Quiconque aura quitté pour mon nom sa maison, ou ses
« Et Jacob aima aussi Rachel plus que Lia, et Jehova voyant que Lia était haïe.., » 11 est évident que le véritable sens est moins aimée ; c'est ainsi qu'il faut traduire. Dans plusieurs autres passages hébraïques, et surtout syriaques, le même verbe est employé dans le sens de ne pas aimer autant qu'un autre, et l'on ferait un contresens en traduisant par haïr, qui a une autre acception bien déterminée. Le texte de saint -Matthieu lève d'ailleurs toute difliculté.
[Note de M. Pezzani.)
frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, en recevra le centuple, et aura pour héritage la vie éternelle. (Saint Matthieu, ch. xix, v. 29.)
5. Alors Pierre lui dit : Pour nous, vous voyez que nous avons tout quitté, et que nous vous avons suivi. — Jésus leur dit : Je vous dis en vérité, personne ne quittera pour le royaume de Dieu, ou sa maison, ou son père et sa mère, ou ses frères, ou sa femme, ou ses enfants, — qui ne reçoive dès ce monde beaucoup davantage, et dans le siècle à venir la vie éternelle. (Saint Luc, ch. xvm, v. 28, 29, 30.)
6. Un autre lui dit : Seigneur, je vous suivrai : mais permettez-moi de disposer auparavant de ce que j'ai dans ma maison. — Jésus lui répondit : Quiconque, ayant la main à la charrue, regarde derrière lui, n'est pas propre au royaume de Dieu. (Saint Luc, chap. ix, v. 61, 62).
Sans discuter les mots, il faut ici chercher la pensée^ qui était évidemment celle-ci : « Les intérêts de la vie future l'emportent sur tous les intérêts et toutes les considérations humaines, » parce qu'elle est d'accord avec le fond de la doctrine de Jésus, tandis que l'idée d'un renoncement à sa famille en serait la négation.
N'avons-nous pas d'ailleurs sous nos yeux l'application de ces maximes dans le sacrifice des intérêts et des affections de famille pour la patrie? Blâme-t-on un fils de quitter son père, sa -mère, ses frères, sa femme, ses enfants, pour marcher à la défense de son pays? Ne lui fait-on pas au contraire un mérite de s'arracher aux douceurs du foyer domestique, aux étreintes de Famitié, pour accomplir un devoir? Il y a donc des devoirs qui l'emportent sur d'autres devoirs. La lai ne fait-elle pas une obligation à la fille de quitter .ses parents pour suivre son époux? Le monde fourmille de cas où les
séparations les plus pénibles sont nécessaires ; mais les affections n'en sont pas brisées pour cela ; l'éloignement ne diminue ni le respect, ni la sollicitude que Ton doit à ses parents, ni la tendresse pour ses enfants. On voit donc que, même prises à la lettre, sauf le mot haïr, ces paroles ne seraient pas la négation du commandement qui prescrit d'honorer son père et sa mère, ni du sentiment de tendresse paternelle, à plus forte raison si Ton en prend l'esprit. Elles avaient pour but de montrer, par une hyperbole combien était impérieux le devoir de s'occuper de la vie future. Elles devaient d'ailleurs être moins choquantes chez un peuple et à une époque où, par suite des mœurs, les liens de famille avaient moins de farce que dans une civilisation morale plus avancée; ces liens, plus faibles chez les peuples primitifs, se fortifient avec le développement de la sensibilité et du sens moral. La séparation même est nécessaire au progrès; il en est des familles comme des races ; elles s'abâtardissent s'il n'y a pas croisement, si elles ne se greffent pas les unes sur les autres ; c'est une loi de nature autant dans l'intérêt du progrès moral que dans celui du progrès physique.
Les choses né sont envisagées ici qu'au point de vue terrestre; le spiritisme nous les fait voir de plus haut, en nous montrant que les véritables liens d'affection sont ceux de l'Esprit et non ceux du corps ; que ces liens ne sont brisés ni par la séparation, ni même par la mort du corps; qu'ils se fortifient dans la vie spirituell par l'épuration de l'Esprit; vérité consolante qui donne une grande force pour supporter les vicissitudes' de la vie. (Ci), iv, n° 18; ch. xrv, n° 8.)
I al**ez aux morts le soin d'eusevelir leurs morts.
7. Il dit à un autre: Suivez-moi; et il lui répondit : Seigneur, permettez-moi d'aller auparavant ensevelir mon père. — Jésus lui répondit : Laissez aux morts le soin d'ensevelir leurs nforts; mais pour vous, allez annoncer le royaume de Dieu. (Saint Luc, ch. ix, v.W, 60.)
8. Que peuvent signifier ces paroles: « Laissez aux morts le soin d'ensevelir leurs morts? » Les considérations qui précèdent montrent d'abord que, dans la circonstance où elles ont été prononcées, elles ne pouvaient exprimer un blâme contre celui qui regardait comme un devoiï de piété filiale d'aller ensevelir son père; mais elles renferment un sens profond qu'une connaissance plus complète de la vie spirituelle pouvait seule faire comprendre.
La vie spirituelle, en effet, est la véritable vie; c'est la vie normale de l'Esprit; son existence terrestre n'est que transitoire et passagère; c'est une sorte de mort si on la compare à la splendeur et à l'activité de la vie spirituelle. Le corps n'est qu'un vêtement grossier que revêt momentanément l'Esprit, véritable chaîne qui l'attache à la glèbe de la terre et dont il est heureux d'être délivré. Le respect que l'on a pour les morts ne s'attache pas à la matière, mais, par le souvenir, à l'Esprit absent; il est analogue à celui que l'on a pour les objets qui lui ont appartenu, qu'il a touchés, et que ceux qui l'affectionnent gardent comme des reliques. C'est ce que cet homme ne pouvait comprendre de luimême; Jésus le lui apprend en lui disant: Ne vous inquiétez pas du corps, mais songez plutôt à l'Esprit; allez enseigner le royaume de Dieu; allez dire aux hommes
3îfi CHAPITRE XXIII.
que leur patrie n'est pas sur la terre, mais dans le cielr car là seulement est la véritable vie.
