Je me nomme la charité, je suis la route princi
pale qui conduit vers Dieu; suivez-moi, car je suis le but où vous devez tous viser.
J'ai fait ce matin ma tournée habituelle, et, le cœur navré, je viens vous dire : Oh I mes amis, que de misères, que de larmes, et combien vous avez à faire pour les sécher toutes i J'ai vainement cherché à consoler de pauvres mères; je leur disais à l'oreille : Courage ! il y a de bons cœurs qui veillent sur vous ; on ne vous abandonnera pas; patience! Dieu est là; vous êtes s: s aimées, vous êtes ses élues. Elles paraissaient m'entendre et tournaient de mon côté de grands yeux égarés ; je lisais sur leur pauvre visage que leur corps, ce tyran de l'Esprit, avait faim, et que si mes paroles rassérénaient un peu leur cœur, elles ne remplissaient pas leur estomac. Je répétais' encore : Courage! courage! Alors une pauvre mère, toute jeune, qui allaitait un petit enfant, l'a pris dans ses bras et l'a tendu dans l'espace vide, comme pour me prier de protéger ce pauvre petit être qui ne prenait à un sein stérile qu'une nourriture insuffisante,
Ailleurs, mes amis, j'ai vu de pauvres vieillards sans travaux et bientôt sans asile, en proie à toutes les souffrances du besoin, et, honteux de leur misère, n'osant pas, eux qui n'ont jamais mendié, aller implorer la pitié des passants. Le coeur ému de compassion, moi qui n'ai rien, je me suis faite mendiante pour eux, et je vais de tous côtés stimuler la bienfaisance, souffler de bonnes pensées aux cœurs généreux et compatissants. C'est pourquoi je viens à vous, mes amis, et je vous dis : Làbas il y a des malheureux dont la huche est sans pain, le foyer sans feu et le lit sans couverture. Je ne vous dis pas ce que vous devez faire; j'en laisse l'initiative à vos bons coeurs; si je vous dictais votre ligne de 'conduite,
198 CHAPITRE iiïl. — QUE LA MAIN GAUCHE
vous n'auriez plus le mérite de votre bonne action; je vous dis seulement : Je suis la charité, et je vous tends, la main pour vos frères souffrants.
Mais si je demande, je donne aussi et je donne beau-) coup ; je vous convie à un grand banquet, et je fournis l'arbre où vous vous rassasierez tous î Voyez comme il est beau, comme il est chargé de fleurs et de fruits I Allez, allez, cueillez, prenez tous les fruits de ce bel arbre qui s'appelle la bienfaisance. A la place des rameaux que vous aurez pris , j'attacherai toutes les bonnes actions que vous ferez, et je rapporterai cet arbre à Dieu pour qu'il le charge de nouveau, car la bienfaisance est inépuisable. Suivez-moi donc, mes amis, afin que je vous compte parmi ceux qui s'enrôlent sous ma bannière; soyez sans crainte; je vous conduirai dans la voie du salut, car je suis la Charité, (Carita, martyrisée à Rome. Lyon, 1861.)
14. Il y a plusieurs manières de faire la charité que beaucoup d'entre vous confondent avec l'aumône; il y a pourtant une grar.de différence. L'aumône, mes, amis, est quelquefois utile, car elle soulage les pauvres; mais elle est presque toujours humiliante et pour celui qui la fait et pour celui qui la reçoit. La charité, au contraire, lie le bienfaiteur et l'obligé, et puis elle se déguise de tant de manières! On peut être charitable même avec ses proches, avec ses amis, en étant indulgents les uns envers les autres, en se pardonnant ses faiblesses, en ayant soin de ne froisser l'amour-propre de personne; pour vous, spirites, dans votre manière d'agir envers ceux qui ne pensent pas comme vous; en amenant les moins clairvoyants à croire, et cela sans les heurter, sans rompre en visière avec leurs convictions, mais en
les amenant tout doucement à nos réunions où ils pourront nous entendre, et où nous saurons bien trouver la b.rèche du cœur par où nous devrons pénétrer. Voilà pour un côté de la charité.
Écoutez maintenant la charité envers les pauvres, ces déshérités ici-bas, mais ces récompensés de Dieu, s'ils savent accepter leurs misères sans murmurer, et cela dépend de vous. Je vais me faire comprendre par un exemple.
Je vois plusieurs fois dans la semaine une réunion de dames: il y en a de tous les âges; pour nous, vous le savez, elles sont toutes sœurs. Que font-elles donc? Elles travaillent vite, vite; les doigts sont agiles; aussi voyez comme les visages sont radieux, et comme les cœurs battent à l'unisson! mais quel est leur but? c'est quelles voient approcher l'hiver qui sera rude pour les pauvres ménages; les fourmis n'ont pas pu amasser pendant l'été le grain nécessaire à la provision, et la plupart des effets sont engagés; les pauvres mères s'inquiètent et pleurent en songeant aux petits enfants qui, cet hiver, auront froid et faim! Mais patience, pauvres femmes! Dieu en a inspiré de plus fortunées que vous; elles se sont réunies et vous confectionnent de petits vêtements; puis un de ces jours, quand la neige aura couvert la terre et que vous murmurerez en- disant : « Dieu n'est pas juste, » car c'est votre parole ordinaire à vous qui souffrez; alors vous verrez apparaître un des enfants, de ces bonnes travailleuses qui se sont constituées les ouvrières des pauvres; oui, c'est pour vous qu'elles travaillaient ainsi, et votre murmure se changera en bénédiction, car dans le cœur des malheureux l'amour suit de bien près la haine.
Comme il faut à toutes ces travailleuses un encoura-
gement, je vois les communications des bons Esprits leur arriver de toutes parts; les hommes qui font partie de cette société apportent aussi leur concours en faisant une de ces lectures qui plaisent tant; et nous, pour récompenser le zèle de tous et de chacun en particulier, nous promettons à ces ouvrières laborieuses une bonne clientèle qui les payera, argent comptant, en bénédictions, seule monnaie qui ait cours au ciel, leur assurant en outre, et sans crainte de trop nous avancer, qu'elle ne leur manquera pas. (Carita. Lyon, '1861.)
15. Mes chers amis, chaque jour j'en entends parmi vous qui disent : « Je suis pauvre, je ne puis pas faire la charité; » et chaque jour je vous vois manquer d'indulgence pour vos semblables; vous ne leur pardonnez rien, et vous vous érigez en juges souvent sévèçes, sans vous demander si vous seriez satisfaits qu'on en fît autant à votre égard. L'indulgence n'est-elle pas aussi de la charité?- Vous qui ne pouvez faire que la charité indulgente, faites-la au moins, mais faites-la grandement. Pour ce qui est de la charité matérielle, je veux vous raconter une histoire de l'autre monde.
Deux hommes venaient de mourir; Dieu avait dit : Tant (^ue ces deux hommes vivront, on mettra dans un sac chacune de leurs bonnes actions, et à leur mort on pèsera ces sacs. Quand ces deux hommes arrivèrent à leur dernière heure, Dieu se lit apporter les deux sacs; l'un était gros, grand, bien bourré, il résonnait le métal qui le remplissait; l'autre était tout petit, et si mince, qu'on voyait à travers les rares sous qu'il contenait; et chacun de ces hommes reconnut son sac: Voici le mien, dit le premier; je le reconnais; j'ai été riche et j'ai beaucoup donné. Voilà le mien, dit l'autre;
j'ai toujours été pauvre, hélas! je n'avais presque rien à partager. Mais, ô surprise! les deux sacs mis daiîs la balance, le plus gros devint léger, et le petit s'alourdit, si bien qu'il emporta de beaucoup l'autre côté de la balance. Alors Dieu dit au riche : Tu as beaucoup donné, c'est vrai, mais tu as donné par ostentation, et pour voir ton nom figurer à tous les temples de l'orgueil, et de plus en donnant tu ne t'es privé de rien ; vas à gauche et sois satisfait que l'aumône te soit comptée encore pour quelque petite chose. Puis il dit au pauvre : Tu as bien peu donné, toi, mon ami; mais chacun des sous qui sont dans cette balance représente une privation pour toi; si tu n'as pas fait l'aumône, tu as fait la charité, et ce qu'il y a de mieux, tu as fait la charité naturellement, sans penser qu'on t'en tiendrait compte; tu as été indulgent; tu n'as pas jugé ton semblable, tu l'as au contraire excusé dans toutes ses actions : passe à droite, et va recevoir ta récompense. (Un Esprit protecteur. Lyon, 1861.)
16. La femme riche, heureuse, qui n'a pas besoin d'employer son temps aux travaux de son ménage, ne peut-elle consacrer quelques heures à des travaux utiles pour ses semblables? Qu'avec le superflu de ses joies elle achète de quoi couvrir le malheureux qui grelotte de froid ; qu'elle fasse, de ses mains délicates, de grossiers mais chauds vêtements; qu'elle* aide la mère à couvrir l'enfant qui va naître; si son enfant, à elle, a quelques dentelles de moins, celui du pauvre aura plus chaud. Travailler pour les pauvres, c'est travailler à la vigne du Seigneur.
Et toi, pauvre ouvrière, qui n'as pas de superflu, mais qui veux, daus ton amour pour tes frères, donner aussi
du peu que tu -possèdes, donne quelques heures de ta journée, de ton temps ton seul trésor; fais de ces ouvrages élégants qui tentent les heureux; vends le travail de ta veille, et tu pourras aussi procurer à tes frères ta part de soulagement; tu auras peut-être quelques rubans de moins, mais tu donneras des souliers à celui qui a les pieds nus.
Et vous, femmes vouées à Dieu, travaillez aussi à son œuvre, mais que vos ouvrages délicats ex coûteux ne soient pas faits seulement pour orner vos chapelles, pour attirer l'attention sur votre adresse et voire patience; travaillez, mes filles, et que le prix de vos ouvrages soit consacré au soulagement de vos frères en Dieu; les pauvres sont ses enfants bien -aimés; travailler pour eux, c'est le glorifier. Soyez-leur la Providence qui dit : Aux oiseaux du ciel Dieu donne la pâture. Que For et l'argent qui se tissent sous vos doigts se changent en vêtements et en nourriture pour ceux qui en manquent. Faites cela, et votre travail sera béni.
Et vous tous qui pouvez produire, donnez ; donnez votre génie, donnez vos inspirations, donnez votre cœur que Dieu bénira. Poètes, littérateurs, qui n'êtes lus que par les gens du monde, satisfaites leurs loisirs, mais que le produit de' quelques-unes de vos œuvres soit consacré au soulagement des malheureux; peintres, sculpteurs, artistes en tous genres, que votre intelligence vienne aussi en aide à vos frères, vous n'en aurez pas moins de gloire, et il y aura quelques souffrances de moins.
Tous vous pouvez donner ; dans quelque classe que vous soyez, vous avez quelque chose que vous pouvez partager; quoi que ce soit que Dieu vous ait donné, vous en devez une partie à celui qui manque du néces-
saire, parce qua sa place vous seriez bien aises qu'un autre partageât avec vous. Vos trésors de la terre seront un peu moindres, mais vos trésors dans le ciel seront plus abondants; vous y recueillerez au centuple ce que vous aurez semé en bienfaits ici-bas. (Jean. Bordeaux, 1864.)
IL a pîtié.
47. La pitié est la vertu qui vous rapproche ia plus des anges; c'est la sœur de charité qui vous conduit vers Dieu. Ah ! laissez votre cœur s'attendrir à l'aspect des misères et des souffrances de vos semblables; vos larmes sont un baume que vous versez sur leurs blessures, et lorsque, par une douce sympathie, vous parvenez à leur rendre l'espérance et la résignation, quel charme n'éprouvez-vous pas! Ce charme, il est vrai, a une certaine amertume, car il naît à côté du malheur; mais s'il n'a pas l'âcreté des jouissances mondaines, il n'a pas les poignantes déceptions du vide que celles-ci laissent après elles; il a une suavité pénétrante qui réjouit l'âme. La pitié, une pitié bien sentie, c'est de l'amour; l'amour, c'est du dévoûmenc; le dévoûment, c'est l'oubli de soi-même; et cet oubli, cette abnégation en faveur des malheureux, c'est la vertu par excellence, celle qu'a pratiquée toute sa vie le divin Messie, et qu'il a enseignée dans sa doctrine si sainte et si sublime. Lorsque cette doctrine sera rendue à sa pureté primitive, qu'elle sera admise par tous les peuples, elle donnera le bonheur à la terre en y faisant régner enfin la concorde, la paix et l'amour.
Le sentiment le plus propre à vous faire progresser en domptant votre égoïsme et votre orgueil, celui qui
dispose votre âme à l'humilité, à la bienfaisance et à l'amour de votre prochain, c'est la pitié î celte pitié qui vous émeut jusque dans vos entrailles devant lès souffrances de vos frères, qui vous fait leur tendre une main secourabîe et vous arrache de sympathiques larmes. N'é'ouffez- donc jamais dans vos cœurs cette émotion céleste, ne faites pas comme ces égoïstes endurcis qui s'éloignent des affligés, parce que la vue de leur misère troublerait un instant leur joyeuse existence; redoutez de rester indifférents lorsque vous pouvez être utiles. La tranquillité achetée au prix d'une indifférence coupable, c'est la tranquillité de la mer Morte, qui cache au fond de ses eaux la vase fétide et la corruption.
Que la pitié est loin cependant de causer le trouble et l'ennui dont s'épouvante l'égoïste! Sans doute l'âme éprouve, au contact du malheur d' autrui et en faisant un retour sur elle-même, un saisissement naturel et profond qui fait vibrer tout votre être et vous affecte péniblement; mais la compensation est grande, quand vous parvenez à rendre le courage et l'espoir à un frère malheureux qu'attendrit la pression d'une main amie, et dont le regard, humide à la fois d'émotion et de reconnaissance, se tourne doucement vers vous avant de se fixer sur le ciel pour le remercier de lui avoir envoyé un consolateur, un appui. La pitié est le mélancolique mais céleste précurseur de la charité, cette première des vertus dont elle est la sœur et dont elle prépare et ennoblitles bienfaits. (Michel Bordeaux, 1862.)
Les orphelins
]8. Mes frères, aimez les orphelins; si vous savie2 combien il est triste d'être seul et abandonné, surioul
dans le jeune âge! Dieu permet qu'il y ait des orphelins pour nous engager à leur servir de pères. Quelle divine charité d'aider une pauvre petite créature délaissée, de l'empêcher de souffrir de la faim et du froid, de diriger son âme afin qu'elle ne s'égare pas dans le vice! Qui tend la main à l'enfant abandonné est agréable à Dieu, car il comprend et pratique sa loi. Pensez aussi que souvent l'enfant que vous secourez vous a été cher dans une autre incarnation; et si vous pouviez vous souvenir, ce ne serait plus de la charité, mais un devoir. Ainsi donc, mes amis, tout être souffrant est votre frère et a droit à votre charité, non pas cette charité qui blesse le cœur, non cette aumône qui brûle la main dans laquelle elle tombe, car vos oboles sont souvent bien -amères f Que de fois elles seraient refusées si, au grenier, la maladie et le ,dénûment ne les attendaient pas! Donnez délicatement, ajoutez au bienfait le plus précieux de tous : une bonne parole, une caresse, un sourire d'ami; évitez ce ton de protection qui retourne le fer clans un cœur qui saigne,- et pensez qu'en faisant le bien, vous travaillez pour vous et les vôtres. (Un Esprit familier. Paris, 1860.)
19. Que faut-il penser des gens qui, ayant été payés de leurs bienfaits par l'ingratitude, ne font plus de bien de peur de rencontrer des ingrats?
