Prenez garde que quelqu'un vous séduise ; — parce que
plusieurs viendront sous mon nom,, disant : « Je suis le Christ, » et ils en séduiront plusieurs.
Il s'élèvera plusieurs faux prophètes qui séduiront beaucoup de personnes ; — et parce que l'iniquité abondera, la charité de plusieurs se refroidira. — Mais celui-là sera sauvé qui persévérera jusqu'à la fin.
Alors si quelqu'un vous dit : Le Christ est ici, ou il est là, ne le croyez point; — car il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes qui feront de grands prodiges et des choses étonnantes, jusqu'à séduire, s'il était possible, les élus même. (Saint Matthieu, chap. xxiv, v. è) 5, 11, 12, 13, 23, 24. — Saint Marc, ch.xiu, v. 5, 6, 21, 22.)
Mission des prophètes.
» , On attribue vulgairement aux prophètes le don de révéler l'avenir, de sorte que les mots prophéties et prédictions sont devenus synonymes. Dans le sens évangélique, le mot prophète a une signification plus étendue; il se dit de tout envoyé de Dieu avec mission d'instruire les hommes et de leur révéler les choses cachées et les mystères de la vie spirituelle. Un homme peut donc être prophète sans faire de prédictions ; cette idée était celle des Juifs au temps de Jésus; c'est pourquoi, lorsqu'il fut amené devant le grand prêtre Caïphe, les Scribes et les Anciens, étant assemblés, lui crachèrent au visage, le frappèrent à coups de poing et lui donnèrent des soufflets, en disant : « Christ, prophétisenous, et dis qui est celui qui t'a frappé. » Cependant il est arrivé que des prophètes ont eu la prescience de l'avenir, soit par intuition, soit par révélation providentielle, afin de donner aux hommes des avertissements; ces événements s'étant accomplis, le don de prédire l'avenir a été regardé comme un des attributs de la qualité de prophète.
302 CHAPITRE XXL
I»fi'odîge8 des faux prophète».
5. « Il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes qui feront de grands prodiges et des choses étonnantes à séduire les élus même. » Ces paroles donnent le véritable sens du mot prodige. Dans l'acception théologique, les prodiges et les miracles sont des phénomènes exceptionnels, en dehors des lois de la nature. Les lois de la nature étant l'œuvre de Dieu seul, il peut sans doute y déroger si cela lui plaît, mais le simple bon sens dit qu'il ne peut avoir donné à des êtres inférieurs et pervers un pouvoir égal au sien, et encore moins le droit de défaire ce qu'il a fait. Jésus ne peut avoir con- • sacré un tel principe. Si donc, selon le sens que l'on attache à ces paroles, l'Esprit du mal a le pouvoir de faire des prodiges tels que les élus même y soient trompés, il en résulterait que, pouvant faire ce que Dieu fait, les prodiges et les miracles ne sont pas. le privilège exclusif des envoyés de Dieu, et ne prouvent rien, puisque rien ne distingue les miracles des saints des miracles du démon. Il faut donc chercher un sens plus rationnel à ces paroles.
Aux yeux du vulgaire ignorant, tout phénomène dont la cause est inconnue passe pour surnaturel, merveilleux et miraculeux ; la cause une fois connue, on reconnaît que le phénomène, si extraordinaire qu'il paraisse, n'est autre chose que l'application d'une loi de nature. C'est ainsi que 1© cercle des faits surnaturels se rétrécit à mesure que s'étend celui de la science. De tout temps des hommes ont exploité, au profit de leur ambition, de leur intérêt et de leur domination, certaines connaissances qu'ils possédaient, afin de se don-
ner le prestige d'un pouvoir soi-disant surhumain ou d'une prétendue mission divine. Ce sont là de faux christs et de faux prophètes ; la diffusion des lumières tue leur crédit, c'est pourquoi le nombre en diminue à mesure que les hommes s'éclairent. Le fait d'opérer ce qui, aux yeux de certaines gens, passe pour des prodiges, n'est donc point le signe d'une mission divine, puisqu'il peut résulter de connaissances que chacun peut acquérir, ou de facultés organiques spéciales, que le plus indigne peut posséder aussi bien que le plus digne. Le vrai prophète se reconnaît à des caractères plus sérieux, et exclusivement moraux.
Me croyez point à tous les Esprits.
