II. L'ANNONCIATION DE JeAN-BaPTISTB
Maintenant le « discours » que Luc avait consacré à l'œuvre de Jésus commence par un récit de la naissance miraculeuse du Christ, récit entièrement fictif, comme celui de Matthieu, et qui porte à peu près en tous ses traits la marque évidente de son caractère. Ce début ne laisse pas d'êti'e encore parallèle à celui de Marc, parce que la naissance de Jean-Baptiste est aussi racontée en manière de prélude à celle de Jésus, et que le Précurseur entre dans son rôle dès le sein de sa mère. Comme dans le premier évangile, ces merveilles sont censées advenues vers la fin du règne d'Hérode le Grand. L'auteur imite la manière et le style de l'Ancien Testament dans les récits de naissances miraculeuses. Ainsi se suivent, en tableaux presque idylliques par comparaison aux récits plus sensiblement dogmatiques de Matthieu, l'annonciation de Jean (i, 5-25), celle de Jésus (i, 26-38), la visite de Marie à Elisabeth (i, 39-56), la naissance de Jean (i, 57-80), .celle de Jésus (11, 1-20), la circoncision de celui-ci et sa présentation au temple (ii, 21-36), l'anecdote de l'enfant Jésus parmi les docteurs (u, 4o-.^2) .
« 11 y avait, dans les jours », — c'est-à-dire sous le règne — « d'Hérode,roi de Judée», — le mot« Judée» désigne ici la Palestine (cf.iv, 44» VI, 17; VII, 17 ; xxiii,3; Acrr. x, 37), — « un prêtre nommé Zacharie, de la classe d'Abia », — . une des vingt-quatre familles entre lesquelles se partageait la caste sacerdotale, et la huitième dans l'ordre de la Chronique (I, xxiv, lo). L'auteur affecte une grande érudition dans les matières du culte juif; mais ces connaissances ne semblent pas être de première main ; elles ont été puisées librement dans la Bible. — « Et sa femme, des filles d'Aaron, avait nom Elisabeth. » — Miriam (Mai'ie) est le nom de la sœur de Moïse, Elishéba (Elisabeth) celui de la femme d'Aaron (Ex. vi, 23). Le nom de la mèi-c de Jésus a pu
• Or ils étaient justes tous deux, devant Dieu marchant,
selon les commandements et préceptes du Seigneur, san»
[reproche.
' Et ils n'avaient pas d'enfant, parce qu'Elisabeth était stérile ; et tous deux étaient avancés en âge.
^ Or advint, comme il était de service, au tour de sa classe, devant Dieu, * que, selon la règle de la liturgie, il lui échut d'offrir l'encens^
suggérer celui de la mère de Jean. En rattachant celle-ci à la race d'Aaron, l'on n'aura probablement pas voulu dii*e qu'elle fût issue d'une simple classe comme celle d'Abia, mais qu'elle appartenait à la lignée des grands-prêtres: par là on s'est proposé de rehausser les origines de Jeàn-Baptiste, et aussi de faire valoir la descendance pontificale du Christ ; car on a eu soin de dire (i, 36) que Marie était la cousine d'Elisabeth. Les simples prêtres, dont était Zacharie, avaient le droit de prendre femme en dehors de leur tribu. — « Or, ils étaient justes tous deux devant Dieu », — comme jadis Noé (GEisi. VII, i), — « suivant sans reproche », — comme Abraham (Gen. XVII, I, Sept.), — «tous les commandements et pi'éceples du Seigneur ». — Les deux mots: « commandements » (âvToXai) et « observances » (Btxatwjxaxa), ne sont pas pour signifier le grand nombi'e des prescriptions, mais pour l'ampleur rythmique de la phrase (le rythme paraît exiger que l'on construise : « ils étaient justes tous deux,, devant Dieu marchant, dans » la pratique de « tous les commandements... irréprochables », à[i.£jj.7tToi correspondant en fin de ligne à TTopsuop-Evot). — « Et ils n'avaient pas d'enfant, parce qu'Elisabeth », — comme les saintes femmes Sara, Rébecca, la mère de Samuel, — « était stérile, et tous deux étaient avancés en âge »,— en sorte qu'ils n'avaient plus espoir de postérité : ainsi en était- il d'Abraham et de Sai'a, lorsque Dieu leur donna Isaac ((jen. xviii, ii).
