‹ L'évangile selon RenanChapitre 1 sur 5 · L'évangile selon Renan · texte numérisé non relu

L'évangile selon Renan

Permettez-moi, cher Monsieur, de yous féliciter chaleureusement de la bonne œuvre que vous venez d'accomplir en réfutant avec tant de verve, de cœur et de bon sens le livre sacrilège du coupable Renan. Chacune de vos pages, je dirais presque de vos paroles, brûlante de vérité, est un stigmate imprimé par votre foi indignée sur le front de ce malheureux. C'est là, soyez en bien assuré, de la grande, de la vraie charité, quoi qu'en puissent dire certains esprits qui se croient modérés et qui ne sont qu'indifférents : c'est charité que de crier au loup ! et la charité déteste et combat le mal avec autant d'énergie qu'elle aime et défend le bien. Vous aurez, cher Monsieur, une grande récompense devant le bon Dieu pour votre zèle à ramasser le gant de l'ennemi.

Votre petit livre a un avantage inappréciable

dans ce temps-ci et vis-à-vis d'un grand nombre de lecteurs : il est amusant. Malgré l'indignation que soulèvent des citations affreusement sacrilèges, malgré le religieux respect qui saisit toujours un chrétien dès qu'on prononce devant lui le nom très-sacré de Jésus, on ne peut s'empêcher, en lisant votre travail, de rire des spirituelles et nombreuses saillies avec lesquelles vous fustigez , comme il le mérite, le petit Voltaire du Collège de France.

Je souhaite à votre charmant et excellent petit livre une immense diffusion, surtout dans les rangs de cette jeunesse à qui s'adresse de préférence le roman antiévangélique de M. Renan ; et je demande à Dieu de vous inspirer aussi bien lorsque viendra le moment de réfuter les autres volumes que l'on nous promet encore sur les origines du christianisme.

Agréez, cher Monsieur, etc.

t L.-G. DE SÉGUR,

Prélat de la Maison du Pape , Chanoine de Saint-Denis.

Paris, 6 août 185S.

J'ai lu quelque part une effroyable histoire. Un général très-habile au pistolet, devenu célèbre par Tétonnante sûreté de son tir, homme d'esprit, éloquent et pardessus tout grand duelliste, se prit un jour de querelle, je ne sais trop comment, avec un tout jeune homme charmant et bon, aimé de tous. Rendez-vous fut pris pour le lendemain. Le général, à qui le sort avait laissé le choix des armes, avait voulu le pistolet. Le jeune homme tira le

premier et manqua. Le vieux duelliste abaissa alors son arme : a Jeune homme, lui dit-il avec un accent paternel, vous avez à peine vingt ans; vous avez de la grâce, de Tesprit, du cœur, toutes les qualités qui peuvent faire présager le bonheur. La vie s'ouvre devant vous, sereine et souriante comme une matinée de printemps; votre cœur se repose dans mille espérances douces et sacrées. Vous voulez vivre, n'est-ce pas? vivre pour votre mère, dont vous êtes Tunique enfant? vous voulez vivre aussi pour une autre, car je sais que vous aimez. £h bien! mon enfant, regardez ce beau ciel, songez à votre bonne et vieille mère, à votre fiancée. Oui, je le veux, ouvrez, ouvrez largement votre âme à toutes les promesses de félicité que vous fait la vie... »

Le général parla ainsi quelques instants encore. Sa voix était émue : il semblait profondément attendri. Il fut superbe, éloquent, et jamais on n'ouït de

plus magnanimes paroles. Elles étaient faites, on le conçoit, pour toucher puissamment celui à qui elles s'adressaient.

L'excellent jeune homme était remué jusques au fond de Tâme. Tout à coup, n'y tenant plus, il voulut s'élancer dans les bras d'un adversaire si généreux.

— Attendez, Monsieur! dit le grand duelliste en relevant son arme à la hauteur de son œil, attendez : car toutes ces espérances que je viens d'éveiller, cette vieille mère, cette bien -aimée, cette longue et souriante vie, il leur faut dire adieu pour jamais : je n'ai pas encore tiré. Et maintenant je vais vous tuer.

Et d'un coup de pistolet ajusté Iroidement, il l'atteignit au front. L'infortuné tomba raide mort.

— Excellents pistolets ! dit le duelliste.

Lorsque je lis les pages éloquentes qui se rencontrent çà et là dans les livres de

M. Renan, le souvenir de cette histoire me revient obstinément à la pensée. Ce beau style, où 11 se complaît, me rappelle le beau discours et la factice émotion du grand duelliste.

