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Gil Blas 10 et il févr. 95. Voir aussi la note YI

avec beaucoup de tact et de jugement, mais selon l'opinion un peu défunte que professe la moyenne bourgeoisie en France. Il allait plus loin dans la réaction, voulait que Ton consacrât « à garder « cette innocence les mêmes efforts qu'autrefois et € même davantage, car de nouveaux périls la mena- € cent. » El il continuait, m'attribuant une flatteuse initiative que je suis trop jeune pour avoir eue: « Votre réforme, moucher Jules Bois, est plus radi- « cale. Vous voulez sortir une bonne fois la jeune € fille de ces limbes où l'éducation nationale fran- « çaise se plaisait à la maintenir jusqu'au mariage, « Pour cela yoiis estimez qu'il faut lui donner tout € de suiteja plus grande liberté possible, lui laisser «^connaître les réalités de lamour et les laideurs de € la vie, en un mot l'élever comme un garçon... « Quelles jeunes filles donnera -cette éducation? « Des jeunes filles analogues à nos garçcms. Re- « marquez que je ne blâme pas ; je constate qu'elles « seront telles, ni meilleures, ni pires... Vous aurez « en France emiron quatre millions de demoi- € selles élevées comme des garçons ; la moyenne € de leur moralité représentera la moyenne de la « moralité des garçons... Vos jeunes filles nou- * velles seront donc très différentes des actuelles.

« Elles auront plus de muscles et plus de compré- « hensivité. Elles seront plus franches et plus « loyales. Elles auront moins de pudeur. Vous € protestez ? Je répète : elles aw^ont moins de pu- € detir, La pude ur telle que l'inculquait aux « jeunes filles la vieille éducation nationale était « un sentiment irraisonné et quasi mystique, une

* sorte de religion. Cett e pudeur-là ji'est conapaïîi € tilile qu'avec l'ignorance des réalités de l^mour,

\« avec la vague terreur de Thomme.

« Votre jeune fille moderne n'aura pas la terreur « de rhomme, Elle saura ce qu'il lui veut, ce qu'il « en coûte de lui céder. Elle raisonnera son désir

* comme un étudiant sérieux. Comme, d'ailleurs, « Notre éducation nouvelle ne supprimera pas les « tempéraments, comme il y a toujours des faibles, 4c des ardentes, et même des hystériques parmi vos « femmes nouvelles, des accidents prématurés sont « à craindre que prévenait l'ancienne éducation par « la surveillance, par l'isolement des sexes. Que « vous disais-je? Cette misérable question des sexes, « que vous reprochez aux romanciers de traiter « obstinément, nous la retrouvons dès qu'il s'agit € de l'éducation des jeunes gens et des jeunes « filles ! Il est vraiment trop commode de Tesca-

l'ÈVE ^OUVELLE 179

« moter et de dire après : Voyez comme tout va bien € dans notre nouveau système ! L'ancienne éduca, « tion, l'éducation nationale de lajjeune fille latine € résolvait le problèmeenséparant la jeune fille de « la société des hommes, en lui refusant môme le « droit de saA'ofr ce qu'est un homme et ce qu'est « l'amour, jusqu'au moment où elle était remise « entre les bras de son mari. C'était immoral, «égoïste, tout ce qu'il vous plaira; mais c'était « logique, et le système tenait debout. Le vôtre a € une faille, un vide — au point de la crise sexuelle, € le point le plus important, puisque la maternité « en dépen d, et, par là, la famille et la société € nouvelle.

« Vous aA'ez lu ce curieux dialogue de Schopen- « hauer où lamant et l'amante se parlent, non plus « au nom des fictions du législateur et du poète — € mais au nom de l'instinct, au nom des lois de per- € pétuation de l'espèce? Je voudrais, mon cher « Jules Bois, que aous nous présentassiez un dia- € logue du môme genre entre le jeune homme et « la jeune fille de demain. Je voudrais savoir com- « ment ces deux compagnons vont devenir époux « et quel dialogue d'amour s'engagera entre c(»s « deux adversaires. Vous aurez beau aA oir armé

« la femme d'une éducation pareille à celle de

« rhommo,^ lui avoir donné^ des droits égaux à

€ ceux de l'homme: à cette minute critique, tout

4^ sera remis en sa place, il y aura un vainqueur et

« une vaincue, et Tétrange rôve de parité entre les

\ « sexes se manifestera aussi chimérique que le

1 « serait la révolte du champ, de la glèbe pîtôsive

i « contre le laboureur qui la creuse et l'ensemence.

« Je vous entends me dire : « Mais, ailleurs, cela

4C se passe comme je l'ai décrit. En Amérique, en

« Russie, en Angleterre, il y a des jeunes filles

« qui... » Ma foi, cher confrère, les (|uelques sé-

€ jours ([ue j'ai faits hors de France, la lecture aussi

« des écrivains étrangers m'ont dr^montré que la

\ I ' « femme est |)artout la môme dès qu'elle est amou-

' • € reuse. Ah la crise d'amour mise à part, elle ne

« se ressemble guère ici et là; vous avez raison.

, « Mais éviter la crise d'amour, c'est bien l'excep-

j « tion chez une femme, puisqu'elle doit être mère

I « et, donc, épouse ou maîtresse. De cette crise vous

I « faites trop bon marché ; la vérité, c'est que toute

y. * j «J^aj^'ie de la^feinme a son centre là : to/a miilio^m

f I € Utero, disaient les casuisles. Et voilà pourquoi

^ « vous aurez beau me montrer un programme

« d'éducation féminine où la jeune fille va au col-

< lège exerce ses muscles^ s'occupe de politique ou « d'éconoQiie sociale, dédaigne les artifices delà toi- « lelte et les mièvreries du flirt, je vous répondrai : « D'accord. Tout cela va fort bien, mais tout « cela m'est égal. Voilà votre jeune fille modèle « amoureuse d'un homme. Que va-t-il se passer? »

l'éducation de la jecne fille nouvelle prépare a une maternité supérieure

Je ne pense pas que l'ancienne méthode (cette éducation nationale, que vous célébrez avec plus de talent qu'elle ne le mérite, me paraît une bien poudreuse institution...) puisse trouver un avocat plus précis et plus pressant. — Voilà un excellent terrain de discussion. J'y répondis en son temps (1), je \qis reprendre ici et compléter les mêmes arguments.

D'abord, prenons ce que l'adversaire nous accorde. Cette jeune fille nouvelle, do par son éducation, il la reconnaît plus loyale, plus franche, £lus compréhensive, mieux musclée, donc plus apte à la maternité que la débile enfant qui nous entoure. La petite maison, le nid parfait du

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