Ces gens-là ont plus d'égoïsme que de charité; car ne faire le bien que peur en recevoir des marques de reconnaissance, ce n'est pas le faire avec désintéressement, et le bienfait désintéressé est le seul qui soit agréable à Dieu. C'est aussi de l'orgueil, car ils se complaisent dans l'humilité de l'obligé qui vient mettre sa reconnaissance à leurs pieds. Celui qui cherche sur la
terre la récompense du bien qu'il fait ne la recevra pas au ciel; mais Dieu tiendra compte à celui qui ne la; cherche pas sur la terre. j
Il faut toujours aider les faibles, quoique sachant d'avance que ceux à qui on fait le bien n'en sauront pas gré. Sachez que si celui à qui vous rendez service oublie le biejifait, Dieu vous en tiendra plus de compte que si vous étiez déjà récompensés par la reconnaissance de votre obligé. Dieu permet que vous soyez parfois payés d'ingratitude pour éprouver votre persévérance à faire le bien-
Que savez-vous, d'ailleurs, si ce bienfait, oublié pour le moment, ne portera pas plus tard de bon^ fruits? Soyez certains, au contraire, que c'est une semence qui germera.avec le temps, Malheureusement vous ne^voyez toujours que le présent; vous travaillez pour vous, et non en vue des autres. Les bienfaits finissent par amollir les cœurs les plus endurcis; ils peuvent être méconnus ici-bas, mais lorsque l'Esprit sera débarrassé de son voile charnel, il se souviendra, et ce souvenir sera son châtiment; alors il regrettera son ingratitude; il voudra réparer sa faute, payer sa dette dans une autre existence, souvent même en acceptant une vie de dévoûment envers son bienfaiteur. C'est ainsi que, sans vous en douter, vous aurez contribué à son avancement moral, et vous reconnaîtrez plus tard toutf 'a vérité de cette maxime :JJn bienfait n'est jamais perdu. Mais vous aurez aussi travaillé pour vous., car vous aurez le mérite d'avoir fait le bien avec désintéressement, et sans vous Vire laissé décourager par les déceptions.
Ah! mes amis, si vous connaissiez tous les liens qui,
lans la vie présente, vous rattachent à vos existences
antérieures; si vous pouviez embrasser la multitude des
rapports qui rapprochent les êtres les uns des autres pour leur progrès mutuel, vous admireriez bien mieux encore la sagesse et la bonté du Créateur qui vous permet de revivre pour arriver à lui. (Guide protecteur. Sens,' 1862.)
20. La bienfaisance est-elle bien entendue quand elle est exclusive entre les gens d'une même opinion, d'une même croyance ou d'un même parti ?
Nonr c'est surtout l'esprit de secte et de parti qu'il faut abolir, car tous les hommes sont frères. Le vrai chrétien ne voit que des frères dans ses semblables, et avant de secourir celui qui est dans le besoin, il ne consulte ni sa croyance, ni son opinion en quoi que ce soit. Suivrait-il le précepte de Jésus-Christ, qui dit d'aimer même ses ennemis, s'il repoussait un malheureux, parce que celui-ci aurait une autre foi que la sienne? Qu'il le secoure donc sans lui demander aucun compte de sa conscience, car si c'est un ennemi de la religion, c'est le moyen de la. lui faire aimer; en le repoussant, on la lui ferait haïr.. (Saint Louis. Paris,. 1860.)
Piété filiale. — Qui est ma mère et qui aont mes frères? — Parenté corporelle et parenté spirituelle. — Instructions des Esprits : I/ingratitude des enfants.
1. Vous savez les commandements : vous ne commettrez k point d'adultère; vous nç tuerez point; vous ne déroberez point; vous ne porterez point, de faux témoignage ; vous ne ferez tort à personne; honorez votre père et votre mère. (Saint Marc, ch. x, v. 19 ; saint Luc, ch. xvm, v. 20 ; saint Matthieu, ch. xix, v. 19.)
2. Honorez votre père et votre mère, afin que vous viviez longtemps sur la terre que le Seigneur votre Dieu vous donnera. (Décalogue; Exode-, ch. xx, v. 12.)
Piété filiale.
3 Le commandement : « Honorez votre père et votre mère, » est une conséquence de la loi générale de cha-' rite et d'amour du prochain, car on ne peut aimer son prochain sans aimer son père et sa mère; mais le mot honorez renferme un devoir de plus à leur égard, celui de la piété filiale. Dieu a voulu montrer par là qu'à l'amour il faut ajouter le respect, les égards, la soumission et la condescendance, ce qui implique l'obligation d'accomplir envers eux d'une manière plus rigoureuse encore tout ce que la charité commande envers le pro-
chain. Ce devoir s'étend naturellement aux personnes qui tiennent lieu de père et de mère, et qui en ont d'autant plus de mérite, que leur dévoûment est moins obligatoire. Dieu punit toujours d'une manière rigoureuse toute violation de ce commandement.
Honorer son père et sa mère, ce n'est pas seulement les respecter, c'est aussi les assister dans le besoin; c'esl leur procurer le repos sur leurs vieux jours; c'est les. entourer de sollicitude comme ils l'ont fait pour nous dans notre enfance.
C'est surtout envers les parents sans ressources que. se montre la véritable piété filiale. Salisfont-ils à ce commandement ceux qui croient faire un grand effort en leur donnant tout juste de quoi ne pas mourir de faim, alors qu'eux-mêmes ne se privent de rien? en les reléguant dans les plus infimes réduits de la maison, pour ne pas les laisser dans la rue, alors qu'ils se réservent ce qu'il y a de mieux, de plus confortable? Heureux encore lorsqu'ils ne le font pas de mauvaise grâce et ne leur font pas* acheter le temps qui leur reste à vivre en se déchargeant sur eux des fatigues du ménage! Estce donc aux parents vieux et faibles à être les serviteurs des enfants jeunes et forts? Leur mère a-t-elle marchandé 'son lait quand ils étaient au berceau? a-t-elle compté ses veilles quand ils étaient malades, ses pas pour leur procurer ce dont ils avaient besoin? Non, ce n'est pas seulement le strict nécessaire que les enfants doivent à leurs parents pauvres, ce sont aussi, autant qu'ils le peuvent, les petites douceurs du superflu, les prévenances, les soins délicats, qui ne sont que l'intérêt de ce qu'ils ont reçu, le payement d'une dette sacrée. Là seulement est la piété filiale acceptée par Dieu.
Malheur donc à celui qui oublie ce qu'il doit à ceux
qui l'ont soutenu dans sa faiblesse, qui avec la vie matérielle lui ont donné la vie morale, qui souvent se sont imposé de dures privations pour assurer son bien-être> malheur à l'ingrat, car il sera puni par l'ingratitude et l'abandon; il sera frappé dans ses plus chères affections, quelquefois dès la vie présente, mais certainement dans une autre existence, où il endurera ce qu'il aura fait endurer aux autres.
Certains parents, il est vrai, méconnaissent leurs devoirs, et ne sont pas pour leurs enfants ce qu'ils devraient être; mais c'est à Dieu de les punir et non à leurs enfants; ce n'est pas à ceux-ci de le leur reprocher, parce que peut-être eux-mêmes ont mérité qu'il en fût ainsi. Si la charité fait une loi de rendre le hier/ pour le mal, d'être indulgent pour les imperfections d'autrui, de ne point médire de son prochain, d'oublier et de pardonner les torts, d'aimer même ses ennemis, combien cette obligation n'cst-elle pas plus grande encore à l'égard des parents! Les enfants doiveat donc prendre pour règle de leur conduite envers ces derniers, tous les préceptes de Jésus concernant le prochain, et se dire que tout procédé blâmable vis-à-vis d 'étrangers l'est encore plus vis-à-vis des proches, et que ce qui peut n'être qu'une faute dans le premier cas peut devenir crime dans le second, parce qu'alors au manque de charité se joint l'ingratitude.
4. Dieu a dit : « Honorez votre père et votre mère, afin que vous viviez longtemps sur la terre que le Seigneur votre Dieu vous donnera , » pourquoi donc promet-il comme récompense la vie sur la terre et non la vie céleste? L'explication en est dans ces mots : << Que Dieu vous donnera, » supprimés dans la formule mo-
derne du décalogue, ce qui en dénature le sens. Pou* comprendre cette parole, il faut se reporter à la situation et aux idé&s des Hébreux à l'époque où elle a été dite; ils ne comprenaient pas encore la vie future; leur vue ne s'étendait pas au delà de la vie corporelle; ils devaient donc être plus touchés de ce qu'ils voyaient que de ce qu'ils ne voyaient pas; c'est pourquoi Dieu leur parle un langage à leur portée, et, comme à des enfants, leur donne en perspective ce qui peut les satisfaire. Ils étaient alors clans le désert; la terre que Dieu leur donnera était la Terre Promise, but de leurs aspirations: ils ne désiraient rien de plus, et Dieu leur dit qu'ils y vivront longtemps, c'est-à-dire qu'ils la posséderont longtemps s'ils observent ses commandements.
Mais à l'avènement de Jésus, leurs idées étaient plus développées; le.moment étant venu de leur donner une nourriture moins grossière, il les initie à la vie spirituelle en leur disant: «Mon royaume n'est pas de ce monde; c'est là, et non sur la terre, que vous recevrez la récompense de vos bonnes œuvres. » Sous ces paroles, la Terre Promise matérielle se transforme en une patrie céleste; aussi, quand il les rappelle à l'observation du commandement : « Honorez votre père et votre mère, » ce n'est plus la terre qu'il leur promet, mais le iiel. (Chap. n et m.)
Qui est ma mère et «fiiî sont lises frères?
5. Et étant venu dans la maison, il s'y assembla une si grande foule de peuple qu'ils ne pouvaient pas même prendre leur re pas. — Ce que ses proches ayant appris, ils vinrent pour se'saisir de lui, car ils disaient au" il avait perdu l'esprit.
• Cependant sa mère et ses frères étant venus, et se tenant en dehors*, envoyèrent l'appeler. — Or, le peuple était assis autour de lui, et on lui dit : Votre mère et vos frères sont là dehors qui vous demandent. — Mais il leur répondit : Qui est ma mère, ci qui sont mes frères? — Et regardant ceux qui étaient assis autour de lui": Voici, dit-il, ma mère et mes frères; — car quiconque fait ia volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère. (Saint Marc, ch. ni, v. 20, 21 et de 31 à 35; saint Matthieu, ch. xn, v. ùô 13 à 50.)
6. Certaines paroles semblent étranges dans la bouche de Jésus, et contrastent avec sa bonté et son inaltérable bienveillance pour tous. Les incrédules n'ont pas manqué de s'en faire une arme en disant qu'il se contredisait lui-même. Un fait irrécusable, c'est que sa doctrine a pour base essentielle, pour pierre angulaire, la loi d'amour et de charité ; il ne pouvait donc détruire d'un côté ce qu'il établissait de l'autre; d'où il faut tirer cette conséquence rigoureuse, que, si certaines maximes sont en contradiction avec le principe , c'est que les paroles qu'on lui prête ont été mal rendues, mal comprises, ou qu'elles ne sont pas de lui. .
7. On s'étonne avec raison de voir, en cette circonstance, Jésus montrer tant d'indifférence pour ses proches, et en quelque sorte renier sa mère.
Pour ce qui est de ses frères, on sait qu'ils n'avaient jamais eu de sympathie pour lui; Esprits peu avancés, ils n'avaient point compris sa mission; sa conduite, à leurs yeux, était bizarre, et ses enseignements ne les avaient point touchés, puisqu'il n'eut aucun disciple parmi eux; il paraîtrait même qu'ils partageaient jusqu'à un certain point les préventions de ses ennemis; il est certain, du reste, qu'ils l'accueillaient plus en
étranger qu'en frère quand ii se présentait dans la famille, et saint Jean dit positivement (ch.xii, v.5) « qu'ils ne croyaient pas en lui. »
Quant à sa mère, nul ne saurait contester sa tendresse pour son iils;t mais il faut bien convenir, aussi qu'elle ne paraît pas s'être fait une idée très juste de sa mission, car on ne l'a jamais vue suivre ses enseignements, ni lui rendre témoignage, comme l'a fait Jean-Baptiste ; la sollicitude maternelle était, chez elle, le sentiment dominant. A l'égard de Jésus, lui supposer d'avoir renié sa mère, ce serait méconnaître son caractère; une telle pensée ne pouvait animer celui qui a dit : Honorez votre père et votre mère. Il faut donc chercher un autre sens à ses paroles, presque toujours voilées sôus la forme allégorique.
Jésus ne négligeait aucune occasion de donner un enseignement; il saisit donc celle que lui offrait l'arrivée de sa famille pour établir la différence qui existe entre la parenté corporelle et la parenté spirituelle.
Ii» parenté corporelle et la parenté spirituelle.
8. Les liens du sang n'établissent pas nécessairement les liens entre* les Esprits. Le corps procède du corps, mais l'Esprit ne procède pas de l'Esprit, parce que l'Esprit existait avant la formation du corps; ce n'est pas le père qui crée l'Esprit de son enfant, il ne fait que lui fournir une enveloppe corporelle, mais il doit aider à son développement intellectuel et moral pour le faire progresser.
Les Esprits qui s'incarnent dans une même famille, surtout entre proches parents, sont le plus souvent des
Esprits sympathiques, unis par des relations antérieures qui se traduisent par leur affection pendant la vie terrestre; mais il peut arriver aussi que ces Esprits soient complètement étrangers les uns aux autres, divisés par des antipathies également antérieures, qui se traduisent de même par leur antagonisme sur la terre pour leur servir d'épreuve. Les véritables liens de famille ne sont donc pas ceux de la consanguinité, mais ceux de la sympathie et de la communion de pensées qui unissent les Esprits avant, pendant et après leur incarnation. D'où il suit que deux êtres issus de pères différents peuvent être plus frères par l'Esprit que s'ils l'étaient par le sang; ils peuvent s'attirer, se rechercher, se plaire ensemble, tandis que deux frères consanguins peuvent se repousser, ainsi qu'on le voit tous les jours; problème moral que le spiritisme seul pouvait résoudre par la pluralité des existences. (Ch. îv, n° 43.)
Il y a donc deux sortes de familles : les familles par les liens spirituels, et les familles par les liens corporels ; les premières, durables, se fortifient par l'épuration, et se perpétuent dans le monde des Esprits, à travers les diverses migrations de rame; les secondes, fragiles comme là matière, s'éteignent avec le temps et souvent se dissolvent moralement dès la vie actu'elle. C'est ce qu'a- voulu faire comprendre Jésus en disant de ses disciples : Voilà ma mère et mes frères, c'est-à-dire ma famille par les liens de l'Esprit, car quiconque fait la volonté dé mon Père qui est dans les cieux esk mon frère, nia sœur et ma mère.
L'hostilité de ses frères est clairement exprimée dans le iccit de saint Marc, puisque, dit-il, ils se proposaient de se saisir de lui, sous le prétexte qu'il avait perdu Vesprit. A l'annonce de leur arrivée,, connaissant leur
HONOREZ VOTRE PÈRE ET VOTRE MÈRE. 2!n
.sentiment à son égard, il était naturel qu'il dît en parlant de ses disciples, ~au point de vue spirituel : « Voilà mes véritables frères; » sa mère se trouvait avec eux, il généralise l'enseignement, ce qui n'implique nullement qu'il ait prétendu que sa mère selon le corps ne lui était rien comme Esprit, et qu'il n'eût pour elle que de l'indifférence; sa conduite, en d'autres circonstances, a suffisamment prouvé le contraire.
INSTRUCTIONS DES ESPRITS
I/i&igratitisde des enfants et les liens de famille.
9. L'ingratitude est un des fruits les plus immédiats de l'égoïsme; elle révolte toujours les cœurs honnêtes; mais celle des enfants a l'égard des parents a un caractère encore plus odieux; c'est à ce point de vue plus spécialement que nous allons l'envisager pour en analyser les causes et les effets. Ici, comme partout, le spiritisme vient jeter la lumière sur un des problèmes du cœur humain.
Quand l'Esprit quitte la terre, il emporte avec lui les passions ou les vertus inhérentes à sa nature, et va dans l'espace se perfectionnant on restant stationnaire jusqu'à ce qu'il veuille voir la lumière. Quelques-uns sont donc partis emportant avec eux des haines puissantes et des désirs de vengeance inassouvis; mais à quelques-uns de ceux-là, plus avancés que les autres, . il est permis d'entrevoir un coin de la vérité; ils reconnaissent les funestes effets de leurs passions, et c'est alors qu'ils prennent de bonnes résolutions; ils comprennent que pour aller à Dieu, il n'est qu'un seul mot
qui passe: charité; or, pas de charité sans oubli des outrages et des injures; pas de charité avec des haines au cœur et sans pardon.
