles pierres et quelles constructions. ))

Mais Jésus leur répondit : « Vous voyez toutes ces constructions gigantesques? Je vous le dis, en vérité, des jours viendront où l'on n'en laissera pas pierre sur pierre, sans qu'elle soit renversée. »

Voyez donc quelles pierres et quelles constructions ! Après l'incident de la pauvre veuve, Jésus quitta le temple pour n'y plus revenir. C'était le mardi ou le mercredi, sans que les textes permettent de le déterminer. Au départ, les disciples lui firent admirer la superbe construction d'Hérode, les pierres de bel appareil qui formaient les murs du hiéron, ou enceinte sacrée, hauts de 18 mètres audessus du <^rand parvis et percés de portes monumentales. Tout autour de ces murs, à l'extérieur, étaient suspendus des trophées pris par Hérode sur les nations étrangères et de riches ex-voto.

Jésus se contenta d'annoncer que, de toutes ces constructions gigantesques, il ne resterait plus pierre sur pierre en des jours qui allaient venir. La prophétie fut réalisée en 70, quand les Romains assiégèrent le temple et le détruisirent par le fer et le feu. Deux cents ans plus tard, Julien l'Apostat tenta bien de le relever ; mais il ne réussit qu'à renverser les quelques débris qui avaient échappé au grand désastre.

159. malheurs prochains. — Quand il fut sur le mont des Oliviers, en face du temple, il s'assit. Ses disciples s'avancèrent alors sans témoins auprès de lui, et Pierre, Jacques, Jean et André l'interrogèrent en particulier : « Maître », dirent-ils, « dites-nous quand ces choses arriveront. A quel signe reconnaîtra-t-on le commencement de leur accomplissement, votre avènement et la fin du monde ? »

Jésus, pour leur répondre, commença ainsi : (( Prenez garde qu'on ne vous séduise. Il y en a beaucoup, en effet, qui viendront en mon nom et diront : C'est moi le Christ, le temps est arrivé ; et ils en séduiront un grand nombre. Ne vous mettez pas à leur suite. Vous entendrez parler de combats, de bruits de guerres et de révoltes : ne vous effrayez pas. Il faut d'abord que ces choses arrivent : mais la fin ne suivra pas immédiatement. On verra, ajoutait-il, s'élever nation contre nation et royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre par endroits, des pestes, des famines, des signes terrifiants dans le ciel et de grands prodiges. Mais ce ne sera que le commencement des calamités.

<( Prenez bien garde à vous ; car, avant que ces choses n'arrivent toutes, on mettra la main sur vous, on vous persécutera, on vous traduira devant les tribunaux, on vous traînera en prison, on vous flagellera dans les synagogues, on vous fera comparaître à cause de moi devant les procurateurs et les rois, afin de rendre témoignage devant eux, on vous mettra à mort. Or, quand on

vous mènera pour vous faire comparaître, retenez bien ceci dans vos cœurs : Vous ne penserez à l'avance ni à ce qu'il faudra dire, ni à la manière de répondre. Vous direz ce qui vous sera inspiré sur le moment même ; car je vous communiquerai une parole et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister, ni contredire. Ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit Saint.

« Alors un grand nombre seront portés au mal, se livreront et se détesteront mutuellement ; le frère livrera son frère à la mort, et le père son fils ; les enfants s'élèveront contre leurs parents et les feront périr. Vous mêmes, vous serez livrés par vos parents, vos frères, vos alliés, vos amis, et ils en feront périr d'entre vous. Vous serez en haine à tous à cause de mon nom. Mais il ne périra pas un seul cheveu de votre tête, et c'est par votre patience que vous garderez vos âmes.

« Il s'élèvera alors beaucoup de faux prophètes, qui en séduiront un grand nombre, et à cause de la recrudescence de l'iniquité, la charité de beaucoup se refoidira. Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé.

« Cet Evangile du royaume sera prêché dans tout l'univers, parmi toutes les nations, et c'est seulement alors qu'arrivera la fin. »

S. MATTHIEU, 24, 3-14 ; s. marc, 13, 3-13 ; s. LUC, 21, 7-19.

Vous serez en haine à tous à cause de mon nom. 'annonce faite par le Sauveur intrigua vivement les apôtres. Quand on fut sur le mont de Oliviers

et qu'ils se trouvèrent seuls avec lui, ils demandèrent des explications sur l'avenir auquel Jésus avait fait allusion, et en même temps sur son avènement et sur la fin du monde. Il leur expliqua alors ce qui devait arriver.

