Quelqu'un lui ayant fait cette demande : Seigneur, y en
Wï CHAPITRE XVIII.
aura-t-il peu de sauvés? Il leur répondit : — Faites effort pour entrer par la porte étroite, car je vous assure que plusieurs chercheront à y entrer, et ne le pourront pas. — Et quand le père de famille sera entré et aura fermé la porte, et que vous, étant dehors, vous commencerez à heurter, en disant : Seigneur, ouvrez-nous; il vous répondra : Je ne sais d'où vous êtes. — Alors vous commencerez à dire : Nous avons mangé et bu en votre présence, et vous avez enseigné dans nos places publiques. — Et il vous répondra : Je ne sais d'où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous qui commettez l'iniquité.
Ce sera alors qu'il y aura des pleurs et des grincements de aents, quand vous verrez qu'Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes seront dans le royaume de Dieu, et que vous autres vous serez chassés dehors. — Il en viendra d'Orient et d'Occident, du Septentrion et du Midi, qui auront place au festin dans le royaume de Dieu. — Alors ceux qui sont les derniers seront les premiers, et ceux qui sont les premiers seront les derniers. (Saint Luc, ch.imi, v. de 23 à 30.)
5. La porte de la perdition est large, parce que les mauvaises passions sont nombreuses, et que la route du mal est fréquentée par le plus grand nombre. Celle du salut est étroite, parce que l'homme qui veut la franchir doit faire de grands efforts sur. lui-même pour vaincre ses mauvaises tendances, et que peu s'y résignent; c'est le complément de la maxime : Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus.
Tel est l'état actuel de l'humanité terrestre, parce que la terre étant un monde d'expiation le mal y domine ; quand elle sera transformée, la route du bien sera la plus fréquentée. Ces paroles doivent donc s'entendre dans le sens relatif et non dans le sens absolu. Si tel devait être l'état normal de l'humanité, Dieu aurait volontairement voué à la perdition l'immense majorité de ses créatures; supposition inadmissible, dès lors qu'on reconnaît que Dieu est toute iustice et toute bonté
BEAUCOUP D'APPELÉS ET PEU D'ÉLUS. %ï
Mais de quels méfaits ceite humanité aurait-elle pu se rendre coupable pour mériter un sort si triste, dans son présent et dans son avenir, si elle était toute reléguée sur la terre, et si l'âme n'avait pas eu d'autres existences? Pourquoi tant d'entraves semées sur sa route? Pourquoi cette porte si étroite qu'il est donné au plus petit nombre de franchir, si le sort de l'âme est fixé pour jamais après la mort? C'est ainsi qu'avec l'unité d' existence on est incessamment en contradiction avec soi-même et avec la justice de Pieu. Avec l'antériorité de l'âme* et la pluralité des mondes, l'horizon s'élargit; la îumière se fait sur les points les plus obscurs de la foi ; le présent et l'avenir sont solidaires du passé ; alors seulement on peut comprendre toute la profondeur, toute la vérité et toute la sagesse des maximes du Christ.
Ceux qui disent : Seigneur ! Seigneur
6. Ceux qui me disent : Seigneur! Seigneur! n'entreront-pas tous dans le royaume des cieux ; mais celui-là seulement entrera qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. — Plusieurs me diront ce jour-là: Seigneur! Seigneur! n'avons-nous pas prophétisé en votre nom? n'avons-nous pas chassé les démons en votre nom, et n'avons-nous pas fait plusieurs miracles en votre nom? — Et alors je leur dirai hautement : Retirez-vous de moi, vous qui faites des œuvres d'iniquité. (Saint Matthieu, ch. vu, v. 21,22,23.)
7. Quiconque donc entend ces paroles que je dis et les pratique, sera comparé à un homme sage qui a bâti sa maison suf la pierre ; — et lorsque la pluie est tombée, que les fleuves sa sont débordés, que les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur la pierre. — Mais quiconque entend ces paroles que je dis et ne les pratique point, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable; et lorsque la pluie est tombée, que
les fleuves se sont débordés, que tes vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle a été renversée, et sa ruine a été grande. (Saint Matthieu,ch. vu, v. de 24 à 27. — Saint Luc, ch. vi, v. de 46 à 49.)
8. Celui donc qui violera un de ces moindres commandements, et qui apprendra aux hommes à les violer, sera regardé dans le royaume des cieux comme le dernier; mais celui qui fera et enseignera sera grand dans le royaume des cieux. (Saint Matthieu, cho v,?. 49,)
9. Tou*> ^eux qui confessent la mission de Jésus disent: Seigneur! Seigneur i Mais à quoi sert de l'appeler Maître ou Seigneur si Ton ne suit pas ses préceptes ? Sontils chrétiens ceux qui l'honorent par des actes extérieurs de dévotion et sacrifient en même temps à l'orgueil, à /égoïsme, à la cupidité et à toutes leurs passions? Sontils ses disciples ceux qui passent des journées en prières et n'en sont ni meilleurs, ni plus charitables, ni plus indulgents pour leurs semblables? Non, car, ainsi que lesTharisiens, ils ont la prière sur les lèvres et non dans le cœur. Avec la forme, ils peuvent en imposer aux hommes, mais non à Dieu. C'est en vain qu'ils diront à Jésus : «Seigneur, nous avons prophétisé, c'est-à-dire enseigné en votre nom; nous avons chassé les démons en votre nom; nous avons bu et mangé avec vous; » il leur répondra : « Je ne sais qui vous êtes; retirez-vous de moi, vous qui commettez des iniquités, vous qui démentez vos paroles par vos actions, qui calomniez votre prochain, qui spoliez les veuves et commettez l'adultère; retirez-vous de moi, vous dont le cœur distille la haine et le fiel, vous qui répandez le sang de vos frères en mon nom, qui faites couler des larmes au lieu de les sécher. Pour vous il y aura des pleurs et des grincements de
dents, car le royaume de Dieu est pour ceux qui sont îoux, humbles et charitables. N'espérez pas fléchir la justice du Seigneur par la multiplicité de vos paroles et de vos génuflexions; la seule voie qui vous est ouverte .pour trouver grâce devant lui, c'est la pratique sincère de la loi d'amour et de charité. »
Les paroles de Jésus sont éternelles, parce qu'elles sont la vérité. Elles sont non-seulement la sauvegarde de la vie céleste, mais le gage de la paix, de la tranquillité et de la stabilité dans les choses de la vie terrestre ; c'est pourquoi toutes les institutions humaines, politiques, sociales et religieuses qui s'appuieront sur ces paroles seront stables comme la maison bâtie sur la pierre; les hommes les conserveront parce qu'ils y trouveront leur bonheur ; mais celles qui en seront la violation, seront comme la maison bâtie sur le sable: le vent des révolutions et le fleuve du progrès les emporteront.