Alors, par un effort inouï, ils regardent ceux qu'ils ont détestés sur la terre; mais à cette vue, leur animosité se réveille; ils se révoltent à l'idée de pardonner, encore plus qu'à celle de s'abdiquer eux-mêmes, à celle surtout d'aimer ceux qui ont détruit peut-être leur fortune, leur honneur, leur famille. Cependant le cœur de ces infortunés est ébranlé; ils hésitent, ils flottent, agités par ces sentiments contraires; si la bonne résolution l'emporte, ils prient Dieu, ils implorent les bons Esprits de leur donner la force au moment le plus décisif de l'épreuve.
Enfin, après quelques années de méditations et de prières, l'Esprit profite d'une chair qui se prépare dans la famille de celui qu'il a détesté, et demande aux Esprits chargés de transmettre les ordres suprêmes, d'aller remplir sur la terre les destinées de cette chair qui vient de se former. Quelle sera donc sa conduite dans cette famille? Elle dépendra du plus ou moins de persistance de ses bonnes résolutions. Le contact incessant des êtres qu'il a haïs est une épreuve terrible sous laquelle il succombe parfois, si sa volonté n'est pas assez forte. Ainsi, selon que la bonne ou la mauvaise résolution l'emportera, il sera l'ami ou l'ennemi de ceux au milieu desquels il est appelé à vivre. Par là s'expliquent ces haines, ces répulsions instinctives que l'on remarque chez certains enfants et qu'aucun acte antérieur ne semble justifier; rien, en effet, dans cette existence, n'a pu provoquer cette antipathie; pour s'en rendre compte, il faut porter son regard sur le passe.
0 spirites ! comprenez aujourd'hui le grand rôle> de
l'humanité; comprenez que quand vous produisez un corps, l'âme qui s'y incarne vient de l'espace pour progresser; sachez vos devoirs, et mettez tout votre amour à rapprocher cette âme de Dieu : c'est la mission qui vous est confiée, et dont vous recevrez la récompense si voms l'accomplissez fidèlement. Vos soins, l'éducation que vous lui donnerez aideront à son perfectionnement et à son bien-être futur. Songez qu'à chaque 'père et à chaque mère, Dieu demandera : Qu'avez-vous fait de l'enfant confié à votre garde? S'il est resté arriéré par votre faute, votre châtiment sera de le voir parmi les Esprits souffrants , tandis qu'il dépendait de vous qu'il fût heureux. Alors vous-mêmes, bourrelés de remords, vous demanderez à réparer votre faute; vous solliciterez une nouvelle incarnation pour vous et pour lui, dans laquelle vous l'entourerez de soins plus éclairés, et lui, plein de reconnaissance, vous entourera de son amour.
Ne rebutez donc point l'enfant au berceau qui repousse sa mère, ni celui qui vous paye d'ingratitude; ce n'est pas le hasard qui l'a fait ainsi et qui vous l'a donné. Une intuition imparfaite du passé se révèle, et de là jugez que l'un ou l'autre a déjà bien haï ou a été bien'offensé; que l'un ou l'autre est venu pour pardonner ou pour expier. Mères ! embrassez donc l'enfant qui vous cause du chagrin, et dites-vous : L'un de nous deux a été coupable. Méritez les jouissances divines que Dieu attache à la maternité, en apprenant à cet enfant qu'il est sur la terre pour se perfectionner, aimer et bénir. Mais, hélas I beaucoup d'entre vous, au lieu de chasser par l'éducation les mauvais principes innés des existences antérieures, entretiennent, développent ces mêmes principes par une coupable faiblesse
2i8 CHAPITRE XIV.
ou par insouciance, et, plus tard, votre cœur, ulcéré par l'ingratitude de vos enfants, sera pour vous, dès cette vie, le commencement de votre expiation.
La tâche n'est pas aussi difficile que vous pourriez le croire ; elle n'exige point le savoir du monde; l'ignorant comme le savant peut la remplir, et le spiritisme vient la faciliter en faisant connaître la cause des imperfections du cœur humain.
Dès le berceau, l'enfant manifeste les instincts bons ou mauvais qu'il apporte de son existence antérieure; c'est à les étudier qu'il faut s'appliquer; tous les maux ont leur principe dans l'égoïsme et l'orgueil; épiez donc les moindres signes qui révèlent le germe de ces vices, et attachez-vous à les combattre sans attendre qu'ils aient pris des racines profondes ; faites comme le bon jardinier, qui arrache les mauvais bourgeons à mesure qu'il les voit poindre suv l'arbre. Si vous laissez se développer . égoïsme et l'orgueil, ne vous étonnez pas d'être plus tard payés par l'ingratitude. Quand des parents ont fait tout ce qu'ils doivent pour l'avancement moral de leurs enfants, s'ils ne réussissent pas, ils n'ont point de reproches à se faire,, et leur conscience peut être en repos; mais au chagrin bien naturel qu'ils éprouvent de l'insuccès de leurs efforts, Dieu réservo un£ grande, une immense consolation, par la certitude que ce n'est qu'un retard, et qu'il leur sera donné d'achever dans une autre existence l'œuvre commencée dans celle-ci, et qu'un jour l'enfant ingrat les récompensera par son amour. (Chap. xm, n° 19.)
Dieu n'a point fait l'épreuve au-dessus des forces de celui qui la demande; il ne permet que celles qu'on peut accomplir ; si l'on ne réussit pas, ce n'est donc pas ïa possibilité qui manque, mais la volonté, cav combien
HONOREZ VOTRE PÈRE ET VOTRE MÈRE. 2f9
yen a-t-il qui au lieu de résister aux mauvais entraînements s'y complaisent ; c'est à ceux-là que sont réservés les pleurs et les gémissements dans leurs existences postérieures ; mais admirez la bonté de Dieu, qui ne ferme jamais la porte du repentir. Un jour vient où le coupable est las de souffrir, où son orgueil est enfin dompté, c'est alors que Dieu ouvre ses bras paternels à l'enfant prodigue qui se jette à ses pieds. Les fortes épreuves, entendez-moi bien, sont presque toujours l'indice d'une fin de souffrance et d'un perfectionnement de l'Esprit, lorsqu'elles sont acceptées en vue de Dieu. C'est un moment suprême, et c'est là surtout qu'il importe de ne pas faillir en murmurant, si l'on ne veut en perdre le fruit et avoir à recommencer. Au lieu de vous plaindre, remerciez Dieu, qui vous offre l'occasion de vaincre pour vous donner le prix de la victoire. Alors quand, sorti du tourbillon du monde terrestre, vous entrerez dans le monde des Esprits, vous y serez acclamé comme le soldat qui sort victorieux du milieu de la mêlée.
De toutes les épreuves, les plus pénibles sont celles qui affectent le cœur; tel supporte avec courage la misère et les privations matérielles, qui succombe sous le poids des chagrins domestiques, meurtri par l'ingratitude des siens. Oh ! c'est une poignante angoisse que celle-là! Mais qui peut mieux, en ces circonstances, relever le courage moral que la connaissance des causes du mal, et la certitude que, s'il y a de longs déchirements, il n'y a point de désespoirs éternels, car Dieu ne peut vouloir que sa créature souffre toujours ? Quoi de plus consolant, de plus encourageant que cette pensée qu'il dépend de soi, de ses propres efforts, d'abréger la souffrance en détruisant en soi les causes du mal? Mais pour cela il ne faut pas arrêter son regard sur la terra
et ne voir qu'une seule existence; il faut s'élever, planer clans l'infini du passé et de l'avenir ; alors la grande justice de Dieu se révèle à vos regards, et vous attendez avec patience, parce que vous vous expliquez ce qui vous semblait des monstruosités sur la terre; les blessures que vous y recevez ne vous paraissent plus que des égratignures. Dans ce coup d'œil jeté sur l'ensemble, les liens de famille apparaissent sous leur véritable jour; cène sont plus les liens fragiles de la matière qui en réunissent les membres, mais les liens durables de l'Esprit qui se perpétuent et se consolident en s'épurant, au lieu de se briser par la réincarnation.
Les Esprits que la similitude des goûts, l'identité du progrès moral et l'affection portent à se réunir, forment des familles; ces mêmes Esprits, dans leurs migrations terrestres, se recherchent pour se grouper comme ils le font dans l'espace; de là naissent les familles unies et homogènes ; et sL dans leurs pérégrinations, ils sont momentanément séparés, ils se retrouvent plus tard, heureux de leurs nouveaux progrès. Mais comme ils ne doivent pas travailler seulement pour eux, Dieu permet que des Esprits moins avancés viennent s'incarnei parmi eux pour y puiser des conseils et de bons exemples dans l'intérêt de leur avancement; ils y causent parfois du trouble, mais là est l'épreuve, là est la tâche, Accueillez-les donc en frères; venez-leur en aide, et plus tard, dans le monde des Esprits, la famille se félicitera d'avoir sauvé des naufragés qui, à leur tour, pourront en sauver d'autres. (Saint Augustin. Paris, 1862.)
Ce qu'il faut pour être sauvé. Parabole du bon Samaritain. — Le plus grand commandement. — nécessité de la charité selon saint Paul. — Hors l'Église point de salut. Hors la vérité point de salut. — Instructions des Esprits : Hors la charité point de salut.
Ce qu'il faut pour être sauvé. Parabole du bon Samaritain.
4. Or, quand le Fils de l'homme viendra dans sa majesté, accompagné de tous les anges, il s'assoira sur le trône de sa gloire ; — et toutes les nations étant assemblées devant lui, il séparera les uns d'avec les autres, comme un berger sépare les brebis d'avec les boucs,— et il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui avez été bénis par mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde ; — car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'ai eu besoin de logement, et vous m'avez logé ; — j'ai été nu, et vous m'avez revêtu ; j'ai été malade, et vous m'avez visité; j'ai été en prison, et vous m'êtes venu voir.
Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, et que nous vous avons donné à manger,, ou avoir soif, et que nous vous avons donné à boire ? — Quand est-ce que nous vous avons vu sans logement, et que nous vous avons logé; ou sans habits, et que nous vous avons revêtu ? — Et quand est-ce que nous vous avons vu malade ou «in prison, et que nous sommes venus vous visiter? — Et le Roi
leur répondra : Je vous dis en vérité, autant de fois que vous Pavez fait à l'égard de l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait.
Il dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits; allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges; — car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; — j'ai eu besoin de logement, et vous ne m'avez pas logé; j'ai été sans habits, et vous ne m'avez pas revêtu ; j'ai été malade et en prison, et vous ne m'avez point visité.
Alors ils lui répondront aussi : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, avoir soif, ou sans logement, ou sans habits, ou malade, ou dans la prison, et que nous avons manqué à vous assister? — Mais il leur répondra : Je vous dis en vérité, autant de fois que vous avez manqué à rendre ces assistances à l'un de ces plus petits, vous avez manqué à me les rendre à moi-même.
Et alors ceux-ci iront dans le supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle. (Saint Matthieu, ch. xxv, v. de 31 à 46.)
2. Alors un docteur de la loi s'étant levé, lui dit pour le tenter : Maître, que faut-il que je fasse pour posséder la vie éternelle ? — Jésus lui répondit : Qu'y a-t-il d'écrit dans la loi ? Qu'y lisez-vous? — Il lui répondit: Vous aimerez ïe Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces et de tout votre esprit, et votre prochain comme vousmême. — Jésus lui dit : Vous avez fort bien répondu ; faites cela et vous vivrez,
Mais cet homme, voulant faire paraître qu'il était juste, dit à Jésus : Et qui est mon prochain? — Et Jésus prenant la parole lui dit .
Un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho tomba entre les mains des voleurs qui le dépouillèrent, le couvrirent de plaies, et s'en allèrent, le laissant à demi mort. — - Il arriva ensuite qu'un prêtre descendait par le même chemin, lequel, l'ayant aperçu, passa outre. — Un lévite, qui vint aussi au même lieu, l'ayant considéré, passa outre encore. — Mais un Samaritain qui voyageait, étant venu à l'endroit où était cet homme, et l'ayant vu, en fut touché de compassion. — - 11 s'approcha donc de lui, versa de l'huile et du vin d^ss ses plaies, et les banda ;
et l'ayant mis sur son cheval, il le mena dans une hôtellerie, et prit soin de lui. — Le lendemain il tira deux deniers qu'il donna à l'hôte, et lui dit : Ayez bien soin de cet homme, et tout ce que vous dépenserez de plus, je vous le rendrai à mon retour.
Lequel de ces trois vous semble-t-il avoir été le prochain de celui qui tomba entre les mains des voleurs? — Le docteur lui répondit i Celui qui a exercé la miséricorde envers lui. —Allez donc, lui dit Jésus, et faites de même. (Saint Luc, ch.'x, v. de 25 à 37.)
3. Toute la morale de Jésus se résume dans la charité et l'humilité, c'est-à-dire dans les deux vertus contraires à l'égoïsme et à l'orgueil. Dans tous ses enseignements, il montre ces vertus comme étant le chemin de 'l'éternelle félicité ■ Bienheureux, dit-il, les pauvres d'esprit, c'est-à-dire les humbles, parce que le royaume des cieux est à eux; bienheureux ceux qui ont le cœur pur; bienheureux ceux qui sont doux et pacifiques; bienheureux ceux qui sont miséricordieux; aimez votre prochain comme vous-même; faites aux autres ce que vous voudriez qu'on vous fît ; aimez vos ennemis; pardonnez les offenses, si vous voulez être pardonné; faites le bien sans ostentation; jugez-vous vous-même avant de juger les autres. Humilité et charité, voilà ce qu'il ne cesse de recommander et ce dont il donne lui-même l'exemple; orgueil et égoïsme, voilà ce qu'il ne cesse de combattre; mais il fait plus que de recommander la charité, il la pose nettement et en termes explicites comme la condition absolue du bonheur futur.
Datas le tableau que donne Jésus du jugement dernier, il faut, comme dans beaucoup d'autres choses, faire la part de la figure et de l'allégorie. A des hommes comme ceux à qui il parlait, encore incapables de comprendre
les choses purement spirituelles, il devait présenter des images matérielles, saisissantes et capables d'impressionner; pour mieux être accepté, il devait même ne pas trop s'écarter des idées reçues, quant à %la forme, réservant toujours pour l'avenir la véritable interprétation de ses paroles et des points sur lesquels il ne pouvait s'expliquer clairement. Mais à côté de la partie accessoire et figurée du tableau, il y a une idée dominante : celle du bonheur qui attend le juste et du malheur réservé au méchant.
Dans ce jugement suprême, quels sont les considérants % de la sentence? sur quoi porte l'enquête? Le juge demande-t-il si l'on a rempli telle ou telle formalité, observé plus ou moins telle ou telle pratique extérieure? Non; il ne s'enquiert que d'une chose : la pratique de la charité, et il prononce en disant : Vous qui avez assisté vos frères, passez à droite; vous qui avez été durs pour eux, passez à gauche. S'informe-t-il de l'orthodoxie de la foi? fait-il une distinction entre celui qui croit d'une façon et celui qui croit d'une autre? Non; car Jésus place le Samaritain, regardé comme hérétique, mais qui a l'amour du prochain, au-dessus de4 l'orthodoxe qui manque de charité. Jésus ne fait donc pas de la charité seulement une des conditions du salut, mais la seule condition; s'il y en avait d'autres à remplir, il les aurait exprimées. S'il place la charité au premier rang des vertus, c'est qu'elle renferme implicitement toutes les autres : l'humilité, la douceur, la bienveillance, l'indulgence, la justice, etc.; et parce qu'elle est la négation absolue de l'orgueil et de Pégoïsme.
ZjC plus grand commandement.
4. Mais les Pharisiens, ayant appris qu'il avaiufermé la bou« che aux Sadducéens, s'assemblèrent ; — et l'un d'eux, qui était docteur de la loi, vint lui faire cette question pour le tenter : — Maître, quel est le grand commandement de la loi? — Jésus lui répondit : Vous aimerez le Seigneur votre*Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, et de tout votre esprit. — C'est là le plus grand et le premier commandement. — Et voici le second qui est semblable à celui-là : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. — Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements. (Saint Matthieu, ch. xxn, v. de 34 à 40.)
