CHAPITRE XXIII, VUE PROPHÉTIE
irrités de tant d'audace , n'eussent , en la poignardant, devancé l'heure du supplice.
Egîll , à qui Adalbert fit part du désir que sa mère aurait eu d'interroger en secret cette femme , lui représenta Tim possibilité de la soustraire , pour un seul jour , à la fureur de l'armée , qui demandait à grands cris sa mort.
a D'ailleurs , dit Egill , votre mère voudrait en vain obtenir d'elle quelques révélations. Je l'ai interrogée ; elle ne répond à toutes les questions que par de longs discours inintelligibles, pleins d'images incohérentes et bizarres, par des sarcasmes et des malédictions. On dirait qu'elle a perdu la raison. »
En ce moment même, on vint annoncer que les cheh de l'armée et les scaldes, devant lesquels devait comparaître la sorcière , étaient réunis , et attendaient Egill et Adalbert.
Le tribunal était placé , hors du camp , sur le bord de la Seine. Douze énormes pierres en formaienl l'enceinte; au pied de chaque pierre étaient des sièges pour les juges. Cinq scaldes occupèrent les sièges du côté droit; cinq guerriers, les sièges du côté gauche. Adalbert et Egill prirent leurs places sur les deux sièges du milieu qu'on leur avait réservés.
De bruyantes acclamations annoncèrent que la sorcière approchait. Les gàrde&qui la condui-
Dolizc^bvCoOglf
' saiebt na pouvaient percer qu'arec peine la foule qui se précipitait sur son passage , et Taccablait d'injures. £Ue ne parùssait nullement abattue, et jetait autour d'elle des regards dédaigneux.' Quand elle fut arrivée près du tribunal, on lui ôta les cordes qui lui liaient les mains , et on la fit avancer au milieu de l'exiceinte , devant ses juges.
Ëgitl se levait pour lui reprocher ses crimes, lorsqu'il entotdit le son d'un cor , qui partait du camp; et, bientôt après, on vint lui aummc^r que lr(HB eovoyés du comte Eudes et de l'évéque de Paris demandaient k parler, sans délai, au chef de l'armée. Egill, se doutant qu'ils étaient chargés de quelque message relatif à la sorcière , ordcmnà qu'on les introduisit dans l'^iceinte mdme du tribunal; qu'ils y parieraient en présence des juges et de l'al-mée.
lies «ivoyés ne tardèrent pas k paraître.
Quand iU furent dans Tenceinte, l'un d'eux, qui portait à' la main un drapeau blanc, s'avança de quelques pas ^ et, s'adressant au scalde Egilt, il s'exprima en ces termes :
«L'évéque Gczlin, qui conuait ta prudence <r et l'esprit de justice du sage Egill, nous a dé- « pûtes vers lui, pour offrir, en échange des deux « prisonnières qui sont tombées entre ses mains, « cent Normands renfermés dans nos prisons de
UNE PBOPaÉTIE. ^Q
« Paris, et, de plus, cent marcs d'or, qne iious . a pouvons c<HBpter à l'instant même. Je prie les « chefs des Normands de considérer que- ce»
« femmes n'ont tendu des embûches aux guer- « riers normands , que parce qu'il était de leur « devoir, comoie Françaises, detdiercher à dimi- « nuer le nombre des ennemis de leur patrie; a qu'elles ne sont pas plus coupables qu'une « foule d'autres prisonniers à qui les Normands « se contentent d'ôter la liberté,' et qu'ils con- K sentent souvent à nous rendre par échange.
« Sans doute, elles ne vous ccHubattaient pas, « l'arc ou la lance à la main ; mais la ruse et u l'arlifice étaient leurs armes; Toute ruse esta permise à la guerre. Pourquoi punirait-on plus a sévèrement ceux qui se servent de ces armes a de la faiblesse, que les braves qui se défendent a par la lance et le javelot ? Mais si vous croyez a qu'il est de votre politique de ne pas nous a céder ,une femme qui, par l'art qu'elle proa fesse, et dans lequel elle s'est rendue célèbre, A pourrait encore devenir funeste à votre arff tnée , vous n'avez rien de semblable à craindre « de la jeune fille avec qui elle habitait , et dont M elle n'est point la mère. C'est cette intéressante « créature que nous venons, surtout, réclamer, a au nom d'un père qui la chérit, et qui vit « parmi nous. Si vous la rendez à sa fantille ,
80 CUAPITRE XXIIl.
« nous nous engageons à payer pour sa rançon « autant d'or que le plus vigoureut des Mor- « mands pourra en soulever de ses deux mains.»
Adalbert se leva vivement de son siège.
« Envoyés de Paris, s'écria-t-il , c'est moi qui a répondrai d'abord à voire dernière proposition, u La jeune fiUe que vous réclamez est dans mes K mains , ou plutôt dans celles de ma mère ; elle «n'en sortira jamais. Tout l'or qui couvre votre « évéque ,'; tout l'or qui brille dans vos temples « et sur les châsses de vos saints, ne suffirait pas « pour la racheter. Dites, au reste , à sou père, (i qui a bien tardé à se faire connaître, qu'il «peut être rassuré sur son sort : tant qu'un « souffle de vie animera le fils de RoUon , Godiva «n'aura rien à craindre, ni pour ses jours, «r ni pour sa liberté. » Adalbert se rassit.
