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LA CITOYENNE

A cette femme, la cité es t ouverte^^ naturellement, à l'âge où les devoirs familiaux sont épuisés. Stuart Mill indique longuement les situations importantes que pourraient remplir dans l'état les femmes ayant atteint Tâge de quarante ou quarante-cinq ans. Il a raison, mais rien ne sera possible si, jeune fille, épouse, mère, la femme ne fit déjà l'apprentissage et la preuve de sa conscience.

L'état a besoin de ces âmes admirables qui ayant vécu derrière les agitations bruyantes savent l'envers des projets de l'homme et les sources des erands malaises. Dans le sanctuaire de; Ja maison elles apprirent les vertus solides qui sé-\ ^ ' jarent à jamais des compromissions et des lâchetés. ' Elles ont un sentiment éclairé de la justice, elles seules ne seront pas âpres à s'enrichir et timorées devant un acte de générosité et de progrès. Elles ne sont pas dupes comme l'homme des ambitieux, des fripons, des tripoteurs. D'instinct, elles élisent les volontés fermes, les cœurs au-dessus de

toute trahison. Elles s'attachent à la chose publii // que avec rexpérience silenciense et douloureuse du foyer. Les peuples seront leurs enfants.

Elles ont l'esprit étroit, dites-vous ; oui, elles furent ainsi par la faute de la première éducation, mais leurs iilles déjà sentent leur cerveau se libérer des fantômes oppresseurs. En tout cas, à cette période de leur vie, l'épreuve a fait éclater les bandelettes prudcmtes dont l'homme ligotta leurs années d'inconscience. Elles ont acquis le regard profond qui semble creusé par les larmes.

Joie durable, inépuisable consolation ! la femme nouvelle n'est plus séparée de la vie générale, asservie à l'homme, domestiquée à ses caprices comme une hôte de la maison. Elle est associée à 'ce mécanisme intérieur et perfectionné sâhs^éssê, à cette église des volontés, providence humaine qui entraîne le monde vers un idéal toujours plus neuf et plus haut. Quand elle vieillit,lorsque les plaisirs légers l'ont quittée, au lieu de s'émietter comme une branche dépouillée, elle s'épanouit à une destinée plus large. Ses organes se dilatent, se multiplient, s'accroissent en s'affinant, au lieu de s'étioler et de s'amoindrir. Elle devient une femme sociale, une « citoyenne », si ce mot n'était pas

désuet par sa précocité même ; — un apôtre de la double humanité, dont elle connaît les plus sublimes mystères, elle qui dans sa famille fut le palladium discret et la tendre prêtresse de la ^ace. Qù'^elle a travaillé déjà dans l'ombre ignorée ! et cependant elle n'est lasse et elle n'a peur que de demeurer enfin oisive. Aussi, lorsque beaucoup d'hommes sont déjà. aux limites de leur carrière, affaiblis par Tâgo ot le souci, la femme se dresse, réserve d'énergies inconnues. La cité frémit, impatiente de son conseil, la patrie est éprise do son noble visage. Après cette explosion bienfaisante d'une fécondité imprévue, ot plus que l'autre impérissable, elle pourra mourir, pleine do grâce et de gloire, pleurée des siens et de son peuple, pareille à ces arbres vénérables, qui, tombant sur la terre nourricière, augmentent le trésor vital du champ, lui apportent de la sève pour un siècle.

« vous CONNAITREZ LA VÉRITÉ ET LA VÉRITÉ VOUS RENDRA LIHRE. »

Et je ne saurai trop le redire ot le crier, la femme ne sera libre qu'après avoir été consciente.

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Tel est le premier pas, la condition indispensable, la grande nécessité psychologique sans laquelle aucun phénomène d'émancipation ne peut s'inaugurer. L'Evangile renferme un mot éternel dans ses applications humaines. € Vous connaîtrez la vérité, y est-il dit, et la vérité vous rendra libre >. Or, comment connaître la vérité si Ton reste inconscient, si Ton ne pense pas, si l'on n'agit pas par soi-même? La liberté est à ce prix. Elle n'est pas dans des chaînes brisées momentanément qui se renoueraient trop vite avec même la complicité de resclavo vite lasse de n'être plus asservie. La liberté est un mérite acquis par la réflexion, la sagesse, la science. Une femme, serait-elle au fond d'un sérail ou d'une prison, est plus libre que la plus priviléjj^iéedes Françaises, si elle se connaît et si elle veut ce qu'elle croit être juste. D'ailleurs, imaginez on bloc toutesles femmes devenues conscientes, elle seraient libres tout de suite, libérées presqno aussitôt — car le vieil édifice social en croulerait.

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