5. Charité et humilité, telle est donc là seule voie du salut; égoïsme et orgueil, telle est celle de la perdition. Ce principe est formulé en termes précis dans ces paroles : « Vous aimerez Dieu de toute votre âme et votre prochain comme vous-même; toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements. » Et pour qu'il n'y ait pas d'équivoque sur l'interprétation de l'amour de Dieu et du prochain, il ajoute : « Et voici le second commandement qui est semblable au premier; » c'est-à-dire qu'on ne peut vraiment aimer Dieu sans aimer son prochain, ni aimer son prochain sans aimer Dieu; donc tout ce que l'on fait contre le prochain, c'est le faire contre Dieu. Ne pouvant aimer Dieu sans pratiquer la charité envers le prochain, tous les devoirs de l'homme se trouvent résumés dans cette maxime ! Hors la charité point de salut.
Nécessité de la charité selon saint Paul.
6. Quand je parlerais toutes les langues des hommes, et la langue des anges même, si je n'ai point la charité, je ne suis
que comme un airain sonnant, et une cymbale retentissante; — et quand j'aurais le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères, et que j'aurais une parfaite science de toutes choses; quand j'aurais encore toute la fol possible, jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai •point la charité, je ne suis rien. — Et quand j'aurais distribué mon bien pour nourrir les pauvres, et que j'aurais livré mon corps pour être brûlé, si je n'ai point la charité, tout cela ne me sert de rien.
La charité est patiente; elle est douce et bienfaisante; la charité n'est point envieuse ; elle n'est point téméraire et précipitée ; elle ne s'enfle point d'orgueil ;. — elle n'est point dédaigneuse ; elle ne cherche point ses propres intérêts ; elle ne se pique et ne s'aigrit de rien ; elle n'a point de mauvais soupçons; elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité ; elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout.
Maintenant ces trois vertus : la foi, l'espérance et la charité demeurent; mais entre elles la plus excellente est la chanté. (Saint Paul, lre Épitre aux Corinthiens, ch. xm, v. de 1 à 7 et 13.)
7. Saint Paul a tellement compris cette grande vérité, qu'il dit : « Quand j'aurais le langage des anges; quand j'aurais le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères; quand j'aurais toute la foi possible jusqu à transporter les montagnes, si je n'ai point la charité, je ne suis rien. Entre ces trois vertus : la foi, l 'espérance et la charité, la plus excellente est la charité. » Il place ainsi, sans équivoque, la charité au-dessus même de la foi ; c'est que la charité est à la portée de tout le monde, de l'ignorant et du savant, du riche et du pauvre, et parce qu'elle est indépendante de toute croyance- particulière.
Il fait plus : il définit la vraie charité; il la montre, non pas seulement dans la bienfaisance, mais dans la réunion de toutes les qualités du cœur, dans la bonté et la bienveillance à l'égard du prochain.
Hors l'Eglise point de salut. Hors, la vérité point de salut.
8. Tandis que la maxime : Hors la charité point de salut, s'appuie sur un principe universel, ouvre à tous les enfants -de Dieu l'accès du bonheur suprême, le dogme : Hors l'Église point de salut, s'appuie, non pas sur la foi fondamentale en Dieu et en l'immortalité de l'âme, foi commune à toutes les religions, mais sur la foi spéciale en des dogmes particuliers; il est exclusif et absolu; au lieu d'unir les enfants de Dieu, il les divise; au lieu de les exciter à l'amour de leurs frères, il entretient et sanctionne l'irritation entre les sectaires des différents cultes qui se considèrent réciproquement comme maudits dans l'éternité, fussentrils parents ou amis dans ce monde; méconnaissant la grande loi d'égalité devant la tombe, il les sépare même dans le champ du repos. La maxime : Hors la charité point de salut, est la consécration du principe de l'égalité devant Dieu et de la liberté de conscience ; avec cette maxime pour règle, tous les hommes sont frères, et quelle que soit leur manière d'adorer le Créateur, ils se tendent la main et prient les uns pour les autres. Avec le dogme : Hors l'Eglise point de salut, ils se lancent l'anathème, se persécutent et vivent en ennemis; le père ne prie pas pour le fils, ni le fils pour le père, ni l'ami pour l'ami, s'ils se croient réciproquement damnés sans retour. Ce dogme est donc essentiellement contraire aux enseignements du Christ et à la loi évangélique.
9. Hors la vérité point de salut serait l'équivalent de: Hors l'Eglise point de salut> et tout aussi exclusif, car il
n'est pas une seule secte qui ne prétende avoir le privilège de la vérité. Quel est l'homme qui peut se flatter de la posséder tout entière, alors que le cercle des connaissances grandit sans cesse, et que les idées se rectifient chaque jour? La vérité absolue n'est le partage que des Esprits de Tordre le plus élevé, et l'humanité terrestre ne saurait y prétendre, parce qu'il ne lui est pas donné de tout savoir; elle ne peut aspirer qu'à une vérité relative et proportionnée à son avancement. Si Dieu avait fait de la possession de la vérité absolue la condition expresse du bonheur futur, ce serait un arrêt de proscription générale; tandis que la charité, même dans son acception la plus large, peut être pratiquée par tous. Le spiritisme, d'accord avec l'Évangile, admettant que l'on peut être sauvé quelle que soit sa croyance, pourvu que l'on observe la loi de Dieu, ne dit point : Hors le spiritisme point de salut; et comme il ne prétend pas enseigner encore toute la vérité, il ne dit pas non plus : Hors la vérité point de salut, maxime qui diviserait au lieu d'unir, et perpétuerait l'antagonisme.
INSTRUCTIONS DES ESPRITS
Hors la charité point de salut.
10. Mes enfants, dans la maxime : Hors la charité point de salut, sont contenues les destinées des hommes sur la terre et dans le ciel; sur la terre, parce qu'à l'ombre de cet étendard ils vivront en paix; dans le ciel, parce que ceux qui l'auront pratiquée trouveront grâce devant le Seigneur. Cette devise est le flambeau céleste, la colonne lumineuse qui guide l'homme dans le désert de la vie pour le conduire à la Terre Promise;
elle brille dans le ciel comme une auréole sainte au front des élus, et sur la terre elle est gravée d^ns le cœur de ceux à qui Jésus dira : Allez à droite, vous les bénis de mon Père. Vous les reconnaissez au parfum de charité qu'ils répandent autour d'eux. Rien n'exprime mieux la pensée de Jésus, rien ne résume mieux les devoirs de l'homme que cette maxime d'ordre divin; le spiritisme ne pouvait mieux prouver son origine qu'en la donnant pour règle, car elle est le reflet du plus pur christianisme ; avec un tel guide, l'homme ne s'égarera jamais. Appliquez-vous donc, mes amis, à en comprendre le sens profond et les conséquences, à en chercher pour vous-mêmes toutes les applications. Soumettez toutes vos actions au contrôle de la charité, et votre conscience vous répondra; non-seulement elle vous évitera de faire le mal, mais elle vous fera faire le bien : car il ne suffit pas d'une vertu négative, il faut une vertu active; pour faire le bien, il faut toujours l'action 'de la volonté; pour ne pas faire le mal, il suffit souvent de l'inertie et de l'insouciance.
Mes amis, remerciez Dieu qui a permis quevoifs pussiez jouir de la lumière du spiritisme; non pas que ceux qui la possèdent puissent seuls être sauvés, mais parce qu'en vous aidant à mieux comprendre les enseignements du Christ, elle fait de vous de meilleurs chrétiens; faites donc qu'en vous voyant on puisse dire que vrai spirite et vrai chrétien sont une seule et même chose, car tous ceux qui pratiquent la charité sont les disciples de Jésus à quelque culte qu'ils appartiennent, [Paul, apôtre. Paris, 1860.)
i?Alul des riches. — Se garder de l'avarice. — Jésus chez Zachée. — Parabole du mauvais riche. — Parabole des talents. — Utilité providentielle de la fortune. Épreuves de la richesse et de la misère. — Inégalité des richesses. — Instructions des Esprits : La vraie propriété. — Emploi de la fortune. — Détachement des biens terrestres. — Transmission de la fortune.
Saint des riches.
i . Nul ne peut servir deux maîtres ; car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera F autre. Vous ne pouvez servir tout ensemble Dieu et Mammon, (Sain* Luc, ch. xvi, v. 13.)'
2, Alors un jeune homme s'approcha de lui et lui dit : Bon maître, quel bien faut-il que je fasse pour acquérir la vie éternelle ?— Jésus lui répondit : Pourquoi m'appelez-vous bon ? Il n'y à que Dieu seul qui soit bon. Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements. — Quels commandements, lui dit-il? Jésus lui dit: Vous ne tuerez point; vous ne commettrez point d'adultère ; vous ne déroberez point ; vous ne direz point de faux témoignages. — Honorez votre père et votre mère, et aimez votre prochain comme vous-même.
Ce jeune homme lui répondit : J'ai gardé tous ces commandements dès ma jeunesse ; que me manque-t-il encore? — Jésus lui dit : Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez, et le donnez aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; puis venez et me suivez.
Ce jeune homme entendant ces paroles s'en alla tout* triste, parce qu'il avait de grands biens. — Et Jésus dit à ses disci-
pies : Je vous dis en vérité qu'il est bien difficile qu'un riche entre dans le royaume des cieux. — Je vous le dis encore unefois : Il est plus aisé qu'un chameau passe par le trou d'une aiguille, qu'Une l'est qu'un riche entre dans le royaume des cieux *• (Saint Matthieu, ch. xrx, v. de 16 à 24. — Saint Luc, ch. xvin, v. de 18 à 25. — Saint Marc, ch. x, v. de 47 à 25.)
Se garder de l'avarice.
3. Alors un homme lui dit du milieu de la foule : Maître, dites à mon frère qu'il partage avec moi la succession qui nous est échue. — Mais Jésus lui dit : 0 homme ! qui m'a établi pour vous juger, ou pour faire vos partages? — Puis il leur dit : Ayez soin de vous garder de toute avarice ; car en quelque abondance qu'un homme soit, sa vie ne dépend point des biens qu'il possède.
11 leur dit ensuite cette parabple : Il y avait un homme riche dont les terres avaient extraordinairement rapporté; — et il s'entretenait en lui-même de ces pensées : Que ferai-je, car je n'ai point de lieu où je puisse serrer tout ce que j'ai à recueillir ? — Voici, dit-il, ce que je ferai : J'abattrai mes greniers et j'en bâtirai de plus grands, et j'y mettrai toute ma récolte et tous mes biens ; — et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose- * toi, mange, bois, fais bonne chère. — Mais Dieu en même temps dit à cet homme : Insensé que tu es! on va te reprendre ton âme cette nuit même; et pour qui sera ce que tu as amassé?
C'est ce qui arrive à celui qui amasse des trésors pour soimême, et qui nfest point riche devant Dieu. (Saint Luc, ch. xn, v. 13 à 21.) «
Jésus chez zachée.
4. Jésus étant entré dans Jéricho, passait par la ville; — et
1. Cette figure hardie peut paraître un peu forcée, car on ne voit pas le rapport qui existe entre un chameau et une aiguille. Cela vient de ce qu'en hébreu le même mot se disait d'un cable et d'un chameau. Dans la traduction on lui adonné cette dernière acception; il est probable -que c'est la première qui était dans la pensée de Jésus; elle est du moins plus naturelle.
il y avait un homme nommé Zachée, chef des puLlieains et fort riche, — qui, ayant envie de voir Jésus pour le connaître, ne le pouvait à cause de la foule, parce qu'il était fort petit; *<c'est pourquoi il courut devant et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu'il devait passer par là. — Jésus étant venu en cet endroit, leva les yeux en haut; et l'ayant vu, il lui dit : Zachée, hâtez-vous de descendre, parce qu'il faut que je loge aujourd'hui dans votre maison. — Zachée descendit aussitôt, et le reçut avec joie. —Tous voyant cela en murmuraient, disant: Il est allé loger chez un homme de mauvaise vie. (Voy. Introduction; art. Publicains.)
Cependant Zachée, *se présentant devant le Seigneur, lui dit : Seigneur, je donne la moitié de mon bien aux pauvres ; et si j'ai fait tort à quelqu'un en quoi que ce soit, je lui en rends quatre fois autant. — Sur quoi Jésus lui dit : Cette maison a reçu aujourd'hui le salut, parce que celui-ci est aussi enfant d'Abraham; — car le Fils de l'homme est venu pour chercher et pour sauver ce qui était perdu. (Saint Luc, ch. xix, v. de 1 à 10.)
Parabole du mauvais riche.
5/ Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre et de . lin, et qui se traitait magnifiquement tous les jours. — Il y avait aussi un pauvre nommé Lazare, étendu à sa porte, tout couvert d'ulcères, — qui eût bien voulu se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; mais personne ne lui en donnait, et les chiens venaient lui lécher ses plaies. — Or il arriva que ce pauvre mourut, et fut emporté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et euW'enfer pour sépulcre. — Et lorsqu'il était dans les tourments, il leva les yeux en haut, et vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein ; — ets'écriant, il dit ces paroles : Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez-moi Lazare, afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau pour me rafraîchir la langue, parce que je souffre d'extrêmes tourments dans cette flamme.
Mais Abraham lui répondit : Mon fils, souvenez-vous que vcus avez reçu vos biens dans votre vie, et que Lazare n'y a eu que des maux; c'est pourquoi il est maintenant dans la consolation, et vous dans les tourments.
De plus, il y a pour jamais un grand abîme entre nous et vous; de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le peuvent, comme on ne peut passer ici du lieu où vous êtes. -
Le riche lui dit : Je vous supplie donc, père Abraham, de renvoyer dans la maison de mon père, — où j'ai cinq frères, afin qu'il leur atteste ces choses, de peur qu'ils ne viennent aussi eux-mêmes dans ce lieu de tourments. — Abraham lui repartit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu'ils les écoutent. — Non, dit-il, père Abraham ; mais si quelqu'un des morts va les trouver, ils feront pénitence. — Abraham lui répondit : S'ils n'écoutent ni Moïse ni les prophètes, ils ne croiront pas non plus, quand même quelqu'un des morts ressusciterait. (Saint Luc, ch. xvi, v. de 19 à 31.)
Parabole des talents.
6. Le Seigneur agit comme un homme qui, devant faire un long voyage hors de son pays, appela ses serviteurs et leur mit son bien entre les mains.- — Et ayant donné cinq talents à l'un, deux à l'autre, un à l'autre, selon la capacité différente de chacun, il partit aussitôt. — Celui donc qui avait reçu cinq talents, s'en alla; il trafiqua avec cet. argent, et il en gagna cinq autres. — Celui qui en avait reçu deux, en gagna de même encore deux autres. Mais celui qui n'en avait reçu qu'un, alla creuser dans la terre et y cacha l'argent de son maître. — Longtemps après, le maître de ces serviteurs étant revenu, leur fit rendre compte. — Et celui qui avait reçu cinq talents vint lui en présenter cinq autres, en lui disant . Seigneur, vous m'aviez mis cinq talents entre les mains; en voici, outre ceux-là, cinq autres que j'ai gagnés. — Son maître lui répondit : 0 bon et fidèle serviteur, parce que vous avez été fidèle on peu de chose, je vous établirai sur beaucoup d'autres ; entrez dans la joie de votre Seigneur. — Celui qui avait reçu deux talents vint aussitôt se présenter à lui et lui dit : Seigneur, vous m'aviez mis deux talents entre les mains ; en voici, outre ceux-là, deux autres que j'ai gagnés. — Son maître lui répondit : 0 bon et fidèle serviteur, parce que vous avez été fidèle en peu de chose, je vous établirai sur beaucoup d'autres; entrez dans la joie de
votre Seigneur. — Celui qui n'avait reçu qu'un talent vint en. suite, et lui dit : Seigneur, je sais que vous êtes un homme dur, que vous moissonnez où vous n'avez pas semé, et que vous recueillez où vous n'avez rien mis ; — c'est pourquoi, comme je vous appréhendais, j'ai été cacher votre talent dans la terre: le voici, je vous rends ce qui est à vous. — Mais son maître lui répondit . Serviteur méchant et paresseux, vous saviez que je moissonne où je n'ai point semé, et que je recueille où je n'ai rien mis, — vous deviez donc mettre mon argent entre les mains des banquiers, afin qu'à mon retour je retirasse avec usure ce qui est à moi. — Qu'on lui ôte donc le talent qu'il a, et qu'on le donne à celui qui a dix talents ; — car on donnera à tous ceux qui ont déjà, et ils seront comblés de biens; mais pour celui qui n'a point, on lui ôtera même ce qu'il semble avoir; et qu'on jette ce serviteur inutile dans les ténèbres extérieures; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. (Saint Matthieu, ch. xxv, -y. de 14 à 30.)