6. Mes bien-aimés, ne croyez point à tout Esprit, mais éprouvez si les Esprits sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes se sont élevés dans le monde. (Saint Jean, épître ire, chap. iv,
7. Les phénomènes spirites, loin d'accréditer les faux christs et les faux prophètes, comme quelques-uns affectent de le dire, viennent au contraire leur porter un dernier coup. Ne demandez pas au spiritisme des miracles ni des prodiges, car il déclare formellement qu'il n'en produit point; comme la physique, la chimie, l'astronomie, la géologie sont venues révéler les lois du monde matériel, il vient révéler d'autres lois inconnues, (celles qui régissent les rapports du monde corporel et du monde spirituel, et qui, comme leurs aînées de la science, n'en sont pas moins des lois de nature; en donnant l'explication d'un certain ordre de phénomènes incompris jusqu'à ce jour, il détruit ce qui res-
tait encore dans le domaine du merveilleux. Ceux donc qui seraient tentés d'exploiter ces phénomènes à leur profit, en se faisant passer pour des messies de Dieu, ne pourraient abuser longtemps de la crédulité, et seraient bientôt démasqués. D'ailleurs, ainsi qu'il a été dit, ces phénomènes seuls ne prouvent rien : la mission se prouve par des effets moraux qu'il n'est pas donné au premier venu de produire. C'est là un des résultats du développement de la science spïrite; en scrutant la cause de certains phénomènes, elle lève le voile sur bien des mystères. Ceux qui préfèrent l'obscurité à la lumière ont seuls intérêt à la combattre ; mais la vérité est comme le soleil : elle dissipe les plus épais brouillards.
Le spiritisme vient révéler une autre catégorie bien plus dangereuse de faux Christs et de faux prophètes, qui se trouvent, non parmi les hommes, mais parmi les désincarnés : c'est celle des Esprits trompeurs, hypocrites, orgueilleux et faux savants qui, de la terre, sont passés dans l'erraticité, et se parent de noms vénérés pour chercher, à la faveur du masque dont ils se couvrent, à accréditer les idées souvent les plus bizarres et les plus absurdes. Avant que les rapports médianimiques fussent connus, ils exerçaient leur action d'une manière moins ostensible , par l'inspiration, la médiumnité inconsciente, auditive ou parlante. Le nombre de ceux qui, à diverses époques, mais dans ces derniers temps surtout, se sont donnés pour quelquesuns des anciens prophètes, pour le Christ, pour Marie, mère du Christ, et même pour Dieu, est considérable. ' Saint Jean met en garde contre eux quand il dit : « Mes bien-aimés, ne croyez point à tout Esprit, mais éprouvez si les Esprits sont de Dieu; car plusieurs faux pro-
phètes se sont élevés dans le monde. » Le spiritisme donne les moyens de les éprouver en indiquant les caractères auxquels on reconnaît les bons Esprits, caractères toujours moraux et jamais matériels1. C'est au discernement des bons et des mauvais Esprits que peuvent surtout s'appliquer ces paroles de Jésus : « On reconnaît la qualité de l'arbre à son fruit; un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, et un mauvais arbre ne peut en produire de bons. » On juge les Esprits à la qualité de leurs œuvres, comme un arbre à la qualité de ses fruits.
INSTRUCTIONS DES ESPRITS
lies faux prophètes.
8. Si Ton vous dit : « Christ est ici, » n'y allez pas, mais, au contraire, tenez-vous sur vos gardes, car les faux prophètes seront nombreux. Mais ne voyez-vous pas les feuilles du figuier qui commencent à blanchir; ne voyezvous pas leurs pousses nombreuses attendant l'époque de la floraison, et Christ ne vous a-t-il pas dit : Or reconnaît un arbre à son fruit? Si donc les fruits sont amers, vous jugez que l'arbre est mauvais; mais s'ils sont doux et salutaires, vous dites : Rien de pur ne peut sortir d'une souche mauvaise.*
C'est ainsi, mes frères, que vous devez juger; ce sont les œuvres que vous devez examiner. Si ceux qui se disent revêtus de la puissance divine sont accompagnés de toutes les marques d'une pareille mission, c'est-à-
1. Voir, pour la distinction des Esprits, Livre des Médiums, ch. 24 et suiv.
dire s'ils possèdent au plus haut degré les vertus chrétiennes et éternelles : la charité, l'amour, l'indulgence, la bonté qui concilie tous les cœurs; si, à l'appui des paroles, ils joignent les actes, alors vous pourrez dire : Ceux-ci sont bien réellement les envoyés de Dieu.