Le scalde Egill , s'adressant ensuite aux envoyés, leur dit :
«Les juges de la sorcière Hélène, de cette « femme que vous venez redemander, vont pro- « noncer devant vous; s'ils croient que l'on puisse H accepter pour elle une rançon, vous l'emmé- K nerez avec vous dans les murs de Paris. »
Un guerrier se leva, et dit :
a Par une ruse infernale , elle nous a ravi trois If des braves chefs de l'armée; elle doit périr. « Mais , qu'aucun Normand ne souille ses mains
BHE PHOPHÉTIK. 8l
R do sang d'une femme. Qu'elle meure du sup-
K f»Iice des lâche»; qu'elle soit noyée !» '
Tous les autres guerriers répétèrent : « Qu'elle
■ meure ! »
Un -des scalde» dit à son tour :
« Odin-n'apuvoir; sans colère, par quels pres< « tiges cette chrétienneentraînait les guerriers du « Nord à leur perte , et cherchait à rivaliser de « pouvoir avec nos prêtres et nos véritables pro* A phéresses : elle doit être sacrifiée k Odin. »
Tous les autres scaldes répétèrent : « Qu'elle « soit sacrifiée ! b
Hélène alors s'écria :
« Scaldes et guerriers , j'avais prévu votre arrêt. En raouraut, je n'aurai qu'un regret :voti3 avez égorgé mes trois fils et mon' époux; et moi, je n'ai pu faire périr que trois de vos chefô : il me manque une victime. Mais un espoir entre dans mon âme . . . Dieu ! que jç vois de sang couler ! je serai vengée ,- au-^età -même de mes vœux. Normands, Français, voulez-vous entendre votre avenir?... Je me sens inspiréel un feu brûlant me dévore ; des làntômes Sans nom-' bre errent autour de moi. Voiiléz-vous entendre les dernières prédictions d'Hélène?»
Les -veines de son visage étaient gonflées, Ses yeus enflammés, ses chieveûx hérissés; on ne pouvait la contempler sans effroi. Aucune voir //. 6
8a CHAI>1TK< XXtH. '
De lui imposa silence^ l'assemblée entière resta muette, attentive. Hélène f>r>£éraT où plutôt cria ces paroles énigmaliques :
a Qu'ils écoutent ceux qui ont des oreilles!
« Il m'apparait l'ËspaiT dans toute sa spten- «r deiir; il déchire, k mes yeuv, ub voile im- < mense.
a Un voile qui couvrait une grande terre, tout a un pays, où, d'un coté, croît l'oUvieraux feuilles argentées; de l'autre, le pommier aux friiit» « colorés.
(t Deux mers , un grand fleuve et des montan gnes que couronnent des neiges éternelles en- « vironnent cette terre, qui nourrit plusieurs a peuples différents par leur teint, par leurs a mœurs, même par leur langage.
«Que de villages» que de villes, que de paît lais sont sous mes yeux! Parmi ces villes, il • en est une que je distinguais à peim, mais a qui s'accroît , grandit .... Où finira-t-elle 1
# Oh! cofishien d'habitants elle renferme daus ses murs ! que d'or resplendît mr leurs habits ! « Mais, combien d'autres, en plus grand nom- > bre , cachent leur nudité sous d'ignobles bail- •< Ions! Serait-ce là une autre Babylooe ?
« Deux fanlàmes s'avancent ; appartionnent- « ils à l'espèce humaine , ou ne sont>«e point des ■ o monstres ?
,.,i,z<,.f,GoogIf
RNS PatWHÉTIKl 83
«La figure de l'un des deux change i chaqne ■ instant ; tantôt c'est un tiou, tantôt ub tigre;
> ce n'est presque jamais un animai bienfaisant. K Son estomac est d'un vulutne énorme; il en-
> gloutit, seul, la subsistance de plus d'un roit- I lion d'hommes. Ses mains sont de» serres de n vautour-, mais ses pieds sont «l'argile.
a Une fouie d'étres. bizarres forment sa cour : N des paoDS orgueilleux , des oisons crîllards et a gloutons , surtout beaucoup d'insectes ron- « geur». Tous vivent à ses dépens et de sa proc pre substance.
' II a dit aux peuples : o Je suis votre maître; a vous m'appartenez, vous,. vos enfant» et vos biens. ».
« Les. peuples ont répondu : « Où sont vos ti- « très? »
« U a répliqué : << Dans le cieL »
« L'autre l^ntôrae survient et s'écrie :
a II a raison; son droit vient de Dieu, et c'est a moi qui le lui transmets. 11 me doit, ainsi que vous , obéissance .... »
s Quel est donc cet autre tintôme? il a les « traits d'un agneau ; mais c'est là un masque « qui cache la plus hideuse figure. Son corpS'Se « termine, comme celui des serpents, en une « longue queue. Il porte dans une main la hou-
tt4 CH&PITXE XXIII.
n lettti des pasteurs; dans son autre main , sont « une gibecière et des gobelets.