Utilité providentielle de la fortune.
7. Si la richesse devait être un obstacle absolu au salut de ceux qui la possèdent, ainsi qu'on pourrait en inférer de certaines paroles de Jésus interprétées selon la lettre et non selon l'esprit, Dieu, qui la dispense, aurait mis entre les mains de quelques-uns un instrument de perdition sans ressources, pensée qui répugne à la raison. La richesse est sans doute une épreuve très glissante, plus dangereuse que la misère par ses entraînements, les tentations qu'elle donne, et la fascination qu'elle exerce; c'est le suprême excitant de l'orgueil, de l'égoïsme et de la vie sensuelle; c'est le lien le plus puissant qui attache l'homme à la terre et détourne ses pensées du ciel; elle produit un tel vertige que l'on voit souvent celui qui passe de la misère à la fortune oublier vite sa première position, ceux qui l'ont partagée, ceux qui l'ont aidé, et devenir insensible, égoïste et vain.
Mais de ce qu'elle rend la route difficile, il ne s'ensuit pas qu'elle la rende impossible, et ne puisse devenir un moyen de salut entre les mains de celui qui sait s'en servir, comme certains poisons peuvent rendre la santé s'ils sont employés à propos et avec discernement.
Lorsque Jésus dit au jeune homme qui l'interrogeait sur les moyens de gagner la vie éternelle : « Défaites- „vous de tous vos biens et suivez-moi, » il n'entendait point poser en principe absolu que chacun doit se dépouiller de ce qu'il possède, et que le salut n'est qu'à ce prix, mais montrer que rattachement aux biens terrestres est un obstacle au salut. Ce jeune homme, en effet, se croyait quitte parce qu'il avait observé certains commandements, et pourtant il recule à l'idée d'abandonner ses biens; son désir d'obtenir la vie éternelle ne va pas jusqu'à ce sacrifice.
La proposition que lui fait Jésus était une épreuve décisive pour mettre à jour le fond de sa pensée; il pouvait sans doute être un parfait honnête homme selon le monde, ne faire de tort à personne, ne point médire de son prochain, n'être ni vain ni orgueilleux, honorer son père et sa mère; mais il n'avait pas la vraie charité, car sa vertu n'allait pas jusqu'à l'abnégation. Voilà ce que Jésus a voulu démontrer; c'était une application du principe : Hors la charité point de salut.
La conséquence de ces paroles prises dans leur acception rigoureuse, serait l'abolition de la fortune comme nuisible au bonheur futur, et comme source d'une foule de maux sur la terre; ce serait de plus la condamnation du travail qui peut la procurer; conséquence absurde qui ramènerait l'homme à la vie sauvage, et qui, par cela même, serait en contradiction avec ter loi du progrès, qui est une loi de Dieu. ,
236 CHAPITRE XVL
Si la richesse est la source de beaucoup de maux, si elle excite tant de mauvaises passions, si elle provoque tant de crimes même, il faut s'en prendre non à la chose, mais à l'homme qui en abuse, comme il abuse de tous les dons de Dieu; par l'abus, il rend pernicieux ce qui pourrait lui être le plus utile; c'est la conséquence de l'état d'infériorité du monde terrestre. Si la richesse ne devait produire que du mal, Dieu ne l'aurait pas mise sur la terre; c'est à l'homme d'en faire sortir le bien. Si elle n'est pas un élément direct du progrès moral, elle est, sans contredit, un puissant élément de progrès intellectuel.
En effet, l'homme a pour mission de travailler à l'amélioration matérielle du globe; il doit le défricher, l'assainir, h disposer pour recevoir un jour toute la population que comporte son étendue; pour nourrir cette population qui croît sans cesse, il faut augmenter la production; si la production d'une contrée est insuffisante, il faut aller la chercher au loin. Par cela même, les relations de peuple à peuple deviennent un besoin; pour les rendre plus faciles, il faut détruire les obstacles matériels qui les séparent, rendre les communications plus rapides. Pour des travaux qui sont l'œuvre des siècles, l'homme a dû puiser des matériaux jusque dans les entrailles de la terre; il a cherché dans la science les moyens de les exécuter plus sûrement et plus rapidement; mais, pour les accomplir, il lui faut des ressources : la nécessité lui a fait créer la richesse, comme elle lui a -fait découvrir la science. L'activité nécessitée par ces mêmes travaux grandit et développe son intelligence; cette intelligence qu'il concentre d'abord sur la satisfaction des besoins matériels, l'aidera j^lus tard à comprendre les grandes vérités mo-
raie \ La richesse étant le premier moyen d'exécution, sans elle plus de grands travaux, plus d'activité, plus de stimulant, plus de recherches; c'est donc avec raison qu'elle est considérée comme un élément du progrès.
Inégalité des richesses,
8. L'inégalité des richesses est un de ces problèmes que l'on cherche en vain à résoudre, si l'on ne considère que la vie actuelle. La première question qui se présente est celle-ci : Pourquoi tous les hommes ne sont-ils pas également riches? Ils ne le sont pas par une raison très simple, cest qu'ils ne sont pas également intelligents, actifs et laborieux pour acquérir, sobres et prévoyants pour conserver. C'est d'ailleurs un point mathématiquement démontré, que la fortune également répartie donnerait à chacun une part minime et insuffisante; qu'en supposant cette répartition faite, l'équilibre serait rompu en peu de temps par la diversité des caractères et des aptitudes; qu'en la supposant possible et durable, chacun ayant à peine de auoi vivre, ce serait l'anéantissement de tous les grands travaux qui concourent au progrès et au bien-être de l'humanité; qu'en supposant qu'elle donnât à chacun le nécessaire, il n'y aurait plus l'aiguillon qui pousse aux grandes découvertes et aux entreprises utiles. Si Dieu la concentre sur certains points, c'est pour que de là elle se répande en quantité suffisante, selon les besoins.
Ceci étant admis, on se demande pourquoi Dieu la donne à des gens incapables de la faire fructifier pour le bien de tous. Là encore est une preuve de là sagesse et de la bonté de Dieu. En donnant à l'homme le libre arbitre, il a voulu qu'il arrivât, par sa propre expé-
rience, à faire la différence du bien et du mal, et que la pratique du bien fût le résultat de ses efforts et de sa propre volonté. Il'ne doit être conduit fatalement ni au bien ni au mal, sans cela il ne serait qu'un instrument passif et irresponsable, comme les animaux. La fortune est un moyen de l'éprouver moralement; mais comme,1 en même temps, c'est un puissant moyen d'action pour le progrès, il ne veut pas qu'elle reste longtemps improductive, c'est pourquoi il la déplace incessamment. Chacun doit la posséder, pour s'essayer à s'en servir et prouver l'usage qu'il en sait faire; mais comme il y a impossibilité matérielle à ce que tous l'aient en même temps; que d'ailleurs, si tout le monde la possédait, personne ne travaillerait, et l'amélioration du globe en souffrirait, chacun la possède à son tour : tel qui ne l'a pas aujourd'hui l'a déjà eue ou l'aura dans une autre existence, et tel qui l'a maintenant pourra ne plus l'avoir demain. Il y a des riches et des pauvres, parce que Dieu étant juste, chacun doit travailler à son tour; la pauvreté est pour les uns l'épreuve de la patience et de la résignation; la richesse est pour les autres l'épreuve de la charité et de l'abnégation.
On gémit avec raison de voir le pitoyable usage que certaines gens font de leur fortune, les ignobles passions que provoque la convoitise, et l'on se demande si Dieu est juste de donner la richesse à de telles gens? Il est certain que si l'homme n'avait qu'une seule existence, rien ne justifierait une telle répartition des biens de la terre; mais si, au lieu de borner sa vue à la vie présente, on considère l'ensemble des existences, on voit que tout s'équilibre avec justice. Le pauvre n'a donc plus de motif a'accuser la Providence, ni d'envier les riches, et les riches n'en ont plus de se glorifier de ce
qu'ils possèdent. S'ils en abusent, ce n'est ni avec les décrets, ni avec les lois somptuaires qu'on remédiera au mal ; les lois peuvent momentanément changer l'extérieur, mais elles ne peuvent changer le cœur ; c'est pourquoi elles n'ont qu'une durée temporaire, et sont toujours suivies d'une réaction plus effrénée. La source du mal est dans l'égoïsme et l'orgueil; les abus de toute nature cesseront d'eux-mêmes quand les hommes se régleront sur la loi de charité.
INSTRUCTIONS DES ESPRITS, la vraie propriété.
9. L'homme ne possède en propre que ce qu'il peut emporter de ce monde. Ce qu'il trouve en arrivant et ce qu'il laisse en partant, il en jouit pendant son séjour ; 'mais, puisqu'il est forcé de l'abandonner, il n'en a que la jouissance et non la possession réelle. Que possèdet-il donc? Rien de ce qui est à l'usage du corps, tout ce qui est à l'usage de l'âme : l'intelligence, les connaissances, les qualités morales ; voilà ce qu'il apporte et ce qu'il emporte, ce qu'il n'est au pouvoir de personne de lui enlever, ce qui lui servira plus encore dans l'autre monde que dans celui-ci ; delui dépend d'être plus riche à son départ qu'à son arrivée, car de ce qu'il aura acquis en bien dépend sa position future. Quand un homme va dans un pays lointain, il compose sa pacotille d'objets qui ont cours dans le pays; mais il ne se charge point de ceux qui lui seraient inutiles. Faites donc de même pour la vie future, et faites provision de tout cv qui pourra vous y servir.
Au voyageur qui arrive dans une auberge, on don rut
2i0 CHAPITRE XVI.
un beau logement s'il peut le payer; a celui qui a peu de chose, on en donne un moins agréable; quant à celui qui n'a rien, il couche sur la paille. Ainsi en est-il de l'homme à son arrivée dans le monde des Esprits : sa place y est subordonnée à son avoir; mais ce n'est pas avec de l'or qu'il la paye. On ne lui demandera point : Combien aviez-vous sur la terre ? quel rang y occupiezvous? étiez-vous prince ou artisan? Mais on lui demandera : Qu'en rapportez-vous ? On ne supputera point la valeur de ses biens ni de ses titres, mais la somme de ses vertus; or, à ce compte, l'artisan peut être plus riche que le prince. En vain alléguera-t-il qu'avant son départ il a payé son entrée avec de l'or, on lui répondra : Les places ne s'achètent point ici, elles se gagnent par le bien • qu'on a fait ; avec la monnaie terrestre, vous avez pu acheter des champs, des. maisons, des palais; ici tout se paye avec les qualités du cœur. Êtes-vous riche de ces qualités? soyez le bienvenu, et allez à la première place où toutes les félicités vous attendent; êtes-vous pauvre? allez à la dernière où vous serez traité en raison de votre avoir. (Pascal. Genève, 1860.)
10. Les biens de la terre appartiennent à Dieu qui les dispense à son gré, et l'homme n'en est que l'usufruitier, l'administrateur plus ou moins intègre et intelligent. Ils sont si peu la propriété individuelle de l'homme, que Dieu déjoue souvent toutes les prévisions; que la fortune échappe à celui qui croit la posséder aux meilleurs titres.
Vous direz peut-être que cela se comprend pour la fortune héréditaire, mais quil n'en est pas de même de celle que l'on acquiert par son travail. Sans aucun doute, s'il est une fortune Jégitime, c'est celle-là, quand e>Ue
QN NE PEUT SERTIR DIEU ET MAMMON. 24î
est acquise honnêtement, car une propriété ri est légitimement acquise que, lorsque, pour la posséder, on ri a fait de tort à personne. Il sera demandé compte d'un denier mal acquis au préjudice d' autrui. Mais de ce qu'un homme doit* sa fortune à lui-même, en emporte-t-il davantage en mourant ? Les soins qu'il prend de la transmettre à ses descendants ne sont-ils pas souvent superflus? car si Dieu ne veut pas qu'elle leur échoie, rien ne saurait prévaloir contre sa volonté. Peut-il en user et en abuser impunément pendant sa vie sans avoiV de compte à rendre? Non; en lui permettant de l'acquérir, Dieu a pu vouloir récompenser en lui, pendant cette vie, ses efforts, son courage, sa persévérance; mais s'il ne la fait servir qu'à la satisfaction de ses sens ou de son orgueil ; si elle devient une cause de chute entre ses mains, mieux eût valu pour lui qu'il ne la possédât pas; il perd d'un côté ce qu'il a gagné de l'autre en annulant le mérite de son travail, et quand il quittera la terre, Dieu lui dira qu'il a déjà reçu sa récompense. (M. Esprit protecteur, Bruxelles, 1861.)
Emploi de la fortune.
1 1 . Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon ; retenez bien ceci, vous que l'amour de l'or domine, vous qui vendriez votre âme pour posséder des trésors, parce qu'ils peuvent vous élever au-dessus des autres hommes et vous donner les jouissances des passions; non, vous ne pouvez servir Dieu et Mammon ! Si donc vous sentez votre âme dominée par les convoitises de la chair, hâtez- vous de secouer le joug qui vous accable, car Dieu, juste et sévère, vous dira ; Qu'as-tu fait, économe infidèle, des biens que je t'avais confiés ? Ce puissant
mobile des bonnes œuvres, tu ne l'as fait servir qu'à ta satisfaction personnelle.
I Quel est donc le meilleur emploi delà fortune? cherchez dans ces paroles : « Aimez-vous les uns les autres, » la solution de ce problème; là est le secret dé bien employer ses richesses. Celui qui est animé de l'amour du prochain a sa ligne de conduite toute tracée; l'emploi qui plaît à Dieu, c'est la charité; non pas cette charité froide et égoïste qui consiste à répandre autour de soi le superflu d'une existence dorée, mais cette charité pleine d'amour qui cherche le malheur, qui le relève sans l'humilier. Riche, donne de ton superflu; fais mieux: donne un peu de ton nécessaire, car ton nécessaire est encore du superflu, mais donne avec sagesse. Ne repousse pas la plainte de peur d'être trompé, mais va à la source du mal; soulage d'abord, informe-toi ensuite, et vois si le travail, les conseils, l'affection même ne seront pas « plus efficaces que ton aumône. Répands autour de toi, avec l'aisance, l'amour de Dieu, l'amour du travail, l'amour du prochain. Place tes richesses sur un fonds qui ne te manquera jamais et te rapportera de gros intérêts: les bonnes œuvres. La richesse de l'intelligence doit te servir comme celle de l'or; répands autour de toi les trésors de l'instruction ; répands sur tes frères les trésors de ton amour, et ils fructifieront. (Cheverus. Bordeaux, 1861.)