Je ne suis pas venu pour apporter la paix, niais
la division.'
9. Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée ; — car je suis venu séparer l'homme d'avec son père, la fille d'avec sa mère, et la belle-fille d'avec sa belle-mère ; — et l'homme aura pour ennemis ceux de sa maison. (Saint Matthieu, ch. x, v. 34, 35, 36.)
10. Je suis venu pour jeter le feu dans la terre; et que dé~ siré-je, sinon qu'il s'allume? — Je dois être baptisé d'un baptême, et combien je me sens pressé qu'il s'accomplisse !
Croyez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, je vous assure, mais au contraire la division ; — car désormais s'il se trouve cinq personnes dans une maison, elles seront divisées les unes contre les autres : trois contre deux et deux contre trois. — Le père sera en division avec le fils, et le fils avec le père ; la mère avec la fille, et la fille avec la mère; la belle-mère avec la belle-fille, et la belle-fille avec la bellemère. (Saint Luc, ch. xn, v. de 49 à 53. )
\ 4 . Est-ce bien Jésus, la personnification de la douceur et de la bonté, lui qui n'a cessé de prêcher l'amour du prochain, qui a pu dire: Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée; je suis venu séparer le fils du .père, l'époux de l'épouse; je suis venu jeter le feu sur la jterre, et j'ai hâte qu'il s'allume f Ces paroles ne sontelles pas en contradiction flagrante avec son enseignement? N'y a-t-il pas blasphème à lui attribuer le langage d'un conquérant sanguinaire et dévastateur? Non, il n'y a ni blasphème ni contradiction dans ces paroles, car c'est bien lui qui les a prononcées, et elles témoi-
gnent de sa haute sagesse; seulement la forme un peu équivoque ne rend pas exactement sa pensée, ce qui fait qu'on s'est mépris sur leur sens véritable; prises à la lettre, elles tendraient à transformer sa mission toute pacifique en une mission de troubles et de discordes, conséquence absurde que le bon sens fait écarter, car Jésus ne pouvait se démentir. (Ch. xiv, n° 6.)
12. Toute idée nouvelle rencontre forcément de l'opposition, et il n'en est pas une seule qui se soit établie sans luttes ; or, en pareil cas, la résistance est toujours en raison de l'importance des résultats prévus, parce que plus elle est grande, plus elle froisse d'intérêts. Si elle est notoirement fausse, si on la juge sans conséquence, personne ne s'en émeut, et on la laisse passer, sachant qu'elle n'a pas de vitalité. Mais si elle est vraie, si elle repose sur une base solide, si l'on entrevoit pour elle de l'avenir, un secret pressentiment avertit ses antagonistes qu'elle est un danger pour eux et pour l'ordre de choses au maintien duquel ils sont intéressés; c'est pourquoi ils frappent sur elle et sur ses partisans.
La mesure de l'importance et des résultats d'une idée nouvelle se trouve ainsi dans l'émotion qu'elle cause à son apparition, dans la violence de l'opposition qu'elle soulève, et dans le degré et la persistance de la colère de ses adversaires.
13. Jésus venait proclamer une doctrine qui sapait par leur base les abus dont vivaient les Pharisiens, les Scribes et les prêtres de son temps; aussi le firent-ils mourir, croyant tuer l'idée en tuant l'homme; mais l'idée survécut, parce qu'elle était vraie; elle grandit, parce
qu'elle était dans les desseins de Dieu, et, sortie d'une obscure bourgade de la Judée, elle alla planter son drapeau dans la capitale même du monde païen, en face de ses ennemis les plus acharnés, de ceux qui avaient le plus d'intérêt à la combattre, parce qu'elle renversait des croyances séculaires auxquelles beaucoup tenaient bien plus par intérêt que par conviction. Là des luttes plus terribles attendaient ses apôtres ; les victimes furent innombrables, mais l'idée grandit toujours et sortit triomphante, parce qu'elle l'emportait, comme vérité, sur ses devancières.
14. Il est à remarquer que' le Christianisme est arrivé lorsque le Paganisme était à son déclin et se débattait contre les lumières de la raison. On le pratiquait encore pour la forme, mais la croyance avait disparu, l'intérêt personnel seul le soutenait. Or, l'intérêt est tenace; il ne cède jamais à l'évidence; il s'irrite d'autant plus que les raisonnements qu'on lui oppose sont plus péremptoires et lui démontrent mieux son erreur; il sait bien qu'il est dans l'erreur, mais ce n'est pas ce qui le touche, car la vraie foi n'est pas dans son âme; ce qu'il redoute le plus, c'est la lumière qui ouvre les yeux des aveugles ; cette erreur lui profite, c'est pourquoi il s'y cramponné et la défend.
Socrate n'avait-il pas, lui aussi, émis une doctrine analogue, jusqu'à un certain point, à celle du Christ? Pourquoi-donc n'a-t-elle pas prévalu à [cette époque, chez un des peuples les plus intelligents de la terre? C'est que le temps n'était pas venu; il a semé dans une terre non labourée; le paganisme ne s'était pas encore usé. Christ a reçu sa mission providentielle au temps propice. Tous les hommes de son temps n'étaient paF,
tant s'en faut, à la hauteur des idées chrétiennes, mais il y avait une aptitude plus générale à se les assimiler, parce que Ton commençait à sentir le vide que les croyances vulgaires laissaient dans l'âme. Socrate et Platon avaient ouvert la voie et prédisposé les esprits. (Voy. à l'Introduction, paragr. iv, Socrate et Platon, précurseurs de Vidée chrétienne et du spiritisme.)
