PARIS - IX' H. DARAGON, ÉDITEUR
3o, rue Duperré, 3o
PO
de LOUIS XVII
Les fouilles commencées récemment dans l'ancien cimetière de Sainte-Marguerite par la commission du Vieux Paris, en vue de rechercher les restes de Louis XVH, ont été jusqu'ici complètement infructueuses. Elles seront reprises certainement et l'on est impatient d'en connaître les résultats déiinitifs. Il s'agit en effet d'un problème qui, depuis cent ans, défle toute sagacité : Louis XVII est-il mort au Temple? ou i'a-t-on fait évader?
En dépit des investigations patientes et passionnées, l'histoire ne peut encore aujourd'hui se prononcer avec certitude, ni dans un sens, ni dans l'autre. Les deux opinions s'appuient sur des témoignages, des présomptions, des convictions. De part et d'autre, on a versé au procès des pièces nombreuses, invoqué et contrôlé des souvenirs, des écrits, des correspondances, des actes publics et des faits. On a entendu des contemporains de la Révolution,
, probablement, ou entendu dire. On a intert tous ceux qui se disaient en possession de documents. La cause a été pîaidée par les maîtres du barreau de Paris; elle a fait l'objet de plus de cinquante ans d'études sincères. Et malgré tous les efforts, on attend toujours un peu de lumière.
Charles-Louis de Bourbon, dauphin de France et duc de Normandie, — le futur Louis XVII, — naquit au château de Versailles, le 27 mars 1785. Il était le troisième enfant de Louis XVI et de Marie-Antoinette. L'aînée, Marie^ Thérèse-Charlotte, Madame Royale, devenue plus tard duchesse d'Angoulême, avait sept ans de plus que lui. Le premier dauphin, Louis-Joseph-Frangois-Xavier, né en 1781, mourut à huit ans, avec les apparences du rachitisme, après avoir joui jusqu'à cinq ans environ d'une santé florissante. Le duc de Normandie était, comme l'affirme dans ses Mémoires madame de Tourzel, par qui il fut élevé, un enfant délicat et pourtant vigoureux, bien constitue, vif, intelligent, ainsi que l'atteste Marie-Antoinette dans sa correspondance intime avec sa mère Marie-Thérèse.
Louis XVI, Marie-Antoinette, Madame Elisabeth, sœur du roi. Madame Royale et le duc de Normandie, furent enfermés dans la prison du Temple, le 13 août 1792. Logés d'abord dans la petite Tour, ils se trouvèrent réunis, jusqu'au 26 octobre de la même année dans la grande Tour, où on les avait transférés lorsqu'elle eut été rendue habitable. Le même jour, un arrêté du conseil du Temple retira le fils de Louis Capet, comme on l'appelait, des
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mains des femmes, sa mère et sa taate, pour le remettre à son père. Cette mesure, approuvée par le conseil général de !a Commune, ne resta en vigueur qu'une quinzaine de jours. Le 11 décembre, peu d'instants avant sa comparution devant la Convention, Louis XVI fut séparé de son fils qu'il ne revit plus que le 20 janvier 1793, veille de son exécution. Le dauphin demeura sous la garde de la reiae jusqu'au 3 juillet 1793.