On demandera beaucoup a celui qui a beaucoup reçu.
10. Le serviteur qui aura su la volonté de son maître, et qui néanmoins ne se sera pas tenu prêt et n'aura pas fait ce qu'il désirait de lui, sera battu rudement; — mais celui qui n'aura pas su sa volonté, et qui aura fait des choses dignes de châtiment, sera moins battu. On demandera beaucoup à celui à qui on aura beaucoup donné, et on fera rendre un plus grand compte à celui à qui on aura confié plus de choses. (Saint Luc, ch. xn, v. 47, 48.)
li. Je suis venu dans ce monde pour exercer un jugement, afin que ceux qui ne voient point voient, et que ceur qui voient deviennent aveugles. — Quelques pharisiens qui étaient avec- lui entendirent ces paroles et lui dirent : Sommes-nous donc aussj aveugles? — Jésus leur répondit : Si vous étiez aveugles, vous •auriez point de péché; mais maintenant vous dites que vous
276 CHAPITRE XVIÏI,
voyez, et c'est pour cela que votre péché demeure en vous. (Saint ><an, ch. ix, v. 39, 40, 41.)
42. Ces maximes Souvent surtout leur application dans l'enseignement des Esprits. Quiconque connaît les . préceptes du Christ est coupable assurément de ne pas les pratiquer ; mais outre que l'Évangile qui les contient n'est répandu que dans les sectes chrétiennes, parmi celles-ci, combien est-il de gens qui ne le lisent pas, et parmi ceux qui le lisent, combien en est-il qui ne le comprennent pas ! Il en résulte que les paroles même de Jésus sont perdues pour le plus grand nombre.
L'enseignement des Esprits qui reproduit ces maximes sous différentes formes, qui les développe et les commente pour les mettre à la portée de tous, a cela de particulier qu'il n'est point circonscrit, et que chacun, lettré ou illettré, croyant ou incrédule, chrétien ou non, peut le recevoir, puisque les Esprits se communiquent partout ; nul de ceux qui le reçoivent, directement ou par entremise, ne peut prétexter ignorance ; il ne peut s'excuser ni £ur son défaut d'instruction, ni sur l'obscurité du sens allégorique. Celui donc qui ne les met. pas à profit pour son amélioration, qui les admire comme choses intéressantes et curieuses sans que son cœur en soit touché, qui n'en est ni moins vain, ni moins orgueilleux, ni moins égoïste, ni moins attaché aux biens matériels, ni meilleur pour son prochain, est d'autant plus coupable qu'il a plus de moyens de connaître la vérité.
Les médiums qui obtiennent de bonnes communications sont encore plus repréhensibles de persister dans le mal, parce que souvent ils écrivent leur propre condamnation, et que, s'ils n'é! aient aveuglés par l'orgueil, ils reconnaîtraient que c'est à eux que les Esprits s'adres-
sent. Mais, au lieu de prendre pour eux les leçons qu'ils écrivent, ou qu'ils voient écrire, leur unique pensée est de les appliquer aux autres, réalisant ainsi cette parole de Jésus : « Vous voyez une paille dans l'œil de votre voisin, et vous ne voyez pas la poutre qui est dans le vôtre. » (Ch. x, n° 9.)
Par cette autre parole : « Si vous étiez aveugles vous n'auriez point péché », Jésus entend que la culpabilité est en raison des lumières que l'on possède; or, les Pharisiens, qui avaient la prétention d'être, et qui étaient, en effet, la partie la plus éclairée de la natiorç, étaient plus repréhensibles aux yeux de Dieu quele peuple ignorant. Il en est de même aujourd'hui.
Aux spirites, il sera donc beaucoup demandé, parce qu'ils ont beaucoup reçu , mais aussi à ceux qui auront profité il sera beaucoup donné.
La première pensée de tout spirite sincère doit être de chercher, dans les conseils donnés par les Esprits, s'il n'y a pas quelque chose qui puisse le concerner.
Le spiritisme vient multiplier le nombre des appelés; par la foi qu'il donne, il multipliera aussi le nombre des élus.
INSTRUCTIONS DES ESPRITS, On donnera à celui qui a*
i3. Ses disciples s'approchant, lui dirent: Pourquoi leur parlez-vous en paraboles? — Et leur répondant, il leur dit : C'est parce que pour vous autres, il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, mais pour eux, il ne leur a pas été donné. — Car quiconque a déjà, on lui donnera encore, et il sera dans l'abondance ; mais pour celui qui n'a point, on lui ôtera même ce qu'il a. — C'est pourquoi je leur parle en paraboles; parce qu'en voyant ils ne voient point, et . qu'en
écoutant ils n'entendent ni ne comprennent point. — Et la prophétie d'Isaïe s'accomplit en eux, lorsqu'il dit : Vous écoutere2 de vos oreilles, et vous n'entendrez point ; vous regarderez de/ vos yeux, et tous ne verrez point. (Saint Matthieu, ch.xiu.v. 40* à 14.)
14. Prenez bien garde à ce que vous entendez; cât on se servira envers vous de la même mesure dont vous vous serez servis envers les autres, et il vous sera donné encore davantage ; — car on donnera à celui qui a déjà, et pour celui qui n'a point, on lui ôtera même ce quïl a. (Saint Marc, ch. iv, v. 24, 25.)