Mais méfiez-vous des paroles mielleuses, méfiez-vous des scribes et des pïiarisiens qui prient dans les places publiques, vêtus de longues robes. Méfiez-vous de ceux qui prétendent avoir le seul et unique monopole de la vérité !
Non, non, Christ n'est point là, car ceux qu'il envoie propager sa sainte doctrine, et régénérer son peuple, seront, à l'exemple du Maître, doux et humbles de cœur par-dessus toutes choses; ceux qui doivent, par leurs exemples et leurs conseils, sauver l'humanité courant à sa perte et* vagabondant dans des routes tortueuses, ceux-là seront par-dessus tout modestes et humbles. Tout ce qui révèle un atome d'orgueil, fuyez-le comme une lèpre contagieuse qui corrompt tout ce qu'elle touche. Rappelez-vous que chaque créature porte sur son front, mais dans ses actes surtout, le cachet de sa grandeur ou de sa décadence.
Allez donc, mes enfants bien-aimés, marchez sans tergiversations, sans arrière-pensées, dans la route bénie que vous avez entreprise. Allez, allez toujours sans crainte; éloignez courageusement tout ce qui pourrait entraver votre marche vers le but éternel. Voyageurs, vous ne serez que bien peu de temps encore dans les ténèbres et les douleurs de l'épreuve, si vous laissez aller vos cœurs à cette douce doctrine qui vient vous révéler les lois éternelles, et satisfaire toutes les aspirations de votre âme vers l'inconnu. Dès à présent,
i FAUX CHRISTS ET FAUX PROPHÈTES. 307
vous pouvez donner un corps à ces sylphes légers que vous voyiez passer dans vos rêves, et qui, éphémères, ne pouvaient que charmer votre esprit, mais ne disaient rien à votre cœur. Maintenant, mes aimés, la mort a disparu pour faire place à l'ange radieux que vous connaissez, l'ange du revoir et de la réunion ! Maintenant, vous qui avez bien accompli la tâche imposée par le Créateur, vous n'avez plus rien à craindre de sa justice, car il est père et pardonne toujours à ses enfants égarés qui crient miséricorde. Continuez donc, avancez sans cesse;* que votre devise soit celle du progrès, du progrès continu en toutes choses, jusqu'à ce que vous arriviez enfin à cre terme heureux où vous attendent tous ceux qui vous ont précédés. (Louis. Bordeaux, 1861.)
Caractères du vrai prophète.
9. Défiez-vous des faux prophètes. Cette recommandation est utile dans tous les temps, mais surtout dans les moments de transition où, comme dans celui-ci, s'élabore une transformation de l'humanité, car alors une foule d'ambitieux et d'intrigants se posent en réformateurs et en messies. C'est contre ces imposteurs qu'il faut se tenir en garde, et il est du devoir de tout honnête homme de les démasquer. Vous demanderez sans doute comment on peut les reconnaître; voici leur signalement :
On ne confie le commandement d'une armée qu'à un général habile et capable de la diriger; croyez-vous donc que Dieu soit moins prudent que les hommes? Soyez certains qu'il ne confie les missions importantes qu'à ceux qu'il sait capables de les remplir, car
les grandes missions sont de lourds fardeaux qui écraseraient l'homme trop faible pour les porter. Gomme en toutes choses le maître doit en savoir plus que l'écolier; pour faire avancer l'humanité moralement et intellectuellement, il faut des hommes supérieurs en intelligence et en moralité ! c'est pourquoi ce sont toujours des Esprits déjà très avancés ayant fait leurs preuves dans d'autres existences, qui s'incarnent dans ce but; car s'ils ne sont pas supérieurs au milieu dans lequel ils doivent agir, leur action sera nulle.
Ceci posé, concluez que le vrai missionnaire de Dieu doit justifier sa mission par sa supériorité, par ses vertus, par la grandeur, par le résultat et l'influence moralisatrice de ses œuvres. Tirez encore cette conséquence, que s'il est, par son caractère, par ses vertus, par son intelligence, au-dessous du rôle qu'il se donne, ou du personnage sous le nom duquel il s'abrite, ce n'est qu'un histrion de bas étage qui ne sait pas même copier son modèle.
Une autre considération, c'est que la plupart des vrais missionnaires de* Dieu s'ignorent eux-mêmes; ils accomplissent ce à quoi ils sont appelés, par la force de leur génie secondé par la puissance occulte qui les inspire et les dirige à leur insu, mais sans dessein prémédité. En un mot, les vrais prophètes se révèlent par leurê actes : on les devine ; tandis que les faux prophètes se posent -, eux-mêmes comme les envoyés de Dieu; le premier est humble et modeste; le second est orgueilleux et plein' de lui-même; il parle avec hauteur, et, comme tous les menteurs, il semble toujours craindre de n'être pas cru.
