LA RÉNOVATION DES A^JES
Nous nous plaignons et l'on se plaint de la décadence latine et de la française en particulier. Mais à qui la faute ?^ nos mœurs coupables et légères qui ont créé l'insane littérature de peau et
de fnvolito que nous lisons et que nous voulons imposer au monde. Mais il faut que nous nous transformions ou nous tomberons même esthétiquement dans le mépris. Le monde ne voudra plus de nous, de nos livres, de notre langue.
Ah! nous aAons cru que nous pouvions sans danger avilir la moitié de nous-même, chanter cet avilissement, l'orner de fleurs et l'encenser comme un César métaphysique... Nous avons perdu notre dignité et notre repos. Nos poètes ont travaillé à notre tristesse en maudissant la « malade », r € impure! » Il y avait un poison dans le jouet brisé. Il s'est diffusé parmi le monde!
ou TROUVER LE LIVRE DE LA FEM»1E ?
Un artiste de génie aigu et patient m'écrivait : € Que peut-on dire de nouveau sur la femme, cette source de douleur? » 11 avait raison au point de vue de l'homme. Tout a été dit sur la source de douleur, sur Dalila, sur la méchante, la corrompue, le reflet impur de l'homme? Tout a été dit sur l'éternel féminin qui est formé par la combinaison d'éléments artificiels et rebattus. La vraie
fe mme reste inconnue à beaucoup d'hommes, surtout les hommes de lettres. Leur curiosité, leur cynisme ne leur amène qu'un troupeau d'inconsistantes, de folles et de déclassées, — le rebut d'une société surchauffée et maladive ? A la vue d'une femme, épiez leur sourire, il dit tout. Eh bien, c'est regrettable à constater pour notre littérature si prétentieuse, la femme lui est restée presque totalement inconnue.
Et je ne parle pas de l'Eve nouvelle, mais de la simple femme qui élabore notre race^ qui est assise dans la maison comme un Dieu modeste et laborieux. Celle-là, même ignorante^ même étroite desprity même fanatique, est quelque chose de sacré ^ comme la moelle d'une nation. Elle est à jamais close à nos psychologues, qui ne la dévêtiront pas, qui ne la trouveront même pas intéressante, car elle est austère et vraiment mystérieuse, étant pure.
Aussi, s'il existe tant de livres pour la mondaine et pour la courtisane, il n'existe pas un livre digne de la femm e.
€ Oh, un livre digne de la femme!... Oîi le
trouverai-je ? Un livre saint, un livre tendre, mais
tio l'ève nouvelle
qui ne soit pas énervant?... Un livre plein de la paix de Dieu (I). »
Ou môme simplement un livre impartial qui parle d'elle.
Tantôt elle lit le faux dithyrambe né dans le désir : « Tu es l'idole, tu dois être adorée, tu n'as qu'à te mimtrer et tout t'est dû. » Ou bien l'insulte, le baiser qui bave et salit, le récit de voluptés acres, discordantes,, avec leur cortèf^e de furies : la jalousie, la haine, la traîtrise. Quelle / femme vraiment femme peut fixer ses yeux lim- / pides qui ont bu la forme délicate de l'enfant, sur ce tissu de corruptions et de hideiirs, où ne se retrouA'e d'elle que son nom, pareil à une étoile dans de la fange ?
Puisqu'il faut des exemples, parcourez les romans de Paul Hourget et de sa suite. A quelles femmes s'adressent-ils, de quelles femmes traitent ils? Toujours la femme à la mode, bonne à rien et nuisible à tous, n'ayant qu'une mission, l'odieux, lâche, niais adultère, sans cerveau, sans cœur le plus souvent, mannequin automatique d'une jolie robe, paquet de nerfs confus et trompeurs.