15. « On donne à celui qui a déjà et on retire à celui qui n'a pas ; » méditez ces grands enseignements qui vous ont souvent semblé paradoxaux. Celui qui a reçu est celui qui possède le sens de la parole divine; il n'a reçu que parce qu'il a tenté de s'en rendre digne, et que le Seigneur, dans son amour miséricordieux, encourage les efforts qui tendent au bien. Ces efforts soutenus, persévérants, attirent les grâces du Seigneur; c'est un aimant qui appelle à lui le mieux progressif, les grâces abondantes qui vous rendent forts pour gravir la montagne sainte, au sommet de laquelle est le repos après le travail,
« On ôte à celui qui n'a rien, ou qui a peu; » prenez ceci comme une opposition figurée. Dieu ne retire pas à ses créatures le bien qu'il a daigné leur faire. Hommes aveugles et sourds! ouvrez vos intelligences et vos cœurs; voyez par votre esprit; entendez par votre âme, et n'interprétez pas d'une manière aussi grossièrement injuste les paroles de celui qui a fait resplendir à vos yeux la justice du Seigneur. Ce n'est pas Dieu qui retire à celui qui avait peu reçu, c'est l'Esprit lui-même quiv prodigue et insouciant, ne sait pas conserver ce qu'il ar
et augmenter, en la fécondant, l'obole tombée dans son cœur.
Celui qui ne cultive pas le champ que le travail de son père lui a gagné et dont il hérite, voit ce champ se couvrir d'herbes parasites. Est-ce son père qui lui reprend les recolles qu'il n'a pas voulu préparer? S'il a laissé les graines destinées à produire dans ce champ moisir faute de soin, doit-il accuser son père si elles ne produisent rien? Non, non ; au lieu d'accuser celui qui avait tout préparé pour lui, de reprendre ses dons, qu'il accuse le véritable auteur de ses misères, et qu'alors, repentant et actif, il se mette à l'œuvre avec courage ; qu'il brise le sol ingrat par l'effort de sa volonté ; qu'il le laboure jusqu'au cœur à l'aide du repentir et de l'espérance; qu'il y jette avec confiance la graine qu'il aura choisie bonne entre les mauvaises, qu'il l'arrose de son amour et de sa charité, et Dieu, le Dieu d'amour et de charité, donnera à celui qui a déjà reçu. Alors il verra ses efforts couronnés de succès, et un grain en produire cent, et un autre mille. Courage, laboureurs; prenez vos herses et vos charrues; labourez vos coeurs; arrachez-en l'ivraie ; semez-y le bon grain que le Seigneur vous confie, et la rosée d'amour lui fera porter des fruits de charité. (Un Esprit ami. Bordeaux, 1862.) »
On reconnaît le chrétien a ses œuvres*
4 6. « Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas tous au royaume des cieux, mais celuilà seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. »
Écoutez cette parole du maître, vous tous qui repoussez la doctrine spinte comme une œuvre du démon.
Ouvrez vos oreilles, le moment d'entendre est arrivé.
Suffit-il de porter la livrée du Seigneur pour être un fidèle serviteur? Suffit-il de dire: « Je suis chrétien. » pour suivre Christ ? Cherchez les vrais chrétiens et vous les reconnaîtrez à leurs œuvres. « Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porte* de bons fruits. » — « Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. » Voilà les paroles du maître; disciples de Christ, comprenez-les bien. Quels sont les fruits que doit porter l'arbre du christianisme, arbre puissant dont les rameaux touffus couvrent de leur ombre une partie du monde, mais n'ont pas encore abrité tous ceux qui doivent se ranger autour de lui? Les fruits de l'arbre de vie sont des fruits dévie, d'espérance et de foi. Le christianisme, tel qu'on l'a fait depuk bien des siècles, prêche toujours ces divines vertus; il cherche à répandre ses fruits, mais combien peu les cueillent! L'arbre est toujours bon, mais les jardiniers sont mauvais. Ils ont voulu le façonner à leur idée; ils ont voulu le modeler suivant leurs besoins; ils l'ont taillé, rapetissé, mutilé; ses branches stériles ne portent pas de mauvais fruits, mais elles n'en portent plus. Le voyageur altéré qui s'arrête sous son ombre pour chercher le fruit d'espérance qui doit lui rendre la force et 1er courage, n'aperçoit que des branches arides faisant pressentir la tempête. En vain il demande le fruit de vie à l'arbre de vie: les feuilles tombent desséchées; la main de l'homme lésa tant maniées qu'elle les a brûlées !
Ouvrez donc vos oreilles et vos cœurs, mes bien-aimes ! Cultivez cet arbre de vie dont les fruits donnent la vie éternelle. Celui qui l'a planté vous engage à le soigner avec amour, et vous le verrez porter encore avec
abondance ses fruits divins. Laissez-le tel que Christ vous Ta donué : ne le mutilez pas; son ombre immense veut s'étendre sur l'univers: ne raccourcissez pas ses rameaux. Ses fruits bienfaisants tombent en abondance pour soutenir lé voyageur altéré qui veut atteindre le but; ne les ramassez pas, ces fruits, pour les enfermer et les laisser pourrir afin qu'ils ne servent à aucun. «Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus; » c'est qu'il Tj a des accapareurs pour le pain de vie, comme il y en a souvent pour le pain matériel. Ne vous rangez pas de ce nombre; l'arbre qui porte de bons fruits doit les répandre pour tous. Allez donc chercher ceux qui sont altérés; amenez-les sous les rameaux de l'arbre et partagez avec eux l'abri qu'il vous offre. — « On ne cueille pas de raisins sur les épines. » Mes frères, éloignez-vous donc de ceux qui vous appellent pour vous présenter les ronces du chemin, et suivez ceux qui vous conduisent à l'ombre de l'arbre de vie.
Le divin Sauveur, le juste par excellence, l'a dit, et ses paroles ne passeront pas : « Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais ceux-là seuls qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux. »
Que le Seigneur de bénédiction vous bénisse; que le Dieu de lumière vous éclaire; que l'arbre de vie répande sur vous ses fruits avec abondance! Croyez et priez. (Siméon, Bordeaux, 1863.)
ÏS.
Puissance de la foi. — La foi religieuse. Condition de la foi inébranlable. — Parabole du figuier desséché. — Instructions des Esprits : La foi mère de l'espérance et de la charité. — La foi divine et la foi humaine.
