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13 i,'ÉVA£ion DE Lons xvii
désespérée du petit prisonnier. L'enfant n'est pas entouré des soins nécessaires, mais, si Barras le juge miné par Ja maladie, ce qui est une impression et non un fait constaté, il ne parie pas de dangers de mort, de fin prochaine, et en chargeant le gardien Laurent de veiller sur lui, ce n'est pas un moribond qu'il confie à cette vigilance. Ici encore les contradictions se donneront beau jeu. Le duc Decazes affirmera que Laurent ne prit aucun intérêt au sort du Dauphin, mais la duchesse d'Angouléme rapporte que le nouveau gardien, au contraire, demanda, dans un rapport adressé au Comité de Sûreté gén&rale, la nomination d'une Commission pour constater l'état de l'enfant, et, d'autre part, M. de Beauchesne, qui n'est pas suspect de tendresse pour les gardiens de Louis XVII, dit que Laurent prit pitié de !a victime et eut le courage de « lui faire du bien ».
Il est impossible d'établir un jugement d'après des pièces irrécusables sur cette période de !a captivité de Louis XVII, puisqu'il n'y en a point. Mais, si l'on relève que Madame Royale*, la sœur du jeune roi fut, au contraire, toujours traitée avec bonté, avec sollicitude même par Laurent : — « Je n'ai eu, dit-elle, qu'à me louer de ses manières pendant tout le temps qu'il a été de service », — il est permis de supposer que le cœur de cet homme n'était pas à la fois cruel ou indilTérent pour le fils de Louis XVI et bienveillant, prévenant même pour la princesse, les deux enfants royaux se trouvant également placés sous sa responsabilité.
Cette responsabilité était grave. Le gardien ne se le dissimulait pas. Aussi réclama-t-il, quelque temps après soa installation, un collègue pour partager sa surveillance. On ne fit droit à sa requête qu'après cinquante jours, et on lui adjoignit Gomin, qui vint prendre possession de son poste le 18 brumaire an III (8 novembre 1794). Gomin est une des figures de second rang dn drame, mais il y joue son rôle, surtout dans l'histoire de M. de Beauchesne dont il documenta verbalement le récit. 11 ne connaissait pas Louis XVII quand il arriva au Temple, quoiqu'il ait affirmé plus tard en justice, en 1837, qu'il avait vu plusieurs fois et de très près le fils de Louis XYI dans le jardin du prince aux Tuileries. Madame Royale, qui l'appelle Gomier, dit : « Il eut un soin extrême de mon frère, qui reconnut ses attentions, en fut touché et s'attacha à lui, »
On peut donc admettre — et aucun de ceux qui ont parlé des prisonniers du Temple n'y contredit, quelles que soient leurs conclusions pour ou contre l'évasion, — que le jeune roi, en supposant même qu'il eût été l'objet des plus mauvais traitements et d'une barbarie sans exemple, avant de passer entre les mains de Laurent et de Gomin, dut à ceux-ci quelques adoucissements de son état.
Était-il malade quand les nouveaux gai'diens prirent charge de lui ? Tout semble le faire croire. Madame Royale dit qu'il avait les genoux et les poignets enflés, et d'autres affirmations recueillies par Simien-Despréaux, Eckard, de Beauchesne — qu'on ne peut toutefois accepter que sous réserve — corroborent cette opinion. Mais les soina que lui prodiguent Laurent et Gomin, rendent sa santé meilleure; l'iiygiène qu'on ne hiî interdit plus la raffermit;
14 l'bVASIOH DB LOtlS XVII
la médication ordonnée par le chirurgien Desault Fait dispartdtre l' inflammation des membres, et il va de sa chambre à la plate-forme prendre de l'exercice et faire sa promenade quotidienne.