On a vu de ces imposteurs se donner pour les apôtres
du Christ, d'autres pour le Christ lui-même, et ce qui est à lar honte de l'humanité, c'est qu'ils ont trouvé des gens assez crédules pour ajouter foi à de pareilles turpitudes. Une considération bien simple cependant devrait ouvrir les yeux du plus aveugle, c'est que si le Christ se réincarnait sur la terre, il y viendrait avec toute sa puissance et toutes ses vertus, à moins d'admettre, ce qui serait absurde, qu'il eût dégénéré; or, de même que si vous ôtez à Dieu un seul de ses attributs vous n'aurez plus Dieu, si vous ôtez une seule des vertus du Christ, vous n'avez plus le Christ. Ceux qui se donnent pour le Christ ont-ils toutes ses vertus? Là est la question; regardez; scrutez leurs pensées et leurs actes, et vous reconnaîtrez qu'ils manquent par-dessus tout des qualités distinctives du Christ : l'humilité et la charité, tandis qu'ils ont ce qu'il n'avait pas : la cupidité et l'orgueil. Remarquez d'ailleurs qu'il y aï dans ce moment, et dans différents pays, plusieurs prétendus Christs, comme il y a plusieurs prétendus Élie, saint Jean ou saint Pierre, et que nécessairement ils ne peuvent être tous rentables. Tenez pour certain que ce sont des gens qui exploitent la crédulité et trouvent commode de vivre aux dépens de ceux qui les écoutent.
Défiez-vous donc des faux prophètes, surtout dans un temps de rénovation, parce que beaucoup d'imposteurs se diront les envoyés de Dieu; ils se procurent une vaniteuse satisfaction sur la terre, mais une terrible justice les attend, vous pouvez en être certains. (Éraste. Paris, 1862.)
lies faux prophètes de l'erraticité.
10. Les faux prophètes ne sont pas seulement parmi les incarnés ; il sont aussi, et en bien plus grand nombre, parmi les Esprits orgueilleux qui, sous de faux semblants d'amour et de charité, sèment la désunion et retardent l'œuvre émancipatrice de l'humanité, en jetant à la traverse leurs systèmes absurdes qu'ils font accepter par leurs médiums; et pour mieux fasciner ceux qu'ils veulent abuser, pour donner plus de poids à leurs théories, ils se parent sans scrupule de noms que les hommes ne prononcent qu'avec respect.
Ce sont eux qui sèment des ferments d'antagonisme entre les groupes, qui les poussent à s'isoler les uns des autres, et à se voir d'un mauvais œil. Cela seul suffirait pour les démasquer ; car, en agissant ainsi, ils donnent eux-mêmes le plus formel démenti à ce qu'ils prétendent être. Aveugles donc sont les hommes qui se laissent prendre à un piège aussi grossier.
Mais il y a bien d'autres moyens de les reconnaître. Des Esprits de l'ordre auquel ils disent appartenir, doivent être non-seulement très bons, mais, en outre, émi nemment rationnels. Eh bien , passez leurs systèmes au tamis de la raison et du bon sens, et vous verrez ce qui en restera. Convenez donc avec moi que, toutes les fois qu'un Esprit indique, comme remède aux maux de l'humanité, ou comme moyens d'arriver à sa transformation, des choses utopiques et impraticables, des mesures puériles et ridicules; quand il formule un système contredit par les plus vulgaires notions de la science, ce ne peut être qu'un Esprit ignorant et men* teur.
D'un autre côté, croyez bien que si la vérité n'est pas toujours appréciée par les individus, elle l'est toujours par le bon sens des masses, et c'est encore là un critérium. Si deux principes se contredisent, vous aurez la mesure de leur valeur intrinsèque en cherchant celui qui trouve le plus d'échos et de sympathies; Userait illogique, en effet, d'admettre quune doctrine qui verrait diminuer le nombre de ses partisans fût plus vraie que celle qui voit les siens s'augmenter. Dieu, voulant que la vérité arrive à tous, ne la confine pas dans un cercle restreint: il la fait surgir sur différents points, afin que partout la lumière soit à côté des ténèbres.