M.Renan parle avec un accent souvent remuant, avec un sentiment parfois exquis de la divine religion fondée par Notrc-Seigneur, de ce Royaume du Ciel qui est le suprême espoir et la consolation de tous ceux qui souffrent ici-bas ; il se plaît à nous répéter combien est splendide et touchant un semblable idéal, combien il répond aux besoins de rame humaine; il nous montre en Jésus le meilleur et le plus grand des êtres apparus jusqu'ici à la terre; puis, quand il est parvenu à émouvoir Tâme de ses lecteurs, à leur faire comprendre ce que peut-être ils n'avaient fait que pressentir d'une façon plus vague, 11 leur dit froidement : — De telles espérances sont vaines. Cet homme n'était

pas Dieu : par conséquent, si sa morale est parfaite, son Paradis est chimérique. Ce personnage que je viens de vous faire aimer comme un être vivant, comme le plus beau, le plus grand et le meilleur des enfants des hommes, il est mort et bien mort. Il n'est point ressuscité et vous ne le reverrez jamais. Ne me parlez pas de ses miracles : cet homme était parfait, et la terre roulera élernellement sur son axe sans revoir une perfection si haute; mais il était en même temps un menteur, un imposteur, un sacrilège, et ses miracles étaient des jongleries. Ne priez donc pas Jésus, il ne vous entend pas. Ne priez pas Dieu, il n'intervient pas au milieu des inflexibles lois qui gouvernent le monde. Ce Ciel dont je vous ai fait entrevoir les splendeurs, il n'existe pas. Cette vie éternelle dont j'ai bercé les espérances de votre cœur, il lui faut dire adieu. Il faut mourir, et quand on meurt, tout est fini : il n'y a

plus rienî — plus rien ! plus rien ! plus plus rien ! Lasciate ogni speranza. Dante en a fait le premier mot de l'enfer, j'en fais le dernier mot de la philosophie!

Hâtons-nous cependant d'étahlir une différence entre l'ahominahle duelliste et le professeur du Collège de France. Le duelliste tira son coup de pistolet et tua son innocent et malheureux adversaire.

M. Renan n'a rien d'homicide; il décharge son arme contre le Catholicisme et ne tue rien du tout. Avec une attention profonde, avec un soin méticuleux, avec des précautions infinies, il vise Dieu, Dieu qui est partout.... et il le manque !

Le dialecticien est au-dessous du médiocre, et il sera aisé d'en donner quelques preuves. Quant à l'écrivain, il sait assez bien son métier, et il a un incontestable talent de forme. Ou je me trompe

fort sur le personnage, ou ce misérable éloge le consolera de tout ce que je pourrai dire d'ailleurs de sa personne ou de son livre.

Il a donc du talent, je le reconnais en toute franchise ; et son style roule dans ses flots mêlés, dans ses flots troublés comme une conscience inquiète, quelques diamants de la plus belle eau. Mais ce talent même qui n'est jamais aussi souple et en quelque sorte aussi à l'aise que lorsqu'il se meut dans la vérité, ce talent qui n'entre dans l'erreur que par un froid parti pris de la volonté, accumule sur la tête de l'auteur de la « Vie de Jésus » une responsabilité qui épouvante.

Le comte de Maistre, parlant d'un grand ennemi de Dieu, disait avec justesse : « C'est en vain que, pour voiler d'inexprimables attentats, ses stupides admirateurs tious assourdissent de tirades sonores et il a parlé supérieure-

ment des objets les plus vénérés. Ces aveugles volontaires ne voient pas qu'ils achèvent ainsi la condamnation de ce coupable écrivain. Si Fénelon avec la même plume qui peignit les joies de rÉlysée avait écrit le Livre du Prince^ il serait cent fois plus vil et plus coupable que Machiavel. Le plus grand crime de cet homme est Tabus du talent et la prostitution d'un génie créé pour célébrer Dieu et la vertu. »

Ce n'est point que nous voulions le moins du monde faire à M. Ernest Renan l'application de ce passage que M. de Maistre écrivait en nommant Voltaire :

M. Renan n'est point un second Voltaire, pas plus que madame Louise Collet n'est une dixième muse. Nous nous souvenons, d'ailleurs, d'un mot de ce même Voltaire qui nous paraît, sinon respectueux pour la mémoire des défunts, du moins très-opportun et très-prudent dans

la vie pratique. « On doit, dit-il, des « égards aux vivants, on ne doit aux « morts que la vérité. » Parlons donc de M. Renan avec tous les égards quïl mérite en sa qualité de vivant, parlons-en même avec le respect qui est dû à la robe ecclésiastique dont il a été revêtu.

zi

Il y a deux hommes en M. Renan, le

séminariste et le qu'importe le nom

du second? D'un côté il a l'imagination chrétienne, de l'autre il semble avoir le cœur athée. Quand il veut raconter la vie du « Fils de l'Homme », il interroge son imagination, éclose jadis à l'ombre des autels et sous la fraîcheur des grands arbres du séminaire, et il trouve des déli-

catesses exquises et une intelligence souvent remarquable de ce qui est le Beau et le Bien; quand il veut conclure et raisonner, il écoute son cœur et dit :

a II n'y a pas de Dieu. » Contraste affreux ! Timagination est vivante, pleine de charme, de parfum et de couleur; Pâme est flétrie et paraît morte. C'est la floraison du mois d'avril sur la pourriture d'un tombeau.

