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rayon de conscience, celui sans qui rien n'eût été. Comment, si elle ne l'eût pas créé, en serait-elle restée la gardienne, la maîtresse, la prêtresse, Yesta, Estia, le foyer, l'autel, avec sa lampe utile qui ne s'éteint plus?C'est mieux que l'épouse, c'est la femme vierge, celle qui n'est pas contaminée par l'homme, c'est la femme seule. Ceci n'est que le point de départ d'autres merveilles. Nul n'a osé le dire encore, mais il faut le reconnaître enfin, c'est elle qui a inventé l'arc, la roue, la charrue, le navire.

Sans CCS choses admirables et chétivcs, l'humanité se fût traînée, vermisseau de plus, dans la boue originelle. Avec quelles affreuses blessures revenait l'homme qui se mesura aux grands fauves, armé de sa massue ou même de sa lance ! La femme, plus rêveuse,dans les nuits où son sang la brûle, dépassa souvent le seuil, se perdit à admirer le firmament. Là elle vit une reine, la lune, la vieille, très vieille lune qui, pour les primitifs, était plus âgée que le soleil. Elle communia avec elle surtout quand elle était amoindrie, quand son croissant dessinait sur le voile sombre un bijou tranquille. Sainte Lune ! tu es vivante , tu donnes un conseil ! Et

elle alla dan s la forêt cueillir la branche recourbée,

celle qui forme un arc, im ite le stigmate de la lune qui ressemble aus sj^gjT^soiirire de lafpTnT|if Joindre les deux extrémités et en jouer, qui n'en aurait eu ridée? L'arc est né, Tare qu'Artémis, que Diane ne quitteront plus, femmes divinisées par la reconnaissance naïve des âges. Et elles sont vierges toutes les deux, femmes solitaires, ayant l'horreur des dominations de l'homme ; leur invention est bien d'elles; elles l'ont porté à l'homme, cet arc; peut-être aussi luttèrent-elles contre lui, premières amazones qui se martyrisèrent un sein pour y mieux appuyer l'arme bondissante, pour rester victorieuses et libres. Mais l'une d'elles se lassa d'être chaste, visita dans la nuitEndymion, le beau berger, et c'est le croissant du ciel, l'arc divin, qu'elle laissa sur le lit de ses premières amours.

La roue, le soleil nous la donne ; c'est le disque inscrit su r les cavernes des Troglodytes et^ plus tard sous les pieds d'Apollon, le mâle qui a conquis sur les primitives déesses leur attribut. Mais la très vieille Isis porte le disque sur la tête, le disque comme encadré par le croissant qui forme les deux cornes de l'intarissable fécondité. L'aïeule porte sur la tête exaltée ses grands bienfaits. « Voilà, dit-elle, ce que j'ai pour moi : l'arc et la roue. Toi,

montre les cadeaux que tu as faits aux hommes. Moi, j'ai le disque et le croissant, mon chapeau éternel. » Ceci ne peut être nié : Tllumanité a regardé le ciel comme une Bible, a voulu lire le schéma des étoiles, a pensé que c'était le premier poème tout ouvert, où palpitait non seulement la destijiée, mais la vie quotidienne. A travers nos sciences dédaigneuses du symbole, se perpétue la croyance astrolatrique, astrologique; ne sait-on pas maintenant le rôle delà lune sur les menstrues, les fous, la mer? ses lointains rayons ne rongentils pas les murailles ? Le soleil n'est-il pas le père des moissons, le grand civilisateur lui aussi, le guide des émigrants, un des plus puissants dieux, puisque sans lui rien ne serait? — Qui nous a civilisés f Si Ton avait posé cette question aux premières imaginations du monde, elles auraient répondu : « Ceux qui sont venus des étoiles, » c'està-dire ceux qui les ont souvent regardées, qui ont saisi au calme pays où tout est harmonieux le secret des lois terrestres. La roue vient du soleil, de la grande lune aussi, ce sont les deux supports cycliques du char humain, les grands astres qui emportent le progrès dans l'avenir illuminé d'étoiles. La roue devient enfin Tapanage exclusif

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de llsis-Fortune; elle a de plus créé un livre, le plus mystérieux des livres porté par une femme, le Tarot (Rota) que la Grande Duchesse de Bohême traîne avec elle, la Vagabonde, dans son chariot éternel.