Repoussez impitoyablement tous ces Esprits qui se donnent comme conseils exclusifs, en prêchant la division et l'isolement. Ce sont presque toujours des Esprits vaniteux et médiocres, qui tendent à s'imposer aux hommes faibles et crédules, en leur prodiguant des louanges exagérées, afin de les fasciner et de les tenir sous leur domination. Ce sont généralement des Esprits affamés de pouvoir, qui, despotes publics ou privés de leur vivant, veulent avoir encore des victimes à tyranniser après leur mort. En général, défiez-vous des communications qui portent un caractère de mysticisme et d'étrangetê, ou qui prescrivent des cérémonies et des actes bizarres; il y a toujours alors un motif légitime de suspicion.
D'un autre côté, croyez bien que lorsqu'une vérité doit être révélée à l'humanité, elle est pour ainsi dire instantanément communiquée dans tous les groupes sérieux qui possèdent de sérieux médiums, et non pas à tels ou tels, à l'exclusion des autres. Nul n'est parfait médium s'il est obsédé, et il y a obsession manifeste loi iqu'un médium n'est apte qu'à recevoir les commu-
nications d'un Esprit spécial, si haut que celui-ci cherche à se placer lui-même. En conséquence, tout médium, tout groupe qui se croient privilégiés par des communications que seuls ils peuvent recevoir, et qui, d'autre part, sont assujettis à des pratiques qui frisent la superstition, sont indubitablement sous le coup d'une obsession des mieux caractérisées, surtout quand l'Esprit do minateur se targue d'un nom que tous, Esprits et incar nés, nous devons honorer et respecter, et ne pas laisseï commettre à tout propos.
Il est incontestable qu'en soumettant au creuset de la raison et de la logique toutes les données et toutes les communications des Esprits, il sera facile de repousser l'absurdité et l'erreur. Un médium peut être fasciné, un groupe abusé; mais le contrôle sévère des autres groupes, mais la science acquise, et la haute autorité morale des chefs de groupe, mais des communications des principaux médiums qui reçoivent un cachet de logique et d'authenticité de nos meilleurs Esprits, feront rapidement justice de ces dictées mensongères et astucieuses émanées d'une tourbe d'Esprits trompeurs ou méchants. (Éraste, disciple de saint Paul. Paris, 1862.)
(Voira l'Introduction le paragraphe : II. Contrôle universelde l'enseignement des Esprits. — Livre des médiums, chap. xxm, De l'obsession.)
Jcrémie et les faux prophètes.
H. Voici ce que dit le Seigneur des armées: N'écoutez point les paroles des prophètes qui vous prophétisent et qui vous trompent. Ils publient les visions de leur cœur, et non ce qu'ils ont appris de la bouche du Sei-
gneur. — Ils disent à ceux qui me blasphèment : Le Seigneur l'a dit, vous aurez la paix ; et à tous ceux qui marchent dans la corruption de leur cœur: Il ne vous arrivera point de mal. — Mais qui d'entre eux a assisté au conseil de Dieu; qui Ta vu et qui a entendu ce qu'il a dit? — Je n'envoyais point ces prophètes, et ils couraient d'eux-mêmes ; je ne leur parlais point, et ils prophétisaient de leur iète. — J'ai entendu ce qu'ont dit ces prophètes qui prophétisent le mensonge en mon nom; en disant : J'ai songé, j'ai songé. — Jusques à quand cette imagination sera-t-elle dans le cœur des prophètes qui prophétisent le mensonge, et dont les prophéties ne sont que les séductions de leur cœur ? Si donc ce peuple, ou un prophète, ou un prêtre vous interroge et vous dit: Quel est le fardeau du Seigneur? Vous lui direz : C'est vous-même qui êtes le fardeau, et je vous jetterai bienloin de moi, dit le Seigneur. (Jérémie, ch. xxm, v, 16, 17, 18, 21, 25, 26, 33.)