L'encens du sanctuaire embaume par moments les vagues profondeurs de son style. Étrange contradiction! Une croit pas en Dieu, mais sa ferveur n'en est point diminuée. Jusqu'ici les athées voulaient abolir la religion ; lui , point. Il s'agenouille, il se prosterne devant un autel sans Dieu. Il adore avec une dévote ferveur celui-là même en qui il ne croit pas. « L'amour va sans la foi, » dit-il gravement *. Il veut fonder, non point la dé-

' Introduction, p. 59.

solante philosophie de l'athéisme, mais la tendre religion du Néant. « Je vous adore, je vous aime et je baise vos pieds sacrés, ô mon bien-aimé, ô mon Dieu....

qui n'existez pas! Et c'est même parce que vous n'existez pas, que je vous ai voué un culte si ardent!» Tel est le fond de sa prière, d'ailleurs très-sérieuse; telle est son extatique oraison.

Ce n'est pas tout à fait en vain qu'il a porté autrefois le blanc surplis du lévite :

s'il a perdu la foi, il n'a pu se défaire de la mysticité et delà piété. C'est un pieux athée.

Bien plus, c'est un athée mystique.

Nous venons d'exprimer la première impression qu'on reçoit à la lecture des œuvres de M. Renan. La seconde peut paraître plus ou moins contradictoire avec celle-là; mais quand il s'agit de M. Renan, il faut bien se pénétrer à l'avance que la contradiction est la loi de

sa vie et de son esprit. Il est le Oui et le Non, le Pour et le Contre; il est doué de deux visages comme Janus et de deux physionomies comme Tartufe, niant par sa raison ce qu'il affirme par un autre côté de sa nature ; semblant par moments être orné des deux sexes à la fois, paraissant un instant après n'en avoir aucun : tantôt neutre comme Narsès ou Mesrour, tantôt hermaphrodite comme un escargot. Voici donc cette seconde impression produite par la lecture de ses œuvres.

Cet homme paraît avoir voué sa vie à une seule question, à une seule thèse qui revient toujours : — « Dieu est un bon vieux mot, un peu lourd peut-être. » Il n'y a pas de surnaturel; il n'y a pas d'autre vie ; il n'y a pas de paradis ni d'enfer. — Prenez n'importe lequel de ses livres, il tend à prouver cela; mais.

comme si la chose ne lui semblait jamais assez établie, il recommence sans cesse; on croirait que c'est pour lui une nécessité personnelle , et qu'il ne peut dormir tranquille sans la certitude du néant. Cette œuvre, il la reprend toujours à nouveau. Pourquoi? pourquoi tant de peine? pourquoi tant d'efforts sur un unique point? Pourquoi ce perpétuel labeur qui rappelle l'antique Sysiphe aux prises avec son éternel rocher?

Pourquoi?

M. Renan, peut-être à son insu, nous a laissé échapper son secret, quand il a écrit sa célèbre phrase : « Dieu est un « bon vieux mot; » et qu'il a ajouté :

« un peu lourd peut-être. » Ah ! oui, j comprends cette étrange épithèle. « Dieu est lourd » pour qui a passé des autels de l'Église à la chaire de l'athéisme ; il est lourd, et très-lourd, et il a toujours pesé d'un formidable poids sur la poitrine des apostats.

« Dieu est lourd ! » comme un affreux cauchemar qui, non-seulement viendrait troubler notre sommeil, mais qui nous poursuivrait durant la veille. « Dieu est lourd! » etTancien séminariste veut à tout prix se débarrasser de cet insupportable poids.

iPour quiconque a quelque connaissance de la nature humaine, il n'est pas difficile de pénétrer le mystère de cette âme ténébreuse. Je crois entendre l'intime dialogue et assister à Thorrlble .

drame ': a Et pourtant Jésus-Christ est Dieu ! » s'écrie du fond de cette âme la voix impérieuse et terrible que nul ne peut étouffer. « Non ! non ! répond l'esprit effaré, bannis toutes tes épouvantes, Jésus n'est qu'un homme. Calmetoi ! caime-toi ! J'entasserai démonstrations sur démonstrations, IL n*est qu'un homme! »

De là tous ses livres. M. Renan a beau dire; il n'est pas sûr que Dieu n'existe

pas, et il n'essaye tant de le prouver aux autres, que pour se le persuader à luimême.

Ce temple l'importune, et son impiété Voudrait anéantir le Dieu qu'il a quitté.

Cette préoccupation est constante. Il est troublé dans la solitude et la profondeur de son âme. Vis-à-vis du public il n'est pas moins embarrassé : et il est toujours gêné par sa fausse situation d'ancien séminariste à laquelle, par une particulière illusion d'optique, il s'imagine que tout le monde pense toujours.

Quand on chuchote non loin de lui , il s'alarme et rougit. « C'est de cela qu'on parle ! » se dit-il en lui-même.