Or, tout à coup, contrairement aux prévisions de ses gardiens et du médecin, la maladie de l'enfant prend un caractère des plus graves, avec des symptômes qui n'avaient pas été constatés jusqu'alors'. Il se sent incapable de gravir les marches de la Tour ; on doit le porter sur la plate-forme, il se plonge dans un mutisme tel qu'il est impossible de lui arracher une parole; ses humeurs aux ai'ticulations, particulièrement aux genoux, sont revenues ; ii refuse de faire toute espèce de mouvement ; mais il ne profère aucune plainte, no donne aucune explication sur son mal, quelque pressantes que soient les questions qui iui sont adressiies par les envoyés du Conseil général de la Commune, pour l'examinera ]a suite du rapport que fait le chirurgien municipal qui a remplacé Desault,
M. Chantelauze place ce changement presque subit à la date du 8 ventôse (26 février 1795) sans dire cependant où il l'a prise, et M. Henri Provins en conteste l'exactitude. Le lendemain, le Comité de Sfireté générale envoie au Temple trois délégués choisis parmi ses membres,
1. M, ProviDa eiplique cg cbaDgemenl pat la snbslimiioQ d'un enlanl luuei an Dauphin que Lanreni anrait caché dans nne auire parlie de la Toor, en aiiendant roccesian de faire évader is jeûna i^ol. Un cuieinjer. Gagnié, assiHiié i uetle combinaison, portail secrètemacl des alimenta & Louis XVU. Telle est la version de ceu^ qui, adDieitani l'évasioD, tâchent de démentir ainsi la possibilité malériailB d'une coniradielion entre la saots de Louis XVII avant et apc^s la visite de Barras au Temple. Noua verrons plua loin que, suivaut eux, l'entant inoel fut remplacé par un enfant rachillque, choisi, cpoit-on, parce que le rachitisme connu du lllg aîné do Louis XVI pouvait faire égttemeix admettre, i>!r des médecins qui n'avaient pas connu le second Danpbi.i aui Tuileries, le racliiasme du dernier lils de MariË^Anloineiie. C'est sur cette thèse qne s'appuie en grands rarlio l'argitmcnlation des Maundorfistee, qui luvoqaeM d'ailleurs d'autres argumenta.
Hiirmand, Mathieu Mirampal et Reverclion, pour faire une nouvelle constatatioa. Hannand, qui publia en 1804 une relation détaillée de cette inspection et des circonstances qui accompagnèrent l'enquête, affirme formellement que « les trois conventionnels se sont trouvés en présence d'un enfant absolument sourd, absolument muet », clouant sur ceux qui rinterrogeaient son regard invariablemeat fixe, sans aucun sigoe ni geste. 11 lui trouva une fumeur au poignet et au coude et les mêmes grosseurs aux deux genoux sous les jarrets. « Le jeune prisonnier, continue la relation, avait le maintien du rachitisme ; ses jambes et ses cuisses étaient longues et minces, les bras de même, le buste très court, la poitrine élevée, les épaules hautes et resserrées, la tête très belle dans tous ses détails, le teint clair mais sans couleurs, les cheveux longs et beaux, châtain clair, bien tenus. » Fait à noter : les délégués décidèrent que « le rapport de leur enquête ne se ferait pas en comité public, mais en comité secret. »
Peu de temps après la visite des conventionnels au Temple, Laurent, relevé, sur sa demande, de ses fonctions de gardien des enfants royaux, quittait la Tour et se rendait aux. Iles sous le Vent, comme secrétaire du commissaire du gouvernement, poste qu'il avait obtenu grâce à l'appui de Barras, et d'où il alla, avec les mêmes attributions, à Cayenne, Le successeur do Laurent au Temple, comme surveillant de Louis XVII, fut Etienne Lasne, qui y trouva Gomin et, selon le mot de M. Provins, « ils firent bon ménage ». L'entrée en fonctions de Lasne date du il germinal (31 mars 1794). Il ne tarda pas à se rendre compte de l'état alarmant do son jeune prisonnier. Le mal augmentait rapidement. Toutefois deux mois s'écoulèrent
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avant que le Comité de Sûretë générale, averti, eût jugé urgent de faire mander le médecin. Cette fois, on s'adressa au docteur Desault qui avait examiné le malade sept mois auparavant. Il employa toutes les ressources de son art, pour disputer à la mort une vie qui s'éteignait, mais n'obtint aucune amélioration. Le 31 mai, ce docteur cessabrosquement ses visites ; « un mal subit, dit Cléry, l'avait emporté dans la tombe. »
Coïncidences singulières : dans la huitaine qui suivit la mort de Desault, deux autres médecins, Choppart et Doublet, ses amis, moururent, comme lui, subitement. Le
17 prairial an III (5 juin 1795), Pelietan, chirurgien en chef de l'hospice de l'Humanité, fut désigné pour remplacer Desault au Temple. Il vit le Dauphin dans une telle prostration qu'il jugea indispensable d'appeler en consultation le docteur Dumangin, premier médecin de l'hôpital de l'Unité.