C'est sur ce passage du prophète Jérémie que je vais vous entretenir, mes amis. Dieu, parlant par sa bouche, dit : « C'est la vision de leur cœur qui les fait parler. » Ces mots indiquent clairement que déjà, à cette époque, les charlatans et les exaltés abusaient du don de prophétie et l'exploitaient. Ils abusaient, par conséquent, de la foi simple et presque aveugle du peuple en prédisant, pour de l'argent de bonnes et agréables choses. Cette sorte de tromperie était assez générale chez la nation juive, et il est facile de comprendre que le pauvre peuple, dans son ignorance, était dans l'impossibilité de dis* tinguer les bons d'avec les mauvais, et il était toujours plus ou moins dupe de ces soi-disant prophètes qui n'étaient que des imposteurs ou des fanatiques. Y a-t-il rien de plus significatif que ces paroles : « Je n'ai point
envoyé ces prophètes-là, et ils ont couru d'eux-mêmes; je ne leur ai point parlé, et ils ont prophétisé?» Plus loin il dit: « J'ai entendu ces prophètes qui prophétisent le mensonge en mon nom, en disant : J'ai songé, j'ai songé; » il indiquait ainsi un des moyens employés pour exploiter la confiance qu'on avait en eux. La multitude, toujours crédule, ne pensait point à. contester la véracité de leurs songes ou de leurs visions; elle trouvait cela tout naturel et invitait toujours ces prophètes à parler.
Après les paroles du prophète, écoutez les sages conseils de l'apôtre saint Jean, quand il dit: « Ne croyez point à tout Esprit, mais éprouvez si les Esprits sont de Dieu; » car parmi les invisibles il en est aussi qui se plaisent à faire des dupes quand ils en trouvent l'occasion. Ces dupes sont, bien entendu, les médiums qui ne prennent pas assez de précautions. Là est sans contredit un des plus grands écueils, contre lequel beaucoup viennent se briser, surtout quand ils sont novices dans le spiritisme. C'est pour eux une épreuve dont ils ne peuvent triompher que par une grande prudence. Apprenez donc, avant toute chose, à distinguer les bons et les mauvais Esprits, pour pe pas devenir vousmêmes de faux prophètes. (Luoz, Esp. protect. Carlsruhe, N 1861.)
Indissolubilité du mariage. — Divorce.
Indissolubilité du mariage.
f . Les Pharisiens vinrent aussi à lui pour le tenter, et ils lui dirent : Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour quelque cause que ce soit? — Il leur répondit : N'avez-vous point lu que celui qui créa l'homme dès le commencement, les créa mâle et femelle, et qu'il est dit : — Pour cette raison, l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils ne feront plus tous deux qu'une seule chair? — Ainsi ils ne seront plus deux; mais une seule chair. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint.
Mais pourquoi donc, lui dirent-ils, Moïse a-t-ii ordonné qu'on donne à sa femme un écrit de séparation, et qu'on la renvoie? — Il leur répondit : C'est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes ; mais cela n'a pas été dès le commencement. — Aussi je vous déclare que quiconque renvoie sa femme, si ce n'est en cas d'adultère, et en épouse une autre, commet un adultère ; et que celui qui épouse celle qu'un autre a renvoyée, commet aussi un adultère (Saint Matthieu, ch. xix, v. de 3 à 9. )
2. Il n'y a d'immuable que ce qui vient de Dieu; tout ce qui est l'œuvre des hommes est sujet à changement. Les lois de la nature sont les mêmes dans tous les temps et dans tous les pays; les lois humaines changent selon les temps, les lieux et le progrès de Tin-
telligence. Dans le mariage, ce qui est d'ordre divin, c'est l'union des sexes pour opérer le renouvellement des êtres qui meurent; mais les conditions qui règlent cette union sont d'ordre tellement humain, qu'il n'y a pas dans le monde entier, et même dans la chrétienté, deux pays où elles soient absolument les mêmes, et qu'il n'y en a pas un où elles n'aient subi des changements avec le temps; il en résulte qu'aux yeux de la loi civile, ce qui est légitime dans une contrée et à une époque, est adultère dans une autre contrée et dans un autre temps ; et cela, parce que la loi civile a pour but de régler les intérêts des familles, et que ces intérêts varient selon les mœurs et les besoins locaux; c'est ainsi, par exemple, que dans certains pays le mariage religieux est seul légitimje, dans d'autres il faut en plus le mariage civil, dans d'autres, enfin, le mariage civil seul suffit.
3. Mais dans l'union des sexes, à côté de la loi divine matérielle, commune à tous les êtres vivantsr il y a une autre loi divine, immuable comme toutes les lois de Dieu, exclusivement morale, c'est la loi d'amour. Dieu a voulu que les êtres fussent unis, non-seulement par les liens de la chair, mais par ceux de l'âme, afin que l'affection mutuelle des époux se reportât sur leurs enfants, et qu'ils fussent deux, au lieu d'un, à les aimer, à les soigner et à les faire progresser. Dans les conditions ordinaires du mariage, est-il tenu compte de cette loi d'amour? Nullement; ce que l'on consulte, ce n'est pas l'affection de deux êtres qu'un mutuel sentiment attire l'un vers l'autre, puisque le plus souvent on brise, cette affection; ce que l'on cherche, ce n'est pas la satisfaction du cœur, mais celle de l'orgueil, de la vanité,
de la cupidité, en un mot de tous les intérêts matériels; quand tout est pour le mieux selon ces intérêts, on dit que le mariage est convenable, et quand les bourses sont bien assorties, on dit que les époux le sont également, et doivent être bien heureux.