M. Renan est en effet ancien abbé; il a été Tonsuré ; il a reçu les ordres mineurs; il est Portier, Exorciste, Lecteur, Acolyte.

Et jadis à Tautel 11 présentait au prêtre et l'encens et le sel.

Ce souvenir Tobsède et le poursuit.

Semblable à Hercule, fils de Zeus et d'Alcmène, essayant vainement d'arracher de ses épaules la tunique de Déjanire; semblable au fils d'Alcmène, toujours M. Renan a Tair d'être aux prises avec une soutane.

Tout le monde en a fait la remarque, ce professeur est éternellement tourmenté d'une inquiétude sourde et comme d'un besoin de se disculper de quelque chose qui le trouble secrètement. Une mouche taquine vient toujours se poser sur sa plume, et ses œuvres paraissent n'avoir qu'un unique but. Qu'il traite de la question des langues ou qu'il invente une philosophie , qu'il commente des livres allemands ou qu'il lise l'hébreu dans des traductions, on sent que le fond de tous ces labeurs, c'est d'expliquer pourquoi il a quitté le séminaire, pourquoi il a dépouillé l'indélébile soutane, pourquoi il a passé du froc au frac. De même que

le fond de chacun des romans d'une illustre dame contemporaine et le principe de sa morale, c'est de se justifier de s'être séparée de son mari.

Je conçois ces inquiétudes et ces tourments. Je comprends que M. Renan ait besoin de s'y reprendre h plus d'une fois pour passer l'éponge sur sa mémoire, pour écarter les importuns souvenirs des bienfaits reçus jadis de ces mêmes hommes qu'il attaque, dans ce même temple qu'il veut renverser, au nom de ce même Dieu qu'il cherche à chasser du cœur des hommes. M. Renan était pauvre, et il a reçu l'aumône matérielle et l'aumône spirituelle de ces maternelles mains de l'Église qu'il essaye de mordre aujourd'hui. L'Église l'a nourri par charité, l'a élevé par charité, l'a vêtu par charité.... Son cœur et son esprit en ont gardé l'implacable mémoire : on le voit bien à tous ses livres.

Détournons les yeux de ce spectacle et ouvrons le roman intitulé la t Vie de Jésus.» Qu'est-ce que cette œuvre? quelle est la méthode deTauteur? Cette méthode est bien simple : elle se borne à faire des ratures sur un texte authentique, à y intercaler des choses qui n'y sont pas, à coordonner le tout et à mettre la chose en circulation. Cette méthode, lorsqu'on l'applique aux actes notariés, aux billets à ordre, aux traités particuliers, au texte d'un acte quelconque destiné à sauvegarder des intérêts matériels, s'appelle faux en écriture publique ou privée, et conduit généralement son auteur ailleurs qu'à l'Institut. Mais en matière philosophique et religieuse, la chose étant sans doute de médiocre importance, la loi n'y regarde pas de si près, et il n'y a que les naïfs qui puissent y trouver à redire et s'en scandaliser. N'est-il pas évident que ce qui n'est pas défendu est permis?

Acceptons donc le système et analysons-le sans nous indigner.

ZII

L'Évangile est Thistoire de Jésus- Christ Homme-Dieu. Le procédé fondamental de M. Renan consiste à séparer le Christ de Jésus , l'histoire du Dieu de l'histoire de l'Homme, puis à supprimer tranquillement la première comme s'il n'en avait jamais été question que dans des contes bleus, et à raconter la seconde à la façon d'un roman et avec les scrupules d'exactitude particuliers à ces sortes d'ouvrages.

Dans Jcsus-Christ supprimer le Dieu ;

le faire, d'un trait de plume, passer des autels qui couvrent le monde, et où le monde Tadore, au rang d'un philosophe agréable, philosophe n'ayant il est vrai « aucun élément de culture hellénique, » a aucune connaissance de Tétat général du monde *, d « ne concevant jamais la société aristocratique que comme un jeune villageois qui voit le monde à travers le prisme de sa naïveté •, »

n'ayant point lu le poëme athée de Lucrèce, et par conséquent « ne sachant rien des progrès du temps, » mais au demeurant « charmant Docteur, » a délicieux moraliste, aspirant à renfermer en quelques aphorismes vifs et courts des leçons sublimes, » « révolutionnaire transcendant; » a héros d'une délicieuse pastorale», etc., etc.; » transformer le Fils du Très-Haut, le Rédempteur et lo Sau-

* Page 38.

« Page 40.

♦ Page 67,

veur des hommes, le Messie annoncé depuis des milliers d'années par les prophètes, Tattente et le Désiré des nations, le Dieu tout-puissant de la terre et du ciel , transformer Notre-Seigneur Jesus- Christ en un personnage tout humain, en un prédécesseur de Renan^ dont mon dit Renan serait le continuateur et le premier évangéliste compétent et sincère, c'était là une tentative hardie et insolente qui demandait, ce semble, à être justifiée par quelques arguments et étayée de quelques preuves.

