APPARITION EN GALILÉE. Les Onze
disciples s'en allèrent en Galilée, sur la montagne que leur avait assignée Jésus. Là ils le virent et l'adorèrent ; mais plusieurs doutèrent.
Jésus s'approcha donc et leur dit : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles )).
Allez, enseignez toutes les nations. Les onze apôtres se réunirent un jour sur une montagne de Galilée que le Sauveur leur avait indiquée. Saint Matthieu ne parle pas d'autres disciples présents ; aussi quand il en suppose qui doutèrent, il faut penser que tous ne le reconnurent pas tout d'abord, et ne se prosternèrent devant lui que quand il se fût approché.
Jésus rappela alors la toute-puissance dont il avait été investi, et, en vertu de cette toute-puissance, leur assigna leur mission. Cette mission portait sur trois points.
1° Enseigner toutes les nations, les gentils aussi
bien que les Juifs, les amener ainsi à croire en Jésus- Christ et à le suivre. Bien entendu, il s'agit ici de reproduire l'enseignement même du Sauveur, celui qui a trait à la vie nouvelle de la grâce, et non l'enseignement profane dont le divin Maître ne s'est pas préoccupé.
2° Les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C'est par le baptême que les hommes, instruits par ^ la prédication apostolique, doivent entrer dans l'Eglise. Le baptême sera donné au nom de la Sainte Trinité, dont la formule apparaît ici avec une netteté parfaite. C'est toujours le baptême de Jésus, qu'on doit distinguer du baptême provisoire de Jean ; mais Jésus fait profession d'agir au nom des trois personnes divines, qui, d'après le récit même de saint Matthieu (18), interviennent déjà au baptême de Notre-Seigneur, et dont saint Jean parle si souvent dans son évangile. Le Sauveur n'avait pas à indiquer aux apôtres la manière de baptiser, puisqu'eux-mêmes avaient déjà souvent baptisé en son nom (28).
Le pouvoir conféré aux apôtres pour administrer le baptême se rapporte également^ aux autres rites sacrés de la loi nouvelle. Du reste, le divin Maître a déjà donné aux siens des pouvoirs explicites en vue de l'Eucharistie (171) et de la pénitence (204).
3° Leur faire observer ce que le Sauveur a prescrit, par conséquent tous les préceptes de la loi nouvelle, dans leur lettre et dans leur esprit.
En promettant d'être avec ses apôtres jusqu'à la consommation des siècles, Jésus-Christ indique que les devoirs et les pouvoirs dont il vient de parler ne sont point restreints à ceux qu'il a devant lui, mais concernent également tous ceux qui leur succéderont dans son Eglise. Il sera avec eux tous, pour les assister, les éclairer, les défendre ; il agira
lui-même par leur ministère, et il en sera ainsi jusqu'à la fin du monde dans son Eglise, contre laquelle aucune puissance ne pourra jamais prévaloir (80).
208. mission des apôtres. — Jésus leur dit : « Allez dans le inonde entier et prêchez l'Evangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. Voici les signes qui s'attacheront à ceux qui croiront : ils chasseront les démons en mon nom, ils parleront des langues nouvelles, ils saisiront les serpents ; s'ils boivent quelque poison mortel, ils n'en éprouveront aucun dommage ; ils imposeront les mains sur les malades, et ceux-ci seront remis en bon état.
Prêchez V Evangile à toute créature. Il y eut plusieurs autres apparitions du Sauveur aux apôtres et aux disciples, mais l'évangile ne les mentionne pas. Ainsi, saint Luc, dans les Actes, 1, 3, dit que Jésus, « après sa passion, s'était montré plein de vie, leur en donnant des preuves nombreuses, leur apparaissant pendant quarante jours et les entretenant du royaume de Dieu ». Il est donc à supposer que le Sauveur se montra assez souvent, en dehors des occasions notées par les évangélistes, et que, au cours de ces entretiens, il instruisit ses apôtres sur beaucoup de questions qui intéressaient l'établissement, la propagation et le gouvernement de l'Eglise.
Saint Paul écrit de son côté : « Il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures ; il est apparu à Céphas, puis aux douze. Après cela, il est apparu à la fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants, et quelques-uns se sont endor-
mis. Ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. »
Avant le quarantième jour, sur sa recommandation, les apôtres et les disciples se trouvèrent réunis à Jérusalem, ou dans le voisinage. Là, Jésus leur fit ses dernières instructions. Il leur renouvela Tordre d'aller prêcher son évangile à tous les hommes. Le salut de chacun dépendra de la manière dont il le recevra : croire, ce sera assurer son salut, ne pas croire, ce sera se perdre.
Le Sauveur avait promis que ceux qui auraient la foi opéreraient des prodiges, même de plus grands que les siens (173). Il énumère ceux que les vrais croyants et surtout les prédicateurs de l'évangile accompliront habituellement en son nom, pour accréditer leur parole. Ils chasseront les démons ; ils parleront des langues nouvelles pour eux et qu'ils n'auront pas apprises, comme il sera souvent nécessaire pour la propagation de l'évangile ; ils saisiront les serpents, sans que leur morsure puisse leur faire aucun mal ; s'ils boivent un poison mortel, que leur aura versé la malice de leurs ennemis, ils n'en éprouveront aucun dommage ; enfin ils imposeront les mains sur les malades, et ceux-ci s'en trouveront bien (44, 98). En un mot, ils pourront faire toutes sortes de choses bonnes et utiles, et ils ne souffriront pas du mal qui pourra leur arriver.
» Voilà donc les paroles que je vous ai dites pendant que j'étais avec vous : il est nécessaire que s'accomplisse tout ce qui a été écrit dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes à mon sujet. » Alors il leur ouvrit l'intelligence, pour qu'ils comprissent les Ecritures, et il leur dit : « C'est en effet ce qui a été écrit,
et il fallait que le Christ souffrît ainsi, qu'il ressuscitât des morts le troisième jour, et qu'en sou nom soit prêchée la pénitence et la rémission des péchés parmi toutes les nations, à commencer par Jérusalem.
a Vous êtes les témoins de toutes ces choses. Et moi, je vais envoyer eu vous celui que le Père a promis ; mais demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la puissance venue d'en haut. »
s. marc, 16, 15-18; s. luc, 24, 44-49.
Il fallait que le Christ souffrît ainsi. Saint Luc résume ici l'enseignement du Sauveur sur un point important. Les souffrances et la mort du Christ devaient toujours être une cause d'étonnement et de scandale, parce qu'elles semblaient inconciliables avec l'idée qu'on se faisait du Christ et incompatibles avec sa qualité de Fils de Dieu. Aussi le Sauveur insiste- t-il sur les prophéties, qu'il était nécessaire d'accomplir en sa personne. Il ouvrit alors l'intelligence de ses apôtres, pour qu'ils comprissent tout ce qui était écrit de lui dans les livres de l'Ancien Testament. En constatant et en faisant constater que les faits les plus humiliants et les plus douloureux de la vie du Sauveur étaient prévus et voulus par Dieu, ils saisiront le plan divin, qui a totalement échappé aux Juifs, et ils verront des moyens de salut là où ils s'étaient habitués à ne voir que des obstacles.
En mettant tous ces traits prophétiques en lumière, ils prêcheront la pénitence et la rémission des péchés, au nom de celui qui a donné l'exemple de l'expiation et qui est mort pour obtenir le pardon de l'humanité. Cette prédication sera adaptée aux