Les deux médecins, le 19 prairial (7 juin 1795), trouvèrent l'enfant dans un état de faiblesse extrême. Il sortait d'un évanouissement produit par les frictions d'alcali qu'il n'était plus même en état de supporter et qui avaient fait craindre un moment qu'il ne mourût dans les bras du gardien Lasne. Dumangin constata, comme l'avait fait précédemment son collègue, que l'avancement de la maladie ne permettait ni espoir de guérison ni même de retarder la solution naturelle; les médecins ne purent qu'adoucir par de délicates attentions les dernières heures que le pauvre enfant avait encore à vivre.
Le lendemain, 20 prairial (sjuin), le malade expirait.
Était-ce Louis XVU?
De Beauchesne, ChanteJauze, de la Sicotière, Gorain,
l'évasiox de louis xvh 17
Lasne, Gambacérès, Taioe, Bégis, Lecoy de la Marche, bien d'autres, répondent affirmativement. Pour eux, le doute n'est pas possible. L'enfant qui succomba dans la Tour du Temple le 20 prairial, était bien le fils de Louis XVL
— Non, leur répondent Louis Blanc, Jules Favre, Gruau de la Barre, Henri Provins, Otto Friedrichs, Le Norniant de Varannes, le comte d'Hérisson, le général d'Andigné et ceux qui se rallient û eux et dont M. Victorien Sardou incline, croyons-nous à partager l'avis. Non, Louis XVII n'est pas mort au Temple. L'enfant dont on a recueilli le dernier soupir le iiO prairial, et que l'on a enterré au cimetière de Sainte-Marguerite, n'était pas l'enfant royal : Louis XVll évadé a survécu.
u Le problème dont la bibliographie comporte déjà plus de n lie ol mes b och es ne po rra t ditM. Lenôtre dans 1 état act d de la quest on fourn c quante lignes série ses à ni sto en &e I a t outi»r les faits sans entre lans la d scuss on des I jp thèses i Pour sortir du domi ne de» c nje tu es 1 faud a t que ceux qui sont en possession de documents précis appuyant l'une ou l'autre argumentation se décidassent à les livrer à la pleine lumière. Or, nous savons de façon certaine que non seulement en France, dans plusieurs familles de l'aristocratie, mais aussi en Allemagne dans les archives secrètes, à Rome dans les papiers encore muets du Vatican, et ailleurs, il existe des pièces gardées sous les sept sceaux du silence.
IS L'âVASlON DE LOUIS Wll
Ceux qui soutiennent que l'enfant mort au Temple, le 20 prairial an 111, était Louis XVII, empruntent leurs preuves ans formalités qui suivirent le décès, aux dépositions de Lasne et Gomin, au procès-verbal d'autopsie signé par Pellelan, Demangin, Lassus et Jeanroy, à la déclaration faite par Sevestre à la Convention dans la séance du 21 prairial, aux actes de déclaration et d'enregistrement du décès, au procès-verbal de Tinhumation, aux récits et aux rapports faits par l'ordonnateur de !a cérémonie funèbre. Voisin ; par le concierge ducimetière de Sainte-Marguerite, Biireau; par la veuve du fossoyeur Pierre Bertrancourt ; par le bedeau de la paroisse des Quinze- Vingts, Decouflet; par les commissaires de police Petit et Simon; par l'archivisto Peucliefi . Ils se fondent également sur des narrations historiques comme celles de Beaucliesne et de Chantelauze, et celles-ci s'appuient en grande partie sur les assertions presque toujours gratuites d'Eckard et de Sîmien-Despréaux. Telle est l'argumentation des partisans de la première version. Mais leurs contradicteurs signalent la disparition de tous les originaux des pièces, dont on prétend tirer des conclusions, et reprochent à de Beaucliesne et à Cliantelauze d'avoir fait une trop grande part dans leurs ouvrages, soit à l'imagination, soit à ia passion généreusement ou politiquement partiale.