12. Lorsque je considère la brièveté de la vie, je suis douloureusement affecté de l'incessante préoccupation dont le bien-être matériel est pour vous l'objet, taudis que vous attachez si peu d'importance, et ne consacrez que peu ou point de temps à votre perfectionnement moral qui doit vous compter pour l'éternité. On croi-
rait, à voir l'activité que vous déployez, qu'il s'y rattache une question du plus haut intérêt pour l'humanité, tandis qu'il ne s'agit presque toujours que de vous mettre à même de satisfaire à des besoins exagérés, à la vanité, ou de vous livrer à des excès. Que de peines, de soucis, de tourments l'on se donne, que de nuits sans sommeil, pour augmenter une fortune souvent plus que suffisante! Pour comble d'aveuglement, il n'est pas rare de voir ceux qu'un amour immodéré de la fortune et des jouissances qu'elle procure, assujettit à un travail pénible, se prévaloir d'une existence dite de sacrifice et de mérite, comme s'ils travaillaient pour les autres et non pour eux-mêmes. Insensés ! vous croyez donc réellement qu'il vous sera tenu compte des soins et des efforts dont l'égoïsme, la cupidité ou l'orgueil sont le mobile, tandis que vous négligez le soin de votre avenir, ainsi que les devoirs que la solidarité fraternelle impose à tous ceux qui jouissent des avantages de la vie sociale î Vous n'avez songé qu'à voire corps ; son bien-être, ses jouissances étaient l'unique objet de votre sollicitude égoïste; pour lui qui meurt, vous avez négligé votre Esprit qui vivra toujours. Aussi ce maître tant choyé et caressé est devenu votre tyran; il commande à votre Esprit qui s'est fait son esclave. Était-ce là le but de l'existence que Dieu vous avait donnée ? ( Un Esprit protecteur. Cracovie, 1861 . )
43, L'homme étant le dépositaire, le gérant des biens que Dieu remet entre ses mains, il lui sera demandé un compte sévère de l'emploi qu'il en aura fait en vertu de son libre arbitre. Le mauvais emploi consiste à ne les faire servir qu'à sa satisfaction personnelle; au contraire, l'emploi est bon toutes les f(>;s qu'il en résulte un bien
quelconque pour autrui; le mérite est proportionné au sacrifice que l'on s'impose. La bienfaisance n'est qu'un mode d'emploi de la fortune ; elle soulage la misère actuelle: elle apaise la faim, préserve du froid et donne un asile à celui qui n'en a pas; mais un devoir 'tout aussi impérieux, tout aussi méritoire, consiste à prévenir la misère; c'est là surtout la mission des grandes (Vtunes par les travaux de tous genres qu'elles peuvent faire exécuter ; et dussent-elles en tirer un profit légitime, le bien n'en existerait pas moins, car le travail développe l'intelligence et rehausse la dignité de l'homme toujours fier de pouvoir dire qu'il a gagné le pain qu'il mange, tandis que l'aumône humilie et dégrade. La fortuné concentrée dans une main doitêtrecommeune source d'eau vive qui répand la fécondité et le bien-être autour d'elle. 0 vous, riches, qui l'emploierez selon les vues du Seigneur , yotre cœur, le premier, se désaltérera à cette source bienfaisante; vous aurez en cette vie les ineffables jouissances de l'âme au lieu des jouissances matérielles de l'égoïste qui laissent le vide dans le cœur. Votre nom sera béni sur la terre, et quand vous la quitterez, le souverain maître vous adressera Je mot de la parabole des talents : « 0 bon et fidèle serviteur, entrez dans la joie de votre Seigneur. » Dans cette parabole, le serviteur qui enfouit dans la terre l'argent qui lui a été confié, n'est-il pas l'image des avares entre les mains desquels la fortune est improductive? Si cependant Jésus parle principalement des aumônes , c'est qu'en ce temps-là et dans le pays où il vivait on ne connaissait pas les travaux que les arts et l'industrie ont créés depuis, et auxquels la fortune peut être employée utilement pour le bien général. A tous ceux qui peuvent donner, peu ou beaucoup, je dirai donc : Faites l'au-
niône quand cela sera nécessaire, mais autant que possible convertissez-la en salaire, afin que celui qui la reçoit n'en rougisse pas. (Féiselon. Alger, 1860.)
Détachement des biens terrestres.
44. Je viens, mes frères, mes amis, apporter moi obole pour vous aider à marcher hardiment dans la voie d'amélioration où vous êtes entrés. Nous nous devons les uns aux autres ; ce n'est que par une union sincère et fraternelle entre Esprits et incarnés que la régénération est possible.
Votre amour pour les biens terrestres est une des plus fortes entraves à votre avancement moral et spirituel; par cet attachement à la possession, vous brisez vos facultés aimantes en les reportant toutes sur les choses matérielles. Soyez sincères ; la fortune donne-t-èlle un bonheur sans mélange : Quand vos coffres sont pleins, n'y a-t-il pas toujours un vide dans le cœur? Au fond de cette corbeille de fleurs, n'y a-t-il pas toujours un reptile caché? Je comprends que l'honune qui, par un travail assidu et honorable, a gagné la fortune, éprouve une satisfaction, bien juste du reste; mais de cette satisfaction, très naturelle et que Dieu approuve, à 'un attachement qui absorbe tout autre sentiment et paralyse les élans du cœur, il y a loin ; aussi loin que de l'avarice sordide à la prodigalité exagérée, deux vices entre lesquels Dieu a placé la charité, sainte et salutaire vertu qui apprend au riche à donner sans ostentation, pour que le pauvre reçoive sans bassesse.
Que la fortune vous vienne de votre famille, ou que vous l'ayez gagnée par votre travail , il est une chose que vous ne devez jamais oublier, c'est que tout vient
de Dieu, tout retourne à Dieu. Rien ne vous appartient sur la terre , pas même votre pauvre corps : la mort Vous en dépouille comme de tous les biens matériels; ^vous êtes dépositaires et non propriétaires, ne vous y ■trompez pas; Dieu vous a prêté, vous devez rendre, et il vous prête à la condition que le superflu, au moins, revienne à ceux qui n'ont pas le nécessaire.
Un de vos amis vous prête une somme ; pour peu que vous soyez honnête , vous vous faites un scrupule de la lui rendre, et vous lui en gardez de la reconnaissance. Eh bien, voilà la position de tout homme riche; Dieu est l'ami céleste qui lui a prêté la richesse; il ne demande pour lui que l'amour et la reconnaissance, mais il exige qu'à son tour le riche donne aux pauvres qui sont ses enfants au même titre que lui. s Le bien que Dieu vous a confié excite en vos cœurs une ardente et folle convoitise; avez-vous réfléchi, quand vous vous attachez immodérément à une fortune périssable et passagère comme vous, qu'un jour viendra où vous devrez rendre compte au Seigneur de ce qui vient de lui? Oubliez -vous que, par la richesse, vous êtes revêtus du caractère sacré de ministres de la charité sur la terre pour en être les dispensateurs intelligents ? Qu»êtes-vous donc quand vous usez à votre seul profit de ce qui vous a été confié, sinon des dépositaires infidèles? Que résulte-t-il de cet oubli volontaire de vos devoirs? La mort inflexible, inexorable, vient déchirer * le voMe sous lequel vous vous cachiez, et vous force à. rendre vos comptes à l'ami même qui vous avait obligés, et qui à ce moment se revêt pour vous de la robe de juge.
C'est en vain que sur la terre vous cherchez à vous faire illusion à vous-mêmes, en colorant' du nom de
vertu ce qui souvent n'est que de l'égoïsme; que vous appelez économie et prévoyance ce qui n'est que de la cupidité et de l'avarice, ou générosité ce qui n'est que la prodigalité à votre profit. Un père de famille, par exemple, s'abstiendra de faire la charité, économisera, entassera or sur or, et cela, dit-il, pour laisser à ses enfants le plus de bien possible, et leur éviter de tomber dans la misère; c'est fort juste et paternel, j'en conviens, et on ne peut l'en blâmer ; mais est-ce bien là toujours le seul mobile qui le guide? N'est-ce pas souvent un compromis avec sa conscience pour justifier à ses propres yeux et aux yeux du monde son attachement personnel aux biens terrestres? Cependant j'admets que l'amour paternel soit son unique mobile; est-ce un motif pour oublier ses frères devant Dieu? Quand luimême a déjà le superflu, laissera-t-il ses enfants dans la misère, parce qu'ils auront un peu moins de ce superflu? N'est-ce pas leur donner une leçon d'égoïsme et endurcir leur cœur? N'est-ce pas étouffer eh eux l'amour du prochain ? Pères et mères, vous êtes dans une grande erreur, si vous croyez par là augmenter l'affection de vos enfants pour vous ; en leur apprenant à être égoïstes pour les autres, vous leur apprenez à l'être pour vous-mêmes.
Quand un homme a bien travaillé, et qu'à la sueur de son front il a amassé du bien, vous l'entendrez souvent dire que lorsque l'argent est gagné on en connaît mieux le prix : rien n'est plus vrai. Eh bien f que cet homme qui avoue connaître toute la valeur de l'argent, fasse la charité selon ses moyens, il aura plus de mérite que celui qui, né dans l'abondance, ignore les rudes
fatigues du travail. Mais qu'au contraire ce même lomme qui se rappelle ses peines, ses travaux, soit
égoïste, dur pour les pauvres , il est bien plus coupable que les autres ; car plus on connaît par soi-même les douleurs cachées de la misère, plus on doit être porté à les soulager dans les autres.
Malheureusement il y a toujours dans l'homme qui possède un sentiment aussi fort que l'attachement à la fortune : c'est l'orgueil. Il n'est pas rare de voir le parvenu étourdir le malheureux qui implore son assistance du récit de ses travaux et de son savoir-faire, au lieu de lui venir en aide, et finir par lui dire : « Faites ce que j'ai fait. » D'après lui, la bonté de Dieu n'est pour rien dans sa fortune ; à lui seul en revient tout le mé. rite; son orgueil'inet un bandeau sur ses yeux et bouche ses oreilles; il ne comprend pas qu'avec toute son intelligence et son adresse, Dieu peut le renverser d'un seul mot.
Gaspiller sa fortune, ce n'est pas le détachement des biens terrestres, c'est de l'insouciance et de l'indifférence; l'homme, dépositaire de ces biens; n'a pas plus le droit de les dilapider que de les confisquer à son profit; la prodigalité n'est pas la générosité, c'est souvent une forme de l'égoïsme; tel qui jette l'or à pleine mains pour satisfaire une fantaisie ne donnerait pas un écu pour rendre service. Le détachement des biens terrestres consiste à apprécier la fortune à sa juste valeur, à savoir s'en servir pour les autres et non pour soi seul, à n'y point sacrifier les intérêts de la vie future, à la perdre sans murmurer s'il plaît à Dieu de vous la retirer. Si, par des revers imprévus, vous devenez un autre Job, comme lui, dites : « Seigneur, vous me l'aviez don née, vous me l'avez ôtée ; que votre volonté soit faite. * Voilà le vrai détachement. Soyez soumis d'abord; ayez foi en celui qui vous ayant donné et ôté peut vous ren-
dre; résistez avec courage à rabattement, au désespoir qui paralysent votre force; n'oubliez jamais, quand Dieu vous frappera, qu'à côté de la plus grande épreuve, il place toujours une consolation. Mais songez surtout qu'il est des biens infiniment plus précieux que ceux de la terre, et cette pensée aidera h vous détacher de ees derniers. Le peu de prix qu'on attache à une chose fait qu'on est moins sensible à sa perte. L'homme qui s'attache aux [biens de la terre est comme l'enfant qui ne voit que le moment présent ; celui qui n'y tient pas est comme l'adulte qui voit des choses plus importantes, car il comprend ces paroles prophétiques du Sauveur : Mon royaume n'est pas de ce monde.
Le Seigneur n'ordonne point de se dépouiller de ce qu'on possède pour se réduire à une mendicité volontaire, car alors on devient une charge pour la société; agir ainsi serait mal comprendre le détachement des biens terrestres; c'est un égoïsme d'un autre genre, car c'est s'affranchir de la responsabilité que la fortune fait peser sur celui qui la possède. Dieu la donne à qui bon lui semble pour la gérer au profit de tous; le riche a donc une mission , mission qu'il peut rendre belle et profitable pour lui; rejeter la fortune quand Dieu vous la donne, c'est renoncer au bénéfice du bien que l'on peut faire en l'administrant avec sagesse. Savoir s'en passer quand on ne l'a pas, savoir l'employer utilement :juand on l'a, savoir la sacrifier quand cela est nécessaire, c'est agir selon les vues du Seigneur. Que celui à jui il arrive ce qu'on appelle dans le monde une bonno fortune, s'écrie : Mon Dieu, vous m'envoyez une nouvelle charge , donnez-moi la force de la remplir selon irotre sainte, volonté.
Voilà, mes amis, ce que j'entendais vous enseigner
par le détachement des biens terrestres; je me résume en disant : Sachez vous contenter de peu. Si vous êtes pauvre, n'enviez pas les riches, car la fortune n'est pas nécessaire au bonheur; si vous êtes riche, n'oubliez pas que ces biens vous sont confiés, et que vous en devrez justifier l'emploi comme dans un compte de tutelle. Ne soyez pas dépositaire infidèle, en les faisant servir à la satisfaction de votre orgueil et de votre sensualité; ne vous croyez pas le droit de disposer pou* vous uniquement de ce qui n'est qu'un prêt, et non un don. Si vous ne savez pas rendre, vous n'avez plus le droit de demander, et rappelez- vous que celui qui donne aux pauvres s'acquitte de la dette qu'il a contractée envers Dieu. (Lacordaire. Constantine, 4 863.)
45. Le principe en vertu duquel l'homme ri est que le dépositaire de la fortune dont Dieu lui permet de jouir pendant sa vie, lui ôte-t-il le droit de la transmettre à ses descendants ?
L'homme peut parfaitement transmettre après sa mort ce dont il a eu la jouissance pendant sa vie, parce que l'effet de ce droit est toujours subordonné à la volonté de Dieu qui peut, quand il veut, empêcher ses descendants d'en jouir; c'est ainsi qu'on voit s'écrouler les fortunes qui paraissent le plus solidement assises. La volonté de l'homme pour maintenir sa fortune dans sa lignée est donc impuissante, ce qui ne lui ôte pas le droit de transmettre le prêt qu'il a reçu, puisque Dieu le retirera quand il le jugera à propos. (Saint Louis, Paris, 1860.)
Caractères de la perfection. — L'homme de bien. — Les bons spîrites. — Pa» rabole de la semence. — Instructions des Esprits : Le devoir. — La vertu. — Les supérieurs et les inférieurs. — L'homme dans le monde. — Soigne» le corps et l'esprit.
Caractères de la perfection.
1. Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient; — car si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurez-vous? Les pubîicains ne le font-ils pas aussi? — - Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous en cela de plus que les autres ? Les Païens ne le font-ils pas aussi ? — Soyez donc, vous autres, parfaits, comme votre Père céleste est parfait. (Saint Matthieu, ch. v, v. 44, 46, 47, 48.)
2. Puisque Dieu possède la perfection infinie en toutes choses, cette maxime : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, » prise à la lettre, présupposerait la possibilité d'atteindre à la perfection absolue. S'il était donné à la créature d'être aussi parfaite que le Créateur, elle lui deviendrait égale, ce qui est inadmissible. Mais les hommes auxquels s'adressait Jésus n'auraient point compris cette nuance; il se borne à leur présenter un modèle et leur dit de s'efforcer de l'atteindre.
il faut donc entendre par ces paroles la perfection relative, celle dont l'humanité est susceptible et qui la
rapproche le plus de la Divinité. En quoi consiste cette perfection? Jésus le dit : « Aimer ses ennemis, faire du bien à ceux qui nous haïssent, prier pour ceux qui nous persécutent. » Il montre par là que l'essence de la perfection, c'est la charité dans sa plus large acception, parce qu'elle implique la pratique de toutes les autres vertus.
En effet, si l'on observe les résultats de tous les vices, et même des simples défauts, on reconnaîtra qu'il n'en est aucun qui n'altère plus ou moins le sentiment de la charité, parce quêtons ont leur principe dans l'égoïsme et l'orgueil, qui en sont la négation ; car tout ce qui surexcite le sentiment de la personnalité détruit, ou tout au moins affaiblit les éléments de la vraie charité, qui sont : la bienveillance, l'indulgence, l'abnégation et le dévouaient. L'amour du prochain, porté jusqu'à l'amour de ses ennemis, ne pouvant s'allier avec aucun défaut contraire à la charité, est, par cela même, toujours l'indice d'une plus ou moins grande supériorité morale; d'où il résulte que le degré de la perfection est en raison de l'étendue de cet amour ; c'est pourquoi Jésus, après avoir donné à ses disciples les règles de la uharilé dans ce qu'elle a de plus sublime, leur dit : « Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfai !
3/ ko ni aie de bien.