« Or il advint, comme » — Zacharie — « était de service, au tour de sa classe, devant Dieu », — d'après le roulement qui amenait au temple successivement toutes les familles sacerdotales (sur le sens du mot àcûTiptepia, voir Lagrange, g), — « qu'il fut selon le règle du service divin», — les fonctions que les prêtres avaient à remplir étant attribuées par le sort chaque jour, — « désigné par le sort pour offrir l'encens». — Il s'agit de l'encensement, c'est-à-dire du renouvellement de la braise et des parfums, qui se pratiquait matin et soir, au moment du sacrifice, dans l'intérieur du temple, sur le petit autel
entrant dans le sanctuaire du Seigneur.
1° Et toute la foule du peuple était (là),
priant dehors, à l'heure de l'encensement. " Et lui apparut un ange de Seigneur,
qui se tenait à droite de l'autel de l'encensement. '^^Et Zacharie fut troublé en le voyant,
et crainte tomba sur lui ;
qui était placé devant le Saint des saints. D'après la tradition juive,, le prêtre chargé de cet office n'entrait pas seul dans le temple, lesprétres désignes pour la purification de l'autel et le soin des lampes assistant à l'encensement ; mais Zacharie est censé pénétrer sans acolyte dans le sanctuaire, comme le grand-prêtre y pénétrait seul le jour de la grande expiation: ce qui a fait suj)poser très gratuitement à quelques-ims (Prot. Jac. viii; Augustin, m Jo. XLIX, aj) que Zachai'ie était grand-prêtre. — « Entrant dans le sanctuaire du Seigneur ». — 11 faut entendre que, cette fonction liturgique lui étant échue, Zacharie était entré eff'ectivement dans le sanctuaire pour la remplir, comme il est supposé par la suite du récit (mais si l'auteur a écrit: 'éXa'/e tou Oup.tauQ» eltreXOwv xtX, et non Xa^wv... elcrjXôs, c'est moins par sémitisme que pour la coupe rythmique de la phrase). — « Et toute l'assemblée du peuple était à prier dehors », — le sacrifice proprement dit s'accomplissant en plein air, et le peuple y assistant dans le parvis, — « à l'heure de l'encensement », ^- pendant que Zacharie offrait l'encens dans le temple. Le matin, cette cérémonie avait lieu avant, et le soir, après l'holocauste bi-quotidien. Comme l'acte rituel est mis ici en relation avec le tirage au sort, on pourrait supposer qu'il s'agit du sacrifice matinal ; mais, si le narrateur a songé à distinguer les deux sacrifices, le passage de Daniel (ix, 21) qu'il imite en cet endi'oit indiquerait de préférence le sacx*ifice du soir (touchant l'association de la prière à la cérémonie de l'encensement, cf. Ap. V, 8; vm, i, 3-4). — « Et », — pendant qu'il s'acquittait de son ministère, ou plutôt quand il l'eut rempli, et avant qu'il s'éloignât, — a un ange de Seigneur lui apparut. » — A la différence de ceux de Matthieu qui parlent en songe à Joseph, les anges de Luc se montrent aussi bien en plein j,our et s'adressent à des gens éveillés. — tt Se tenant à droite de l'autel de l'encens ». — Cette place d'honneur convient à la dignité du messager céleste; si l'indication était en rapport avec l'heureux présage qui va être donné à Zacharie, on aurait, plutôt amené l'ange à la droite du prêtre . « Et Zacharie fut troublé à sa vue,, et une crainte tomba sur lui ». —
13 mais l'ange lui dit : « Ne crains pas, Zacharie,
parce que la prière a élé exaucée.
Ta femme Elisabeth t'enfantera un fils,
el lu l'appelleras du nom de Jean.