Il commence par les renseigner sur les événements qui doivent se produire dans la période la plus prochaine.

1° Les faux Messies. - Tous attendent le Messie. Quand le vrai Messie aura été méconnu et mis à mort, .d'autres se présenteront qui se prétenderont envoyés pour la délivrance du peuple. L'histoire a, en effet, conservé le nom de plusieurs imposteurs de ce genre, Simon le magicien,^ Dosithée et Ménandre, ses disciples, Theudas, un Egyptien, Act., 21, 38, et une vingtaine d'autres qui promettaient le salut et ameutaient le peuple contre Rome. Les disciples du Sauveur se garderont de les suivre.

2° Les révoltes. — Une agitation continuelle régna en Palestine sous l'administration des procurateurs romains, et ceux-ci eurent à réprimer bon nombre de séditions. Mais ce ne devait être là que le commencement.

3° Les guerres. - Il y aura des soulèvements cle nation contre nation. Les Romains eurent à entreprendre à cette époque des guerres importantes contre des royaumes orientaux, l'empire lui-même fut disputé à main armée par divers compétiteurs et les Juifs furent victimes de massacres effroyables en différentes villes, surtout à Alexandrie et à Damas.

4° Les cataclysmes. — Le Sauveur prédit des tremblements de terre, des pestes, des famines en divers endroits, des signes terrifiants dans le ciel et des prodiges. Ces divers fléaux se produisirent en Palestine et dans les régions environnantes. L'his-

torien Josèphe en note plusieurs et parle assez longuement des signes qui apparurent dans le ciel et jetèrent l'épouvante dans les cœurs. Mais ce n'est encore là que le prélude de plus grands maux.

5° Les persécutions. - Au cours de ces événements, les apôtres seront traînés en prison, flagellés, condamnés et mis à mort, à cause de Jésus-Christ dont ils propageront la doctrine. Il leur renouvelle la promesse déjà faite de l'assistance de l' Esprit- Saint, qui leur suggérera ce qu'ils auront à dire devant les tribunaux (67, 104).

6° Les haines. - - Beaucoup se laisseront entraîner au mal et la haine présidera aux rapports des hommes entre eux, jusqu'au sein des familles. Les prédicateurs de l'évangile seront détestés de tous, à cause de leur Maître ; Juifs et gentils s'acharneront contre eux. Mais la Providence veillera sur eux. Pas même un seul de leurs cheveux ne périra (67), et s'ils sont patients au milieu des tribulations, ils assureront le salut de leurs âmes.

7° Les faux prophètes. - Les docteurs hérétiques se multiplieront. îl en est sans cesse question dans les épîtres de saint Paul et des autres apôtres. Beaucoup se laisseront prendre à leurs doctrines, et la baisse de la foi amènera le refroidissement de la charité. Ni Dieu, ni le prochain ne seront plus aimés et servis comme ils devraient l'être.

Malgré tous ces obstacles, le salut sera assuré à tous ceux qui le voudront, à condition qu'ils persévèrent jusqu'à la fin. L'évangile poursuivra son expansion. Il sera prêché dans tout le monde romain et les contrées voisines avant la ruine de Jérusalem, et dans le monde tout entier avant la fin des temps.

160. ruine de Jérusalem. — « Quand vous verrez l'abomination de la désolation, qui a été

prédite par le prophète Daniel, établie dans le lieu saint, là où elle ne devrait pas être (que celui qui lit, comprenne), quand vous verrez Jérusalem entourée par une armée, sachez alors que sa ruine est prochaine. Qu'à ce moment ceux qui sont en Judée s'enfuient dans les montagnes. Que ceux qui sont dans la ville s'en éloignent, et que ceux qui sont dans les campagnes n'y entrent pas. Que celui qui est sur son toit, se garde, en descendant, de pénétrer dans sa maison pour en enlever quoi que ce soit, et que celui qui est dans les champs n'y revienne pas pour prendre son vêtement. Malheur aux femmes enceintes et à celles qui nourriront dans ces jours-là ! Priez pour que vous n'ayez à fuir ni en hiver, ni le jour du sabbat.