Tout le monde, amis et ennemis, s'y attendait: une attaque formidable contre le Catholicisme allait éclater comme un tonnerre. M. Renan faisait son livre, la montagne était en mal d'enfant L'aff'eux petit cénacle de l'athéisme chantait victoire par avance. La dernière heure de Dieu allait sonner.

La montagne a enfin accouché. Universelle déception ! Quelles preuves ?

quelle dialectique puissante? quels arguments même spécieux M. Renan donnet-il pour base à son livre? qu'y trouvct-on en fait de logique? Tantôt rien, absolument rien, ce qui s'appelle rien ; tantôt infiniment moins que rien. Il a écrit, purement et simplement, un roman sur les temps évangéliques, comme M. Alexandre Dumas a fait la Reine Margot sur le règne de Henri III, comme Gustave Flaubert a imaginé Salammbô sur répoque carthaginoise.

M. Gustave Flaubert, n'ayant nul souvenir de jeunesse qui l'importune et qui le pousse à criailler sur la religion, n'aurait jamais eu l'idée de faire un roman sur le Fondateur du Christianisme; mais M. Ernest Renan a des soucis dont nous avons touché un mot : aussi a-t-il porté sur l'objet constant de ses préoccupations un talent à peu près semblable à celui de l'auteur de Salammbô. M.Ernest

Renan, dans la v Vie de Jésus, » est un Gustave Flaubert qui se démène dans un bénitier.

Je demande pardon à MM. Alexandre Dumas et Flaubert d'un tel rapprochement, car ni Tun ni l'autre n'a eu la prétention insensée de faire pour ses fictions ce que M. Ernest Renan a Tincroyable audace de tenter pour son roman de la « Vie de Jésus. » Il présente cette fantaisie littéraire comme de l'histoire, que dis-je? comme la seule histoire vraie, authentique, certaine. Il veut que sans preuves, sur son simple récit, on consente à le croire, bien plus, comme on le voit, que comme parole d'Évangile ; il a l'outrecuidante naïveté de prétendre que, sans aucune base sérieuse, sur sa parole d'honneur, sur la confiance qu'on peut avoir en son savoir ou en sa loyauté, on rejette, pour accepter son roman, la tradition des siècles appuyée sur l'assentiment des plus grands génies de l'hu-

nianité et attestée à Torigine par des millions de témoins qui se sont fait égorger. L'Évangile selon saint Mathieu, TËvangile selon saint Marc, TÉvangile selon saint Luc, TÉvangile selon saint Jean doivent disparaître à jamais : Noytis rerum nascitur ordo^ Thumanité régénérée n'aura plus qu'un livre : BiSxi'.v, l'Évangile selon Renan.

Convenons-en : quelque autorité que puisse avoir M. Renan comme Tonsuré, Portier, Exorciste, Lecteur et Acolyte, un tel aplomb est d'une assez belle force.

Notez toujours qu'il ne donne pas de preuves, sauf trois ou quatre niaiseries sur lesquelles nous passerons tout à l'heure le balai, et de prétendus renvois au texte qui ne sont qu'une falsification délicale. Par là le fond du livre échappe à la réfutation, et la discussion est obligée de piétiner dans les détails. Quant à la prétention générale de l'auteur, quant au sérieux dessein de faire accepter son

œuvre comme un cinquième Évangile, voire même comme le seul Évangile, il n'est possible d'y répondre que par un immense rire. Supposez qu'un beau jour il prit à M. Flaubert la singulière velléité de me donner Salammbô comme une histoire étant véritablement arrivée, comme une histoire scrupuleusement exacte, aussi authentique dans son ensemble et dans ses détails qu'une grosse de notaire. Que pourrais-je faire, sinon rire au nez d'un pareil compère, el le traiter de « farceur »? C'est absolument ce que je me vois obligé de faire vis-à-vis de M. Renan, malgré ma vénération pour un ancien ecclésiastique.

Comment cependant une telle folie at-elle pu se loger dans une cervelle humaine? Les évangélistes, M. Renan en convient, étaient des hommes sincères :

ils avaient connu et pratiqué Jésus ; ils avaient été les témoins oculaires de ce

qu'ils ont raconté. Deux d'entre eux, saint Matthieu et saint Jean, n'avaient pas quitté le Christ un seul instant durant le cours de sa vie publique ; M. Renan reconnaît la même chose pour le troisième, puisqu'il déclare que l'Évangile de saint Marc a été à peu près écrit sous la dictée de saint Pierre. Saint Luc était le compagnon de saint Paul, et c'est lui qui écrivit

les Actes des Apôtres

Si M. Renan contestait ce point de départ, je comprendrais parfaitement qu'il arrivât où il en est; mais dès qu'il accepte cette donnée, dès qu'il dit : « J'ad- « mets comme authentiques les quatre « Évangiles canoniques; tous, selon moi, (( remontent au premier siècle, et ils sont « à peu près des auteurs à qui on les at- « tribue * ; » dès qu'il confesse cette authenticité, d'importance capitale et décisive, je ne puis comprendre par quelle

' Introduction, . 37.

logique particulière et bizarre il parvient à rayer de ces livres environ les trois quarts du texte, c'est-à-dire tous les miracles, et la presque totalité des discours de Notre-Seigneur rapportés par sain- Jean.

