LE TEMPLE ÉTERNEL
Quel moyen d'être athée en regardant une ^ femme allaiter son enfant ? Celui qui s'est étendu .. contre la terre et l'a baisée, celui qui a regardé le • ciel et a senti quelque chose de plus vaste que luimême l'envahir, celui qui se souvenant de sa mère s'est pris à éclater en larmes, celui-là a vraiment cru en Dieu, ne serait-il d'aucune église, n'auraitil plié le genou devant aucun autel ! Les temples peuvent secrouler, les prêtres navoir plus de
fidèles; celui qui a respiré une lèvre saine, celui qui a sangloté et s*est réjoui dans une sublime étreinte, celui-là a joué un véritable rôle sacerdotal, il a recommencé dans son orbite Tœuvre primordial, le jaillissement des mondes, et, regardant Tenfant qui vient confirmer par sa merveilleuse présence que tout ce grand effort et ce délire ne furent pas, comme tout le reste, vains, il peut s'écrier, sacerdote transfiguré qui tient l'hostie humaine : « J'ai été agréable à la Divinité puisqu'elle a permis que je recommence son mystère, puisque moi aussi j'ai réalisé mon petit univers ! »
11 n'y aurait plus de temple sur cette planète qu'il en existerait encore un, tant que vivra une femme. Les entrailles d'une femme sont physiologiquement le plus beau, le plus palpitant spectacle de l'évolution de la vie, de l'édification des univers, de la création des corps et des âmes. L'élan de l'homme s'achemine, comme le myste à l'initiation, vers le sanctuaire secret, protégé par la muraille de ses hanches. Là se déroule le grand arcane; la magie divine réalise son prodige. Un Dieu véritable descend lorsque le pèlerin viril s'est en quelque sorte anéanti et fondu au féminin
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graàl. Beauté des physiologies, devant lesquelles pâlissent les pkis ardentes métaphysiques !
Démonstration de* la venue d'un Dieu, reiwuvelée en chaque mère et autrement éblouissante que tous les raisonnements des philosophes et les cris de foi des mystiques! Un dieu véritable est là, un dieu qui se fait, le dieu que nous sommes. Car vraiment comment- expliquerions-nous que deux êtres puissent en créer un troisième, sans que n'intervienne un mvstère, dans la candeur de la nature et le hibeur de la chair? Tant (fu 'une femme ; aimera et enfantera, il ne sera pa§ possible d'être '■ athée.
LA PHIÈHE FUTCUE
Les anciens eurent plus que nous le sentiment de cette religion assise sur notre éternelle origine. C'est la race sémitique et misogyne qui lit triompher chez nous l'idée du Dieu mâle, créateur du monde ex aikilo, comme si cela était possible, comme si l'amour solitaire môme d'un dieu n'était pas manifestement infâme, comme si le Père pouvait exister sans la Mère, comme si l'Enfant sur-
tout n\Hait pas d'abord le fruit des entrailles... Divine Oubliée, pardonne-nous de ne te prier jamais et laisse sur des lèvres encore bégayantes s'inaugurer la prière future :
€ Notre Mère qui êtes sur la terre et dans les Cieux... »
La femme consciente.
Tout aboutit là. La Conscience, c'est le point de départ^et le point d'arrivée; ce qui fait la profondeur et la justice de Témancipation, ce qui lui promet le triomphe. Dire de quelqu'un, homme ou femme; « c'est une conscience », c'est le définir, à la fois une intelligence, un cœur et une liberté.
L'être complet seul est conscient. L'être conscient seul est re sponsable; seul, il peut lever un front fier pour réclamer ce qui lui est dû. sachant qu'il ne fait qu'emprunter et que, cette dette qu'il endosse, il la remboursera avec d'inépuisables deniers.
Or, je trouve que l'homme s'est réservé trop jalousement le droit à la conscience. L'éternel piège Jtendu à la femme consiste à lui offrir, soit la lampe douloureuse de l'ouvrière, soit les bougies
plus d(''eovantes clos salons. Mais le seul ffambeau qui lui est dû, lo llambeau intérieur, la Conscience, on a posé sur lui le plus lourd éteignoîr.
« l'étkunelle enfant »
(Test (|ue par U) seul fait d'être consciente, elle clio(iue l'ordinaire préjugédu sexe, qui ne veutpas voir en la femme un juge de soi-même et des actes d^autrui, mais une enfant capricieuse et nialade, une névrosée, au moins. Qu'il est difficile, de notre temps, même à l'homme le plus dévoué aux causes féministes, à celui qui [clierche la vérité impartialcMuent, qu'il est difficile de ne pas s'attarder à la distribution futile des qualités ou des d<'fauls, dits mâles d'une part, dits T^iîiTnîns de l'autre.
L'homme, nous l'avcms raconté, eut vite fait le partaii^e primitif^ en prenant tout l'agréable et tout l'utile. Il a dit à la femme : « Tu es ma propriété, tu dois servir h la perpétuation de mes plaisirs, à la reproduction de ma race et de ma ressemblance, tu es un instrument de volupté et une machine sociale. » Ahî oui, le joli bibelot ou bien la mena-
gère opporiiiiie, ou bien la fabrique de petits. Mais ce bibelot, il est bien de chair et d'os comme nous, hommes. Quand il faut le creuser, déchirer cette précieuse et douce enveloppe, qui ne semblait avoir été tissée que pour de tout petits baisers, labourer ses entrailles pour en extraire l'égoiste rejeton, ah! la machine crie pendant que les os craquent. Il semble que c'est un être humain qui souffre alors; car la ménagère, la servante a versé son sang pour l'honneur du maître, afin que la famille de l'homme soit continuée.
Mais il a vite oublié le drame admirable ; il reconquiert vite cette supériorité qu'il a dû perdre à cet instant sacré, où il était lâche, oii il avait peur, tandis qu'elle atteignait la cime d'un courage que les plus héroïques soldats n'escaladèrent point : « La femme, dit l'égoïste avec sérénité, c'est ma femme, c'est ma chose Je n'ai pas besoin (|uV41e pense, je penee, moi; je n'ai pas besoin qu'elle soit libre, je suis libre, moi; je n'ai pas besoin qu'elle soit consciente, elle m'échapperait peut-être. . . » Allez, accumulez autour de la femme, devenue l'éternelle enfant, accumulez tous les obstacles, les asservissements, les illusions de la coquetterie, avilissez-la môme un peu, apprenez-lui
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qu'un mensonge est joli sur de roses lèvres, qu'il faut plaire avant que d'être bonne; faites-la descendre au rang des petits animaux gracieux que Ton caresse et dont on s'amuse quand ils vous griffent; mais ne vous plaignez plus, si un jour, mauvaise bète, elle mord jusqu'au sang.