‹ L'évéque Gozlin; ou, Le siege de ParisChapitre 30 sur 40 · PAIX FT MARIAGES · texte numérisé non relu

PAIX FT MARIAGES

' ' . . itanûrlia tigna rtibejceitt

Ftorièut, tt Mbilit anmuHtar frondiiai hailtB !

' > - p . - É . Procid îgneaj bomir Thoracum, glaJiotque Itgat iiagiiia miaaci .'

Tibia pTO Eluii , c( pro cbmgare tubariim

MoBa Ifra feilamqae canani, tpulenliii- ad tpias

Ta filial, Hymenae, faces , tu, Gralia , flores

Slige ; lu gtminat , Coacordia , nécle cartmai .'

Ci.»i7i>uMiu. D« Dnptiu HoBOrii et Mari».

■ Que lei dnpeaai àe Mara se décorant di fleur) ,

tt Ui lancei de Teru [aililUges 1 . . . . Loin d'ici

lliorribli éclat âtt cninuei <£«n«r, et qae legbùre

meuifint rentre dîna le fourrein! DeiflAtetanlieu

daclairoui, de> Ijres au lieu de Irompeires! et

qu'elle* De &unit entendre que d« ■cesnti d'i-

naor , de Tolapié. Chiugeoiu mtme les corps-

d« • garde en ullei de reatina , et que de> eoupei

pleioes de tïh brillent an milieu de> «me*

Allome, 6 Hjménée, tei j oyeux flambeaux ; vous, Orlcei , cueillez des fleurs, et que U Concorde e» treue de doubles eonronnes 1 "

CttCDiur. Épitbalame pour les noces d'Hanoriua et de Marie.

Perfruere vila cum axore quant diUgls.

Ecci.isiAaT.,IX,g.

" On ne jouit pleiBeiaenl delà Ttequ'aiec une épouse que l'oDcbéril. »

Suawov , dana l'Eeclésiaite.

Après le dernier combat livré aux Parisiens, Bollon s'élait retiré dans son camp des Thermes.

33o CHIPITAE XXX.V1IJ.

Un message du comte Eudes lui apprit tout ce qui venait de se passer à Paris. Eudes l'iavîtait en même temps à se rendre près de lui, pour discuter ensemble les articles du traité de paix dont ces étranges événements devaient accélérer la conclusion.

Rollon savait depuis long- temps, de ta bouche même de Judith , que l'évéque Gozlin avait été son premier amant:, et même à peu près son époux; qu'il était le véritable père du jeune guerrier que tous les Normands croyaient le filsde leur chef. Il sentit quelque regret de ne pouvoir plus le leur présenter que comme son fils adopiif.

Quant à la réconciliation <te Judith avec son ancien ami , il n'en éprouva aucun chagrin. Ce qui l'attachait fortement à cette femme, c'étaient tes grandes qualités qu'il avait remarquées en elle : la fermeté de son caractère , la justesse de son esprit , la variété de ses connaissances. Mais cette passion qu'on nomme amour, il ne l'avait jamais ressentie, ni pour Judith, ni pour aucune autre femme.

Par les ordres du comte Eudes, on devait laisser entrer librement dans Paris tous les chefs de l'armée des Normands. BoUon se présenta devant l'une des portes, accompagné de Sigefroi, sans lequel il ne voulait point conclure le traité.

J.,r,l,z<,.f,C00gIf

PAIX KT MARIAGES. 33l

La porte lui fut aussitôt ouverte , et les Parisiens qui Ja gardaient les accueillirent avec respect et joie. Les acclamations d'une multitude d'habitants, qui s'était réunie sur leur passage, les sui- ■ virrat jusqu'au palais.

Ijc comte Eudes et son frère le jeune Robert, Judith et son fils Adalbert , tous quatre réunis dans la salle des réceptions , les attendatetit avec impatience. Judith, la première, s'avança vers son époux, en lui demandant la permission de lui baiser la main. « J^a main ! s'écrie BoIIob : viens dans mes bras. N'es-tu pas toujours ma Judith, l'âme de mes conseils?... Et toi, ajoutat-il en serrant la main d'Adalbert , continue d'être mon fils, te fils que je choisirais aujourd'hui même pour mon successeur^et mon ami, si depuis long-temps je ne t'eusse adopté. »

On rédigea ensuite le traité de paix , dont aucune clause ne îat sérieusement débattue. Rollon promit d'abandonner avec son armée le comté de Paris ; mais il demanda et obtint que l'on agrandit de quelques domaines importants le territoire que les Normands occupaient déjà en , Neustrie, près de la Petite-Bretagne. Ces domaines figuraient dans le traité comme la dot qu'apportait Adelinde au fils adoptif de Rollon; et il était stipulé que le mariage se célébrerait dès le lendemain.