Puissance de la foi.
1 . Lorsqu'il fut venu vers le peuple, un homme s'approcha de lui, qui se jeta à genoux à ses pieds, et lui dit : Seigneur, ayez pitié de mon fils, qui est lunatique, et qui souffre beaucoup, car il tombe souvent dans le feu et souvent dans l'eau. Je l'ai présenté à vos disciples, mais ils n'ont pu le guérir. — Et Jésus répondit en disant : 0 race incrédule et dépravée, jusqu'à quand serai-je avec vous? jusqu'à quand vous souffrirai-je ? Amenez-moi ici cet enfant. — Et Jésus ayant menacé le démon, il sortit de l'enfant, lequel fut guéri au même instant. — Alors les disciples vinrent trouver Jésus en particulier, et lui dirent : Pourquoi n'avons-nous pu, nous autres, chasser ce démon ? — Jésus leur répondit .: C'est à cause de votre incrédulité. Car je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transportetoi d'ici là, et elle s'y transporterait, et rien ne vous serait impossible. (Saint Matthieu, ch. xvn, v. de 14 à 19.)
2. Au sens propre, il est certain que la confiance en ses propres forces rend capable d'exécuter des choses matérielles qu'on ne peut faire quand on doute de soi; mais ici c'est uniquement dans le sens moral qu'il faut entendre ces paroles. Les montagnes que la foi soulève
sont les difficultés, les résistances, le mauvais vouloir, en un mot, que l'on rencontre parmi les hommes, alors même qu'il, s'agit des meilleures choses; les préjugés de la routine, l'intérêt matériel, l'égoïsme, l'aveuglement du fanatisme, les passions orgueilleuses sont autant de montagnes qui barrent le chemin de quiconque travaille au progrès de l'humanité. La foi robuste donne la persévérance, l'énergie et les ressources qui font vaincre les obstacles, dans les petites choses comme dans les grandes; celle qui est chancelante donne l'incertitude, l'hésitation dont profitent ceux que l'on veut combattre; elle ne cherche pas les moyens de vaincre, parce qu'elle ne croit pas pouvoir vaincre.
3. Dans une autre acception la foi se dit de la confiance que l'on a dans l'accomplissement d'une chose, de la certitude d'atteindre un but; elle donne une sorte de lucidité qui fait voir, dans la pensée, le terme vers lequel on tend et les moyens d'y arriver, de sorte que celui qui la possède marche pour ainsi dire à coup sûr. Dans l'un et l'autre cas elle peut faire accomplir de grandes choses.
La foi sincère et vraie est toujours calme; elle donne îa patience qui sait attendre, parce qu'ayant son point d'appui sur l'intelligence et la compréhension des choses, elle est certaine d'arriver; la foi douteuse sent sa propre faiblesse; quand elle est stimulée par l'intérêt, elle devient furibonde, et croit suppléer à la force par la violence. Le calme dans la lutte est toujours un signe de force et de confiance; la violence, au contraire, est une preuve de faiblesse et de doute de soimême.
4. Il faut se garder de confondre la foi avec la présomption. La vraie foi s'allie à l'humilité; celui qui la possède met sa confiance en Dieu plus qu'en lui-même, parce qu'il sait que, simple instrument de la volonté de Dieu, il ne peut rien sans lui; c'est pourquoi les bons Esprits lui viennent en aide. La présomption est moins la foi que l'orgueil, et l'orgueil est toujours châtié tôt ou tard par la déception et les échecs qui lui sont infligés.
5. La puissance de la foi reçoit une application directe et spéciale dans l'action magnétique; par elle l'homme agit sur le fluide, agent universel; il en modifie les qualités, et lui donne une impulsion pour ainsi dire irrésistible. C'est pourquoi celui qui, à une grande puissance fluidique normale, joint une foi ardente, peut; par la seule volonté dirigée vers le bien, opérer ces phénomènes étranges de guérisons et autres qui jadis passaient pour des prodiges, et ne sont cependant que les conséquences d'une loi naturelle. Tel est le motif pour lequel Jésus dit à ses apôtres : si vous n'avez pas guéri, c'est que vous n'aviez pas la foi.
]La fol religieuse. Condition de la foi inébranlable.
6. Au point de vue religieux, la foi est la croyance dans les dogmes particuliers, qui constituent les différentes religions; toutes les religions ont leurs articles de foi. Sous ce rapport, la foi peut être raisonnée ou aveugle. La foi aveugle n'examinant rien, accepte sans contrôle le faux comme le vrai, et se heurte â chaque pas contre l'évidence et la raison; poussée à
l'excès, elle produit le fanatisme. Quand la foi repose sur Terreur, elle se brise tôt ou tard; celle qui a pour base la vérité est seule assurée de l'avenir, parce qu'elle n'a rien à redouter du progrès des lumières, attendu que ce qui est vrai dans l'ombre, l'est également au grand jour. Chaque religion prétend être en possession exclusive de la vérité; préconiser la foi aveugle sur m point de croyance, c'est avouer son impuissance à démontre:' quon a raison,
7. On dit vulgairement que la foi ne se commande pas, de là beaucoup de gens disent que ce n'est pas leur faute s'ils n'ont pas la foi. Sans doute la foi ne se commande pas, et ce qui est encore plus juste : la foi ne s impose pas. Non, elle ne se commande pas, mais elle s'acquiert, et il n'est personne à qui il soit refusé de la posséder, même parmi les plus réfractaires. Nous parlons des vérités spirituelles fondamentales, et non de telle ou telle croyance particulière. Ce n'est pas à la foi à aller à eux, c'est à eux à aller au-devant de la foi, et s'ils la cherchent avec sincérité, ils la trouveront. Tenez donc pour certain que ceux qui disent : « Nous ne demanderions pas mieux que de croire, mais nous ne le pouvons pas, » le disent des lèvres et non du cœur, car en disant cela ils se bouchent les oreilles. Les preuves cependant abondent autour d'eux; pourquoi donc refusent- ils de les voir? Chez les uns c'est insouciance; chez d'autres la crainte d'être forcés de changer leurs habitudes ; chez la plupart c'est l'orgueil qui refuse de reconnaître une puissance supérieure, parce qu'il leur faudrait s' in cliner devant elle.