1* Et ce te sera joie et allégresse,
et de sa naissance plusieurs se réjouiront. 1^ Car 11 géra grand devant Seigneur ;
Ni vin ni liqueur il ne boira,
Le sentiment convient à la situation, mais les formules sont de l'Ancien Testament (cf. Judith, xy, i ; Dan. viii, i-j ; x, ii ; Ex. xv, i6). — « Mais l'ange lui dit : « N'aie pas peur, Zacharie, parce que ta prière a été exaucée ». — Ainsi parle-t-il déjà dans Daniel (x.ia) ; mais ici aucune prière de Zacharie n'a été préalablement rapportée ; on ne peut guère supposer que le vieux Zacharie prie encore maintenant pour avoir des enfants, ni que l'acte liturgique accompli par le prêtre soit compris comme une prière à laquelle Gabriel apporterait la réponse de Dieu ; l'allusion va plutôt aux prières que Zacharie est censé avoir faites longtemps pour avoir postérité ; mais l'équilibre delà mise en scène laisse à désirer. — « Ta femme Elisabeth t'enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jean». — lochanan, (i le Seigneur est propice ». Cette naissance est annoncée comme autrefois celle d'Isaac (Gen. xvi, ii ; xvu, 19). Le nom convient à la circonstance de l'exaucement, aussi au rôle de l'homme qui doit préparer l'avènement du règne de Dieu ; mais on dirait que le narrateur ne connaît pas cette étymologie et qu'ii ne soupçonne pas davantage le rapport qui y est impliqué. — «Hy aura pour toi joie et allégresse », — d'avoir un fds, et un tel fils, — « et plusieurs se réjouiront de sa naissance », — ce qui sera un présage de sa grandeur future (i, 58, 65-66). Il est probable, d'ailleurs, que le narrateur entrevoit, derrière les voisins dont il sera parlé bientôt, tous ceux qui auront à louer Dieu pour le ministère de Jean.
« Car » — il n'est pas appelé à continuer simplement la lignée des l^rêtres d Abia, — «il sera grand devant Seigneur», — au jugement de Dieu môme (rapport d'expression plutôt que d'idée avec Gen. x, 9). L'épithète caractérise l'éminence, non la nature du rôle attribué à Jean : anticipation du jugement qui sera prononcé plus tard par Jésus lui-même (vu, 28). — « 11 ne boira ni vin ni liqueur enivrante ». — Il sera nazi'r, comme Samson (Jitg. xiii, 4» 7» i4) d'où vient la mention du shékar, boisson fermentée, fabriquée avec deo grains ou des
et d'Esprit saint il sera rempli dès le sein de sa mère; ^' beaucoup des fils d'Israël il ramènera à Seigneur leur Dieu. ^' C'est lui qui marchera devant lui avec l'esprit et la puissance
[d'Elie
pour ramener les cœurs des pères vers les enfants
•fruits, dont parle souvent l'Ancien Testament) — « et il sera rempli d'Esprit saint dès le sein de sa mère ». — Ce qui pourrait s'entendre : dès qu'il en sortira (l'auteur ne s'inspirant pas de Jér.i, 5). Ou bien : •dès le sein même, y étant encore . Et ce dernier sens paraît imposé par le texte (à raison de ext devant èx xoXi'aç) et la correspondance avec le récit des Juges (cf. Jug. xiii, 5, 7, Sept.). Au surplus, Jean va prophétiser (i, 4i) dans le sein d'Elisabeth. Il est sans doute oiseux de discuter si Jean a été réellement nazir ; il est possible que l'auteur ait voulu le faire entendre, sans avoir une idée bien nette de ce qu'était la profession de nazirat dans les anciens temps Israélites; le fait qu'il ne dit rien de la chevelure non coupée n'est pas un argument décisif en -sens contraire (cf. Am. ir, 11-12) ; il a fort bien pu éviter le mot de nazir tout en voulant désigner le nazirat, et sans mesurer la différence que les commentateurs croient pouvoir établir enti'e les observances des anciens nazirs et ce que la tradition évangélique racontait touchant l'existence de Jean au désert. En tous cas, il ne paraît pas vouloir opposer (comme Eph. v, 18, allégué ici par Ki.osterma.nn, 368) l'ivresse de l'Esprit à l'ivresse provoquée parla boisson.
« Il ramènera beaucoup des fils d'Israël à Seigneur leur Dieu » . — L'ange annonciateur de Samson disait (Jug. xiii, 5) : «et c'est lui qui commencera à sauver Israël de la main des Philistins ». — « Et luimcme marchera devant lui )), — devant le Seigneur Dieu, — « en esprit et puissance d'Elie », — la puissance miraculeuse dont était doué le fameux prophète (Jn. x, 4i, n'est pas à considérer pour l'interprétation de Luc). La secte de Jean attribuait certainement des miracles à son fondateur, et il se pourrait fort bien que le fond de la présente légende lui ait été emprunté. L'on dit ici que Jean marchera devant , Dieu : c'est ce que disait Malachie Cm, i), dans un passage que la tradition chrétienne (Me. i, a ; Mt. xi, 10 ; Le. vu, 27) a modifié pour i'entendre de Jean et de Jésus ; très probablement les sectateurs de Jean l'entendaient, comme le suggère notre passage, de Jean-Elie, précurseur de Dieu, On remarquera que notre évangile, à la différence de Marc (ix:, i3), et dans le môme esprit que Matthieu (xi, i4), s'abstient de dire que Jean est Elle (cl. Jn. 1, 21). — « Pour ramener les cœurs dés pères vers les enfants », — les cœurs des pieux ancêtres
A. LoisY. — L'Évangile selon Luc. 6
m ' LUC I. 18-19
eL les rebelles au serUiment des justes,
pour piîépacer à Seigneu.» un peuple bien, disposé.