3. Le véritable homme de bien est celui qui pratique la loi de justice, d'amour et de charité dans sa plus grande pureté. S'il interroge sa conscience sur ses propres actes, il se demande s'il n'a point violé cette loi; s'il n'a point fait de mal; s'il a fait. tout le bien qu'il a
pu; s'il a négligé volontairement une occasion d'être utile ; si nul n'a à se plaindre de lui ; enfin s'il a fait à autrui tout ce qu'il eût voulu qu'on fît pour lui.
Il a foi en Dieu, en sa bonté, en sa justice et en sa sagesse; il sait que rien n'arrive sans sa permission, et il se soumet en toutes choses à sa volonté.
Il a foi en l'avenir; c'est pourquoi il place les tiens spirituels au-dessus des biens temporels.
Il sait que toutes les vicissitudes de la vie, toutes les douleurs, toutes les déceptions, sont des épreuves ou des expiations, et il les accepte sans murmures
L'homme pénétré du sentiment de charité et d'amour du prochain fait le bien pour le bien, sans espoir de retour, rend le bien pour le mal, prend la défense du faible contre le fort, et sacrifie toujours son intérêt à la justice.
Il trouve sa satisfaction dans les bienfaits qu'il répand, dans les services qu'il fend, dans les heureux qu'il fait, dans les larmes qu'il tarit, dans les consolations qu'il donne aux affligés. Son premier mouvement est de penser aux autres avant de penser à lui, de chercher l'intérêt des autres avant le sien propre. L'égoïste, au Contraire, calcule les profits et les pertes de toute action généreuse.
Il est bon, humain et bienveillant pour tout le monde, sans acception de races ni de croyances, parce qu'il voit des frères dans tous les hommes.
11 respecte en autrui toutes les convictions sincères, et ne jette point l'anathème à ceux qui ne pensent pas comme lui.
, En toutes circonstances la charité est son guide; il se dit que celui qui porte préjudice à autrui par des paroles malveillantes, qui froisse la susceptibilité de quel^
254 CHAPITRE XVIÏ.
qu'un par son orgueil et son dédain, qui ne recule pas à l'idée de causer une peine, une contrariété, même légère, quand il peut l'éviter, manque au devoir de l'amour du prochain, et ne mérite pas la clémence du Seigneur.
Il n'a ni haine, ni rancune, ni désir de vengeance ; à l'exemple de Jésus, il pardonne et oublie les offenses, et ne se souvient que des bienfaits; car il sait qu'il lui sera pardonné comme il aura pardonné lui-même.
Il est indulgent pour les faiblesses d'autrui, parce qu'il sait qu'il a lui-même besoin d'indulgence, et se rappelle cette parole du Christ : Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre.
Il ne se complaît point à rechercher les défauts d'autrui ni à les mettre en évidence. Si la nécessité l'y oblige, il cherche toujours le bien qui peut atténuer le mal.
Il étudie ses propres imperfections, et travaille sans cesse à les combattre. Tousses efforts tendent à pouvoir se dire le lendemain qu'il y a en lui quelque chose de mieux que la veille.
VI p/i cherche à faire valoir ni son esprit, ni ses talents aux dépens d'autrui ; il saisit, au contraire, toutes les v occasions de faire ressortir ce qui est à l'avantage des autres.
Il ne tire aucune vanité ni de sa fortune, ni de ses avantages personnels, parce qu'il sait. que tout ce qui lui a été donné peut lui être retiré.
Il use, mais n'abuse point des biens qui lui sont accordés, parce qu'il sait que c'est un dépôt dont il devra compte, et que l'emploi le plus préjudiciable qu'il en puisse faire pour lui-même, c'est de les faire servir à la satisfaction de ses passions. «
SOYEZ PARFAITS. 2o5
Si Tordre social a placé des hommes sous sa dépendance, il les traite avec bonté et bienveillance, parce que ce sont ses égaux devant Dieu ; il use de son autorité pour relever leur moral, et non pour les écraser de son orgueil ; il évite tout ce qui pourrait rendre leur position subalterne plus pénible.
Le subordonné, de son côté, comprend les devoirs de sa position, et se fait un scrupule de les remplir consciencieusement. (Ch. xvn, n° 9.)
L'homme de bien, enfin, respecte dans ses semblables tous les droits que donnent les lois de la nature, comme il voudrait qu'on les respectât envers lui.
Là n'est pas l'énumération de toutes les qualités qui distinguent l'homme de bien, mais quiconque s'efforce de posséder celles-ci est sur la voie qui conduit à toutes les autres
lies bons spirites.
4. Le spiritisme bien compris, mais surtout bien senti, conduit forcément aux résultats ci-dessus, qui caractérisent le vrai spirite comme le vrai chrétien, l'un et l'autre ne faisant qu'un. Le spiritisme ne crée aucune morale nouvelle; il facilite aux hommes l'intelligence et la pratique de celle du Christ, en donnant une foi solide et éclairée à ceux qui doutent ou qui chancellent.
Mais beaucoup de ceux qui croient aux faits des manifestations n'en comprennent ni les conséquences ni la portée morale, ou, s'ils les comprennent, ils ne se les appliquent pointa eux-mêmes. A quoi cela tient-il? Est-ce à un défaut de précision de la doctrine? Non, car elle ne contient ni allégories, ni figures qui puissent
donner lieu à de fausses interprétations; son essence même est la clarté, et c'est ce qui fait sa puissance, parce qu'elle va droit à l'intelligence. Elle n'a rien de mystérieux, et ses initiés ne sont en possession d'aucun secret caché au vulgaire.
Faut-il donc, pour la comprendre, une intelligence hors ligne? Non, car on voit des hommes d'une capacité notoire qui ne la comprennent pas, tandis que des intelligences vulgaires, des jeunes gens même à peine sortis de l'adolescence, en saisissent avec une admirable justesse les nuances les plus délicates. Gela vient de ce que la partie en quelque sorte matérielle de la science ne requiert que des yeux pour observer, tandis que la partie essentielle veut un certain degré de sensibilitéqu'on peut appeler la maturité du sens moral, maturité indépendante de l'âge et du degré d'instruction, parce qu'elle est inhérente au développement, dans un sens spécial, de l'Esprit incarné.
Chez quelques-uns, les liens de la matière sont en-' core trop tenaces pour permettre à l'Esprit de se dégager des choses de la terre; le brouillard qui les environne leur dérobe la vue de l'infini; c'est pourquoi ils ne rompent facilement ni avec leurs goûts, ni avec leurs habitudes, ne comprenant pas quelque chose de mieux que ce qu'ils ont; la croyance aux'Esprits est pour eu* un simple fait, mais ne modifie que peu ou point leurs tendances instinctives; en un mot, ils ne voient qu'un rayon de la lumière, insuffisant pour les conduire et leur donner une aspiration puissante, capable de vaincre leurs penchants. Ils s'attachent aux phénomènes plus qu'à la morale, qui leur semble banale et monotone; ils demandent aux Esprits de les initier sans cesse à de nouveaux mystères, sans se demander s'ils se sont rendus
dignes d'être mis dans les secrets du Créateur. Ce sont les spirites imparfaits, dont quelques-uns restent en chemin ou s'éloignent de leurs frères en croyance, parce qu'ils reculent devant l'obligation de se réformer euxmêmes, ou bien ils réservent leurs sympathies pour ceux qui partagent leurs faiblesses ou leurs préventions. Cependant l'acceptation du principe de la doctrine est un premier pas qui leur rendra le second plus facile dans une autre existence.
Celui que l'on peut, avec raison, qualifier de vrai et sincère spi rite, est à un degré supérieur d'avancement moral; l'Esprit qui domine plus complètement la matière lui donne une perception plus claire de l'avenir; les principes de la doctrine font vibrer en lui des libres qui restent muettes chez les premiers; en un mot, il est touché au cœur; aussi sa foi est-elle inébranlable. L'un est comme le musicien qui s'émeut à certains accords, tandis qu'un autre n'entend que des sons. On reconnaît le vrai spirite à sa transformation morale, et aux efforts quil fait pour dompter ses mauvaises inclinations; tandis que l'un se complaît dans son horizon borné, l'autre, qui comprend quelque chose de mieux, s'efforce de s'en détacher, et il y parvient toujours quand il en a la ferme volonté.
Parabole de la semence.
5. Ce même jour, Jésus, étant sorti de la maison, s'assit auprès de la mer; — et il s'assembla autour de lui une grande foule de peuple; c'est pourquoi il monta sur une barque, où il s'assit, tout le peuple se tenant sur le rivage; — et il leur dit beaucoup de choses en paraboles, leur parlant de cette sorte :
Celui qui sème s'en alla semer; — et pendant qu'il semait,
quelque partie de la semence tomba le long du chemin, et les oiseaux du ciel étant venus la mangèrent.
Une autre tomba dans des lieux pierreux où elle n'avait pas beaucoup de terre; et elle leva aussitôt, parce que la terre où, elle était n'avait pas de profondeur. — Mais le soleil s'étant levé! ensuite, elle en fut brûlée; et comme elle n'avait point de ra-" cine, elle sécha.
Une autre tomba dans des épines, et les épines venant à croître Tétouffèrent.
Une autre enfin tomba dans de bonne terre, et elle porta du fruit, quelques grains rendant cent pour un, d'autres soixante et d'autres trente.
Que celui-là entende, qui a des oreiftes pour entendre. (Saint Matthieu, ch. xvz, o. de i à 9.)
Écoutes donc, vous autres, la parabole de celui qui sème.
Quiconque écoute la parole du royaume et n'y fait point d'attention, l'esprit malin vient et enlève ce qui avait été semé dans son cœur; c'est celui-là qui a reçu la semence le long du chemin.
Celui qui reçoit la semence au milieu des pierres, c'est celui qui écoute la parole, et qui la reçoit à l'heure même avec joie ; — mais il n'a point en soi de. racine, et il n'est que pour un temps; et lorsqu'il survient des traverses et des persécutions à cause de la parole, il en prend aussitôt un sujet de scandale et de chute.
Celui qui reçoit la semence parmi les épines, c'est celui qui entend la parole; mais ensuite les sollicitudes de ce siècle et l'illusion des richesses étouffent en lui cette parole et la rendent infructueuse.
Mais celui qui reçoit la semence dans une bonne terre, c'est celui qui écoute la parole, qui y fait attention et qui porte du fruit, et rend cent, ou soixante, ou trente pour un. (Saint Matthieu, ch. xiii, v.de 18 à 23.
6. La parabole de la semence représente parfaitement les nuances qui existent d'ans la manière de mettre à profit les enseignements de l'Évangile. Combien est-il de gens, en effet, pour lesquels ce n'est qu'une lettre
morte qui, pareille à la semence tombée sur le roc, ne produit aucun fruit I
Elle trouve une application non moins juste dans les différentes catégories de spirites. N'est-elle pas l'emblème de ceux qui ne s'attachent qu'aux phénomènes matériels, et n'en tirent aucune conséquence, parce qu'ils n'y voient qu'un objet de curiosité? de ceux qui ne cherchent que le brillant dans les communications des Esprits, et ne s'y intéressent qu'autant qu'elles satisfont leur imagination, mais qui, après les avoir entendues, sont aussi froids et indifférents qu'auparavant? qui trouvent les conseils fort bons et les admirent, mais en font l'application aux autres et non à eux-mêmes ? de ceux, enfin, pour qui ces instructions sont comme la semence tombée dans la bonne terre, et produisent des fruits?
INSTRUCTIONS DES ESPRITS
lie devoir.
7. Le devoir est l'obligation morale, vis-à-vis de soi d'abord, et des autres ensuite. Le devoir est la loi de la vie; il se retrouve dans les plus infimes détails, aussi bien que dans les actes élevés. Je ne veux parler ici que du devoir moral, et non de celui qu'imposent les professions.
Dans l'ordre des sentiments, le devoir est très-difficile à remplir, parce qu'il se trouve en antagonisme avec les séductions de l'intérêt et du cœur; ses victoires n'ont pas de témoins, et ses défaites n'ont pas de répression. Le devoir intime de l'homme est abandonné à son libre arbitre ; l'aiguillon de la conscience, cette
gardienne de la probité intérieure, l'avertit et le soutient, mais elle demeure souvent impuissante devant les sophismes de la passion. Le devoir du cœur, fidèlement observé, élève l'homme ; mais ce devoir, comment le préciser ? Où commence-t-il? où s,'arrête-t-il ? Le, devoir commence précisément au point ou vous menacez le bonheur ou le repos de votre prochain ; il se termine à la limite que vous ne voudriez pas voir franchir pour vousmême.
Dieu a créé tous les hommes égaux pour la douleur ; petits ou grands, ignorants ou éclairés, souffrent par les mêmes causes, afin que chacun juge sainement le mal qu'il peut faire. Le même critérium n'existe pas pour le bien , infiniment plus varié dans ses expressions. L'égalité devant la douleur est une sublime prévoyance de Dieu, qui veut que ses enfants, instruits par V expérience commune, ne commettent pas le mal en arguant de l'ignorance de ses effets.
Le devoir est le résumé pratique de toutes les spéculations morales ; c'est une bravoure de l'âme qui affronte les angoisses de la lutte ; il est austère et souple ; prompt à se plier aux complications diverses , il demeure inflexible devant leurs tentations. L'homme qui remplit son devoir aime Dieu plus que les créatures, et les créatures plus que lui-même; il est à la fois juge et esclave dans sa propre cause.
Le devoir est le plus beau fleuron de la raison; il relève d'elle, comme le fils relève de sa mère. L'homme doit aimer le devoir, non parce qu'il préserve des maux de la vie, auxquels l'humanité ne peut, se soustraire, mais parce qu'il donne à l'âme la vigueur nécessaire à son développement.
Le devoir grandit et rayonne sous une forme plus
SUYEZ PARFAITS. 261
élevée dans chacune des étapes supérieures de l'humanité; l'obligation morale ne cesse jamais de la créature à Dieu ; elle doit refléter les vertus de l'Éternel qui n'accepte pas une ébauche imparfaite, parce qui! veut que la beauté de son œuvre resplendisse devant lui. (Lazare. Paris, 4863.)
lia vertu. ©
8. La vertu, à son plus haut degré, comporte l'ensemble de toutes les qualités essentielles qui constituent l'homme de bien. Être bon, charitable, laborieux, sobre, modeste, ces qualités sont de l'homme vertueux. Malheureusement elles sont souvent accompagnées de petites infirmités morales qui les déparent et les atténuent. Celui qui fait parade de sa vertu n'est pas vertueux, puisqu'il lui manque la qualité principale : la modestie, et qu'il a le vice le plus contraire : l'orgueil. La vertu vraiment digne de ce nom n'aime pas à s'étaler; on la devine, mais elle se dérobe dans l'obscurité et fuit l'admiration des foules. Saint Vincent de Paul était vertueux ; le digne curé d'Ars était vertueux, et beaucoup d'autres peu connus du monde, mais connus de Dieu. Tous ces hommes de bien ignoraient eux-mêmes qu'ils fussent vertueux; ils se laissaient aller au courant de leurs saintes inspirations, et pratiquaient le bien avec un désintéressement complet et un entier oubli d'euxmêmes.
C'est à la vertu ainsi comprise et pratiquée que je vous convie, mes enfants; c'est à cette vertu vraiment chrétienne et vraiment spirite que je vous engage à vous consacrer; mais éloignez de vos cœurs la pensée de l'orgueil, de la vanité, de l' amour-propre qui déparent toujours les plus belles qualités. N'imitez pas cet homme
qui se pose comme un modèle et prône lui-même ses propres qualités à toutes les oreilles complaisantes. Cette vertu d'ostentation dérobe souvent une foule de petites turpitudes et d'odieuses lâchetés.
En principe , l'homme qui s'exalte lui-même , qui élève une statue à sa propre vertu, annihile par ce fait seul tout le mérite effectif qu'il peut avoir. Mais que dirai-je de celui dont toute la valeur est de paraître ce qu'il n'est pas? Je veux bien admettre que l'homme qui fait le bien en ressente au fond du cœur une satisfaction intime, mais dès que cette satisfaction se traduit au dehors pour en recueillir des éloges, elle dégénère en amour-propre.