4.5. Malheureusement les adeptes de la nouvelle doctrine ne s'entendirent pas sur 1 interprétation des paroles du Maître, la plupart voilées sous l'allégorie et la iigure; de la naquirent, dès le début, les sectes nombreuses qui prétendaient toutes avoir la vérité exclusive, et que dix-huit siècles n'ont pu mettre d'accord. Oubliant le plus important des divins préceptes, celui dont Jésus avait fait la pierre angulaire de son édifice et la condition expresse du salut : la charité, la fraternité et l'amour du prochain, ces sectes se renvoyèrent l'anathème, et se ruèrent les unes sur les autres, les plus fortes écrasant les plus faibles, les étouffant dans le sang, dans les tortures et dans la flamme des bûchers. Les chrétiens, vainqueurs du Paganisme, de persécutés se firent persécuteurs; c'est avec le fer et le feu qu'ils ont été planter la croix de l'agneau sans tache dans les deux mondes. C'est un fait constant que les guerres da religion ont été les plus cruelles et ont fait plus de victimes que les guerres politiques, et que dans aucune il ne s'est commis plus d'actes d'atrocité et de barbarie.
La faute en est-elle à la doctrine du Christ? Non certes, car elle condamne formellement toute violence. A-t-il dit quelque part à ses disciples : Allez, tuez, massacrez, brûlez ceux qui ne croiront pas comme vous ?
330 CHAPITRE XXItl.
Non, car il leur a dit au contraire : Tous les hommes sont frères, et Dieu est souverainement miséricordieux; aimez votre prochain; aimez vos ennemis; faites du bien à ceux qui vous persécutent. 11 leur a dit encore : Qui tuera par l'épée périra par l'épée. La responsabilité n'en est donc point à la doctrine de Jésus, mais à ceux qui l'ont faussement interprétée, et en ont fait un instrument pour servir leurs passions; à ceux qui ont méconnu cette parole : Mon royaume n'est pas de ce monde.
Jésus, dans sa profonde sagesse, prévoyait ce qui devait arriver; mais ces choses étaient inévitables, parce qu'elles tenaient à l'infériorité de la nature humaine qui ne pouvait se transformer tout à coup. Il fallait que le christianisme passât par cette longue et cruelle épreuve de dix-huit siècles pour montrer toute sa puissance; car, malgré tout le mal commis en son nom, il en estsorti pur; jamais il n'a été mis en cause; le blâme est toujours retombé sur ceux qui en ont abusé; à chaque acte d'intolérance, on a toujours dit: Si le christianisme était mieux compris et mieux pratiqué, cela n'aurait pas lieu.
4 6. Lorsque Jésus dit : Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix, mais la division, sa pensée était celle-ci :
« Ne croyez pas que ma doctrine s'établisse paisiblement; elle amènera des luttes sanglantes, dont mon nom sera le prétexte, parce que les hommes ne m'auront pas compris, ou n'auront pas voulu me comprendre; les frères, séparés par leur croyance, tireront l'épée l'un contre l'autre, et la division régnera entre les membres d'une même famille qui n'auront pas la même foi.
MORALE ÉTRANGE. 33i
Je suis venu jeter le feu sur la terre pour la nettoyer des erreurs et des préjugés, comme on met le feu dans un champ pour en détruire les mauvaises herbes, et j'ai hâte qu'il s'allume pour que l'épuration soit plus prompte, carde ce conflit la vérité sortira triomphante; à la guerre succédera la paix; à la haine des partis, la fraternité universelle; aux ténèbres du fanatisme, Ja lumière de la foi éclairée. Alors, quand le champ sera préparé, je vous enverrai le Consolateur, l'Esprit de Vérité, qui viendra rétablir toutes choses; c'est-à-dire qu'en faisant connaître le vrai sens de mes paroles que les hommes plus éclairés pourront enfin comprendre, il mettra fin à la lutte fratricide qui divise les enfants d'un même Dieu. Las enfin d'un combat sans issue, qui ne traîne à sa suite que la désolation, et porte le trouble jusque dans le sein des familles, les hommes reconnaîtront où sont leurs véritables intérêts pour ce monde et pour l'autre; ils verront de quel côté sont les amis et les ennemis de leur repos. Tous alors viendront s'abriter sous le même drapeau : celui de la charité, et les choses seront rétablies sur la terre selon la vérité et les principes que je vous ai enseignés. »
47. Le spiritisme vient réaliser au temps voulu les promesses du Christ; cependant il ne peut le faire sans détruire les abus; comme Jésus, il rencontre sur ses pas l'orgueil, l'égoïsme, l'ambition, la cupidité, le fanatisme aveugle, qui, traqués dans leurs derniers retranchements, tentent de lui barrer le chemin et lui suscitent des entraves et des persécutions; c'est pourquoi il lui faut aussi combattre; mais le temps des luttes et des persécutions sanglantes est passé; celles *qu'il aura à subir sont toutes morales, et le terme en
est rapproché ; les premières ont duré des siècles : celles-ci dureront à peine quelques années, parce que la lumière, au lieu de partir d'un seul foyer, jaillit sur tous les points du globe, et ouvrira plus tôt les yeux des aveugles.
48. Ces paroles de Jésus doivent donc s'entendre des colères qu'il prévoyait que sa doctrine allait soulever, des conflits momentanés qui allaient en être la conséquence» des luttes qu'elle allait avoir à soutenir avant de s'établir, comme il en fut des Hébreux avant leur entrée dans la Terre Promise, et non d'un dessein prémédité de sa part de semer le désordre et la confusion. Le mal devait venir des hommes et non de lui. Il était comme le méde cin qui vient guérir, mais dont les remèdes provoquer une crise salutaire en remuant les humeurs malsaines du malade.
Lampe sous le boisseau. Pourquoi Jésus parle en paraboles. — N'allez poinî vers les Gentils. — Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin. — Le courage de la foi. — Porter sa croix. Qui voudra sauver sa vie la perdra.
Lampe sous le boisseau. Pourquoi Jésus parle en paraboles.
4. On n'allume point une lampe pour la mettre sous le boisseau; mais on la met sur un chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. (Saint Matthieu, ch. v, v. 15.)
2. Il n'y a personne qui, après avoir allumé une lampe, la couvre d'un vase ou la mette sous un lit ; mais on la met sur le chandelier, afin que ceux qui entrent voient la lumière; — car il n'y a rien de secret qui ne doive être découvert, ni rien de caché qui ne doive être connu et paraître publiquement. (Saint Luc, ch. vm, v. 16, 17.)