33l CHAPITRE XXXVIII. -

On en était là du traité , quand Sigefrar , prenant la parole , dit : a Voilà le fils de l'évéque Goziin raarié ; je ne souârirai pas que sa &lle ■reste sans époux. J'aime Godiva ; et, si je dois croire à ses paroles, elle ne répugnera pas à s'unir avec moi. Écrivez donc dans le traité que Sigefroi s'engage à prendre Godiva pour femme. Moins heureuse que son amie Adelînde, elle ne peut m'apporler de dot; mais.... »

Sigefroi fut interrompu dans son discours par un tumulte extraordinaire dont. retentissaient les cours do palais. Des envoyés de l'empereur Charles-le-Gros qui, depuis plusieurs mois qu'il était en marche à la tête de son armée , était enfin parvenu jusque dans les environs de Saint-Denis , apportaient à RoUon un message important. Le peuple de Paris était envieux de connaître ce que contenaient les lettres de l'emperear. De là , le grand bruit qui se faisait entendre à l'extérieur.

Bollon décida que les envoyés devaient être admis , et déclara d'avance qu'il lirait tout haut la missive dont ils étaient porteurs. Ils entrèrent, accablés du poids de sept cents livres d'argent, qu'ils déposèrent aux pieds de Rollon.Ije lâche Charles lui offrait cette somme à condition

Douze. bvCoOgIf

PAIX ET UAEIAGI-rS. 333

que les Nonnands s'étoigoeraient de plusieurs lieues.

Il faut dire que, la nuit précédente , il avait envoyé plusieurs espions sur les hauteurs de Montmartre, et que, d'après tes rapports qu'ils lui avaient faitsdu nombre immense et de lu tière contenance des ennemis qui entouraient Paris, il avait jugé qu'il serait fort imprudent de les otmbattrejet il n'avait trouvé rien de mieux que lie les faire renoncer , à force d'argent , à prendre Paris*. En effet, on avait tant de fois recoiiru à cet expédient , pour obtenir d'eux au moins des trêves, qu'il ne devait pas douter que, cette fois encore, il n'eût un plein succès.

Mais Rollon jeta avec mépris la lettre de l'empCTeur. «Notre traité', dit -il , est convenu s'il n'est signé: je n'accepterai point les propositions de l'empereur, bien qu'elles soient plus avantageuses. Que ses envoyés l'emportent leur argent. »

■^-.(f Je m'y oppose, dit vivement Sigefroi, ce sera la dot de Godiva. Je ne m'attendais pas k la ' recevoir des mains de l'empereur.»

.Rollon sourit. Mais le comte Eudes et Judith jugèrent que cet argent ne pouvait avoir lïne meilleure destination. On répondit aussitôt à

Obarles-le-Gros qu'un traité de paix allait être signé àTinstant même parle chef des Normands; que, pour mieux cimenter l'alliance entre les <leux nations autrefois enneniies, ou avait conclu des mariages de quelques Françaises avec des Normands; qu'ils se célébreraient avec pompe; que s^il voulait en être témoin, il pouvait venir sans crainte, ainsi que toute sa cour, à Paris.

Lesenvoyésde l'empereur prirent alors congé de RoUon et du comte Eudes. Ils s'en allèrent , plus légers d'argent , mab tout joyeux de la bonne nouvelle qu'ils rapportaient à leur maître.

Sigefiroi voulut partir aussi; mais c'était pour annoncer à Adelinde et Godiva la paix et les mariages qui devaient eti être la suite, i Combien ne doivent-elles pas être inquiètes, dit-il, puisqu'elles sont restées seules au Mont-Valérien ! C'est moi , c'est sous ma garde qu'elles reviendront à Paris. Je veux qu'elles y fessent une solennelle entrée. »

A peine on eut appris dans Paris la signature du traité de paix, que les cloches de toutes les églises s'ébranlèrent à la fois : les habitants sortirent de leurs maisons, et, pour témoigner leur joie, allumèrent sur les places publiques des feux, dressèrent dans les rues de longues tables, et y apportèrent tout ce qui leur restait de

Douze. bvGoogle

0\IX ET .MAHIAGES. 335

. provisions en vins et en comestibles. Des dépu- ■ tés furent ensuite envoyés par eux vers les deux camps des Normands, pour inviter les guerriers à venir prendre part aux banquets et aux danses.