Mais ni la loi civile, ni les engagements qu'elle fait contracter ne peuvent suppléer la loi d'amour si cette loi ne préside pas à l'union; il en résulte que souvent ce que Von a uni de force se sépare de soi-même; que le serment que l'on prononce au pied de F autel devient un parjure si on le dit comme une formule banale; de là les unions malheureuses, qui finissent par devenir criminelles; double malheur que l'on éviterait si, dans les conditions du mariage, on ne faisait pas abstraction de la seule qui le sanctionne aux yeux de Dieu : la loi d'amour. Quand Dieu a dit : « Vous ne ferez au' une même chair; » et quand Jésus a dit : « Vous ne séparerez pas ce que Dieu a uni, » cela doit s'entendre de l'union selon la loi immuable de Dieu, et non selon la loi changeante des hommes.
4. La loi civile est-elle donc superflue, et faut-il erï revenir aux mariages selon la nature? Non certaine^ ment; la loi civile a pour but de réglée les rapports sociaux et les intérêts des familles, selon les exigences de la civilisation, voilà pourquoi elle est utile, nécessaire, mais variable; elle doit être prévoyante, parce que l'homme civilisé ne peut vivre comme le sauvage; mais rien, absolument rien ne s'oppose à ce qu'elle soit le corollaire de la loi de Dieu ; les obstacles à l'accomplissement de la loi divine viennent des préjugés et non de la loi civile. Ces préjugés, bien qu'encore vivaces, ont déjà perdu de leur empire chez les peuples éclairés;
ils disparaîtront avec le progrès moral, qui ouvrira enfin les yeux sur les maux sans nombre, les fautes, les crimes même qui résultent des unions contractées en vue des seuls intérêts matériels; et l'on se demandera un jour s'il est plus humain, plus charitable, plus moral de river l'un à l'autre des êtres qui ne peuvent vivre ensemble, que de leur rendre la liberté ; si la perspective d'une chaîne indissoluble n'augmente pas le nombre des unions irrégulières.
le divorce,
5. Le divorce est une loi humaine qui a pour but de séparer légalement ce qui ^st séparé de fait; elle n'est point contraire à la loi de Dieu, puisqu'elle ne réforme que ce que les hommes ont fait, et qu'elle n'est applicable que dans les cas où il n'a pas été tenu compte de la loi divine; si elle était contraire à cette loi, l'Église elle-même serait forcée de regarder comme prévaricateurs ceux de ses chefs qui, de leur propre autorité, et au nom de la religion, ont, en plus d'une circonstance, imposé le divorce; double prévarication alors, puisque c'était en vue d'intérêts temporels seuls, et non pour satisfaire à la loi d'amour.
Mais Jésus lui-même ne consacre pas l'indissolubilité absolue du mariage. Ne dit-il pas : « C'est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes? » Ce qui signifie que, dès le temps de Moïse, l'affection mutuelle n'étant pas le but unique du mariage, la séparation pouvait devenir nécessaire. Mais, ajoute-t-il, « cela n'a pas été dès le commencement ; » c'est-à-dire qu'à l'origine de l'humanité, alors que les hommes n'étaient pas encore pervertis par
l'égoïsme et l'orgueil, et qu'ils vivaient selon la loi de Dieu, les unions fondées sur la sympathie et non sur la vanité ou l'ambition, ne donnaient pas lieu à répudiation.
Il va plus loin : il spécifie le cas où la répudiation peut avoir lieu, c'est celui d'adultère; or, l'adultère n'existe pas là où règne une affection réciproque sincère.-Il défend, il est vrai, à tout homme d'épouser la femme répudiée, mais il faut tenir compte des mœurs et du caractère des hommes de son temps. La loi mosaïque, dans ce cas, prescrivait la lapidation; voulant abolir un usage barbare, il fallait néanmoins une pénalité, et il la trouve dans la flétrissure que devait imprimer l'interdiction d'un second mariage. C'était en quelque sorte une loi civile substituée à une autre loi civile, mais qui, comme toutes les lois de cette nature, devait subir l'épreuve du temps.