18 Et Zacliarie dit à l'ange: :
« A. quoi connaîtrai-je cela ?
Car je ^xxîa vieux, et ma femme est avancée en âge. »
1^ Et répondant l'ange lui dit :
« Je suis Gabriel, l'assistant de Dieu,
xei's les enfants, ceux de La génération, présente qui. se sont montrés indignes d'eux,. — « et les rebelles», — ces fils dégénérés, — « au sentiment des justes », — les pères dont on vient de parler,, — «pour préparer », — moyexînant cette conversion des «.( rebelles » et leur réconciliation avec les «justes», — « au Seigneur un peuple bien disposé» — pour l'avènement de son règne.
Ce que la tradition évangélique disait de Jean se trouve ainsi anticipé dans le discours de Gabriel. Et Gabriel, ne fait que paraphraser le texte de Malachie (m, i, 28-24 '■> cl. Eggli. xlvui, 10) sur lequel prétendait se fonder la tradition : « Voici que j'envoie mon messager pour qu.'il prépai'e le chemin devant moi.... Voici, que je vous envoie Elle le prophète, avant que survienne le grand et terrible jour delahvé ; et il ramènera le cœur des pères vers, les lils, et le cœur des fils vers les pères ». Malachie entend qu'Elie l'éconciliera les pères avec, les enfants, qu'il rétablira la paix dans les familles, et dans la société. Gabriel, c'est-à-dire l'évangéliste, paraît l'entendre a,iltrement, mettant, à la fin du discoui's, les « l'ebelles » à la place des « fils », les «justes » à la place des (( pères », et semblant, par là vouloir identifier les « fils » avec la génération présente,, et les <c pères » avec les saints d'autrefois, patriarches et prophètes. Le sens de la prédiction devient moins net, ni les pères justes ni les enfants rebelles ne formant des groupes clairement définis.
« Et Zacharie dit à l!ange : « A quoi connalti^ai-je cela ? » — Zacharie est dans un lieu tro^j redoutable pour se mettre à, rix^e, comme jadis, en pareil cas, Abraham et Sara; mais iLhésite à croire et il demande un signe, comme le père des croyants quand lahvé lui promit, la Palestine (Gen. xv, 8;ef.JuG.vi,36-37), comme Ezéchias.quand Isaïe lui promit sa guérison (Il Rois„xx, 8-iJ.) ; il dit les raisons de^ son doute dans le style de la Genèse (xvir, 17; xviii, 12) :. — « Gar je suis vieux, et ma femme est avancée en âge ». — L'ange, pour faire valoir l'autor rite de sa parole, décline ses nom et qualité. — « Et répondant., l'ange lui dit : (c Je suis Gabriel », — éty mol ogiquement «.homme de Dieu »■
et j'ai reçu mission de te parler et de t'annoncer cela.
