‹ L'EvangileChapitre 69 sur 108 · s. luc · texte numérisé non relu

s. luc

Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai. La Pâque était appelée fête des azymes, parce que pendant les huit jours de sa durée les Israélites ne pouvaient manger que du pain azyme, c'est-à-dire sans levain. Cette pratique rappelait la hâte des Hébreux à leur sortie d'Egypte, quand ils durent faire leur pain avec la pâté non levée qu'ils avaient emportée. Dès la veille de la fête, le père de famille inspectait sa maison et recueillait, pour le brûler, tout ce qu'il trouvait de levain ou de pain levé.

On était au mardi soir quand le Sauveur parla à ses apôtres de la Pâque qui devait venir dans deux jours.

De son côté, le sanhédrin se préoccupait activement de l'exécution du projet arrêté depuis longtemps, la condamnation et l'exécution de Jésus. Jusque-là les foules l'avaient empêché d'aboutir. Il fallait donc procéder par ruse. Toutefois, on ne devait rien tenter pendant la fête, de peur que la multitude des pèlerins ne se soulevât et ne prît parti pour Jésus. A l'encontre de cette décision, c'était la volonté du divin Maître qui allait tout régler : il sera mis en croix le jour de la fête et personne ne se soulèvera en sa faveur. Le sanhédrin s'était réuni pour délibérer, non dans le lieu ordinaire de ses séances, au temple, mais dans une salle du palais du grand-prêtre, sans doute pour que la séance ne fût pas officielle et que les quelques amis que Jésus comptait dans l'assemblée n'y fussent pas convoqués.

Les grands-prêtres allaient être tirés d'embarras, car Satan travaillait pour eux en même temps que pour lui. Depuis que Jésus avait choisi ses apôtres, l'esprit du mal avait entrepris de gagner l'un des douze. Son emprise sur Judas, aux côtés mêmes du Sauveur, était le chef-d'œuvre de sa ruse et de sa

haine. Jésus savait ce qui se tramait dans l'âme du malheureux apôtre. Il y avait fait allusion un an auparavant, après l'entretien sur le pain de vie, en dénonçant la présence d'un démon parmi les douze (73). Il avait supporté Judas, dans 1 espoir de toucher son cœur déjà endurci ou de se servir de sa malice pour l'excéution de ses desseins. Au repas de Bethanie, le traître avait manifesté la honteuse cupidité qui devait le conduire à la pire des infamies (141). Sans doute, les autres apôtres avaient aussi leurs défauts ; mais ils aimaient loyalement leur Maître et se montraient dociles et généreux à son service. Judas n'avait pas la foi, en dépit de tout ce dont il avait été témoin. Ne comptant plus sur aucun avantage temporel s'il restait à la suite du Sauveur, il résolut de passer du côté de ceux qui lui paraissaient les plus forts, et Satan l'affermit dans sa résolution.

Le traître alla donc trouver les membres du sanhédrin pour faire marché avec eux. Il proposait de livrer son Maître, dont il voyait bien qu'on ne pouvait s'emparer facilement ; mais la première pensée qu'il formula fut une pensée de lucre : « Que voulez-vous me donner ? h Ce n'était donc pas la haine qui le poussait, mais l'avarice, sordide passion qui dominait en lui ce qu'il pouvait avoir d'estime et d'attachement pour Jésus. Les grands-prêtres ne voulaient rien verser qu'à bon escient. La proposition de l'apôtre répondait à leurs désirs, mais comment pourrait-il la mettre à exécution ? Judas s'expliqua ; son projet parut réalisable et fut accepté. Pour son salaire, on promit de lui verser trente pièces d'argent valant chacune près de quatre francs, ce qui mettait à peu près à cent vingt francs le prix du sang. A partir de ce moment, Judas chercha l'occasion favorable pour livrer Jésus à ses ennemis.