Qui ne hait pas son père et sa mère. — Quitter son père, sa mère et ses enfants. — Laissez aux morts le soin d'ensevelir leurs morts. — Je ne suis pas venu apporter la paix, mais la division. ,
Qnt ne hait pas son père et sa mère.
1. Une grande troupe de peuple marchant avec Jésus, il se retourna vers eux et leur dit : — Si quelqu'un vient à moi, et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. — Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple. — Ainsi quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il a ne peut être mon disciple. (Saint Luc, ch. xiv, v. 25, 26, "27, 33.)
2. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi. (Saint Matthieu, ch. x, v. 37.)
3. Certaines paroles, très rares du reste, font un contraste si étrange dans la bouche du Christ, qu'instinctivement on en repousse le sens littéral, et la sublimité de sa doctrine n'en a subi aucune atteinte. Écrites après sa mort, puisque aucun Évangile n'a été écrit de son vivant, il est permis de croire que, dans ce cas, le fond de sa pensée n'a pas été bien rendu, ou, ce qui n'est pas moins probable, c'est que le sens primitif a
pu subir quelque altération en passant d'une langue à l'autre. Il a suffi qu'une erreur fût faite une première fois pour qu'elle ait été répétée par les reproducteurs, comme cela se voit si souvent dans les faits historiques.
Le mot hait, dans cette phrase de saint Luc : Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, est dans ce cas; il n'est personne qui ait eu la pensée de l'attribuer à Jésus; il serait donc superflu de le discuter, et encore moins de chercher à le justifier. Il faudrait savoir d'abord s'il l'a prononcé, et, dans l'affirmative, savoir si, dans la langue dans laquelle il s'exprimait, ce mot avait la même valeur que dans la nôtre. Dans ce passage de saint Jean : « Celui qui hait sa vie dans ce monde, la conserve pour la vie éternelle, » il est certain qu'il n'exprime pas l'idée que nous y attachons.
La langue hébraïque 'n'était pas riche, et avait beaucoup de mots à plusieurs significations. Tel est par exemple celui qui, dans la Genèse,, désigne les phases de la création, et servait à la fois pour exprimer une période de temps quelconque et la révolution diurne ; de. là, plus tard, sa traduction par le mot jour, et la croyance que le monde a été l'œuvre de six fois vingtquatre heures. Tel est encore le mot qui se disait d'un chameau et d'un câble, parce que les câbles étaient faits de poils de chameau, et qui a été traduit par chameau dans l'allégorie du trou d'aiguille (ch. xvi, n° 21.)
1. Non odit en latin, Kaï ou miseï en grec, ne veut pas dire haïr,, mais aimer moins. Ce qu'exprime la verbe grec miseïn, le verbe hébreu, dont a dû se servir Jésus, le dit encore mieux; il ne signifie pas seulement haïr, mais aimer moins, ne pas aimer autant que, à Végal d'un autre. Dans le dialecte syriaque, dont il est dit que Jésus usait le plus souvent, cette signification est encore plus accentuée. C'est dans ce sens qu'il est dit dans la Genèse (ch. xxix, t>.30, 31) :
Il faut d'ailleurs tenir compte des mœurs et du caractère des peuples qui influent sur le génie particulier de leurs langues; sans cette connaissance le sens véritable de certains mots échappe; d'une langue à l'autre le même mot a plus ou moins d'énergie; il peut être une injure ou un blasphème dans l'une et insignifiant dans l'autre, selon l'idée qu'on y attache; dans la même langue certains mots perdent leur valeur à quelques siècles de distance; c'est pour cela qu'une traduction rigoureusement littérale ne rend pas toujours parfaitement la pensée, et que, pour être exact, il faut parfois employer, non les mots correspondants, mais des mots équivalents ou des périphrases.
Ces remarques trouvent une application spéciale dans* l'interprétation des saintes Écritures, et des Évangiles en particulier. Si l'on ne tient pas compte du milieu dans lequel vivait Jésus, on est exposé à se méprendre sur la valeur de certaines expressions et de certains faits, par suite de l'habitude où l'on est d'assimiler les autres à soi-même. En tout état de cause, il faut donc écarter du mot haïr l'acception moderne, comme contraire à l'esprit de l'enseignement de Jésus (voy. aussi chap. xiv, n0s 5 et suiv.)
Quitter son père, sa mère et ses enfants.