Pendant tout le premier semestre de cette année, les tentatives de délivrance des prisonniers se succédèrent. Parmi ces complots qui échouèrent, les mieux ourdis furent celui de Toulan et Lepitre à qui s'associa le chevalier de Jarjayes, puis la conspiration du baron de Batz, Le Comité de Sûreté générale, instruit de ces divers projets, décida de paralyser toutes ces combinaisons en exerçant autour de Louis XVII la surveillance la plus vigilante. Ce fut la tâche confiée au cordonnier Simoo, assisté de sa femme. Le duc de Normandie resta entre leurs mains pendant six mois et demi, jusqu'au 19 janvier 1794,
Le portrait moral de Simtn a été tracé st diversement qu'on n'en connaît en réalité point d authentique Lcb uns l'ont représenté comme le plus ciuel des bourieaux bi sant à ia fois dans I enfant les ressoits le lame et les forces du coips laucablant des traitements let. plus m dignes, l'insultant constamment iui faisant chantei des chansons or ! u leres le rouant de coups, le contt aignant à signer des accusations mfimes contre sa mért, le f^r^ant de boire jusqu'à l'ivresse, et, par un calcul cyniquement poursuivi, abrégeant son existence en le privant d'air, d'exercice, de nourriture, de sommeil. Les historiens qui ont dépeint Simon sous ces couleurs, de Beauchesne, Chan-
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telauze, ont voulu surtout apitoyer leurs lecteurs sur le sort du pauvre petit martyr ; ils ont créé !a légende encore aujourd'hui accréditée du Simon perpétuellement furieux, toujours ivre, barbare par plaisir, sanguinaire par dévouement à la République, vampire enfin, et du malheureux Louis XTII s'affaissant sous la haine de ce monstre et affaibli par la faim et les veilles, à demi-mort dès le printemps de 1793.
Pour ceux qui ont étudié les documents, les testes, les pièces d'archives, les déclarations vraies ou invraisemblables de témoins authentiques, — nous nommerons MM. Henri Provins et G. Lenôtre, — non seulement Simon ne passait pas pour méchant dans son entourage « mais il n'exerça ses fonctions qu'à contre-cœur », M. Lenôtre ajoute que Is rôle de Simon, « nullement cruel dans l'intention, le Fut terriblement dans ses résultats ». Le cœur du pauvre petit dauphin devait être gros d'une répugnance dont les Simon ne pouvaient même pas concevoir la possibilité; « mais aux tortures systématiques, aux coups de chenets, rien ne fait croire». M. Henri Provins précise : « Simon ne semble pas avoir été un g'ardien doux et commode. Qu'on imagine une nature vulgaire au service d'une ntelligence médiocre, le tout cultivé dans une arrière-bontique de cordonnier et émergeant à une époque ofi il était de bon goût de professer la haine des idées, des êtres et des choses tenant encore à l'ancien régime, on concevra facilement à quels emportements, à quels débordements grossiers, cet homme a pu s'abandonner dans un miheu où il était en quelque sorte tout puissant... Aussi nous ne prétendons pas diminuer l'exécration universelle qui s'attache à lui : mais nous rejetons absolument les récits que î'ima-
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gination seule a construits sur ce tlième. >• Et plus loin : « La plupart des scènes racontL'CS sur J'existonce de Louis XVII au Temple n'eurent aucuna témoins; comment sont-elles parvenues à la postérité, st ce n'est par la puissance de l'imagination? »
La femme Simon, Marie-Jeanne Aladame, ne fut, à vrai dire, qu'une conaparse dans le drame da Temple, quoique sa présence à la Tour ne fût pas interrompue. " Femme du peuple, aux mains ro „ es et sées sur les éviers, à la
voix commune, au p le g assey nt, à la tournure lourde, aux caresses peu d I at s elle spira, dit M. Lenôlre, sans doute par son aspe t se 1 le l'e/îroi au royal enfant ». Mais les histo ns le pi s hostiles à Simon reconnaissent qu'elle ava t so n 1 p 1 1 captif, le peignait, le lavait, le traitait a soll u le comme en témoigne d'ailleurs le tendre u en q elle lui conserva toujours. Tout concourt par con é]uent àf e admettre que ]\Iarie- Jeanne, qui avait f a t j e d 1 rite et de dévouement en soignant les blessés du 10 août et qui, protégée par Chaumelte à cause de son patrioliamo, Ot obtenir au cordonnier ses fonctions au Temple, dut intervenir chaque fois que le dauphin, qu'elle aimait réellement, se trouvait exposé à des sévices. Elle déclara du reste que son mari ne rudoyait l'enfant qu'en présence des commissaires et pour inspirer de la confiance à la Commune i.