Quelque illogique que soit la nature d'esprit de M. Renan, ces contradictions, dont il a une certaine conscience, le troublent un peu, et on voit percer l'inquiétude que cela lui cause en plus d*un endroit de son livre. Il affecte habituellement un ton calme, impartial, sans passion, et son plus habile artifice de style est de simuler une grande sérénité. Tou-

tefois, il ne peut se maîtriser en deux circonstances diverses et en présence de deux personnages tout opposés. Parlons du premier : le second viendra à son tour.

M. Renan ne peut parler de saint Jean avec sang-froid : saint Jean l'exaspère.

Si celui qu'on appelle « l'Aigle de Patlimos » et « le Fils du Tonnerre »

prit la plume pour écrire l'Évangile du Sauveur du monde, c'est par un motif que Ton ignorait depuis dix-huit cents ans, et que la grande âme de M. Ernest Renan était seule capable de deviner et de concevoir. « On est tenté de croire *,

* Pour qui a l'habitude du style de M. Renan, ceci est Fuue de ses formules les plus affirmatives. Le peut^tre, le sans doute, le il se pourrait^ forment le fond même de son style et de sa pensée. Tout est incertain en cet homme. L'incertitude est à la fois son tempérament et son système. « Qui sait, dit-il dans l'un de ses livres, si la « finesse d'esprit ne consiste pas à ne pas con- « dure? »

oc dit* il, que Jean, dans sa vieillesse a ayant lu les récits évangéliques qui « circulaient; d'une part, y remarqua « diverses inexactitudes; de l'autre, fut « froissé de voir qu'on ne lui accordait « pas dans Vhistoire du Christ une assez « grande place; qu'alors, il commença à a dicter une foule de choses qu'il savait « mieux que les autres, avec IHntention « de montrer que^ dans beaucoup de cas « oii on ne parlait que de Pierre^ il avait a figuré avec et avant lui, »

En transcrivant de telles misères, la plume nous tombe des mains. Ramassons-la.

Sans daigner discuter sérieusement ces sottises écrites pour des philosophes d'estaminet, voyons cependant, d'un coup d'œil, en quoi l'Evangile de saim' Jean justifie la singulière affirmation sur laquelle maître Renan s'appuie triomphalement pour le récuser.

Dans tout le cours de cet Évangile,

TApôtre ne parle de lui que trois ou quatre fois : il raconte que , à la dernière Cène, il a appuyé sa tête contre la poitrine de Jésus ; qu'il était avec Pierre dans la cour de Caïphe; qu'au crucifiement, Jésus lui a légué sa mère, ce qui était notoire, puisqu'elle demeurait avec lui , ainsi que M. Renan le dit lui-même.

Et puis?

Et puis, rien; c'est là tout. Il n'en faut pas plus à M. Renan pour proclamer, au nom de la Haute Critique, l'affirmation que nous avons pris la peine de transcrire. Ajoutons , en outre, pour l'édification du lecteur, que s'il se trouve quelque part des textes sans réplique établissant la primauté de saint Pierre, c'est dans saint Jean Saint Jean est le seul qui raconte la scène du lavement des pieds, si importante au point de vue de cette primauté; saint Jean est le seul qui rapporte les fameuses paroles, qu'a-

près sa résurrection, Notre - Seigneur adressa à saint Pierre : « Pasce agnos meos pasce oves meas. »

Ce sont là des choses que connaît le premier enfant venu qui a suivi son catéchisme. M. Renan les ignore-t-il ! Que penser alors de sa science? M. Renan les sait-il? Que penser alors de sa bonne foi?

Pourquoi Fauteur de la « Vie de Jésus »

tente-t-il à chaque instant de dénigrer saint Jean et de lui enlever toute autorité? Pourquoi sort-il de sa placidité affectée, toutes les fois qu'il nomme le fils de Zébédée ? Pourquoi, rien qu'à ce seul nom, voit-on la bile lui monter aux lèvres? La raison en est bien simple :

c'est que dans saint Jean se trouvent les textes les plus clairs, les plus précis, les plus nombreux, les plus foudroyants sur la Divinité du Verbe fait Chair. Tous

moyens sont bons pour discréditer le témoin, même de présenter comme un envieux et un faussaire celui que les siècles ont appelé « l'Apôtre de la Charité. »

Vains efforts! M. Renan se brisera les dents sur la lime. Il aura beau dénigrer, calomnier, avilir le solitaire de Pathmos, il ne rabaissera jamais assez pour que, aux yeux môme des incrédules, l'Évangile selon saint Jean descende au niveau de l'Évangile selon Renan.