« Car ce sont les jours de la vengeance, pour l'accomplissement de tout ce qui a été écrit. Les calamités seront si grandes, qu'il n'y en a pas eu de pareilles depuis que Dieu a créé le monde, et qu'il n'y en aura jamais. Il y aura une affreuse détresse dans le pays, et l'on s'acharnera contre ce peuple. Si le Seigneur n'avait pas abrégé ces jours, personne n'eût pu échapper. Mais à cause clés élus qu'il s'est choisis, il abrégera ces jours-là. Néanmoins les uns tomberont sous le tranchant du glaive, les autres seront emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les païens, jusqu'à ce que les temps des nations soient accomplis. »

S. MATTHIEU, 24, 15-22; s. marc. 13, 14-20; s. luc, 21, 20-24.

Ce sont les jours de la vengeance, pour F accomplissement de tout ce qui a été écrit. Il s'agit maintenant de la ruine de Jérusalem, à laquelle le Sauveur a déjà fait allusion avec grande émotion (143). L'abomination de la désolation, e'est-à-dire la désolation abominable établie dans le lieu saint, désigne les désordres sacrilèges et les meurtres qui devinrent fréquents dans le temple et dans la ville, à partir de l'an 65. Le parti des zélateurs, acharnés contre l'administration romaine, avait à sa tête Éléazar, capitaine du temple. Celui-ci trouvait un antagoniste en Manahem, fils d'un révolté, qui s'établit avec ses partisans dans les parvis du temple. De là, des hostilités fratricides et en même temps des combats sanglants et victorieux contre la garnison romaine. Le légat de Syrie, Cestius Gallus, accouru pour réprimer les désordres, put s'emparer d'un faubourg de Jérusalem, et paraître ainsi dans la ville sainte avec les enseignes idolâtriques de son armée. Puis, il battit en retraite sans raison apparente et fut poursuivi avec acharnement par les Juifs.

m Le temple profané et Jérusalem entourée d'une armée ennemie, ce furent les signes auxquels les chrétiens reconnurent que la prophétie du Sauveur allait s'accomplir. Conformément à ses indications, ils quittèrent Jérusalem et la Judée pour se retirer dans les montagnes de la Pérée, à Pella, petite ville qui ne fut pas inquiétée par les Romains. Jésus avait recommandé de fuir rapidement et sans tergiverser. Si l'on était sur son toit ou dans les champs, il ne fallait pas s'attarder à rentrer dans sa maison pour y prendre quelque chose (124). La fuite serait pénible pour les femmes enceintes ou nourrices que leur fardeau devait naturellement ralentir. Elle le serait pour tous, si le danger éclatait en hiver, pendant la saison des pluies, ou le jour du sabbat, où

le chemin qu'il était permis de parcourir n'excédait pas cinq stades, environ un kilomètre.

La vengeance de Dieu devait alors s'exercer contre Jérusalem, conformément aux prophéties. Daniel, 9, 26, 27, en effet, avait écrit : « Un Oint sera retranché et personne pour lui. Le peuple d'un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, et sa fin sera dans cette inondation, et jusqu'à la fin guerre, dévastation décrétée... Il fera cesser le sacrifice et i'oblation, et sur l'aile des abominations viendra un dévastateur, et cela jusqu'à ce que la destruction qui a été décrétée se répande sur le dévasté. » C'est à cette prophétie que se référait le divin Maître.

La guerre de Judée justifia les prédictions menaçantes du Sauveur, bien que celles-ci trouvent une application encore plus complète dans les événements qui précéderont la fin du inonde.

En 67, Vespasien, à la tête de 50.000 hommes, réduisit toutes les places importantes de la Palestine. Pendant ce temps, les luttes fratricides ensanglantaient Jérusalem et les plus abominables excès se commettaient dans le temple et dans la ville. Les événements politiques retardèrent le siège de la cité sainte. Ce répit ne servit qu'à y multiplier les calamités de tout ordre. Titus commença enfin le siège en avril 70, à une époque où la Pâque y avait rassemblé de nombreux pèlerins, comme au moment de la passion du Sauveur. Après l'investissement , une famine atroce se déclara dans la ville ; le boisseau de froment atteignit un prix équivalent à six mille francs, et une mère alla jusqu'à dévorer son enfant. La peste fut la conséquence de la famine. La faim, la peste, les suicides, les combats firent des victimes par centaines de mille. Le temple fut enfin pris et incendié le 5 août et le reste de la ville ruiné

bientôt après. Dans toute la campagne, les Romains firent près de cent mille captif» qui furent vendus sur tous les marchés du monde.

La calamité fui donc effroyable et le déicide vengé comme il le méritait. Cependant Dieu n'alla pas jusqu'au bout des exigences cle sa justice. Il y eut des Juifs qui échappèrent, pour rester les témoins cle la vengeance exercée contre leur nation, et les jours de détresse furent abrégés, en considéra lion des serviteurs fidèles que Dieu conservait encore dans ce malheureux pays.