La surveillance exercée par les Simon sur le lils de Capet cessa le i9 janvier 179^, Le cordonnier résigna ses attributions de gardien et d'instituteur du jeune roi. La Commune de Paris donna décharge à Simon et à sa femme
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de la personne dit captif, et la pièce officielle, dont le Moniteur du 22 j an vie F 1794 reproduit le texte, porte que l'enfant fut remis en bonne santé aux commissaires.
Louis XVII passa donc des mains de Simon sous la garde des membres de la municipalité de Paris, et resta ainsi sans g'ardien spécial jusqu'au 9 thermidor (27 juillet). Les détails précis sur cette seconde période de sa captivité, à peu prés de même durée que fa première, font défaut, M. Henri Provins* fait remarquer que les papiers relatifs à cette surveillance ont été enlevés ou détruits, La Restauration, dit-il, a eu soin de les faire disparaître^. Et elle y avait, suivant lui, un intérêt direct, afin de ne laisser subsister aucune pièce révélatrice de l'évasion. Toujours est'il qu'il n'existe plus, touchant le prisonnier, du 20 janvier au 27 juillet 1794, aucune communication écrite ou verbale, bien que, d'après un document retrouvé aux Archives Nationales (F. 7. 4391), les registres, cartons et cachets, concernant la famille royale au Temple eussent été remis au ministre Benezecb sur un reçu de lui, le 10 germinal an IV (10 avril 179S).
t. Les ieia ïoluuiBs de M. Henri Provins iotiiuiés : i,e rieriiier roi légitime de Frmee, eonUennenl, avec commcnlairB» et dJBCuBdon critique, louLea les pièces relalives à • i» question Louis XVII ■- En nous réKranl à es travail nous faisons nos réserves sur les coaclu^ons de l'auleur, qui a pour but de pronvei les droiu da pjétendant Nnundort, en qui ses parlisana veuleni voir le vrai Louis XVII, évadé sous la Révolution, reparaissant sous la ResLsuratfon. plaidant et peritanL son proi;Se, enAn moorant à Délit, en Hollande.
recherches, celles-ci devenaisnl infruolneusea ; les dooucneuls evalent m eilslé, noua en avons la preova ; mais nous ne pouvions les retrouver ; on les avait fait disparaSlre. Qualquelois même les canons qui auraient dA les conlsnir ponsienl la trace da leur dispsriUoo. » Les partisans de la version de l'évasion Urenl leurs
Le silence et l'obscurité répandus sur cette période cnt laissé toute carrière aux conjectures de MM. de Beauchesne et Chantelauze, les principaux interprètes de l'opinion qui soutient que le Dauphin est mort auTemple. Les historiens qui vinrent dans la suite, Taine, de la SieotiÈre, Alfred Bégis, n'ont pas comblé la lacune et se sont forcément trouvés réduits, comme leurs de^an es a les suppositions ou à des déductions. Tous, a TonJ nt Tait que commenter Simien-Despréaiix et Ecka d ) lies ou paraphrasés par tout le monde, quoiq en lu m ! lutre, en invoquant des arrêtés oi'iginaux, des pr ces ve baux, des dépositions de témoins oculaires, naît démontre l'authenticité de son dossier'. Aucun document irrécusable ne justifie donc l'affirmation que le jeune roi, sous la garde directe de la Commune, ait été privé d'air, de lumière, de chaleur, d'aliments sains et suffisants, de linge propre, de toute hygiène, tant et si bien que le corps le plus robuste n'y aurait pas résisté et que la mort du pauvre petit supplicié aurait été fatale au bout de quelques semaines de cette réclusion et de cet atroce régime.
Or, quand, le lendemain du 9 thermidor, Barras, après la chute de Robespierre, se présente au Temple, rien, nous dit M. Henri Provins, ne lui fait croire à ia situation
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