Quant à l'Évangile de saint Luc, à en croire le critique, il ne serait digne que d'une demi-confiance. « C'est un docu- « ment de seconde main, » dit-il dédaigneusement, sans songer un seul instant à faire un retour sur lui-même; et il en conclut que « l'auteur a une a fausse idée du temple, qu'il émousse « les détails pour tâcher d'amener une a concordance entre les différents récits.

a quUl adoucit les passages qui étaient « embarrassants , » « qu'il commet des « erreurs de chronologie, » « qu'il ignore « totalement Thébreu. » « On sent Técri- « vain qui n'a pas vu directement les té- « moins, mais qui travaille sur les textes a et se permet de fortes violences pour

a les mettre d'accord Il interprète les

« documents selon son sens particu- « lier, etc., etc. * »

Mais lui, Ernest Renan, que fait-il donc? Il me semble qu'il ne travaille pas de première main et qu'il écrit environ mil huit cent trente ans après ces événements. Les Ëvangélistes avaient connu Notre-Seigneur, la sainte Vierge, Marie- Madeleine, Marthe, Lazare, Joseph d'Arimathie; M. Renan n'a connu que M. Strauss, M. Littré. M. Bertin et M. Buloz. Les Ëvangélistes avaient connu Judas; M. Renan a peut-être connu Ver-

* lntrod.,p. 40.

ger au séminaire; mais encore cela ne suffit-il pas pour refaire TÉvangile.

Je me demande ce qu'aurait dit le critique s'il avait trouvé son propre Évangile à lui, dans les documents du temps de saint Luc et ce qu'il aurait pensé de Tauthenticité et de la valeur historique d'un pareil ouvrage.

M. Renan peut essayer, sans crainte de représaille, sa tentative de remplacer l'Évangile. J'ose affirmer que dans mil huit cent soixante-trois ans d'ici personne ne songera à faire contre le livre de M. Renan ce que celui-ci tente de faire aujourd'hui contre l'œuvre des Évangilistes.

Quel Évangile cependant eût trouvé grâce devant M. Renan? Quel texte eût été à Tabri de ses doutes ? Quel personnage, s'il avait pris la plume pour raconter au monde la Vie de Jésusy lui eût, seul parmi les contemporains du Christ, inspiré une entière confiance? La chose n'est point difficile à trouver, et quelque monstrueuse qu'elle puisse paraître, elle ressort clairement du livre de M. Renan.

Ce qu'il aurait désiré, l'écrit qu'il aurait fraternellement accepté, c'eût été (le pourrait-on croire?) un Évangile selon Judas.

L'apostasie est, en effet, suivant

M. Renan, la condition essentielle de la sincérité. D'après lui, « Pour faire This- « toire d'une religion, il est nécessaire, « premièrement, d'y avoir cru (sans cela u on ne saurait comprendre pourquoi '< elle a charmé et satisfait la conscience « humaine); en second lieu de n'y plus « croire d'une manière absolue, » c'està-dire de n'y plus croire du tout , « car « la foi absolue est incompatible avec « l'histoire sincère «. »

Judas en proie au démon de l'avarice avait, lui aussi, fermé les yeux à la Divinité de Jésus-Christ sans quoi il n'eût osé le livrer. Comme M. Renan, il avait cru et il ne croyait plus ; comme M. Renan vendant des livres contre la religion qui fut la sienne, Judas fit commerce avec les ennemis de son maître, de son bienfaiteur et de son Dieu; et devenu incroyant sous l'empire de sa

* Introduction, p. Lix.

passion détestable, il voulut donner le coup de mort à sa foi ancienne. C'eût été un impartial et véridique historien :

c'était rhomme qu'il fallait à M. Renan.

J'ai pour preuve de ce que je dis, nonseulement le système historique que nous venons de signaler, mais encore la secrète bienveillance dont Tex-Abbé est impuissant à maîtriser complètement l'expression toutes les fois qu'il parle de l'ex-Apôtre.

M. Renan, nous l'avons dit, ne peut conserver son calme quand il parle de saint Jean ; il ne le peut davantage quand il s'agit de Judas. Le premier l'irrite, le second l'émeut de je ne sais quel douceâtre et affreuse tendresse. M. Renan n'ose braver tout à fait pour le défendre, l'universelle réprobation que les siècles ont fait tomber sur la tête de Tlscariote ; mais enfin il fait de son mieux, il insinue des circonstances atténuantes, il balbutie des excuses : « Le souvenir d'horreur

« que la sottise ou là méchanceté de cet « homme laissa dans la tradition chré- « tienne a dû, dit-il, introduire ici quel- « que exagération. Judas jusque-là avait « été un disciple comme un autre; il « avait môme le titre d'apôtre, il avait fait « des miracles et chassé les démons <....

« D'un cœur moins pur que les autres, « Judas aura pris sans s'en apercevoir « les travers étroits de sa charge. Par un « travers fort ordinaire dans les fonca lions actives, il en sera venu à mettre (c les intérêts de la caisse bien au-dessus a de Tœuvre à laquelle elle était destinée.