0 vous tous que la foi spirite a réchauffés de ses rayons, et qui savez combien l'homme est loin de la perfection, ne donnez jamais dans un pareil travers. La vertu est une grâce que je souhaite à tous les sincères spirites, mais je leur dirai : Mieux vaut moins de vertus avec la modestie que beaucoup avec de l'orgueil. C'est par l'orgueil que les humanités successives se sont perdues, c'est par l'humilité qu'elles doivent se racheter un jour. (François, Nicolas, Madeleine. Paris, 1863.)
Les supérieurs et les Inférieurs.
9. L'autorité, de même que la fortune, est une délégation dont il sera demandé compte à celui qui en est revêtu; ne croyez pas qu'elle lui soit donnée pour lui procurer le vain plaisir de commander, ni, ainsi que le croient faussement la plupart des puissants de la terre, comme un droit, une propriété. Dieu, cependant, leur prouve assez que ce n'est ni l'un ni l'autre, puisqu'il la leur retire quand cela lui plaît. Si c'était un
privilège attaché à leur personne, elle serait inaliénable. Nul ne peut donc dire qu'une chose lui appartient, quand elle peut lui être ôtée sans son consentement. Dieu donne l'autorité à titre de mission ou d'épreuve quand cela lui convient, et la retire de même. * Quiconque est dépositaire de l'autorité, de quelqut étendue qu'elle soit, depuis le maître sur son serviteur jusqu'au souverain sur son peuple, ne doit pas se dissimuler qu'il a charge d'âmes; il répondra de la bonne ou de la mauvaise direction qu'il aura donnée à ses subordonnés, et les fautes que ceux-ci pourront commettre, les vices auxquels ils seront entraînés par suite de cette direction ou des mauvais exemples, retomberont sur lui, tandis qu'il recueillera les fruits de sa sollicitude pour les amener au bien. Tout homme a sur la terre une mission petite ou grande; quelle qu'elle soit, elle est toujours donnée pour le bien; c'est donc y faillir que de la fausser dans son principe.
Si Dieu demande au riche : Qu'as-tu fait de la fortune qui devait être entre tes mains une source répandant la fécondité tout à l'entour? il demandera à celui qui possède une autorité quelconque : Quel usage as-lu fait de cette autorité? quel mal as-tu arrêté? quel progrès as-tu fait faire? Si je t'ai donné des subordonnés, ce n'était pas pour en faire les esclaves de ta volonté, ni les instruments dociles de tes caprices ou de ta cupidité; je t'ai fait fort, et je t'ai confié des. faibles pour les soutenir et les aider à monter vers moi,
Le supérieur qui est pénétré des paroles du Christ ne méprise aucun de ceux qui sont au-dessous de lui, parce qu'il sait que les distinctions sociales n'en établissent pas devant Dieu. Le spiritisme lui apprend que s'ils lui obéissent aujourd'hui, ils ont pu lui commander, ou
pourront lui commander plus tard, et qu'alors il sera traité comme il les aura traités lui-même.
Si le supérieur a des devoirs à remplir, l'inférieur en a de son côté qui ne sont pas moins sacrés. Si ce dernier est spirite, sa conscience lui dira mieux encore qu'il n'en est pas dispensé , alors même que son chef ne remplirait pas les siens, parce qu'il sait qu'on ne doit pas rendre le mal pour le mal, et que les fautes des uns n'autorisent pas les fautes des autres. S'il souffre de sa position, il se dit qu'il l'a sans doute méritée, parce que lui-même a peut-être abusé jadis de son autorité, et qu'il doit ressentir à son tour les inconvénients de ce qu'il a fait souffrir aux autres. S'il est forcé de subir cette position, faute d'en trouver une meilleure, le spiritisme lui apprend à s'y résigner comme à une épreuve pour son humilité, nécessaire à son avancement. Sa croyance le guide dans sa conduite; il agit comme il voudrait que ses subordonnés agissent envers lui s'il était chef. Par cela même il est plus scrupuleux dans l'accomplissement de ses obligations, car il comprend que toute négligence dans le travail qui lui est confié est un préjudice pour celui qui le rémunère et à qui il doit son temps et ses soins; en un mot, il est sollicité par le sentiment du devoir que lui donne sa foi, et la certitude que toute déviation du droit chemin est une dette qu'il faudra payer tôt ou tard. (François, Nicolas, Madeleine, card. Morlot, Paris, 4863.)
l'homme dans le monde.
JO. Un sentiment de piété doit toujours animer le cœur de ceux qui se réunissent sous les yeux du Seigneur et implorent l'assistance des bons Esprits. Puri-
fiez donc vos cœurs ; n'y laissez séjourner aucune pensée mondaine ou futile; élevez votre esprit vers ceux que vous appelez, afin que, trouvant en vous les dispositions nécessaires, ils puissent jeter à profusion la semence qui doit germer dans vos cœurs et y porter des fruits de charité et de justice.
Ne croyez pas pourtant qu'en vous excitant sans cesse à la prière et à l'évocation mentale, nous vous engagions à vivre d'une vie mystique qui vous tienne en dehors des lois de la société où vous êtes condamnés à vivre. Non, vivez avec les hommes de votre époque, comme doivent vivre des hommes ; sacrifiez aux besoins, aux frivolités même du jour, mais sacrifiez-y avec un sentiment de pureté qui puisse les sanctifier.
Vous êtes appelés à vous trouver en contact avec des esprits dénature différente, des caractères opposés : ne heurtez aucun de ceux avec lesquels vous vous trouvez. Soyez gais, soyez heureux, mais de la gaieté que donii>2 une bonne conscience, du bonheur de l'héritier du ciel comptant les jours qui le rapprochent de son héritage.
La vertu ne consiste pas à revêtir un aspect sévère et lugubre, à repousser les plaisirs que vos conditions humaines permettent; il suffit de rapporter tous les actes de sa vie au Créateur qui a donné cette vie; il suffit, quand on commence ou achève une œuvre, d'élever sa pensée vers ce Créateur et de lui demander, dans un élan de l'âme, soit sa protection pour réussir, soit sa bénédiction pour l'œuvre achevée. Quoi que vous fassiez , remontez vers la source de toutes choses; ne faites jamais rien sans que le souvenir de Dieu ne vienne purifier et sanctifier vos actes.
La perfection est tout entière, comme l'a dit le Christ, dans la pratique de la charité absolue; mais
les devoirs de la charité s'étendent à butes les positions sociales, depuis le plus petit jusqu'au plus grand. L'homme qui vivrait seul n'aurait pas de charité à exercer ; ce n'est que dans le contact de ses semblables, dans les luttes les plus pénibles qu'il en trouve l'occasion. Celui donc qui s'isole se prive volontairement du plus puissant moyen de perfection ; n'ayant à penser qu'à lui, sa vie est celle d'un égoïste. (Chap. v, n° 26.) p
Ne vous imaginez donc pas que pour vivre en communication constante avec nous, pour vivre sous l'œil du Seigneur, il faille revêtir le cilice et se couvrir de cendres; non, non, encore une fois; soyez heureux suivant les nécessités de l'humanité, mais que dans votre bonheur il n'entre jamais ni une pensée, ni un acte qui puisse l'offenser, ou faire voiler la face de ceux qui vous aiment et qui vous dirigent. Dieu est amour et bénit ceux qui aiment saintement. (Un Esprit Protecteur. Bordeaux, 4863.)
Soigner le corps et l'esprit.
41. La perfection morale consiste-t-elle dans la macération du corps? Pour résoudre cette question, je m'appuie sur les principes élémentaires, et je commence par démontrer la nécessité de soigner le corps, qui, selon les alternatives de santé et de maladie , influe d'une manière très-importante sur F âme, qu'il faut considérer comme captive dans la chair. Pour que cette prisonnière vive, s'ébatte et conçoive même les illusions de la liberté, le corps doit être sain, dispos, vaillant. Suivons la comparaison : Les voici donc en parfait état tous les deux ; que doivent-ils faire pour maintenir l'équilibre
entre leurs aptitudes et leurs besoins si différents? Ici deux systèmes sont en présence : celui des ascétitiques, qui veulent terrasser le corps, et celui des matérialistes, qui veulent abaisser l'âme: deux violences qui sont presque aussi insensées Tune que l'autre. A côté de ces grands partis fourmille la nombreuse tribu des indifférents, qui, sans conviction et sans passion, aimen avec tiédeur et jouissent avec économie. Où donc est la sagesse ? Où. donc est la science de vivre? Nulle part; et ce grand problème resterait tout entier à résoudre si le spiritisme ne venait en aide aux chercheurs en leur démontrant les rapports qui existent entre le corps et l'âme, et en disant que, puisqu'ils sont nécessaires l'un à l'autre, il faut les soigner tous les deux. Aimez donc votre âme, mais soignez aussi le corps, instrument de l'âme ; méconnaître les besoins qui sont indiqués par la nature elle-même, c'est méconnaître la loi de Dieu. Ne le châtiez pas pour les fautes que votre libre arbitre lui a fait commettre, et dont il est aussi irresponsable que l'est le cheval mal dirigé , des accidents qu'il cause. Serez-vous donc plus parfaits si, tout en martyrisant le corps, vous n'en restez pas moins égoïstes, orgueilleux et peu charitables pour votre prochain ? Non, la perfection n'est pas là ; elle est tout entière dans les réformes que vous ferez subir à votre Esprit; pliez-le, soumettez-le, humiliez-le, mortifiez-le : c'est le moyen de le rendre docile à la volonté de Dieu et le seul qui conduise à la perfection. (Georges, Esprit protecteur Paris, 4863.)
Parabole du festin de noces. — La porte étroite. — Ceux qui disent : Seigneur ! Seigneur! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux. — On demandera beaucoup à celui qui a beaucoup reçu. — Instructions des Esprits: On donnera à celui qui a. — On reconnaît le chrétien à ses œuvres.
Parabole du festin de noces.
i . Jésus parlant encore en parabole, leur dit :
Le royaume des cieux est semblable à un roi, qui voulant faire les noces de son fils, — envoya ses serviteurs pour appeler aux noces ceux qui y étaient conviés ; mais ils refusèrent d'y venir. — Il envoya encore d'autres serviteurs avec ordre de dire de sa part aux conviés : J'ai préparé mon diner; j'ai fait tuer mes bœufs et tout ce que j'avais fait engraisser ; tout est prêt, venez aux noces. — Mais eux, ne s'en mettant point en peine, s'en allèrent, l'un à sa maison des champs, et l'autre à son négoce. — Les autres se saisirent de ses serviteurs, et les tuèrent après leur avoir fait plusieurs outrages. — Le roi l'ayant appris en fut ému de colère, et ayant envoyé ses armées, il extermina ces meurtriers et brûla leur ville.
Alors il dit à ses serviteurs : Le festin de noces est tout prêt; mais ceux qui y avaient été appelés n'en ont pas été dignes. Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. — Ses serviteurs s'en allant alors par les rues, assemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, bons et mauvais; et la salle de noces fut remplie de personnes qui se mirent à table.
Le roi entra ensuite pour voir ceux qui étaient à table, et y ayant aperçu un homme qui n'était pas revêtu de la robe nup-
tiale, — il lui dit : Mon ami, comment ètes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale? Et cet homme resta muet. — Alors le roi dit à ses gens : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures : c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents; — car il y en a beaucoup d'appelés et peu d'élus. (Saint Matthieu, ch. xxn, v. de ï à 14.)
2. L'incrédule sourit à cette parabole qui lui semble d'une puérile naïveté, car il ne comprend pas qu'on puisse faire tant de difficultés pour assister à un festin, et encore moins que des invités poussent la résistance jusqu'à massacrer les envoyés du maître de la maison. « Les paraboles, dit-il, sont sans doute des figures, mais encore faut-il qu'elles ne sortent pas des limites du vraisemblable. >)
On peut en dire autant de toutes les allégories, des fables les plus ingénieuses, si on ne les dépouille pas de leur enveloppe pour en chercher le sens caché. Jésus puisait les siennes dans les usages les plus vulgaires de la vie, et les adaptait aux mœurs et au caractère du peuple auquel il parlait; la plupart ont povir but de faire pénétrer dans les masses l'idée de la vie spirituelle; le sens n'en paraît souvent inintelligible que parce qu'on ne part pas de ce point de vue.
Dans cette parabole, Jésus compare le royaume des cieux, où tout est joie et bonheur, à un festin. Par les premiers conviés, il fait allusion aux Hébreux que Dieu avait appelés les premiers à la connaissance de sa loi Les envoyés du maître sont les prophètes qui venaient les exhorter à suivre la route de la vraie félicité; mais leurs paroles étaient peu écoutées; leurs avertissements étaient méprisés ; plusieurs même furent massacrés comme les serviteurs de la parabole. Les invités qui s'excusent sur les soins à donner à leurs champs et à
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leur négoce, sont l'emblème des gens du monde qui, absorbés par les choses terrestres, sont indifférents suï les choses célestes.
C'était une croyance, chez les Juifs d'alors, que leur nation devait acquérir la suprématie sur toutes les autres. Dieu n'avait-il pas, en effet, promis à Abraham que sa postérité couvrirait toute la terre? Mais toujours, prenant la forme pour le fond, ils croyaient à une domination effective et matérielle.
Avant la venue du Christ, à l'exception des Hébreux, tous les peuples étaient idolâtres et polythéistes. Si quelques hommes supérieurs au vulgaire conçurent l'idée de l'unité divine, cette idée resta à l'état de système personnel, mais nulle part elle ne fut acceptée comme vérité fondamentale, si ce n'est par quelques initiés qui cachaient leurs connaissances sous un voile mystérieux impénétrable aux masses. Les Hébreux furent les premiers qui pratiquèrent publiquement le monothéisme; c'est à eux que Dieu transmit sa loi, d'abord par Moïse, puis par Jésus ; c'est de ce petit foyer qu'est partie la lumière qui devait se répandre sur le monde entier, triompher du paganisme, et donner à Abraham une postérité spirituelle « aussi nombreuse que les étoiles du firmament. » Mais les Juifs, tout en repoussant l'idolâtrie, avaient négligé la loi morale pour s'attacher à la pra« tique plus facile des formes extérieures. Le mal était à son comble; la nation asservie était déchirée par les factions, divisée par les sectes; l'incrédulité même avait pénétré jusque dans le sanctuaire. C'est alors que parut Jésus, envoyé pour les rappeler à l'observation delaloi, et leur ouvrir les horizons nouveaux de la vie future; conviés des premiers au prand banquet de la foi universelle, ils repoussèrent la parole du céleste Messie, et le
BEAUCOUP D'APPELÉS ET PEU D'ÉLUS. 27i
firent périr; c'est ainsi qu'ils perdirent le fruit au'ils eussent recueilli de leur initiative.
Il serait injuste, toutefois, d'accuser le peuple entier de cet état de choses; la responsabilité en incombe principalement aux Pharisiens et aux Sadducéens qui vOn perdu la nation, par l'orgueil et le fanatisme des uns, et par l'incrédulité des autres. Ce sont eux surtout que Jésus assir&iie aux invités qui refusent de se rendre au repas de noces. Puis il ajoute : « Le Maître voyant cela, fit convier tous ceux que l'on trouva dans les carrefours, bons et mauvais; » il entendait par là que la parole allait être prêchée à tous les autres peuples, païens et idolâtres, et que ceux-ci l'acceptant seraient admis au festin à la place des premiers conviés.
Mais il ne suffit pas d'être invité ; il ne suffit pas de porter le nom de chrétien, ni de s'asseoir à la table pour prendre part au céleste banquet ; il faut ayant tout, et de condition expresse, être revêtu de la robe nuptiale, c'est-à-dire avoir la pureté du cœur, et pratiquer la loi selon l'esprit; or cette loi est tout entière dans ces mots: Hors la charité point de salut., Mais parmi tous ceux qui entendent la parole divine, combien peu en est-il qui la gardent et la mettent à profit I Combien peu se rendent dignes d'entrer dans le royaume des cieux ! C'est pourquoi Jésus dit : 11 y aura beaucoup d'appelés et peu d'élus.
I^a porte étroite.
3. Entrez par la porte étroite, parce que la porte de la perdition est large, et le chemin qui y mène est spacieux, et il y en a beaucoup qui y entrent. — Que la porte de la vie est petite ! que la voie qui y mène est étroite î et qu'il y en a peu qui la trouvent 1 (Saint Matthieu, ch. vu, v. 13, 14.)