Chez certaines personnes, la foi semble en quelque sorte innée; une étincelle suffit pour la développer.
Cette facilité à s'assimiler les vérités spirituelles est un signe évident de progrès antérieur; chez d'autres, au contraire, elles ne pénètrent qu'avec difficulté, signe non moins évident d'une nature en retard. Les premières ont déjà cru et compris; elles apportent eu renaissant l'intuition de ce qu'elles ont su : leur éducation est faite; les secondes ont tout à apprendre : leur éducation est à faire; elle se fera, et si elle n'est pas terminée dans cette existence, elle le seça dans une autre.
La résistance de l'incrédule, il faut en convenir, tient souvent moins à lui qu'à la manière dont on lui présente les choses. A la foi il faut une base, et cette base c'est l'intelligence parfaite de ce que l'on doit croire; pour croire il ne suffit pas de voir, il faut surtout comprendre, La foi aveugle n'est plus de ce siècle; or, c'est précisément le dogme de la foi aveugle qui fait aujourd'hui le plus grand nombre des incrédules, parce qu'elle veut s'imposer, et qu'elle exige l'abdication d'une des plus précieuses prérogatives de l'homme : le raisonnement et le libre arbitre. C'est cette foi contre laquelle surtout se roidit l'incrédule, et dont il est vrai de dire qu'elle ne se commande pas; n'admettant pas de preuves, elle laisse dans l'esprit un vague d'où naît le doute. \.a foi raisonnée, celle qui s'appuie sur les faits et la logique, ne laisse après elle aucune obscurité; on croit, parce qu'on est certain, et l'on n'est certain que lorsqu'on a compris; voilà pourquoi elle ne fléchit pas; car il ri y a de foi inébranlable que celle qui peut regarder la raison face à face à tous les âges de l'humanité.
C'est à ce résultat que conduit le spiritisme, aussi triomphe-t-il de l'incrédulité toutes les fois qu'il ne rencontre pa* d'opposition systématique et intéressée.
Parabole du figuier desséché.
8. Lorsqu'ils sortaient de Béthanie, il eut faim ; — et voyant de loin un figuier, il alla pour voir s'il pourrait y trouver quelque chose, et s'en étant approché, il n'y trouva que des feuilles, car ce n'était pas le temps des figues. — Alors Jésus dit au figuier : Que nul ne mange de toi aucun fruit ; ce que ses disciples entendirent. — Le lendemain ils virent en passant le figuier qui était devenu sec jusqu'à la racine. — Et Pierre, se souvenant de la parole de Jésus, lui dit : Maître, voyez comme le figuier que vous avez maudit est devenu sec. — Jésus, prenant la parole, leur dit : Ayez la foi en Dieu. — Je vous dis en vérité, que quiconque dira à cette montagne : Ote-toi de là et te jette dans la mer, et cela sans hésiter dans son cœur, mais croyant fermement que tout ce qu'il aura dit arrivera, il le verra en effet arriver. (Saint Marc, ch. xi, v. 12, 13, 14, et de 20 à 23.)
9. Le figuier desséché est le symbole des gens qui n'ont que les apparences du bien, mais en réalité ne produisent rien de bon; des orateurs qui ont plus de brillant que de solidité ; leurs paroles ont le vernis de la surface; elles plaisent aux oreilles, mais quand on les scrute, on n'y trouve rien de substantiel pour le cœur; après les avoir entendues, on se demande quel profit on en a retiré.
C'est encore l'emblème de tous les gens qui ont les moyens d'être utiles et ne le sont pas; de toutes les utopies, de tous les systèmes vides, de toutes les doctrines sans base solide. Ce qui manque, la plupart du temps, c'est la vraie foi, la foi féconde, la foi qui remue les fibres du cœur, en un mot la foi qui transporte les montagnes. Ce sont des arbres qui ont des feuilles, mais point de fruits; c'est pourquoi Jésus les condamne à la
i88 CHAPITRE XIX.
stérilité, car un jour viendra où ils seront desséchés jusqu'à la racine; c'est-à-dire que tous les systèmes, toutes les doctrines qui n'auront produrt aucun bien pour l'humanité, tomberont dans le néant; que tous les hommes volontairement inutiles, faute d'avoir mis en œuvre les ressources qui étaient en eux, seront traités comme le figuier desséché.
iO. Les médiums sont les interprètes des Esprits; ils suppléent aux organes matériels qui manquent à ceux-ci pour nous transmettre leurs instructions; c'est pourquoi ils sont doués de facultés à cet effet. En ces temps de rénovation sociale, ils ont une mission particulière; ce sont des arbres qui doivent donner la nourriture spirituelle à leurs frères ; ils sont multipliés, pour que la nourriture soit abondante; il s'en trouve partout, dans toutes les contrées, dans tous les rangs de la société, chez les riches et chez les pauvres, chez les grands et chez les petits, afin qu'il n'y ait point de déshérités, et pour prouver aux hommes que tous sont appelés. Mais s'ils détournent de son but providentiel la faculté précieuse qui leur est accordée, s'ils la font servir à des choses futiles ou nuisibles, s'ils la mettent au service des intérêts mondains, si au lieu de fruits salutaires ils en donnent de malsains, s'ils refusent de la rendre profitable pour les autres, s'ils n'en tirent pas profit pour eux-mêmes en s'améliorant, ils sont comme le figuier stérile; Dieu leur retirera un don qui devient inutile entre leurs mains : la semence qu'ils ne savent pas faire fructifier, et les laissera devenir la proie des mauvais Esprits.
INSTRUCTIONS DES ESPRITS
l,a foi mère de l'espérance et de la charité*
11. La foi, pour être profitable, doit être active; elle ne doit pas s'engQurdir. Mère de toutes les vertus qui conduisent à Dieu, elle doit veiller attentivement au développement des filles qu'elle enfante.
