SCENE V
PAGNOL caché derrière les rideaux, LUCIEN et M.\- RIANNE entrant au fond, en riant comme des enfants.
Lucien porte un candélabre allumé. Il est en toilette de jeune marié, avec un bouquet à la boutonnière. Marianne est tout en blanc, la couronne de fleurs d'oranger et le voile blanc sur la tète; elle descend à droite du guéridon.
LUCIEN, pose le candélabre sur la table et descend à gauche prendre les mains de Marianne.
Enfin!
MARIANNE
Lucien! oh! mon Lucien!
Il l'entraîne vers le pouf, devant la table, s'asseoit à ses pieds et la regarde.
LUCIEN
Restons comme cela, un peu.
MARIANNE
Oh ! vivre ensemble, Lucien! Comprends-tu?
LUCIEN
Ma femme !
MARIANNE
N'est-ce pas, d'être si heureux, cela donne envie de mourir!
LUCIEN
Oui. Vivre... mourir, tout ce que tu voudras... avec toi.
MARIANNE
Mon ami !
LUCIEN
Pourquoi sentent-ils si bon, tes cheveux?
MARIANNE
C'est parce qu'il y a des fleurs d'orangers. LUCIEN, ravi.
Tu crois ?
C'te bêtise!
PAGNOL, à par!.
MARIANNE, souriante.
Oui, monsieur!
LUCIEN
Laisse-moi penser que tu es là.
PAGNOL, à part.
Ah ! ça, — pourquoi donc qu'y ne parlent pas du magot?
LUCIEN
Ah! commej'ai attendu ce moment-ci, Marianne, si tu savais !
MARIANNE
Eh bien! Et moi, Il me semble qu'on m'oublie un peu. Tous les jours je me disais : « Maintenant, il rentre ! A présent il travaille ! Pourvu qu'il ne se fatigue pas! J'ai peur qu'il soit malade! «Etje m'arrangeais pour savoir un peu bien des choses, sans faire semblant. Tiens, qu'est-ce que tu as donc? Tes yeux sont pleins de larmes. Mon chéri, est-ce que je t'ai fait (le la peine.
LUCIEN
Mon Dieu ! — je t'adore!