Ceux qui n'admettent que l'évasion cherchent à démontrer — et c'est l'objet des deux importants volumes de M. Henri Provins et d'un virulent plaidoyer de M. OUo Friedrichs — que ce qui se passa au Temple depuis le
la quesilou. — Lire oassi la Corresp«Hdmce inlùue et iaé-Hle de Loail XYII, f Oilo Piieliicba qui vicnl de paruliie. [Daregsa, X iiol., SO Irsnes.)
l'évaseon de louis xvic 19
9 thermidor jusqu'au 10 prarai ii III et s t au cimetière Saitite-Marguei te eta t au ra une comed e organisée par Barras et le Con t d S ret gdn aie, avec l'aide de Laurent, de l o n t le Las e
Joséphine de Beaul arna b. do t o conna t 1 ntîmilé avec Barras, aurat ete 1 omplot et p ut être l'aurait inspiré. Pour le fai e reuss r ! j iu a t e de x substitutions. D'abord un nfa t nuet dont on d me le nom, de Tardif, aurait pris la j la p d 1 1 aupt n j s les conspirateurs, craignant que le tr ^ e tic f t le ouverte, auraient mis dans la p son de L s \AII un autre enfant, celui-ci racl t que e s r fuie appel L linger. L'évasion aurait été c ue de Tallejiand l ( nmbacérès, de Tallien, de Fond é de t ecazes de Lou s \^ III, de la duchesse d'Angoulên e et de Nap I onparjosépi ne Parmi tes acteurs du drame, à côté de la future impératrice, se seraient trouvés le général de Frotté, Pichegm, peut-être Hoche. « Barras, nous dit M. H, Provins, a conçu le plan d'évasion du jeune roi, prêté ta main aux substitutions d'enfants, à la mort de l'un d'eux et aux faux en écritures qui en sont la conséquence, le tout pour chercher à en tirer un profit personnel ; Foitché, Talleyrand, Decazes exploitent après lui le fait de l'existence de Louis XVII; Louis XVIil et Charles X, qui eurent le bénéfice !e pins manifeste et te plus considérable de cette intrigue, n'avaient aucun intérêt à mettre en lumière les preuves des substitutions de 1795. Tout au contraire, ils durent s'efforcer d'étabiir aux yeux des contemporains et de la postérité que Louis XVII est effectivement décédé au Temple, »
M. Provins développe longuement cette thèse des com-
20 l'évasion de LOt'iS XVII
plicités de l'évasion. Nous n'avons pas à vérifier ici ses arguments. Le point qui nous intéresse est plus précis : il s'agit de savoir si Louis XVII est mort au Temple, Qui en fournit la preuve, et cette preuve a-t-elle été établie péremptoirement ? Non. Et les fouilles faites à différentes époques an cimetière Sainte-Marguerite ne l'ont pas apportée.
La première reciierche des restes de l'enfant royal eut lieu sur l'ordre de Napoléon, si l'on en croit des Mémoires dont l'authenticité n'est pas, d'ailleurs, rigoureusement démontrée.
L'empereur, à la lecture da procès-verbal d'autopsie, aurait été frappé de cette phrase : « On nous a d'abord représenté un corps qu'on nous a dit être celai du fils de Capet »; ce qui ne voulait pas dire positivement que c'était celui du Dauphin. Il aurait fait faire des fouilles au cimetière, au lieu indiqué de la sépulture du cadavre, La bière encore assez bien conservée, aurait été ouverte en présence de Fouché, et se serait trouvée vide...
D'autres fouilles, celles-ci bien connues, eurent lieu dans la suite. En exécution de la loi votée le iS janvier 1816, et à l'occasion des recherches pratiquées dans le cimetière de la Madeleine pour retrouver les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Decazes, alors ministre de la Police générale, ordonna, le !"■ mars 1816, que des mesures fussent prises pour transférer à Saint-Denis les restes de Louis XVII, si on les retrouvait. L'abbé Dubois, curé de Sainte-Marguerite, venait de faire plusieurs démarches auprès de Louis XVIII et de la duchesse d'Aogoulême, les assurant qu'il avait recueilli, d'un fossoyeur
l'évasion de louis xvh 21
de son cimetière, des indications très exactes sur le lieu oi'i avait été enterré le Dauphin. On crut néanmoins devoir faire une q t L mt A gl p éi t J police, délégua do t ir t 1 P 1 1 t S m n. Ceux-ci entecdir t t d ôl D t mm et témoin officiel d 1 ! t ^ d f 1795, Bureau, dep £;t 1 t g d metière de Sainte-M g t t fl t 1 1 d ") Vingts et confident df j Bt tO jga toutefois d'interrog C t L î d I gnataires, encore survivants, de l'acte d'inhumation. Bref, les dépositions se trouvant contradictoires, les deux enquêteurs conclurent dans leur rapport : •< Si les restes du jeune roi ne sont pas mêlés avec ceux des autres morts — dans la fosse commune, — ils doivent être à l'endroit désigné par le sieur Decouflet et la veuve Berlrancourt. Si toutefois ce dernier lieu n'en garde aucune trace, on pourra alors vérifier les assertions do sieur Voisin. »