3. Ses disciples, s'approchant, lui dirent -.Pourquoi leur parlez-vous en paraboles? — Et leur répondant, il leur dit : C'est parce que, pour vous autres, il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux; mais, pour eux, il ne leur a pas été donné. — Je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en écoulant ils n'entendent ni ne comprennent point. — Et la prophétie d'Isaïe s'accomplira en eux lorsqu'il dit : Vous écouterez de vos oreilles, et vous n'entendrez point; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. — Car le cœur de ce peuple s'est appesanti, et leurs
oreilles sont devenues sourdes, et ils ont fermé leurs yeux dt* peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur cœur ne comprenne, et que, s'étant convertis, je ne les guérisse. (Saint Matthieu, ch.xm, v. de 10 à 15.)
4. On s'étonne d'entendre Jésus dire qu'il ne faut pas mettre la lumière sous le boisseau, tandis que luimême cache sans cesse le sens de ses paroles sous le voile de l'allégorie qui ne peut être comprise de tous Il s'explique en disant à ses apôtres : Je leur parle en paraboles, parce qu'ils ne sont pas en état de comprendre certaines choses; ils voient, regardent, entendent et ne comprennent pas; leur tout dire serait donc inutile pour le moment; mais à vous je vous le dis, parce qu'il vous est donné de comprendre ces mystères. Il agissait donc avec le peuple comme on le fait avec des enfants dont les idées ne sont pas encore développées. Par là il indique le véritable sens de la maxime : « Il ne faut pas mettre la lampe sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin que tous ceux qui entrent puissent la voir. » Elle ne signifie point qu'il faut inconsidérément révéler toutes les choses; tout enseignement doit être proportionné à l'intelligence de celui à qui l'on s'adresse, car il est des gens qu'une lumière trop vive éblouit sans les éclairer.
Il en est des hommes en général comme des individus; les générations ont leur enfance, leur jeunesse et leur âge mûr; chaque chose doit venir en son temps, et la graine semée hors de saison ne fructifie pas. Mais ce que la prudence commande de taire momentanément doit iôt ou tard être découvert, parce que, arrivés à un certain degré de développement, les hommes recherchent eux-mêmes la lumière vive; l'obscurité leur pèse. Dieu leur ayant donné l'intelligence pour com-
prendre et pour se guider dans les choses de la terre et du ciel, ils veulent raisonner leur foi; c'est alors qu'il ne faut pas mettre la lampe sous le boisseau, car sans la lumière de la raison, la foi s'affaiblit. (Ghap. xix, n° 7.)
5. Si donc, dans sa prévoyante sagesse, la Providence ne révèle les vérités que graduellement, elle les découvre toujours à mesure, que l'humanité est mûre pour les recevoir; elle les tient en réserve et non sous le boisseau; mais les hommes qui en sont en possession ne les cachent la plupart du temps au vulgaire qu'en vue de le dominer; ce sont eux qui mettent véritablement la lumière sous le boisseau. C'est ainsi que toutes les religions ont eu leurs mystères dont elles interdisaient l'examen; mais tandis que ces religions restaient en arrière, la science et l'intelligence ont marché et ont déchiré le voile mystérieux; le vulgaire devenu adulte a voulu pénétrer le fond des choses, et alors il a rejeté de sa foi ce qui était contraire à l'observation.
11 ne peut y avoir de mystères absolus, et Jésus est dans le vrai quand il dit qu'il n'y a rien de secret qui ne doive être connu. Tout ce qui est caché sera découvert un jour, et ce que l'homme ne peut encore comprendre sur la terre lui sera successivement dévoilé dans des mondes plus avancés, et lorsqu'il sera purifié; ici bas, il est encore dans le brouillard.
6. On se demande quel profit le peuple pouvait retirer de cette multitude de paraboles dont le sens restait caché pour lui? Il est à remarquer que Jésus ne s'est exprimé en paraboles que sur les parties en quelque sorte abstraites de sa doctrine; mais ayant fait de
336 CRAPrTRE XXIV.
la charité envers le prochain, et de l'fiumïme, Fa condition expresse du salut, tout ce qu'il a dit à cet égard est parfaitement clair, explicite et sans ambiguïté. Il en devait être ainsi, parce que c'était la règle de conduite, règle que tout le monde devait comprendre pour pouvoir l'observer; c'était l'essentiel pour la multitude ignorante à laquelle il se bornait à dire : Voilà ce qu'il faut faire pour gagner le royaume des cieux. Sur les autres parties il ne développait sa pensée qu'à ses disciples; ceux-ci étant plus avancés moralement et intellectuellement, Jésus avait pu les initier à des vérités plus abstraites; c'est pourquoi il dit : A ceux qui ont déjà, il sera donné encore davantage. (Chap. xvin, n° 15.) Cependant, même avec ses apôtres, il est resté dans le vague sur beaucoup de points dont la complète intelligence était réservée à des temps ultérieurs. Ce sont ces points qui ont donné lieu à des interprétations si diverses, jusqu'à ce que la science, d'un côté, et le spiritisme, de l'autre, soient venus révéler les nouvelles lois de nature qui en ont fait comprendre le véritable sens.
7. Le spiritisme vient aujourd'hui jeter la lumière sur une foule de points obscurs; cependant il ne la jette pas inconsidérément. Les Esprits procèdent dans leurs instructions avec une admirable prudence; ce n'est que successivement et graduellement qu'ils ont abordé les diverses parties connues de la doctrine, et c'est ainsi que les autres parties seront révélées au fur «et à mesure que le moment sera venu de les faire sortir de l'ombre. S'ils l'eussent présentée complète dès le début, elle n'eût été accessible qu'à un petit nombre; elle eût même effrayé ceux qui n'y étaient pas pré-
parés; ce qui aurait nui à sa propagation. Si donc les Esprits ne disent pas encore tout ostensiblement, ce n'est point qu'il y ait dans la doctrine des mystères réservés à des privilégiés, ni qu'ils mettent la lampe sous le boisseau, mais parce que chaque chose doit venir en temps opportun; ils laissent à une idée le temps de mûrir et de se propager avant d'en présenter une autre, et aux événements celui d'en préparer l 'acceptation.