LE PÈLERINAGE d'iSIS-CYBÈLE-DEMETER A TRAVERS LE MONDE (V)

J'ai longtemps songé à la c harru e, au x légende s qui Tenvironnen t. On y voit la femme apparaître comme derrière un voile transparent. Elle est Tinitiatrice de tout ce qui regarde la terre. Autourdes légendes, que Thomme n apu autant défigurer que rhistoire (l'histoire dont la femme est chassée comme une servante) on la sent rôder, on voit par les voyages de Demeter, de Cybèle ou dlsis, l'hégyre de la très bonne, évangélisant les peuples. Il ne faut pas sourire des légendes; elles sont l'histoire primitive, souvent plus véridique que l'histoire elle-même. Les hasards de la guerre sont terribles. Voilà qu'une de ces aïeules a été frappée ; l'époux n'est plus rentré ou l'attrayante fillette a disparu tandis qu'elle était allée cueillir le

narcisse. C'est l'embuscade ou le rapt, Téternel mécompte des âges de la force. Et la voilà qui quitte la maison, dont elle est reine, la cité merveilleuse qu'elle orna de sa science et de la magie de son cœur, Elle va comme une mendiante, une fugitive, « une très vieille femme, nous dit Homère dans l'Hymne à Demeter, qui n'a plus le pouvoir d'enfanter et les dons d'Aphrodite. » Elle vautdonc par elle seule ! elle marche sur les grandes routes, demande si l'on a vu passer sa fille, si son mari blessé ne s'est pas assis là. Elle questionne les hommes, elle questionne les dieux. Les hommes la regardent avec étonnement ; graves ils lui ouvrent leur demeure, la font asseoir, l'écoutent, — ils ont tant à y gagner ! — s'étonnent de la voir tout à coup grandir, remplir l'appartement, se revôtir de lumière. Ils s'agenouillent, la prient, regrettent de ne pouvoir la renseigner sur ceux qu'elle pleure. Elle va reprendre sa route, continuer le pèlerinage de la veuve éternelle ; mais auparavant, pour les remercier, elle leur apprend les arts pacifiques, élève l'enfant, le tient dans ses bras qui sont éblouissants, sur son sein qui est une source infinie; les champs travaillés par de plus doctes bras s'enorgueillissent de fleurs et de blés,

elle laisse partout où elle a passé une atmosphère plus humaine et plus sainte. J'aidit qu'elle questionnait les Dieux. Oui, certes. Et les Dieux se gardent de se taire, la sachant vénérable autant qu'eux — leur propre mère (i). Ils s'excusent, bégaient, regrettent de n'avoir rien vu, ou s'ils ont vu, de n'avoirpuempecher.Ah!cesDieux,tous les mômes, ils n'ont jamais pu arrêter le mal sur la terre, tandis qu'une simple femme, une pauvre simple femme, y est arrivée quelquefois, a fait ce miracle avec ses larmes, son courage, son grand amour. Les Dieux font triste figure, je dois l'avouer, en cette hégyre de la femme. Au fond ils sont gênés par elle, affectent une grande politesse, attendent qu'elle soit lasse de leur ignorance ou de leur impuissance, pour regrimper dans leur azur. Elle a pitié d'eux, elle reprend son bâton, ne se fie qu'à elle. Et elle va ainsi, la grande Demeter, la grande mère, vagabonde plus haute que les rois, plus pieuse que les prêtres, plus bienfaisante que les Dieux. L'Ananké la regarde avec délices, l'univers s'enivre de sa douleur. Va toujours, vieille adorée, sainte veuve, mère remplie d'infortune, va toujours,

1. Cybèle, Isû, Demeter sont tontfes trois « Mère des Dieux ».

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parcours le monde, tu ne retrouveras jamais ta fille ni ton époux, mais tu institueras dans les villes le culte de la bonté, tu mettras dans les campagnes une plus profonde affection pour le sol, pour la bonne planète obéissante ; tu es la terre, tu es la mère, tu es les seules choses qui ne trompent pas dans l'univers. Va dire cela aux hommes; qu'ils t'admirent et qu'ils voient en toi le vrai messie de la religion unique !

