‹ L'Ève nouvelleChapitre 46 sur 72 · LA FEMME ATTEND ENCORE SON POÈTE · texte numérisé non relu

LA FEMME ATTEND ENCORE SON POÈTE

Reste-t-il du moins à la femme les poètes?

Hélas! Ils l'ont plus blasphémée que chantée.

Un des plus grands, — le plus pur,. — Alfred de Vigny a déchaîné contre elle, « la colère de Samson », qui, entre parenthèses, devait être la plus intolérable brute, à côté de laquelle nos por-

tefaix et nos débardeurs sont de petits agneaux. Cependant Vigny nVHait pas aveugle devant Timmense miséricorde de TÈve, si pécheresse au dire de rhommo. Mais il n'osa de ce messie naturel faire une vraie femme, il la projeta dans le domaine des fictions, la consacra « Ange », et écrivit Eloa. D'ailleurs Eloa faiblit vite, elle est vaincue par le Satan mâle et pour la remercier de sa pitié qui n*est qu'une chute — elle est mise en enfer jusqu a la fin du monde.

Hugo, qui était un prophète, devait n'être pas soumis aux ataviques préjugés; mais il paraît plutôt ébloui par sa chair à Elle — « argile idéale, ô merveille ! (<) » — que par son âme. En des morceaux exaltants, il raconte les mères, nous démontre le jeu de leurs nerfs bien plus que le mystère de leur cœur (2). Mais ce géant doit être haussé sur sa montagne. Il a vu la femme libérée, il Fa prise par la main et lui a désigné son aurore. Le premier, sur un Sinaï nouveau, il a entendu Dieu parler de la femme sans injustice et sans parti pris.

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