N'allez point vers les Gentils.
8. Jésus envoya ses douze (les apôtres) après leur avoir donné les instructions suivantes : N'allez point vers les Gentils, et n'entrez point dans les villes des Samaritains; — mais allez plutôt aux brebis perdues de la maison d'Israël ; — et dans les lieux où vous irez, prêchez en disant que le royaume des cieux est proche. (Saint Matth., ch. x, v. 5, 6, 7.)
9. Jésus prouve en maintes circonstances que ses vues ne sont point circonscrites au peuple juif, mais qu'elles embrassent toute l'humanité. Si donc il dit à ses apôtres de ne point aller chez les Païens, ce n'est pas par dédain pour la conversion de ceux-ci, ce qui eût été peu charitable, mais parce que les Juifs, qui croyaient en l'unité de Dieu et attendaient le Messie, étaient préparés, par la loi de Moïse et les prophètes, à recevoir sa parole. Chez les Païens, la base même manquant, tout était à faire, et les apôtres n'étaient point encore assez éclairés pour une aussi lourde tâche; c'est pourquoi il leur dit : Allez aux brebis égarées d'Israël; c'est-à-dire, allez semer dans un terrain déjà défriché, sachant bien que la conversion des Gentils viendrait en son temps; plus tard, en effet, c'est au
centre même du paganisme que les apôtres allèrent planter la croix.
10. Ces paroles peuvent s'appliquer aux adeptes et aux propagateurs du spiritisme. Les incrédules systématiques,' les railleurs obstinés, les adversaires intéressés, sont pour eux ce qu'étaient les Gentils pour les apôtres. A l'exemple de ceux-ci, qu'ils cherchent d'abord des prosélytes parmi les gens de bonne volonté, ceux qui désirent la lumière, en qui on trouve un germe fécond, et le nombre en est grand, sans perdre leur temps avec ceux qui refusent de voir et d'entendre, et se roidissent d'autant plus, par orgueil, qu'on paraît attacher plus de prix à leur conversion. Mieux vaut ouvrir les yeux à cent aveugles qui désirent voir clair, qu'à un seul qui se complaît dans l'obscurité, parce que c'est augmenter le nombre des soutiens de la cause dans une plus grande proportion. Laisser les autres tranquilles n'est pas de l'indifférence, mais de la bonne politique; leur tour viendra quand ils seront dominés par l'opinion générale, et qu'ils entendront la même chose sans cesse répétée autour d'eux; alors ils croiront accepter l'idée volontairement et d'eux-mêmes et non sous la pression d'un individu. Puis il en est des idées comme des semences : elles ne peuvent germer avant la saison, et seulement dans un terrain préparé, c'est pourquoi il est mieux d'attendre le temps propice, et de cultiver d'abord celles qui germent, de crainte de faire avorter les autres en les poussant trop.
Au temps de Jésus, et par suite des idées restreintes et matérielles de l'époque, tout était circonscrit et localisé; la maison d'Israël était un petit peuple; les Gentils étaient de petits peuples environnants; aujour-
d'hui les idées s'universalisent et se spiritualisent. La lumière nouvelle n'est le privilège d'aucune nation; pour elle il n'existe plus de barrières ; elle a son foyer partout et tous les hommes sont frères. Mais aussi les Gentils ne sont plus un peuple, c'est une opinion que l'on rencontre partout, et dont la vérité triomphe peu à peu comme le christianisme a triomphé du paganisme. Ce n'est plus avec les armes de guerre qu'on les combat, mais avec la puissance de l'idée.
Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin
de médecin.
11. Jésus étant à table dans la maison de cet homme (Matthieu), il y vint beaucoup de publicains et de gens de mauvaise vie qui se mirent à table avec Jésus et ses disciples ; — - ce que les Pharisiens ayant vu, ils dirent à ses disciples : Pourquoi votre Maître mange-t-il avec des publicains et des gens de mauvaise vie? — Mais Jésus les ayant entendus, leur dit : Ce ne sont pas ceux qui se portent bien, mais les malades qui ont besoin de médecin. (Saint Matthieu, ch. ix; v. 10, il, 12.)
12. Jésus s'adressait surtout aux pauvres et aux déshérités, parce que ce sont eux qui ont le plus besoin de consolations ; aux aveugles dociles et de bonne foi, parce qu'ils demandent à voir, et non aux orgueilleux qui croient posséder toute lumière et n'avoir besoin de rien (voy. Introd., art. Publicains, Péagers).
Cette parole, comme tant d'autres, trouve son application dans le spiritisme. On s'étonne parfois que la médiumnité soit accordée à des gens indignes et capables d'en faire un mauvais usage; il semble, dit-on, qu'une faculté si précieuse devrait être l'attribut exclusif des plus méritants.
Disons d'abord que la médiumnité tient à une disposition organique dont tout homme peut être doué comme cle celle de voir, d'entendre, de parler. Il n'en est pas une dont l'homme, en vertu de son libre arbitre, ne puisse abuser, et si Dieu n'avait accordé la parole, par exemple, qu'à ceux qui sont incapables de dire de mauvaises choses, il y aurait plus de muets que de parlants. Dieu a donné à l'homme des facultés; il le laisse libre d'en user, mais il punit toujours celui qui en abuse.
Si le pouvoir de communiquer avec les Esprits n'était donné qu'aux plus dignes, quel est celui qui oserait y prétendre? Où serait d'ailleurs la limite dé la dignité et de l'indignité? La médiumnité est donnée sans distinction, afin que les Esprits puissent porter la lumière dans tous les rangs, clans toutes les classes de la société, chez le pauvre comme chez le riche \ chez les sages pour les fortifier dans le bien, chez les vicieux pour les corriger. Ces derniers ne sont-ils pas les malades qui ont besoin du médecin? Pourquoi Dieu, qui ne veut pas la mort du pécheur, le priverait-il du secours qui peut le tirer du bourbier? Les bons Esprits lui viennent donc en aide, et leurs conseils qu'il reçoit directement sont de nature à l'impressionner plus vivement que s'il les recevait par des voies détournées. Dieu, dans sa bonté, pour lui épargner la peine d'aller chercher la lumière au loin, la lui met dans la main; n'est-il pas bien plus coupable de ne pas la regarder? Pourra- t-il s'excuser sur son ignorance, quand il aura écrit lui-même, vu de ses yeux, entendu de ses oreilles, et prononcé de sa bouche sa propre condamnation? S'il ne profite pas, c'est alors qu'il est puni par la perte ou par la perversion de sa faculté dont les mauvais Esprits s'emparent pour l'obséder et le tromper, sans préjudice des afflic-
tions réelles dont Dieu frappe ses serviteurs indignes, et les cœurs endurcis par l'orgueil et l'égoïsme.