« Si à ce moment quelqu'un vous dit : Le Christest ici, ou : Il est là, n'en croyez rien. Car il s'élèvera de faux christs et cle faux prophètes. Ils produiront de grands signes et des prodiges qui feraient tomber dans l'erreur même des élus s'il était possible. Prenez-y donc garde, car je vous ai averti de tout à l'avance. Si l'on vous dit encore : Le voici dans le désert, ne sortez pas ; le voilà dans le secret des maisons, n'en croyez rien. Mais de même que l'éclair jaillit de l'orient et paraît jusqu'en occident, ainsi sera l'avènement du Fils de l'homme. Partout où sera le corps, les aigles se rassembleront.

« En ces jours-là, à la suite de cette tribulation, il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière et les étoiles tomberont du ciel. Sur la terre, les nations seront dans l'effroi, au bruit confus de la mer et des flots, et les hommes sécheront de frayeur, dans l'attente de tout ce qui devra se passer dans tout

l'univers. Car les puissances mêmes des cieux seront ébranlées.

a On verra apparaître sur les nuées du ciel le Fils de l'homme, avec son signe, dans la grandeur de sa puissance et la majesté de sa gloire. Il enverra ses anges, avec la trompette et une voix éclatante, pour rassembler ses élus des quatre vents, du sommet des cieux jusqu'aux profondeurs de la terre. A cette vue, toutes les tribus de la terre se rassembleront.

« Quand ces choses commenceront à se produire, regardez et levez la tête, parce que votre délivrance est proche. » Il leur proposa alors cette comparaison : « Comprenez-le par l'exemple du figuier et des autres arbres. Quand leurs branches s-'attendrissent, que leurs feuilles poussent et qu'ils commencent à produire du fruit, vous savez ([ne l'été est proche. De même, quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le royaume de Dieu est là tout près, aux portes mêmes.

« Je vous le dis, en vérité, cette génération ne passera pas sans que toutes ces choses n'arrivent. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. »

S. MATTHIEU, 24, 23-35 ; s. marc, 13, 21-31 ; s. luc, 21, 25-33.

Il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes. Le châtiment de Jérusalem n'est qu'une figure atténuée du dernier avènement du Christ.

1° Les imposteurs. — A cette époque-là encore, des imposteurs se présenteront comme les envoyés de Dieu. Il ne faudra pas les croire (124). Ils auront

la puissance d'opérer des prodiges tels, que les plus fidèles serviteurs de Dieu s'y tromperaient, s'il était possible.

2° Les signes précurseurs. Il y aura un boule-

versement dans la création toute entière, et les hommes en seront saisis de frayeur. Les puissances des cieux qui seront ébranlées représentent les forces de la nature dont l'action sera alors modifiée par la volonté de Dieu. En tous cas, il y a dans cette partie de la prophétie du Sauveur des images dont la signification symbolique ne peut guère être fixée. Beaucoup de traits sont empruntés aux anciens prophètes ; ils servent ici à figurer les phénomènes grandioses qui précéderont l'apparition du souverain Juge.

3° L'apparition du Fils de l'homme. — Le signe du Fils de l'homme, c'est sa croix. Il apparaîtra alors avec autant de puissance et de gloire qu'il a accepté d'infirmité et d'humiliation en mourant sur la croix. Les anges rassembleront, de toutes les parties de la terre, les morts qui ressusciteront pour subir leur jugement solennel.

Le Sauveur ne dit pas en quel endroit se fera ce rassemblement. On a cru que ce serait dans la vallée de Josaphat, que l'on a identifiée avec celle du Cédron, et l'on a appuyé cette opinion sur un texte de Joël, 3, 2, où il est dit que le Seigneur rassemblera les nations dans la vallée de Josaphat pour entrer en jugement avec elles. Mais il ne s'agit là que d'une vallée symbolique, à laquelle est donné le nom de Josaphat parce qu'il signifie : « Iahvé juge ».

Regardez et levez la tête, parce que votre délivrance est proche. Les feuilles qui poussent sur les arbres annoncent la proximité de l'été. De même, en considérant avec attention les signes précurseurs du

châtiment de Jérusalem et du dernier jugement, on sera averti de l'approche de ces événements. Les signes du premier ont été reconnus ; les signes du second le seront également.

