LA JOLIE SOTTE ET LA FEMME REFLET
Le grand obstacle à l'émancipation réside beaucoup moins en les lois toujours si caduques et changeantes que dans l'inconscience de la plupart de la foule des femmes. Leur âme est prisonnièr e de la coquetterie, ligottée de préjugés. Quelle immense tristesse j'ai ressentie bien Hes fois à voir des femmes, môme avisées, s'achamant à combattre la cause de l'indépendance et de la conscience, soldats véhéments et injustes contre leur propre sexe! Le secret de tout cela, vous le devinerez vite. On leur a dit, à ces égarées, que pour être une vraie femme, il faut : 1° être jolie; 2"* être sotte. — C'est trop de moitié.
L'homme a menti , ou du moins celui qui a donné ces conseils. D'abord, la femme n'a pas comme
mission unique de plaire à rhomme; de plus, observerait-elle les deux règles précitées, elle n'enchanterait que les plus grossiers des fils d'Adam. Je déclare, pour ma part, la lassitude des intellectuels devant la femme stupéfiée ou même intelligente, mais d'une intelligence seulement en reflet. Elle ressemble à ce miroir dont parle le poète Rodenbach € miroir obéissant sans jamais un refus. » Nous avons le dégoût de cette misérable compagne de nos ancêtres.
J'ai entendu des femmes s'écrier : « Moi, je ne peux penser que la pensée de mon époux, je lui suis inférieure, et, quand même je ne le serais pas, je veux l'être et l'admirer comme un Dieu. Je serai le reflet de sa volonté et la servante de son désir ». Pauvre femme, va, reflète, reflète tant que tu pourras, jusqu'à ce que ton Dieu soit si épouvanté et écœuré de ce miroir soporifique lui offrant sans cesse sa propre image qu'il te brisera un beau jour d'une poussée.
Si tel est ton rêve, libre à toi. Mais si tajirétçîition est d e vivre, sache qu'il n'y a pas dans la vie quejies questions sentimentales et des heures de c hiffon ; il s'agit de penser, avant tout, de savoir, de croire seulement après avoir vu, et être sûre
■y (l(» iM'sistcr, si ta personiuUité .£&t ^ .rnojiacée.
IMnire à riiommo! Mais tu ne lui plairas vraiment que si tu ne t'y applicfues point, car alors la loi dos attraits s'appliquera normalement, tu trouveras ta nature harmonique, tandis que tunerencontn's ([u'un maître, si au lieu d'attendre et de grandir, tu t'agenouilles. 4i Je suis l'iioitime, je suis fort, t'a-t-il dit, je m'occuperai de tout, voue à mon plaisir tout le loisir que Je te laisse. » Mais, grâce à ce raisonnement de stiltan qui, si tu Tacceptes, te recule dans la domesticité, toutes les indépendantes se sont trouvées écrasées, n'ayant pas d'issues sociales h leur effort, les laides sont sacrifiées sans cesse, les vieilles tout à fait omises et délaissées; et les autres n'ont jamais été considérées et futées que comme des amusements, des distractions ou de basses utilités.
Ne te rebute pas surtout, si tu as de la peine à t' arracher des rets do l'homme, si le pied des siècles sur ta robe retient ton élan vers l'érnancipation, songe que tu travailles pour ta fille et pour les femmes de Tavonir; que, môme' vaincue, tu vaincras, devenant un exemple.
Naturellement l'homme triomphe quand certaines femmes revendiquent sans apporter la
science suffisante et le langage requis. Elle bégaie parfois, l'Eve nouvelle, mais c'est que nous l'avons laissée trop longtemps muette.