167. préparation de la paque. — Le premier jour des azymes, jour auquel, d'après la loi, on immolait la Paque, les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Où voulez-vous que nous allions faire les préparatifs pour que vous mangiez la Paque ? »

Alors il envoya Pierre et Jean, en leur disant : « C'est vous qui irez nous préparer la Paque que nous devons manger. » Ils lui dirent : « Où voulez-vous que nous la préparions? » — « Allez à la ville », leur répondit-il ; « dès que vous y entrerez, vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau. Suivez-le jusqu'à la maison où il entrera, et vous direz au père de famille de cette maison : Voici ce que dit le Maître : Mon temps est proche ; c'est chez toi que je fais la Paque avec mes disciples. Où est la salle où je pourrai manger la Paque? Il vous montrera alors une salle à manger vaste et décorée ; c'est là que vous nous ferez les préparatifs. » Les disciples firent comme Jésus leur avait ordonné ; ils s'en allèrent, vinrent à la ville, trouvèrent celui dont il leur avait parlé et préparèrent la Paque.

s. luc, 22, 7-13.

Mon temps est proche, c'est chez toi que je fais la Pâque avec mes disciples. Le premier jour des azymes tombait cette armée-là un jeudi. Comme les Juifs comptaient les jours d'un soir à un autre, dès le jeudi à six heures du soir commençait le vendredi, jour de la Pâque. Dans la journée du jeudi, on immolait au temple les agneaux et les chevreaux qui devaient servir pour le festin pascal.

Ces agneaux, apportés au temple par les représentants de chaque groupe de convives, étaient égorgés et dépouillés de leur peau par n'importe quel Israélite, pourvu qu'il fût en état de pureté légale. Les prêtres se contentaient de recueillir le sang dans des vases qu'ils se passaient ensuite de main en main pour qu'on en versât le contenu sur l'autel. Ces opérations s'exécutaient avec la plus grande rapidité, à l'heure du sacrifice du soir ; car îe nombre des agneaux à immoler ainsi se montait au moins à une centaine de mille.

Le jeudj, les apôtres demandèrent au Sauveur où il voulait qu'on préparât la Pâque. Il chargea Pierre et Jean de s'en occuper et il leur indiqua l'endroit où aurait lieu le festin. Seulement, il prit soin que Judas ne pût être renseigné : il eût été trop facile au traître d'indiquer au sanhédrin le lieu de la réunion et d'y faire prendre Jésus. Les renseignements que le Sauveur donna à Pierre et à Jean furent énigmatiques ; ils ne devaient devenir clairs qu'à l'expérience. Partis de Bethanie ou des environs, les deux apôtres devaient naturellement entrer à Jérusalem par la porte de la Fontaine, à l'angle sud-est de la ville et dans le voisinage immédiat de la piscine de Siloé. Là, ils rencontreraient un homme, venant de la fontaine et portant une cruche d'eau. Ils îe suivraient jusqu'à la maison où il entrerait. Cette maison se trouvait à environ six

cents mètres de distance, vers l'angle sud-ouest des remparts.

Le maître de la maison avait dû être prévenu d'avance par les soins du Sauveur. Quand les deux apôtres se présentèrent et demandèrent la salle destinée au festin, on la leur indiqua. Elle était vaste et bien décorée, comme pour une réunion solennelle. Les apôtres se mirent aussitôt en devoir de tout préparer : l'agneau, qu'ils allèrent immoler au temple, les pains azymes, le vin pour les coupes, les herbes amères et tout ce qu'il était d'usage d'ajouter aux éléments primitifs du festin pascal. La maison était d'ailleurs munie de divans, de tables et de tous les ustensiles nécessaires au service.

168. dispute sur la préséance. — Quand le soir fut arrivé, il vint avec les douze apôtres et se mit à table.

Mais il s'éleva parmi eux une discussion, sur celui d'entre eux qui était le plus grand. Alors Jésus leur dit : « Les rois des nations les dominent, et ceux qui ont le pouvoir sur les hommes sont appelés bienfaiteurs. Qu'il n'en soit pas ainsi de vous, mais que celui qui est le plus grand parmi vous en soit comme le plus petit, et que celui qui préside soit comme le serviteur. Qui est le plus grand, en effet, de celui qui est couché, ou de celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est couché ? Or moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Quant à vous, vous êtes restés avec moi au milieu de mes épreuves ; aussi je vous prépare le royaume comme mon Père me l'a préparé, afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis

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