La génération à laquelle s'adressait le Sauveur n'a point passé sans voir la ruine de la cité coupable. La génération qui ne passera pas sans avoir vu le jugement final n'est sans doute pas le genre humain ; il serait inutile en effet de donner cette assurance. Cette génération désigne plutôt la race juive, appelée à se convertir toute entière à la fin des temps. Rom., 11, 25-31.

Le Sauveur assure que ses paroles s'accompliront. L'événement les a justifiées en ce qui concernait Jérusalem ; elles se justifieront de même à la fin des temps.

qui concerne ce jour et l'heure, personne n'en sait rien, ni les anges du ciel, ni le Fils ; le Père seul le connaît. Ouvrez les yeux, veillez et priez. Prenez garde à vous, afin que vos cœurs ne soient pas appesantis par les excès du manger et du boire et par les soucis de cette vie, de sorte que ce jour-là fonde sur vous à Pimproviste. Car il s'abattra comme un filet sur tous ceux qui vivent à la surface de la terre entière.

« Il en sera de l'avènement du Fils de l'homme comme aux jours de Noé. Dans les jours qui précédèrent le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on se donnait en mariage, jusqu'au moment où Noé entra dans l'arche. On ne s'aperçut de rien jusqu'à ce qu'arrivât le déluge, qui emporta tous les hommes. Il en sera

ainsi de l'avènement du Fils de l'homme. De deux qui sont dans le champ, l'un sera pris et l'autre laissé ; de deux qui font tourner la meule, l'une sera prise et l'autre laissée.

« Veillez donc, puisque vous ne savez pas à quelle heure votre Maître doit venir. Remarquezle bien, si le père de famille connaissait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait certainement et ne laisserait pas percer sa maison. Aussi vous, soyez prêts, puisque vous ne savez pas à quelle heure le Fils de l'homme doit venir.

« Quand un homme part pour un long voyage et laisse sa maison, il donne pouvoir à ses serviteurs pour chacune de leurs fonctions, et commande au portier de veiller. De même veillez, puisque vous ne savez pas quand le maître de la maison doit venir, le soir, au milieu de la nuit, au chant du coq ou le matin, afin que, quand il reviendra à l'improviste, il ne vous trouve pa& endormis.

(( Où est, pensez-vous, le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi à la tête de sa maison, pour donner à chacun la nourriture au moment voulu? Heureux le serviteur que le maître, à son retour, trouvera occupé de ce soin ! Je vous le dis. en vérité, il le mettra à la tête de tous ses biens. Mais si ce serviteur est mauvais et dit en son cœur : mon maître tarde à venir ; et s'il se met à frapper ses compagnons, à manger et à boire avec les débauchés, le maître de ce serviteur arrivera au jour où il ne l'attend pas et à l'heure qu'il ignore ; il le mettra de côté et

lui assignera -sa place avec les hypocrites. C'est là que seront les pleurs et les grincements de dents. «. Veillez donc et priez en tout temps, afin d'être* jugés dignes d'échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous présenter devant le Fils de l'homme. Et ce que je vous dis à vous, je le dis à tous : veillez. »

S. MATTHIEU, 24, 36-51 ; s. marc, 13, 31-37 ; s. luc, 21, 34-36.

Ouvrez les yeux, veillez et priez. Les apôtres avaient demandé à connaître les signes et l'époque des grands événements futurs. Après leur avoir répondu sur le premier point, le Sauveur passe au second. Mais ici, il ne peut les renseigner. Ni les anges du ciel, ni même le Fils ne connaissent l'époque de la fin du monde ; seul le Père la connaît, parce que seul il l'ordonne.

Il y a ici une manière de parler qui marque seulement une ignorance relative, ou plutôt une impossibilité de révéler le secret. Le Fils sait évidemment tout ce que sait le Père ; même en tant qu'homme, il ne peut ignorer l'époque du jugement, puisqu'il est lui-même constitué souverain Juge. Mais cette connaissance n'est pas utile aux hommes ; ils n'ont pas à être instruits sur ce point. En tant qu'envoyé du Père pour les instruire, il peut donc dire qu'il ignore ce qu'ils lui demandent de révéler.

L'important, c'est qu'on se tienne prêt à paraître à ce jugement, qui arrivera à l'improviste et tombera sur l'humanité comme le filet sur une proie. Il faut veiller et prier, sans se laisser dominer par les soucis et les jouissances de la vie matérielle.