20 Et lu vas être au silence et ne pouvant parler, jusqu'au jour où arriveront ces choses, parce que tu n'as pas cru à mes paroles, qui s'accompliront en leur temps. »
^^ Cependant le peuple était à attendre Zacharie, et l'on s'étonnait pendant qu'il s'attardait dans le sanctuaire; . 22 mais, étant sorti, il ne pouvait leur parler,
(cf. JuG. XVII, 8-9), nommé dans le livre de Daniel (ix, 521, aS), — « l'assistant de Dieu » — non un simple assistant, comme le commun des esprits célestes, mais l'un des sept anges qui se tiennent devant le trône de l'Eternel (Tob. xii, i5 ; cf. Ap. iv, 5). Zackarie aurait dû. se rappeler qu'un m'cssaiger de Dieu mérite créance, et celui dont il a paru mettre en doute la parole se trouve être le messager des grandes- révélations. — « Et j'ai été envoyé te parler et t'annoncer cette bonne nouvelle )) . — Pi'opos imités de Daniel (ix, 23). — « Et tu vas être axi silence et sans pouvoir parler ». — Zacharie n'a pas cru l'ange sur parole, et il! veut un signe ; il en aura un ; sa rencontre avec l'ange va le rendire muet, comme Daniel (x, 15-17), mais pour plus longtemps-. — « Jusqu'au jour où' arriveront ces choses, parce qiwe tu n'as pas cru à mes paroles, qui», — message de Dieu,. — « s'accompliront en leur temps ». — le signe demandé se tourne en châtiment,, mais l'infirmité de Zacharie sera temporaire, et la promesse ne laissera pas de se réaliser au temps marqué, comme celle de l'ange à Abraham sous le chêne de Mamré (Gen. xvii, 21 ; xviir,. i4)'. La suite (i, 22-, 62) montre que Zacharie ne sera j)as privé seulement de la parole, mais aussi de l'ouïe : il sera sourd-muet (/cwooç. Cf. vir, 2a). L'ange insiste sur la pi'ivation de l'a parole, parce qu'e c'est Ite côté le plus apparent de la punition, et surtout iDarce que son discours est influencé par Daniel [lac. cit.).
« Et le peuple' éHait à attendre: Zacharie », — parce quelacérémonie de l'encensement ne durait pas longtemps, — « et l'on s'étonnaitqu'il s'attardât dans le sanctuaire . Or, étant sorti, il ne pouvait leur parler )) ; — il se trouvait incapable dire ce qui lui était arrivé. On remarquera peut-être que la conversation n'avait pas été bien longue et qiue le peuple' avait été un peu prompt à s'étonner ; il y a aussi quelque naïveté à supposer que Zacharie sortant n'aurait rien de mieux à faire que de raconter aux assistantls son aventure . — « Et ils
et ils comprirent qu'il avait eu vision daps le sanctuaire.
Et lui leur faisait des signes,
et il resta muet.
*3 Et quand furent accomplis ses jours de service,
il s'en alla dans sa maison.
^* Mais, après ces jours,
Elisabeth sa femme conçut ;
et elle se cacha cinq mois, disant:
^^ «Ainsi m'a fait Seigneui;',
dans les jours où il lui a plu
d'enlever mon opprobre parmi les hommes, »
comprirent qu'il avait eu une vision dans le sanctuaire ». — Le peuple raisonne conformément à l'idée qui se traduit dans la scène de Daniel (supr. cit) : on sait que, dans l'Ancien Testament, l'apparition de Dieu ou d'un ange pouvait être mortelle (cf.JuG. vi, 23). — «Et lui leur faisait des signes », — soitpour expliquer le fait, soit simplement pour faire entendre qu'il ne pouvait parler, — « et il resta muet », — comme l'avait dit Gabriel. L'usage étant que les prêtres, au nombre de cinq, qui étaient entrés dans le sanctuaire pour l'encensement, donnassent une bénédiction au peuple en sortant, l'on suppose volontiers que le mutisme de Zacharie apparaît en ce qu'il ne peut dire la bénédiction accoutumée : l'auteur n'a pas songé à ce détail, non plus qu'à la présence d'autres officiants à côté de Zacharie. .
« Et quand furent accomplis ses jours de service », — la semaine durant laquelle il devait rester dans le temple, et non précisément le service, les fonctions de son emploi (XscToupyc'a est charge publique, et spécialement office sacré), pour lesquelles Zacharie se trouvait disqualifié par son infirmité, — « il s'en alla dans sa maison w. — On verra plus loin (i, 39) qu'il n'habitait pas Jérusalem. — « Or, après ces jours », — qu'avait signalés la miraculeuse vision, — « sa femme Elisabeth conçut, et elle se cacha pendant cinq mois ». — L'auteur dit cinq mois, parce qu'il va raconter ce qui estari'ivé dans le sixième mois, et que la grossesse d'Elisabeth est censée connue depuis ce temps-là. 'On ne voit pas bien pourquoi Elisabeth se cache, — « disant : « Ainsi m'a traitée Seigneur, dans les jours où il lui a plu d'enlever mon opprobre parmi les hommes ». — Si elle se dérobe au public, ce n'est pas faute de reconnaissance pour le bienfait de Dieu, puisque dans son particulier elle loue le Seigneur, comme Sara etRachel(GBN. xxi, 6 ; XXX, 23), d'avoir fait cesser l'humiliation de sa stérilité. La