La médiumnité n'implique pas nécessairement des rapports habituels avec les Esprits supérieurs; c'est simplement une aptitude à servir d'instrument plus ou moins souple aux Esprits en général. Le bon médium n'est donc pas celui qui communique facilement, mais celui qui est sympathique aux bons Esprits et n'est assisté que par eux. C'est en ce sens seulement que l'excellence des qualités morales est toute-puissante sur la médiumnité.
Courage de la fol.
J3. Quiconque me confessera et me reconnaîtra devant les hommes, je le reconnaîtrai et confesserai aussi moi-même devant mon Père qui est dans les cieux ; — et quiconque me renoncera devant les hommes, je le renoncerai aussi moi-même devant mon Père qui est dans les cieux. (Saint Matthieu, en. x, v. 32,33.)
i4. Si quelqu'un rougit de moi et de mes paroles, le Fils de l'homme rougira aussi de lui, lorsqu'il viendra dans sa gloire et dans celle de son Père et des saints anges. (Saint Luc, ch. ix, v. 26.)
15. Le courage de l'opinion a toujours été ten^: en estime parmi les hommes, parce qu'il y a du mérite à braver les dangers, les persécutions, les contradictions, et même les simples sarcasmes, auxquels s'expose presque toujours celui qui ne craint pas d'avouer hautement des idées qui ne sont pas celles de tout le monde. Ici, comme en tout, le mérite est en raison des circonstances-et de l'importance du résultat. Il y a toujours faiblesse à reculer devant les conséquences de son opi-
nion et à la renier, mais il est des cas où c'est une lâcheté aussi grande que de fuir au moment du com bat.
Jésus flétrit cette lâcheté, au point de vue spécial de sa doctrine, en disant que si quelqu'un rougit de ses paroles, il rougira aussi de lui; qu'il reniera celui qui l'aura renié; que celui qui le confessera devant les hommes, il le reconnaîtra devant son Père qui est dans lescieux; en d'autres termes : ceux qui auront craint de s avouer disciples de la vérité, ne sont pas dignes d'être admis dans le royaume de la vérité. Ils perdront le bénéfice de leur foi, parce que c'est une foi égoïste, qu'ils gardent pour eux-mêmes, mais qu'ils cachent de peur qu'elle ne leur porte préjudice en ce monde, tandis que ceux qui, mettant la vérité au-dessus de leurs intérêts matériels, la proclament ouvertement, travaillent en même temps pour leur avenir et celui des autres.
\ 6. Ainsi en sera-t-il des ade|3tes du spiritisme; puisque leur doctrine n'est autre que le développement et l'application de celle de l'Évangile, c'est à eux aussi que s'adressent les paroles du Christ. Ils sèment sur la terre ce qu'ils récolteront dans la vie spirituelle ; là ils recueilleront les fruits de leur courage ou de leur faiblesse.
Porter sa croix. Qui voudra sauver sa vie la perdra.
17. Vous êtes bien heureux, lorsque les hommes vous haïront, qu'ils vous sépareront, qu'ils' vous traiteront injurieusement, qu'ils rejetteront votre nom comme mauvais à cause du Fils de l'homme. — Réjouissez- vous en ce jour-là, et soyez ravis de joie, parce qu'une grande récompense vous est réservée dans le
ciel, car c'est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes. 4SaintLuc, ch. vi, u.22,23.)
18. En appelant à soi le peuple avec ses disciples, il leur dit : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive ; — car celui qui voudra se sauver soi-même se perdra; et celui qui se perdra pour l'amour de moi et de l'Évangile, se sauvera. — En effet, que servirait à un homme de gagner tout le monde, et de se perdre soi-même? (Saint Marc, ch. vin, v. de 34 à 36. — Saint Luc, ch. ix, v. 23, 24, 2o. — Saint Matthieu, çh. x, v. 39. — Saint Jean, ch. xn, v. 24, 25.)
19. Réjouissez-vous, dit Jésus, quand les hommes vous haïront et vous persécuteront à cause de moi, parce que vous en serez récompensés dans le ciel. Ces paroles peuvent se traduire ainsi : Soyez heureux quand, des hommes, par leur mauvais vouloir à votre égard, vous fournissent l'occasion de prouver la sincérité de votre foi, car le mal qu'ils vous font tourne à votre profit. Plaignez-les donc de leur aveuglement, et ne les maudissez pas.
Puis il ajoute : « Que celui qui veut me suivreporte sa croix, » c'est-à-dire qu'il supporte courageusement les tribulations que sa foi lui suscitera ; car celui qui voudra sauver sa vie et ses biens en me renonçant, perdra les avantages du royaume des cieux, tandis que ceux qui auront tout perdu ici-bas, même la vie, pour le triomphe de la vérité, recevront, dans la vie future, le prix de leur courage, de leur persévérance et de leur abnégation; mais à ceux qui sacrifient les biens célestes aux jouissances terrestres, Dieu dit : Vous avez déjà reçu votre récompense.
Aide-toi, le ciel t'aidera. — Considérez les oiseaux du ciel. — Ne vous mettes point en peine d'avoir de l'or.
Aide-toi, le ciel t'aidera.
1 . Demandez et Ton vous donnera ; cherchez et vous trouverez; frappez à la porte et l'on vous ouvrira ; car quiconque demande reçoit, et qui cherche trouve, et l'on ouvrira à celui qui frappe à la porte.