L'espérance et la charité sont une conséquence de la foi; ces trois vertus sont une trinité inséparable. N'estce pas la foi qui donne l'espoir de voir accomplir les promesses du Seigneur; car si vous n'avez pas la foi, qu'attendrez-vous? N'est-ce pas la foi qui donne l'amour; car si vous n'avez pas la foi, quelle reconnais sance aurez-vous, et par conséquent quel amour?
La foi, divine inspiration de Dieu, éveille tous les nobles instincts qui conduisent l'homme au bien ; c'est la base de la régénération. Il faut donc que cette base soit forte et durable, car si le moindre doute vient l'ébranler, que devient l'édifice que vous construisez dessus? Élevez donc cet édifice sur des fondations inébranlables; que votre foi soit plus forte que les sophismes et, les railleries des incrédules, car la foi qui ne brave pas le ridicule des hommes n'est pas la vraie foi
La foi sincère est entraînante et cpntagieuse; elle se communique à ceux qui ne l'avaient pas, ou même ne voudraient pas l'avoir; elle trouve des paroles persuasives qui vont à l'âme, tandis que la foi apparente n'a que des paroles sonores qui laissent froid et indifférent. Prêchez par l'exemple de votre foi pour en donner aux hommes; prêchez par l'exemple de vos œuvres
pour leur faire voir le mérite de la foi; prêchez par votre espoir inébranlable pour leur faire voir la confiance qui fortifie et met à même de braver toutes les vicissitudes de la vie.
Ayez donc la foi dans tout ce quelle a de beau et de bon, dans sa pureté, dans son raisonnement. N'admettez pas la foi sans contrôle, fille aveuglé* de l'aveuglement. Aimez Dieu, mais sachez pourquoi vous l'aimez; croyez en ses promesses, mais sachez pourquoi vous y croyez; suivez nos conseils, mais rendez-vous compte du but que nous vous montrons et des moyens que nous vous apportons pour l'atteindre. Croyez et espérez sans jamais faiblir: les miracles sont l'œuvre de la foi. (Joseph, Esprit protecteur. Bordeaux, 4 862.)
ï^a foi div3nc et la foi 2sBanîssîeïe.
42. La foi est le sentiment inné en l'homme dé ses destinées futures; c'est la conscience efu'il a des facultés immenses dont le germe a été déposé chez lui, à l'état latent d'abord, et qu'il doit faire éclore et grandir par sa volonté agissante.
Jusqu'à présent -la foi u'a été comprise que sous le côté religieux, parce que le Christ l'a préconisée comme levier puissant, et que Ton n'a vu en lui que le chef d'une religion. Mais le Christ, qui a accompli des miracles matériels, a montré, par ces miracles mêmes, ce que peut l'homme quand il a la foi, c'est-à-dire la volonté de vouloir, et la certitude que cette volonté peut recevoir son accomplissement. Les apôtres, à son exemple, n'ontils pas aussi fait des miracles? Or, qu'étaient ces miracles, sinon des effets naturels dont la cause était inconnue aux hommes d'alors, mais qu'on s'explique en
grande partie aujourd'hui, et que l'on comprendra complètement par l'étude du spiritisme et du magnétisme?
La foi est humaine ou divine, selon que l'homme applique ses facultés aux besoins terrestres ou à ses aspirations célestes et futures. L'homme de génie qui poursuit la réalisation de quelque grande entreprise réussit s'il a la foi, parce qu'il sent en lui qu'il peut et doit arriver, et cette certitude lui donne une force immense. L'homme de bien qui, croyant à son avenir céleste, veut remplir sa vie de npbles et belles actions, puise dans sa foi, dans la certitude du bonheur qui l'attend, la force nécessaire, et là encore s'accomplissent des miracles de charité, de dévoûment et d'abnégation. Enfin, avec la foi, il n'est pas de mauvais penchants qu'on ne parvienne à vaincre.
Le magnétisme est une des plus grandes preuves de la puissance de la foi mise en action; c'est par la foi qu'il guérit et produit ces phénomènes étranges qui jadis étaient qualifiés de miracles.
Je le répète, la foi est humaine et divine; si tous les incarnés étaient bien persuadés de la force qu'ils ont en eux, et s'ils voulaient mettre leur volonté au service de cette force, ils seraient capables d'accomplir ce que, jusqu'à présent, on a appelé des prodiges, et qui n'est simplement qu'un développement des facultés humaines. (Un Esprit protecteur. Paris, 4863.)
Instructions des Esprits : Les derniers seront les premiers. — Mission des spirites. — Les ouvriers du Seigneur,
i . Le royaume des cieux est semblable à un père de famille, qui sortit dès le grand matin, afin de louer des ouvriers pour travailler à sa vigne ; — étant convenu avec les ouvriers qu'ils auraient un denier pour leur journée, il les envoya à la vigne. — Il sortit encore sur la troisième heure du jour, et en ayant vu d'autres qui se tenaient dans la place sans rien faire, — il leur dit : Allez-vous-en aussi, vous autres, à ma vigne, et (je vous donnerai ce qui sera raisonnable ; — et ils s'en allèrent. Il sortit encore sur la sixième et sur la neuvième heure du jour, et fit la même chose. — Et étant sorti sur la onzième heure, il en trouva d'autres qui étaient là sans rien faire, auxquels il dit : Pourquoi demeurez-vous là tout le long du jour sans travailler? — C'est, lui dirent-ils, que personne ne nous a loués, et il leur dit : Allez-vous-en aussi, vous autres, à ma vigne.
Le soir étant venu, le maître de la vigne dit à celui qui avait le soin de ses affaires : Appelez les ouvriers, et payez-les, en commençant depuis les derniers jusqu'aux premiers. — Ceux donc qui n'étaient venus à la vigne que vers la onzième heure s'étant approchés, reçurent chacun un denier. — Ceux qui avaient été loués les premiers venant à leur tour, crurent qu'on leur donnerait davantage, mais ils ne reçurent non plus qu'un denier chacun ; — et en le recevant ils murmuraient contre le père de famille, — en disant : Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure et vous les rendez égaux à nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur.