La joie n'était pas moins grande parmi les Normands : ils vinrent, pour la plupart, avec leurs femmes , qui les suivaient partout , se mêler à ces Parisiens qu'ils avaient si long-temps combattus. Les deux peuples n'en formèrent plus qu'un seul'. Toute la nuit, Paris ne retentit que de chants et de cris d'allégresse. Français et Hormands semblaient avoir oublié que, deux jours auparavant, ils s'égoi^eaient tes uns les autres, avec fureur, avec rage.

Les prêtres seuls n'approuvaient point cette exaltation des Parisiens : ils ne leur pardonnaient point de boire et de rire avec des païens, de folâtrer avec des Normandes, et même parfois de les embrasser. Ils invitaient, mais en vain , tous cenx qui, dans la foule, croyaient en Jésus, à venir dans les temples rendre ^âces aux saints, à qui seuls on devait , à les entendre , le salut 4e la cité. Jésus comme Odin , paradis et waU halla , de part et d'autre on oubliait tout : on n'eût pu croire, en voyant la concorde qui régnait parmi les deux peu[^es, qu'ils étaient de

336 CHAPITRE XXXTI|p

religions d^érentes. Ob! dans oe jour de fête, que de Françaises purentalt^tâ* qne ces vigoureux honinies du Nord n'étaient point aussi barbares qu'elles se l'imaginaient^ que de femmes nomnandes se reprocbèreat d'avoir dédaigné si loDg-temps les Français comme une uatiou faible et dégénérée !

L'enthousiasme, le délire des Parisiens fut au comble, quand le matin, ils virent arriver, sur un char brillant d'or, Sigefroi entre les deoK futures mariées, qui s'étaient parées de leurs plus beaux atours. La foule se pressait autour du char; on battait des mains, on les bénissait Celle que surtout on voulait voir, c'était la jeune Adelinde, qui avait laissé, dans Paris, tant de malheureux qui se souvenaient de ses bienfaits. C'est au milieu des acclamations du respect et de la reconnaissance que le char entra dans le palais du comte Eudes.

Rollon avait fait préparer un banquet splendide sous cette vaste tente où il avait naguère assisté à une si ridicule conférence sur la reli' gion. Les dignitaires de l'église , dont il voulait se faire des amis, les moines les plus distingués dans leurs ordres, et les chefs des guerriers, tant normands que parisiens, avaient été invités k ta fête. Presque aucun n'y manqua.

Douze. bvGoogle

PAIX ET MïLRIAGES. 3^7

I^ cdmte Eudes, Bollon, Judith et ses deux amies, Adelinde et-Godiva, y présidaient. Les femmes reçurent les félicitations dé toute l'assemblée. Les scaldes de KoHon, et surtout le vénérable Egîll, improvisèrent, en leiii^honneur, des chants Scandinaves, dans lesquels ils exaltaient leur courage et leuts vertus. Parmi les prêtres chrétiens, le moine Abbon était le seul qui sût faire des vers; ce fut. aussi le seul qui se trouva prêt k payer son tribut de louanges aux futurs époux. Il débita, avec emphase, le long épithalame latin qu'il avait autrefois composé pour le mariage manqué d'Adelinde avec le comte Grimoard *. H ne lui fallut y changer que quelques mots. Au reste, cet épithalame, qu'il tenait tant à cœur de reproduire, n'était guère qu'une réminiscence, une copie même de celui que le poète Claudien avait jadis déclamé à Rome, aux noces d'Honorius et de Marie.

Les mariages convenus devaient être célébrés Je lendemain m^e de cette fête ; mais on crut devoir diiîérer d'un jour, parce que l'empereur avait fait annoncer qu'il désirait assister à cette cérémonie.

Eti effet, Charles-le-Gros parut, à l'heure qu'il

" Vojei le dupittc IV, tome I".