Aussi qui est l'homme d'entre vous qui donne une pierre à son fiis lorsqu'il lui demande du pain ? — ou s'il lui demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent? — Si donc, étant méchants comme vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il les vrais biens à ceux qui les Jui demandent. (Saint Matthieu, ch. vin, v, de 7 à 11.)
2. Au point de vue terrestre, la maxime : Cherchez et vous trouverez, est l'analogue de celle-ci : Aide-toi, le ciel t'aidera* C'est le principe de la loi du travail, et par suite de la loi du progrès, car le progrès est fils du travail, parce que le travail met en action les forces de l'intelligence.
Dans l'enfance de l'humanité, l'homme n'applique son intelligence qu'à la recherche de sa nourriture, des moyens de se préserver des intempéries, et de se défendre contre ses ennemis ; mais Dieu lui a donné de
plus qu'à Tanimal le désir incessant du mieux; c'est ce désir du mieux qui le pousse à la recherche des moyens d'améliorer sa position, qui le conduit aux découvertes, aux inventions, au perfectionnement de la science, car c'est la science qui lui procure ce qui lui manque. Par ses recherches son intelligence grandit, son moral s'épure; aux besoins du corps succèdent les besoins de i'esprit; après la nourriture matérielle, il faut la nourriture spirituelle, c'est ainsi que l'homme passe de la sauvagerie à la civilisation.
Mais le progrès que chaque homme accomplit individuellement pendant la vie est bien peu de chose, imperceptible même chez un grand nombre; comment alors l'humanité pourrait-elle progresser sans la préexistence et la réexisienec de l'âme? Les âmes s'en allant chaque jour pour ne plus revenir, l'humanité se renouvellerait sans cesse avec les éléments primitifs, ayant tout à faire, tout à apprendre; il n'y aurait donc pas de raison pour que l'homme fût plus avancé aujourd'hui qu'aux premiers âges du monde, puisqu'à chaque naissance tout le travail intellectuel serait h recommencer. L'âme, au contraire, revenant avec son progrès accompli, et acquérant chaque fois quelque chose de plus, c'est ainsi qu'elle passe graduellement de la barbarie à la civilisation matérielle^ et de celle-ci à la civilisation morale. (Voy. ch. iv, n° 17.)
3. Si Dieu eût affranchi l'Lc/nme du travail du corps, ses membres seraient atrophiés; s'il l'eût affranchi du travail de l'intelligence, son esprit serait resté dans l'enfance, à l'état d'instinct animal; c'est pourquoi il lui a fait une nécessité du travail; il lui a dit : Cherche et tu trouveras; travaille et tu produiras; de cette
manière tu seras le fils de tes œuvres, tu en auras le mérite, et tu seras récompensé selon ce que tu auras fait.
4. C'est par application de ce principe que les Esprits ne viennent pas épargner à l'homme le travail des recherches, en lui apportant des découvertes et des inventions toutes faites et prêtes à produire, de manière à n'avoir qu'à prendre ce qu'on lui mettrait dans la main, sans avoir la peine de se baisser pour ramasser, m même celle de penser. S'il en était ainsi , le plus paresseux pourrait s'enrichir, et le plus ignorant devenir savant à bon marché, et l'un et l'autre se donner le mérite de ce qu'ils n'auraient point fait. Non, les Esprits ne viennent point affranchir V homme de la loi du travail, mais lui montrer le but qu'il doit atteindre et la route qui y conduit, en lui disant : Marche et tu arriveras. Tu trouveras des pierres sous tes pas ; regarde, et ôteles toi-même; nous te donnerons la force nécessaire si tu veux l'employer. [Livre des Médiums, ch. xxvi, nos29i et suiv.)
5. Au point de vue moral, ces paroles de Jésus signifient: Demandez la lumière qui doit éclairer votre route, et elle vous sera donnée; demandez la force de résister au mal, et vous l'aurez; demandez l'assistance des bons Esprits, et ils viendront vous accompagner , et comme l'ange de Tobie, ils vous serviront de guides; demandez de bons conseils, et ils ne vous seront jamais refusés; frappez à notre porte, et elle vous sera ouverte; mais demandez sincèrement, avec foi, ferveur et confiance; présentez-vous avec humilité et non avec arrogance, sans cela vous serez abandonnés à vos propres forces,
et les chutes mêmes que vous ferez seront la punition de votre orgueil.
Tel est le sens de ces paroles : Cherchez et vous trou* verez, frappez et l'on vous ouvrira.
Consiilérez les oiseaux du ciel
6. Ne vous faites point de trésors dans la terre, où la rouille
et les vers les mangent, et où les voleurs les déterrent et les
dérobent ; — mais faites-vous des trésors dans le ciel, où ni la
rouille ni les vers ne les mangent point; — car où est votre
trésor, là aussi est votre cœur.
(Test pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez point où vous trouverez de quoi manger pour le soutien de votre vie, ni d'où vous aurez des vêtements pour couvrir votre corps ; la vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement?
Considérez les oiseaux du ciel : ils ne sèment point, ils ne moissonnent point, et ils n'amassent rien dans des greniers ; mais votre Père céleste les nourrit; n'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux? — Et qui est celui d'entre vous qui puisse, avec tous ses soins, ajoutera sa taille la hauteur d'une coudée?
Pourquoi aussi vous inquiétez-vous pour le vêtement? Considérez comme croissent les lis des champs; ils ne travaillent point, ils ne filent point ; — et cependant je vous déclare que Salomon, même dans toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. — Si donc Dieu a soin de vêtir de cette sorte une herbe des champs, qui est aujourd'hui et qui demain sera jetée dans le four, combien aura-t-il plus de soin de vous vêtir, 6 hommes de peu de foi !
Ne vous inquiétez donc point, en disant : Que mangeronsnous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous vêtirons-nous ? — comme font les Païens qui recherchent toutes ces choses; car votre Père sait que vous en avez besoin.
Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroit. — C'est pourquoi ne soyez point en inquiétude pour le lendemain, car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit \nmal. (Saint Matthieu, ch. vi, ©. de 25 à 34.)