Mais pour réponse il dit à l'un d'eux : Mon ami, je ne vous
fais point de tort; n'ètes-vous pas convenu avec moi d'un denier pour votre journée? Prenez ce qui vous appartient, et vous en allez; pour moi, je veux donner à ce dernier autant qu'à vous. — Ne m'est-il donc pas permis de faire ce que je veux? et votre œil est-il mauvais, parce que je suis bon ? ,
Ainsi, les derniers seront les premiers, et les premiers seront les \ derniers, parce qu'il y en a beaucoup d'appelés et peu d'élus. (Saint Matthieu, ch. xx, v. de 1 à 16. Voir aussi : Parabole du festin de noces, ch. xvm, n° 1.)
INSTRUCTIONS DES ESPRITS, lies derniers seront les premiers.
2. L'ouvrier de la dernière heure a droit au salaire, mais il faut que sa bonne volonté l'ait tenu à la disposition du maître qui devait l'employer, et que ce retard ne soit pas le fruit de sa paresse ou de sa mauvaise volonté. Il a droit au salaire, parce que, depuis l'aube, il attendait impatiemment celui qui, enfin, l'appellerait à l'œuvre; il était laborieux, l'ouvrage seul lui manquait.
Mais s'il avait refusé l'ouvrage à chaque heure du jour; s'il avait dit: Prenons patience, le repos m'est doux; quand la dernière heure sonnera, il sera temps.de penser au salaire de la journée. Qu'ai-je besoin de me déranger pour un maître que je ne connais pas, que je n'aime pas! Le plus tard sera le mieux. Celui-là, mes amis, n'eût pas trouvé le salaire de l'ouvrier, mais celui de la paresse.
Que sera-ce donc de celui qui, au lieu de rester simplement dans l'inaction, aurya employé les heures destinées au labeur du jour à commettre des actes coupables; qui aura blasphémé Dieu, versé le sang de ses frères, jeté le trouble daps les familles, ruiné les hommes con-
fiants, abusé de l'innocence, qui se sera enfin vautré dans foutes les ignominies de l'humanité; que sera-ce donc de celui-là? Lui suffira-t-il de dire à la dernière heure : Seigneur, j'ai mal employé mon temps; prenezmoi jusqu'à la fin du jour, que je fasse un peu, bien-peu de ma tâche, et donnez-moi le salaire de l'ouvrier de bonne volonté? Non, non; le maître lui dira : Je n'ai point d'ouvrage pour toi quant à présent; tu as gaspillé ton temps; tu as oublié ce que tu avais appris, tu ne sais plus travailler à ma vigne. Recommence donc à apprendre, et lorsque tu seras mieux disposé, tu viendras vers moi, je t'ouvrirai mon vaste champ, et tu pourras y travailler à toute heure du jour.
Bons spirites, mes bien-aimés, vous êtes tous des ouvriers de la dernière heure. Bien orgueilleux serait celui qui dirait : J'ai commencé l'œuvre à l'aurore et ne ia terminerai qu'au déclin du jour. Tous vous êtes venus quand vous avez été appelés, un peu plus tôt, un peu plus tard, pour l'incarnation dont vous portez la chaîne; mais depuis combien de siècles entassés le maître ne vous a-t-il pas appelés à sa vigne sans que vous ayez voulu y entrer ! Vous voilà au moment de toucher le salaire; employez bien cette heure qui vous reste, et n'oubliez jamais que votre existence, si longue qu'elle vous paraisse, n'est qu'un moment bien fugitif dans l'immensité des temps qui forment pour vous l'éternité. (Constantin, Esprit protecteur. Bordeaux, 1863.)
3. Jésus affectionnait la simplicité des symboles, et, dans son mâle langage, les ouvriers arrivés à la première heure sont les" prophètes, Moïse, et tous les initiateurs qui ont marqué les étapes du progrès, conti-. nuées à travers les siècles par les apôtres, les martyrs.
les Pères de l'Eglise, les savants, les philosophes, et enfin les spirites. Ceux-ci, venus les derniers, ont été annoncés et prédits dès l'aurore du Messie, et ils recevront la même récompense ; que dis-je ? une plus haute récompense. Derniers venus, les spirites profitent des labeurs intellectuels de leurs devanciers, parce que l'homme doit hériter de l'homme, et que ses travaux et leurs résultats sont collectifs : Dieu bénit la solidarité. Beaucoup d'entre eux revivent d'ailleurs aujourd'hui, ou revivront demain, pour achever l'œuvre qu'ils ont commencée jadis; plus d'un patriarche, plus d'un prophète, plus d'un disciple du Christ, plus d'un propagateur de la foi chrétienne se retrouvent parmi eux, mais plus éclairés, plus avancés, travaillant, non plus à la base, mais au couronnement de l'édifice; leur salaire sera donc proportionné au mérite de l'œuvre.
La réincarnation, ce beau dogme, éternise et précise la filiation spirituelle. L'Esprit, appelé à rendre compte de son mandat terrestre, comprend la continuité de la tâche interrompue, mais toujours reprise; il voit, il sent qu'il a saisi au vol la pensée de ses devanciers ; il rentre dans la lice, mûri par l'expérience, pour avancer encore; et tous, ouvriers delà première et de la dernière heure, les yeux dessillés sur la profonde justice de Dieu, ne murmurent plus et adorent.
Tel est un des vrais sens de cette parabole qui renferme, comme toutes celles que Jésus a adressées au peuple, le germe de l'avenir, et aussi, sous toutes les formes, sous toutes les images, la révélation de cette magnifique unité qui harmonise toutes choses dans l'univers, de cette solidarité qui relie tous les êtres présents au passé et à l'avenir. (Henri Heine, Paris, 4863.)
Mission des spirltes.
4. N'entendez-vous pas déjà fermenter la tempête qui doit emporter le vieux monde et engloutir dans le néant la somme des iniquités terrestres? Ah! bénissez le Seigneur, vous qui avez mis votre foi en sa souveraine justice, et qui, nouveaux apôtres de la croyance révélée par les voix prophétiques supérieures, allez prêcher le dogme nouveau de la réincarnation et de l'élévation des Esprits, suivant qu'ils ont bien ou mal accompli leurs missions, et supporté leurs épreuves terrestres.