Douze. bvCoogle

338 cHtPiTHR xxxviir.

avait indiqua, sur une des hauteurs qui environnent Paris. Il montait iin cheval vigoiirctix, qui pourtant pliait sous son poidfi. Un groupe (le femmes et de coiirlisaDS, en habits magnifiques, tous également à cheval, le suivaient, s'avançaient avec lui vers le grand pont. I^, dix fléputés des Parisiens lui présentèrent les de6 de la ville. Il les reçut avec iip geste 6er et gauche, qui excita le rire de plus d'un spectateur. Auprès de l'empereur 'était rirapératrice Richarde qui, de temps en temps, jetait sur lui des regards de mépris ou plutôt de haine.

L'empereur et son cortège furent i-eçus dans le palais du comte Eudes avec égards, mais sans démonstrations humbles, ni serviles. Rolloo considérait avec surprise cet épais souverain de la plus belle partie de l'Europe; il ne concevait pas comment des peuples, pour pen qu'ils eussent de la raison et des yeux, consentissent à rester soumis à une machine qui paraissait a peine animée. Pour Eudes, il n'était nullement fâché du désagréable effet que produisait la présence de Charles partout où il se montrait. H avait déjà le pressentiment qu'un tel CTnpereur ne tarderait point à être déposé; que ses vastes états seraient partagés; et il ne voyait dès lors personne qui put l'empêcher, lui comte Eudes, de fie déclarer roi des Français.

.,i,z<,.f,CoogIf

PAIS ET HAKIAGES. 33g

La chapelle du palais des Thermes était restée telle qu'on l'avait préparée pour le mariage d'Adelinde avec le -comte Grimoard. Il parut trèsconvenable de la choisir pour la célébration des deux nouveaux mariages -y et l'abbé Ëbles fut encore chargé de remplir les fonctions de prêtre dans la cérémonie.

Ce ne fut point seulement deux couples d'amants qu'il dut unir, dont il reçut les serments, mais bien quatre couples, comme nous Talions voir.

On voudra bien se- rappeler par quel motif impérieux la dévote Odille avait été forcée de s'éloigner du Mont-Valérien , et d'aller, avec Tïitard, chercher un antre asile. Ce ne fut point dans un monastère que Nitard la conduisit : l'y aurait-on reçue dans l'état où elle se trouvait ? Il l'établit , comme Rollon l'avait prescrit , dans le château du Lover , qu'Adalbert , prisonnier à Paris, ne pouvait plus occuper. Là, elle donna te jour à un gros garçon qui lui parut ressembler à l'archange Gabriel qu'elle avait vn en songe. II est difficile de savoir comment l'adroit Nitard parvint, pendant le séjour qu'il fit avec elle dans le château , • â la déterminer à faire sanctifier par l'église le nœud secret qui déjà les unissait. Toujours est-il qu'au risque d'offenser les ombres des rois ses ancêtres, elle s'était décidée

34û CHAPITHE ILXXVIll,

à prendre pour époux Nitard qui , par ses bons services comme domestique , était parvenu k peu près au grade d'iotendaut de la maison de Judith.

Pendant les fêtes de la paix, le pêcheur Marc- Loup, pro6tant de la liberté que Ton avait de parcourir la campagne de Paris, était allé, avec Barbara qui ne le quittait jamais, au château du Ijoveis Ils y avaient trouvé Nitard et.Odille, qui leur avaient fait part de la ferme intentiou où ils étaient de se marier.

« Que ne faisons-nous de même ? s'écria aussitôt Barbara en prenant une main de Marc- Loup. La paix est conclue. Tu ne pourras guère rester en sûreté à Paris quand les Normands s'en seront éloignés. Suis avec moi les Normands. Ils te récompenseront des services que tu leur as rendus pendant la guerre. Et moi, je suis presque certaine de reprendre .ma place près d"Adelinde qui, lorsqu'elle habitait le palais des Thermes, me témoignait tant d'amitié. »

Marc-Loup réfléchit quelques instants, et il trouva que la proposition de Barbara était on ne peut plus sensée. « Touche là, dit-il k Barbara en lui tendant la main ; tu seras ma femme. »

Tous quatre convinrent alors qu'ils iraient trouver Judith au palais du comte Eudes, et qu'ils lui demanderaient la permission de faire

Douze. bvCoOgIf

Page 1