Le Sauveur répète ici des réflexions qu'il a déjà faites sur le caractère inopiné du dernier avènement

(124, 106). Ces réflexions s'appliquent à chacun en vue de la mort. Voulà pourquoi les recommandations du divin Maître s'imposent à tous sans exception, et non pas seulement à ceux qui l'écoutent et à ceux qui vivront à la fin du monde.

royaume des cieux sera alors semblable à dix vierges, qui prirent leurs lampes et sortirent pour aller au-devant de l'époux et de l'épouse. Mais parmi elles cinq étaient folles et cinq étaient sages. Les cinq folles prirent leurs lampes, sans se munir d'huile : mais les cinq sages prirent, avec leurs lampes, de l'huile dans des vases. Comme l'époux se faisait attendre, toutes s'assoupirent et enfin dormirent. Mais au milieu de la nuit, un grand cri retentit : Voici l'époux qui arrive, allez au-devant de lui. Toutes ces vierges se levèrent donc et garnirent leurs lampes. Les vierges folles dirent alors aux sages : Donnez-nous de votre huile, parce que nos lampes s'éteignent. Les sages leur répondirent : Nous n'en aurions probablement pas assez pour nous et pour vous. Allez donc plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez- vous en. Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva, celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui aux noces et la porte fut fermée. Bien après les autres vierges arrivèrent en disant : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous. Mais il leur répondit : En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas.

(( Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour ni l'heure. ».

Veillez, puisque vous ne savez ni le jour ni l'heure. Le Sauveur appuie cette recommandation par une parabole. Chez les Orientaux, toujours très portés aux démonstrations éclatantes, la cérémonie des noces commençait par le simulacre d'un enlèvement de la jeune fille par son fiancé. L'affaire se passait la nuit, à la lueur des flambeaux. La fiancée se tenait toute parée dans sa maison, avec ses compagnes auprès d'elle. Son fiancé, accompagné de ses amis, arrivait à l'improviste, quelquefois au milieu de la nuit, se saisissait de celle qui lui était destinée, et les deux cortèges partaient joyeusement pour la salle du festin.

Une fiancée attendait donc chez elle son époux. Dix compagnes se tenaient auprès d'elle, prêtes à partir quand l'époux surviendrait. Chacune avait sa lampe allumée. Mais l'époux se fit attendre et, pendant ce temps, l'huile des lampes se consumait d'autant plus rapidement qu'on voulait donner plus d'éclat à la lumière pour le défilé nocturne. Le moment vint où, l'huile s'épuisant, il fallut garnir à nouveau les lampes. Cinq des jeunes filles avaient eu la précaution d'apporter avec elles une provision d'huile, pour le cas où le fiancé arriverait très tard ; les autres, comptant sur un départ plus rapide, avaient négligé ce soin. Elles prièrent donc leurs compagnes de leur donner de leur huile parce que leurs lampes s'éteignaient. Mais partager la petite provision d'huile, su (lisante pour toute la nuit, c'était s'exposer à ce que toutes les lampes fussent éteintes, si le cortège ne se mettait en marche qu'aux dernières heures. On répondit donc sagement aux emprunteuses : Faites mieux, allez en acheter. En pleine nuit, la démarche demandait un certain temps, et ceux qui dormaient ne se relevaient pas volontiers (101). Les imprudentes auraient au

moins dû s'y prendre plus tôt ; mais, pendant la longue attente, elles s'étaient endormies avec leurs compagnes. Elles allèrent donc, et voici justement que, pendant leur absence, l'époux vint, partit avec sa fiancée et celles qui se trouvaient là, arriva à la salle du festin et en ferma les portes. Lorsqu'ensuite survinrent les retardataires, il leur signifia qu'il ne les connaissait pas et refusa de leur ouvrir.

Quand le Fils de l'homme viendra chercher son disciple au moment de la mort, il faudra donc que celui-ci, quelle qu'ait été sa vie, se tienne prêt avec sa lampe allumée, c'est-à-dire avec la foi qui éclaire son âme et l'amour de Dieu qui y brûle. Sinon, il sera pour lui un inconnu, auquel il n'ouvrira pas la porte du ciel (110). Si l'époux était arrivé dès les premières heures de la nuit, toutes auraient été prêtes à le recevoir ; il est venu à l'heure qui lui convenait et il n'a pris que celles qui étaient là. Il faut* vivre dans la grâce de Dieu et attendre sa venue. Si on la perd et que la mort survienne alors, il n'est plus possible de la retrouver et de se sauver.

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