7. Ces paroles prises à la lettre seraient la négation de toute prévoyance,~de tout travail, et par conséquent de tout progrès. Avec un tel principe, l'homme se réduirait à une passivité expectante; ses forces physiques et intellectuelles seraient sans activité; si telle eût été sa condition normale sur la terre, il ne serait jamais sorti de l'état primitif, et s'il en faisait sa loi actuelle, il n'aurait plus qu'à vivre sans rien faire. Telle ne peut avoir été la pensée de Jésus, car elle serait en contradiction avec ce qu'il a dit ailleurs, avec les lois mêmes de la nature. Dieu a créé l'homme sans vêtements et sans abri, mais il lui a donné l'intelligence pour s'en fabriquer. (Ch. sjv, n° 6; ch. xxv, n° 2.)
ïl ne faut donc voir dans ces paroles qu'une poétique allégorie de la Providence, qui n'abandonne jamais ceux qui mettent en elle sa confiance, mais elle veut qu'ils travaillent de leur côté. Si elle ne vient pas toujours en aide par un secours matériel, elle inspire les idées avec lesquelles on trouve les moyens de se tirer soi-même d'embarras. (Ch. xxvn, n° 8.)
Dieu connaît nos besoins, et il y pourvoit selon ce qui est nécessaire; mais l'homme, insatiable dans ses désirs, ne sait pas toujours se contenter de ce qu'il a; le nécessaire ne lui suffit pas, il lui faut le superflu; c'est alors que la Providence le laisse à lui-même; souvent il est malheureux par sa faute et pour avoir méconnu la voix qui l'avertissait par sa conscience, et Dieu lui en laisse subir les conséquences, alin que cela lui serve de leçon à l'avenir. (Ch. v, n° 4.)
8. La terre produit assez pour nourrir tous ses habitants, quand les hommes sauront administrer les biens qu'elle donne, selon les lois de justice^ de charité et
d'amour du prochain ; quand la fraternité régnera entre les divers peuples, comme entre les provinces d'un même empire, le superflu momentané de l'un suppléer?, à l'insuffisance momentanée de l'autre, et chacun aura le nécessaire. Le riche alors se considérera comme un homme ayant une grande quantité de semences; s'il les répand, elles produiront au centuple pour lui et pour les autres; mais s'il mange ces semences à lui seul, et s'il gaspille et laisse perdre le surplus de ce qu'il mangera, elles ne produiront rien, et il n'y en aura pas pour tout le monde; s'il les enferme dans son grenier, les vers les mangeront: c'est pourquoi Jésus dit: Ne vous faites point de trésors dans la ferre, qui sont périssables, mais faites-vous des trésors dans le ciel, parce qu'ils sont éternels. En d'autres termes, n'attachez pas aux biens matériels plus d'importance qu'aux biens spirituels, et sachez sacrifier les premiers au profit des seconds. (Ch. xvi,nos7et suiv.).
Ce n'est pas avec des lois qu'on décrète la charité et la fraternité; si elles ne sont pas dans le cœur, l'égoïsme les étouffera toujours; les y faire pénétrer est l'œuvre du spiritisme.
Me vous mettez point en peine d'avoir de For.
9. Ne vous mettez point en peine d'avoir de l'or ou de l'argent, ou d'autre monnaie dans votre bourse. — Ne préparez ni un sac pour le chemin, ni deux habits, ni souliers, ni bâtons, car celui qui travaille mérite qu'on le nourrisse.
iO. En quelque ville ou en quelque village que vous entriez, informez-vous qui est digne de vous loger, et cemeurez chez lui jusqu'à ce que vous vous en alliez. — En entrant dans la maison, saluez-la en disant : Que la paix soit dans cette maison. — Si cette maison en est digne, votre paix viendra sur
elle; et si elle n'en est pas cligne, votre paix reviendra à vous.
Lorsque quelqu'un ne voudra point vous recevoir, ni écouter vos paroles, secouez en sortant de cette maison ou de cette ville la poussière de vos pieds. — Je vous dis en vérité, au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins rigoureusement que cette ville. (Saint Matthieu, ch. x, v. de 9 à 15.)
4 1 . Ces paroles, que Jésus adressait à ses apôtres; lorsqu'il les envoya pour la première fois annoncer la bonne nouvelle, n'avaient rien d'étrange a cette époque; elles étaient selon les mœurs patriarcales de l'Orient, où le voyageur était toujours reçu sous la tente. Mais alors les voyageurs étaient rares; chez les peuples modernes l'accroissement de la circulation a dû créer de nouvelles mœurs; on ne retrouve celles des temps antiques que dans les contrées retirées où le grand mouvement n'a pas encore pénétré ; et si Jésus revenait aujourd'hui, il ne pourrait plus dire à ses apôtres : Mettezvous en route sans provisions.
A côté du sens propre, ces paroles ont un sens moral très profond. Jésus apprenait ainsi à ses disciples à se confier à la Providence; puis ceux-ci n'ayant rien, ils ne pouvaient tenter la cupidité de ceux qui les recevaient; c'était le moyen de distinguer les charitables des égoïstes; c'est pourquoi il leur dit: « Informez-vous qui est digne de vous loger; » c'est-à-dire qui est assez humain pour héberger le voyageur qui n'a pas de quoi payer, car ceux-là sont dignes d'entendre vos paroles ; c'est à leur charité que vous les reconnaîtrez.
Quant à ceux qui ne voudront ni les recevoir, ni les écouter, dit-il à ses apôtres de les maudire, de s'imposer à eux, d'user de violence et 'de contrainte pour les cori-
ver tir ? Non; mais de s'en aller purement et simplement ailleurs, et de chercher les gens de bonne volonté.
Ainsi dit aujourd'hui le spiritisme à ses adeptefc : Ne violentez aucune conscience; ne contraignez personne à quitter sa croyance pour adopter la vôtre ; ne jetez point l'anathème sur ceux qui ne pensent pas comme vous; accueillez ceux qui viennent à vous et laissez en repos ceux qui vous repoussent. Souvenezvous des paroles du Christ; jadis le ciel se prenait par la violence, aujourd'hui, c'est par la douceur. (Ch. iv, ri- 4 0, H.)