‹ L'Ève nouvelleChapitre 9 sur 72 · LA FEMME A GENOUX DEVANT L HOMME · texte numérisé non relu

LA FEMME A GENOUX DEVANT L HOMME

Elle résistait, altière.Elle était écoutéeot crainte, assise sous les chênes, envahie d un inexplicable flot de paroles suprêmes, conseillant la tribu, prophétesse; mais ses filles et ses petites-filles, superstitieuses, terrifiées, adoptèrent la supercherie de l'homme, se prosternaient devant le mâle horrible, luxurieux, glouton et meurtrier. Et lorsque Tune d'elles se révoltait contre le frère, le père ouïe mari, ceux-ci se levaient avec emphase, lui montraient l'Idole en s'écriant : « Le Dieu te punira de m'avoir désobéi. » Alors, les filles et les petites-filles de la femme, se frappaient la poitrine, et tombaient à genoux devant l'homme

devenu prêtre.

Car si au début la déesse avait contrebalancé le Dieu, la prêtresse avait compensé le pontife^ Le type féminin, chassé de l'autel, fut bieu vite exclu du sanctuaire. Et la femme, qui fut hi mère unique des Dieux, ne put que pleurer tout au fond du temple qui, comme la cité, l'avait rejetée ; et, on la vit,

à côté des mendiants, dans l'ombre, s'humiliant encore, jusqu'à demander pardon de son sexe.

Telle fut la geôle suprême, construite dans le mystère, autour de l'Ame de réternelle sacrifice

LE PREMIER ÂDULTEHE

Pourtant, il faut descendre des cimes, jiepas voir la fe mme trop haut, sinon on ne la voit plus. Il faut la voir humaine, pétrie avec cette chair que nous portons tous, où l'héroïsme se tempère toujours d'un peu de défaillance, où le cri alterne avec le soupir. Au milieu des cataclysmes sociaux, des silencieuses évolutions de Tàme, elle est restée femme, elle a été sublime et elle a succombé. Elle a € trompé » puisqu'il faut employer ce mot qui n'est pas exact en la circonstance et que l'homme a inventé parce qu'il en est capable plus souvent. Elle a trompé. Mais combien après Thomme !

Celui-ci ne cherchait, ici ou là, que la secousse épidermique, l'évanouissement délicieux. Elle, elle voulut verser son cœur. Certainement, elle a tKMnpé, mais prise au piège de la miséricorde.

Son péché primitif, c'est celui d'Eioa, de la rédemption. Par les alternatives des batailles, riiomme a entraîné au fond de la caverne le jeune ennemi blessé, rançon d'autres captures. Son crime commence aux soins qu'elle lui donne... Le voilà donc triste et jeune, aussi misérable qu'elle à l'époque où le poing et le lien la domptèrent pour les siècles des siècles. Il semblait sauvage et fier, quoique si beau, d'une beauté de jeunesse et de. douleur. La blessure est profonde, le vêtement y adhère, elle l'écarté, et ses larmes tombent sur ce frêle corps qui a ceci du moins de semblable à elle qu'il ruisselle lui aussi d'un sang injuste. Sainte blessure ! Tu fais leur union qui, aux yeux des hommes, est une trahison. Elle y pose ses lèvres, boit ce sang, avant d'y ajuster les bandelettes rédemptrices. Mais, à cette caresse médicale, les sens du captif se réveillent ; il lui rend sa caresse en g(îmissant ; comment le repousserait-elle puisqu'il gémit, puisqu'il est faible? Il abuse de la solitude; elle est vaincue, elle est à lui.

Voilà le premier adultère, celui qu'il faut respecter, sur lequel il y a un voile mystérieux, que les religions ont célébré plus tard en leur mythe, la résurrection d'Adonis, du beau jeune homme

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blessé que les larmes des femmes font renaître, le Dionysos qui descend parmi les ombres et en revient, le Kreshna, au milieu des bayadères, sur le » mont Mérou, leur apprenant les saints mystères de lunion des âmes, tandis que Thomme épais, seul dans le lit conjugal, dort, le Messie, celui qui nous apprend la seule science, mère de toutes les autres, la miséricorde au fond de l'amour.

Eve bienfaitrice de l'humanité (lïl).

Malgré la guerre primitive, la haine et la jalousie du mâle, Eve n'a jamais oublié l'infini et humble devoir. Souvent, malgré l'homme, elle l'a accompli et elle l'a accompli pour l'homme. Elle n'a pas cessé d'enfanter, d'allaiter, de s'asseoir à côté des berceaux, de soigner les malades, de panser les blessures, d'apaiser les déshérités, de secourir les prisonniers, de veiller — elle qu'on dit si faible, mais qui se manifeste, quand il le faut, si forte — auprès de ceux qui souffrent et que l'homme laisse seuls. Elle a été attirée, elle, la délicate, par la fermentation des plaies, l'odeur fade de l'hôpital, les charpies, les linges, le cri des agonies, l'épouvante des dernières heures. Elle s'est agenouillée auprès des morts, leur a fermé les yeux, les a descendus dans leur demeure suprême, et elle y est retournée

avec des larmes, des prières, des témoignages. Elle a veillé sur le bonheur, sur l'infortune de tous. Les faibles se sont groupés autour d'elles, les pauvres ont mis leur fortune en son cœur. Elle a pleuré sur toutes les misères, car toutes les misères sont des femmes. Douloureuse, elle a voulu être la miséricorde ; l'Ennemi Fraternel n'a trouvé rien de meilleur que son sein; elle le lui a donné quand il était tout petit, et voilà que, grâce au suc divin, il s'est dressé sur ses jambes incertaines et s'est mis à courir et s'est mis à parler et d'animal plaintif est devenu un ôtre humain. Quand l'ingrat a grandi, ce sein, elle le lui a donné encore, et après la nourriture, il lui a été la consolation et la joie ; les forces épuisées renaquirent entre les mamelles exquises.Jlj^ a des minutes oii l'homme redevient enfant, a besoin de dormir sur ce double

coussin qui est l'autel de la bonté. Et quand il a voulu ne plus ôtre seul et qu'autour de lui son visage multipliât, elle lui a encore prêté le doulourwx et doux tabernacle... Elle est restée le centre de l'humanité, sa vie intérieure, son foyer, sa source, que dis-je, elle est restée le centre de la nature. Vers elle le chien a levé ses yeux inquiets, l'arbre s'est penché plus mollement, la

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source a chanté, tous les ôtres se sont approchés comme vers un refuge...

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