Ne tremblez plus f les langues de feu sont sur vos têtes. 0 vrais adeptes du Spiritisme, vous êtes les élus de Dieu ! Allez et prêchez la parole divine. L'heure est venue où vous devez sacrifier à sa propagation vos habitudes, vos travaux, vos occupations futiles. Allez et prêchez: les Esprits d'en haut sont ave& vous. Certes vous parlerez à des gens qui ne voudront point écouter la voix de Dieu, parce que cette voix les rappelle sans cesse à l'abnégation; vous prêcherez le désintéressement aux avares, l'abstinence aux débauchés, la mansuétude aux tyrans domestiques comme aux despotes : paroles perdues, je le sais; mais qu'importe! Il faut arroser de vos sueurs le terrain que vous devez ensemencer, car il ne fructifiera et ne produira que sous les efforts réitérés de la bêche et de la charrue évangéliques. Allez et prêchez I
Oui, vous tous, hommes de bonne foi, qui croyez à votre infériorité en regardant les mondes espacés dans l'infini, partez en croisade contre l'injustice et l'iniquité. Allez et renversez ce culte du veau d'or, chaque
LfeS OUVRIERS DE LA DERNIÈRE HEURE. 297
jour de plus en plus envahissant. Allez, Dieu vous conduit! Hommes simples et ignorants, vos langues seront déliées, et vous parlerez comme aucun orateur ne parle. Allez et prêchez, et les populations attentives recueilleront avec bonheur vos paroles de consolation, de fraternité, d'espéran'ce et de paix.
Qu'importent les embûches qui seront jetées sur votre chemin! les loups seuls se prendront aux pièges à loup, car le pasteur saura défendre ses brebis contre les bouchers sacrificateurs.
Allez, hommes grands devant Dieu, qui, plus heureux que saint Thomas, croyez sans demander à voir, et acceptez les faits de la médiumnité quand même vous n'avez jamais réussi à en obtenir vous-mêmes; allez, l'Esprit de Dieu vous conduit.
Marche donc en avant, phalange imposante par ta foi! et les gros bataillons des incrédules s'évanouiront devant toi comme les brouillards du matin aux premiers rayons du soleil levant.
La foi est la vertu qui soulèvera les montagnes, vous a dit Jésus; mais plus lourdes que les plus lourdes montagnes gisent dans le cœur des hommes l'impureté et tous les vices de l'impureté. Partez donc avec courage pour soulever cette montagne d'iniquités que les générations futures ne doivent connaître qu'à l'état de légende, comme vous ne connaissez vous-mêmes que très imparfaitement la période des temps antérieurs à la civilisation païenne.
Oui, les bouleversements moraux et philosophiques vont éclater sur tous les points du globe; l'heure approche où la lumière divine apparaîtra sur les deux mondes.
Ec» ouvriers du Seigneur.
5. Vous touchez au temps de l'accomplissement des choses annoncées pour la transformation de l'humanité; heureux seront ceux qui auront travaillé au champ du Seigneur avec désintéressement et sans autre mobile que la charité ! Leurs journées de travail seront payées au centuple de ce qu'ils auront espéré. Heureux seront ceux qui auront dit à leurs frères : « Frères, travaillons ensemble, et unissons nos efforts afin que le maître trouve l'ouvrage fini à son arrivée, » car le maître leur dira : « Venez à moi, vous qui êtes de bons serviteurs, vous qui avez fait taire vos jalousies et vos discordes pour ne pas laisser l'ouvrage en souffrance! » Mais malheur à ceux qui, par leurs dissensions, auront retardé l'heure de la moisson, car l'orage viendra et ils seront emportés par le tourbillon ! Ils crieront : « Grâce ! grâce ! » Mais le Seigneur leur dira : « Pourquoi demandez-vous grâce, vous qui n'avez pas eu pitié de vos frères, et qui avez refusé de leur tendre la main, vous qui avez écrasé le faible au lieu de le soutenir ? Pourquoi demandez-vous grâce, vous qui avez cherché votre récompense dans les joies de la terre et dans la satisfaction de votre orgueil? Vous l'avez déjà reçue, votre récompense, telle que vous l'avez voulue; n'en demandez pas davantage : les récompenses célestes sont pour ceux qui n'auront pas demandé les récompenses de la terre. »
Dieu fait en ce moment le dénombrement de ses serviteurs fidèles, et il a marqué de son doigt ceux qui n'ont que l'apparence du dévoûment, afin qu'ils n'usurpent pas le salaire des serviteurs courageux, car c'est
à ceux qui ne reculeront pas devant leur tâche qu'il va confier les posteâ-les plus difficiles dans la grande œuvre de la régénération par le spiritisme, et cette parole s'accomplira : << Les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers dans le royaume des cieuxl » (L'Esprit de vérité. Paris, 1862.)
On connaît l'arbre à son fruit. — Mission des prophètes. — Prodiges des faux prophètes. — - Ne croyez point à tous les Esprits. — Instructions des Esprits : Les faux prophètes. — Caractères du vrai prophète. — Les faux prophètes de Terraticilé. — Jérémie et les faux prophètes.
On connaît l'arbre a son fruit.
i. L'arbre qui produit de mauvais fruits n'est pas bon, et l'arbre qui produit de bons fruits n'est pas mauvais ; — car chaque arbre se connaît à son propre fruit. On ne cueille point de figues sur des épines, et l'on ne coupe point de grappes de raisin sur des ronces. — L'homme de bien tire de bonnes choses du bon trésor de son cœur, et le méchant en tire de mauvaises du mauvais trésor de son cœur; car la bouche parle de la plénitude du cœur. (Saint Luc, ch. vi, v. 43, 44. 45.)
2. Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous couverts de peaux de brebis, et qui au dedans sont des loups ravisseurs. — Vous les connaîtrez par leurs fruits. Peut-on cueillir des raisins sur des épines ou des figues sur des ronces ? — Ainsi tout arbre qui est bon produit de bons fruits, et tout arbre qui est mauvais produit de mauvais fruits. — Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, et un mauvais arbre ne peut en produire de bons. — Tout arbre qui ne produit point de bons fruits sera coupé et jeté au feu. — Vous les connaîtrez donc à leurs fruits. (Saint Matthieu, ch. vn, v. \'6 à 20.)