Mais je me laisse troubler parla grande Demeter, j'en oubliais la charrue, — oui j'allais oublier la charrue. La légende veut qu'Elle se soit arrêtée chez Celeus, roi d'Eleusis, Lamelle nourritle rejeton du Roi, Triptolème. Elle s'y attache, l'enveloppe d'un tel fluide d'affection que sa mère la reine se réveillant dans la nuit croit qu'il est baigné dans du feu... Puis, quand il a grandi, comme il est doux, tranquille, qu'il regarde avec ennui le fer de sa lance homicide, elle lui chuchote le grand secret, lui apprend à faire de l'arme un soc. € De même, dit-elle, que mon ventre fut déchiré par la virilité cruelle de l'homme, de même prends la lance belliqueuse ; et que, traînée par les bonnes génisses, elle creuse profondément ton autre mère, la terre nourricière oii tu jetteras ton germe très

loin afin qu'il pousse haut et fort ! » Ainsi dit, ainsi fait. Le nourrisson de la femme devient le grand agriculteur.

L'hégire cependant serait incomplète si Demeter, Cérès, Cybèle, Isis ne savait pas enfin le sort de celui, de celle qu'elle a tant cherchés.

L'époux est mort, la fille a disparu après avoir été prise de force, Perséphone est dans les bras de Pluton; voilà la récompense qui attend celle qui a semé la vie partout ! Les hommes ont tué l'un, ont volé l'autre. Mais elle jette un regard de si profond désespoir sur l'univers qu'il en devient transparent. EUeaperçoitTépoux dans un arbre (voyez l'Egypte), elle aperçoit sa fille plus loin encore dans le royaume des ombres (voyez la Grèce). Alors un grand frémissement la conquiert toute ; elle sent les deux immortalités, celle de la chair et celle de l'âme, la vie universelle la baigne, il faut tout aimer, elle étreint la nature, la devient, comprend qu'il n'y a pas d'hiatus, pas de vide, que rien ne meurt. Le corps du cher disparu, mais il a son ciel dans la terre ! La femme est plus forte que la Mort. Elle descend au morne rivage, en ramène sa fille, pour peu de temps, mais la ramène; sa misère lui a révélé nos métamorphoses fatales,

innombrables ; notre corps est éternel comme la nature, notre moi est indestructible ; les enfers ne sont pas à jamais séparés du soleil, l'on revient du profond En-Bas... Nous n'avons plus besoin de livres sacrés. Cette vieille femme nous a tout dit.

Je ne Tignore point; la légende d'Isis-Demeter et de Perséphone, que répétèrent les mystères d'Eleusis, représentait le drame des moissons, la graine, qui pourrit et meurt dans la nuit de sa tombe, le sillon, pour renaître plante au soleil. Mais cela n'empêche point qu'il n'y ait eu aux époques préhistoriques de braves et dignes femmes qui, aiguillonnées par le deuil, exilées de toute patrie par leur propre deuil, se soient faiies les missionnaires de la paix et de la science, aient répandu leur cœur sur les grandes routes, dans les chaumières, aux palais des rois, parmi les citadins et les paysans. L'élément apostolique qui gît et bouillonne en toute humanité a dû être canalisé d'abord par les femmes. Isis Demeter nous lo montre, nous le crie (1).

l.Rien de commun entre le3 légendes des anciennes déesses et les mythologies des récents dieux. Ceux-ci sont des symboles physiques; leurs innombrables unions, leurs aventures, leuis ca-

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