« L'administrateur aura tué l'apôtre. Le « murmure qui lui échappe à Béthanie « semble supposer que parfois il trouve

* Les miracles de Judas sont les seuls dont M. Renan parle dans son livre sans essayer de les contester. Il explique ailleurs que « le contact d'une personne exquise suffit pour guérir les malades. » Judas à ce qu'il paraît, est, selon lui, cette « personne exquise. »

a que le Mâttre coûtait trop cher à sâ « famille spirituelle*. » Ainsi, d'après M. Renan, Texécrable forfait dont Judas s'est rendu coupable ne serait que le résultat d'un scrupule de teneur de livres, et il n'aurait livré Jésus que par pure économie domestique.

Ceci passe toutes les bornes. Continuons :

« Sans nier que Judas de Kérioth ait « contribué à l'arrestation de son niaître, a nous croyons que les malédictions dont « on le charge ont quelque chose d'inft jv^te. 11 y eut peut-être dans son fait « plus de maladresse que de perversité...

« Mais si la folle envie de quelques pièces a d'argent fit tourner la tête au pauvre « Judas % il ne semble pas qu'il eut com- « plétement perdu le sentiment moral « puisque, voyant les conséquences de sa

Pages 380-382.

« faute, il se repentit et, dilron, se donna « la mort ^»

Je m'étonne très-vivement que M. Renan ne connaisse pas parfaitement la différence qu'il y a entre le remords et le repentir.

Sur la fin du volume, M. Renan jette encore quelques fleurs sur la mémoire du pauvre Judas. C'est à propos des textes évangéliques et des universelles traditions sur Taffreuse mort de Judas. Tout cela fait de la peine au tendre M. Renan ; et (toujours sans aucun texte à Tappui) il se plaît à en douter : « Peut-être, dit-il avec « une bienveillante émotion , peut-être, « retiré dans son champ de Hakeldama, « Judas mena-t-il une vie douce et obs- « cure pendant que ses anciens amis « conquéraient le monde et y semaient « le bruit de son infamie •. »

' Page 382.

' Page 438.

Que n'a-t-il dans cette délicieuse retraite, raconté, lui aussi, l'Évangile!

Traître et apostat, il était véritablement plus que personne dans les conditions d'impartialité que l'auteur de la « Vie de Jésus » exige d'un historien. Malheureusement, dans ce temps-là, les éditeurs n'auraient point donné à l'Iscariote les « trente deniers » qu'ils mettent aujourd'hui dans la main de certains écrivains.

De là sans doute son silence. M. Renan, autant qu'il est en lui, répare la perte que, par là, a faite Thistoire ; et il essaie de suppléer à l'Évangile selon Judas par l'Évangile selon Renan. Il y réussit assez bien ; et nous trouvons pour notre compte que la lacune est comblée.

Le ton général de ce nouvel Évangile est une affectation de bienveillance protectrice pour celui dont Pilate avait dit aussi : « Voilà THomme !» en le livrant à ses bourreaux. M. Renan le déclare :

cf tous les siècles proclameront qu'entre « les fils des hommes, il n'en est pas né de « plus grand que Jésus * . » Il tente d'exalter outre mesure, le côté humain de Jésus- Christ, pour se donner un air de justice, d'équité, voire même de sympathie et d'admiration et, de la sorte, pouvoir ensuite frapper le Dieu avec plus de puissance. Cette méthode n'est pas nouvelle,

* Page 459.

et Tacite la connaissait déjà : Pessimum inmicorumgenus, laudantes^ dit-il quelque part. C'est le procédé de tous les traîtres qui s'affublent d'un masque ami, et qui s'approchent du cœur pour mieux être sûrs de leur coup de poignard . Quand il a l'insolence d'affirmer du haut de son infaillibilité personnelle et de sa propre vertu, que le Christ « n'a pas été impec- « cable*; » « qu'il est probable que beau- « coup de ses fautes ont été dissimu- « lées % » et mille autres choses pires encore, ce malheureux renégat ne fait, après tout, que son métier ; mais quand il vient cafardementappeler Jésus «cette sublime « personne «; »» quand il vient me dire que « Jésus restera en religion le fondateur ,« du sentiment pur *, » non pas tel que Ta compris le genre hujnain, mais tel que lui,

* Page 458.

* Ibid.

» Page 457.

* Page 447.

Renan, le comprend; quand il veut bien convenir que « en lui s'est condensé tout a ce qu'il y a de bon et d'élevé dans notre « nature*; » quand il verse sur le Divin crucifié des larmes de reptile , je sens sourdre et bouillonner au plus profond de mon être, une indignation mêlée du plus indicible dégoût, et les paroles que Jésus prononça au jardin des Olives me montent d'elles-mêmes aux lèvres :

« Quoi! Judas, vous trahissez le Fils de l'Homme par un baiser! »

* Page 458.

Page 1