‹ L'Ève nouvelleChapitre 8 sur 72 · ET DE LA MORT · texte numérisé non relu

ET DE LA MORT

Mais elle emporta en ses yeux, en ses mains, en tofïs les objets qui servaient au foyer et qui creusaient la sépulture, le souvenir vivant du grand mort. Une nuit, une impulsion étrange la soulève. Elle a réveillé le compagnon à ses côtés. € — Qu*as-tu? dit-il. — Je ne sais pas, je ne puis dire, viens av.ec moi. » Uhomme sïn quiète, saisit l'arme encore, soupçonne la rumeur de FEnnemi. Mais elle l'entraîne vers la montagne ; il suit, effrayé, gagné au contact de la nuit par le sentintent nouveau de l'occulte. Tout à coup, elle s'arrête sous un grand arbre, son doigt tendu montre ime branche faiblement éclairée par la lune. « Il est là, là, regarde... » L'homme aux yeux matériels n'a rien vu, mais il a peur. « — Que vois-tu? demande-t-il ? — L'ancêtre, le vieux, le doux anthropopithèque habitant des arbres.» Un silence grave envahit le couple, unit pour la première fois leurs âmes devant le déchirement du Grand Voile. 4 Oh ! miracle, crie-t-elle, il parle, il parle, lui qui n'a jamais parlé qu'avec ses tendres yeux. — Que

l'èv*: nouvelle s 5

diUI? — Attends, je ne distingue pas bîea, ce qu'il prononce doit être mémorable. Ah! j'ai compris. Il dit : « Nous vivons toujours ; la mort nous transforme. Nous deviendrons des Déesses et des Dieux. » — Un nuage passe sur la lune. La vision s'évanouit au fond des ténèbres. Le couple retourne vers la tente, sans se parler, méditant Tinfini obscur

des Destinées.

Ce fut une trêv e dans la guer re des sexes.

L'homme questionna sa compagne avec un respect iomiprévu, tempéré de jalousie. Elle lui raconta qu'une Déesse était née dans le foyer, à force d'y verser des larmes, qu'une ondine lui avait parlé au fond de la source, et qu'il y a dans la froide lune un visage pâle ert plaintif. Une voix sortait des germes, un ohant des étoiles, et sur les flots marchait une femme amoureuse et invisible. La nature était pleine de puissances, dont le langage était devenu familier à la captive. L'intelligence pratique de l'homme secouait la tête. Il avait cm.

en effet, qu'un géant terrible .hurlait dans le tonnerre et que la tempête était le souffle d'un invisible guerrier. Cela, c'était ses dieux à lui; mais les déesses de la femme lui parurent plus profondes; plus secrètes, plus admirables. Le visage austère de

la Mort et do la Renaissance était sur elles. Sa réflexion bovine finit par flairer le danger d'une déroute de son orgueil. Mais il inspecta ses muscles avec confiance. Là, était le secret de sa victoire. < La femme jious échappe par les Dieux, dit-il, faisons des Dieux qui nous enchaînent la femme. »

l'uOMME se fait dieu et PllÊTUE

Entre des guerres et dés chasses, il sculpta les Dieux, sans avoir compris la parole derancétrequi avait proclamé (jue les Déesses et les Dieux sont en nous, et qu'il faut les faire jaillir de soi-même par la volonté. Ce fut d'abord lllumanimal, l'ancêtre, le vieil antlirui)opillièque habitant les arbres, puis le visage des Dieux et des Déesses, les Dieux du ciel et les Déesses de la terre, les génies de l'homme violent : la foudre et le cyclone, les génies charmants de la femme qui i)ortent des gvrbes, des cistres et des fleurs.

La femme ne les reconnut guère. Mousirueux, diflormes, sans vie, insensibles, tandis ((ue ses chers fantômes revétai(Mil une incomparabb» beauté consolatrice. Et puis, elle avait inlerpréir» la r('*vélation

de rancetre : Dieue et Dieu sont en nous. Elle hésita, voulut réagir. Mais l'homme, qui savait son but, brandit les poings. Elle baissa de nouveau la tête, adora les vaines idoles. L'homme se lassa, d'ailleurs du visage de l'Ancôtre qu'il trouvait indigne de lui ; les Déesses lui parurent trop mysté* rieuses; peu à peu, il élimina les symboles où la Captive pouvait découvrir Tespoir d'une future réhabilitation. Mais il glorifia le Iaveh,le Aloloch, le Melecb, le MtiLre, le Roi, semblable à lui, barbu, ventru, viril jusqu'à l'immondice — et il lui immola des femmes et des enfants.

Alors, la femme détourna son cœur de ces infamies. Son révélateur,sonmessie, restait toujours le pauvre anthropopithèque, l'ancêtre si doux quïl ne mangeait que des fruits, si vieux qu'il n'avait plus de sexe! Ah! comment tolérer l'autre, le sanguinaire, la caricature du vrai Dieu, le Diable, vrai ment, c'est-à-dire le portrait authonti(jue de l'Homme? Celui-ci, certes, avait comprisà sa guise, selon ses intérêts. — «Tous deviendrez des dieux », avait dit la voix de la mort. Et il avait sculpté le Divin à^ sa ressemblance de mâle, afin que la j ^T"mo rn doràf. lui, l'ennemi lâche, lui, l'imposteur et le bourreau.

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