On prit date. Mais, au jour dit, un délégué du ministre de la police vint signifier à l'abbé Dubois qui, suivi de Decouflet, s'était rendu sur les iieus avec son clergé, revêtu des ornements sacerdotaux et croix en tête, que Topération était ajournée. Voici pourquoi : le 11 juin 1816, le sieur Charpentier — sans y être invité — s'était présenté à la Préfecture de police disant : « C'est moi qui, avec l'aide des terrassiers Charles et Le Rouy, ai enterré dans le cimetière de Clamart la bière transférée de Sainte-Marguerite, la nuit du 25 au 26 prairial 1795, cinq jours après l'inhumation du Dauphin. Ce faisant, j'ai agi par ordre du Comité révolutionnaire du Luxembourg et sous la conduite de l'un de ses membres. »
11 n'en avait pns fallu davantage. Pour Louis XVIII, l'imbroglio tournait au ridicule : « Nous ne pouvons pas nous exposer à déposer le corps d'un ino.onnu, dit-il, dans les tombeaux de la famille royale. » Et, le jour même, ordre fut signifié à l'abbé Dubois de n'avoir plus à s'inquiéter de cette affaire, toute initiative devant en être désormais abandonnée au Roi.
En 1846, l'abbé Hauraet, curé de Sainte-Marguerite, dûment approuvé par l'autorité compétente, faisait creuser, en novembre, les fondations d'un appentis devenu nécessaire — disait-il — pour fondre une cloche'. Or, à une petite distance du soi et tout juste en face du pilier gauche de l'ancienne porte latérale de l'église^ qui donnait autrefois accès dans le cimetière, les ouvriers terrassiers mirent à jour une bière d'enfant sur laquelle était tracée une croix noire, ayant au-dessus une fleur de lys formée avec dix gros clous de même sorte que ceux qui avaient fermé le cercueil. Telle qu'elle était, on transporta cette biÈrc dans une des salles du presbytère. Elle y fut ouverte en présence de MM. Haumet, Bossuet, Serre (ancien vicaire général de Paris) et de trois médecins, dont les docteurs Milcent et Récamier. Tout le monde reconnut que les ossements y renfermés étaient bien ceux d'un enfant de dix ans. Mais un des médecins présenta, ayant pris dans ses mains un des bras, démontra qu'à cause de sa longueur, on
1. On sait ipie l'abbd Haurael reliai, db soir-lÀ, l'abbi Bossuet, qoi éuil venu lui
ne pouvait admettre que ce bras fût celui d'un enfant de dix ans, et que tout donnait à penser qu'on se trouvait en présence d'un enfant d'un âge pins avancé. L'abbé Serre intervint, et fit valoir que, d'après les rapports contemporains, la maladie du Dauphin « avait tellement allongé ses bras, qu'il pouvait, en s'inclinent un peu, lier les cordons de ses souliers tout debout •>. Cette explication dissipa les doutes, et procès-verbal fat dressé de cette exhumation.
Le rapport sur le résultat de rexamen du squelette que les docteurs ïessier, Bayle, Andral, Simon de l'Hilys et Lallemant firent ensuite contradictoiremont, ne fut si^é que le 25 avril 1847 par les docteurs Récamier et Milcenl. On en dressa des duplicata qui furenl déposés aux archives de la Préfecture de police et au presbytère de Sainte-Marguerite ; ils furent brilés sous la Commune, Le cercueil fut, plus tard, réinhumé au chevet de la chapelle des âmes du Purgatoire, de l'autre côté do l'appentis.
Comme M. Chantelauze assurait, dans son Louis XVII, que les ossements exhumés par Tabbé Haumet étaient réellement ceux du Dauphin, un certain nombre de partisans du prétendant Naundorf voulurent faire la preuve du contraire, espérant ainsi donner gain de cause aux descendants de celui qui prétendait être le vrai duc de Normandie. M. Laguerre demanda au Préfet de police — M. Lépine — qui la lui accorda, l'autorisation de pratiquer des fouilles à Sainte-Marguerite. Le 5 juin 1894, en présence de MM. Lejaïn, commissaire du quartier. Oscar Méténier, homme de lettres, Otto Friedrichs, un des principaux champions des Naundorf, de M. Paradis, curé de Sainte-Mar-