<t âa tète est ceinte d'une triple couronne.
« Us marchent de compagnie, et chaque pas « qu'ils font coûte des larmes ou du saug. C'est , a le fentôme serpent qui guide la serre de son
« compagnon sur les malheureux peuples
« et puis ils partagent les dépouilles.
s Quelquefois une querelle s'élève eutre eux. ((.Le fantôme à la serre menace, rugit; le &n- « t6me seipent courbe un moment la tète , puis « la relève plus fière. Il lui lance sa houlette, qui * .est devenue un foudre.
. .«Mais c'est Iç peuple seul qui souffre de cette « lutte; le peuple seul est atteint du foudre.
« Oh ! qui délivrera la terre de ces fléaux ?
a Une femme parait. Elle sort d'une caverne, > où les deux fantômes la tenaient enfermée de- « puis des siècles.
« Ses traits sont graves, majestueux. Sur sa « tète, on lit, écrit en lettres d'or, ceïnot : zo«ia.
«Elle a dit : « Les temps sont venus. Oppres- « seurs du monde , usurpateurs de pouvoirs ab- « solus, c'est par vous que les hommes vivent
■ tourmentés, misérables; c'est vous qui n'avez
■ cessé de ravager, d'eusanglauter la terre.
a le pourrais vous anéantir ; miûs on prétend
tvCoOgIf
UKE- PROPHBTIE. 85
« qae tous étea des maux nécessaires. Je conci sens que vaus existiez.
« Que du moins l'on vous désunisse! Voiisde- « vez être à jamais étrangers l'uii k l'antre.
u Xo) , fantôme à ' la tète d'animal de proie , je n change ta serre en une inaâi d'homme, et j'y « mets ce rouleau de parchemin, qui remplacera « ton sceptre. Trois lettres y sont tracées : LËX. n Seul , il fondera ta puissance. Si tu ne tentes « jamais de le.chauger pour un sceptre plus bril- « lant en apparence , tes pieds d'argile ilevien- ■ dront de solides colonnes.
» Toi, fantôme à la triple couronne, je tie te « permets de régner que sur ceux qui voudront « croire à tes jongleries. Si tu continues à les a r^dre rebelles aux lois, de les pousser bu K crime, ils seront punis par le fantôme à qui a je n'ai donné qu'un sceptre de parchemin.
«Je te défends d'approcher jamais' de kii.
a Qu'il t'accorde quelque parcelle de ses biens,
. « j'y consens, quoiqu'à regret; car c'est à ceux
« qui ^écoutent, et semblent te comprendre, de
« te payer et de te nourrir.
« Le jour où il suivra tes conseils insidieux', a le jour où il te concédera ta mioindre parcelle a de son pouvoir, il aura abdiqué : je lui ôterai...»
Des murmures et de longs bâillements interrompirent la sorcière.
Ob CRAPITBE XXIII.
<t C'est -peiit-étre fort beau ce que vous nous coDtez là, lui cria un guerrier; inaiB'noos n'y comprenoos rieo. Nous sommes des gens du Nord, Yoyez-vouft, brave sorcière, qui ne demandons pas mieux que de savoir ce qui nous attend dans votre péys; occupet-vous donc un pea de nous. Allons! I'Esprit ne vous révèle-t>il rien qui intéresse tes Normands? »
Hélène fît un geste de mépris. Elle baissa la tèËe, et parut méditer pendant quelques minutes. Puis, se rélevant, et reprenant son attitude prophétique :
« Gloire à Dieu! l'EspArr ne m'a point ïban-
a Je le volSf l'épervier du Nord. Il s'est avancé, K rapide comme lés autans , sur les vertes eam* f( pagnes où diantait le coq gaulois.
a II a commencé à former son aire sur des ca- •I davres dans la plus fertile partie dn chainp « où le vieux coq élevait sanooibreuse famUle.
<c Oh! désormais, qui l'en chassera?
a. Comme il croît! comme il grandit l'épervier n du Nord! I,'une de ses ailes couvre déjà tout «un rivage; l'autre s'étÈud sur la mer; elle va « toujours crcûssaot; *elle touche à une gt^nde « île que , bientôt , elle couvre en entier.
Œ L'épervier a dit : « Ceci m'appartient en- « core. »
Douze. bvGoOgIf
USE PBOPaÉTlE. 87
■ Mais tK^ d'ambitiun a perdu l'épervîer.
« Tandis qu'il a besoin de recueillir toutes ses < forces pour garder son île, le coq hii arrache, « sur le continent, une plume, puis une autre.
a Uh ! le désastre est complet. Un léopard do-
■ miné duifr Ille. Qu'est devenu l'éperrier aux
■ ailes itanienBes?
« Qu« de générosité dans le coq ! il recueille
■ ta famille de Tépervi^r ; il l'unit à l« sienue. «Mais, comme ils sont déchus, ces fils<le l'ë-
« pervier du Nord , qui se disaient si braves ! « Qu'eat devenue cette loyauté dont ils étaient «siâers? Us n'ont gardé qu'un goftt excessif a pour l'aident, pour les rapines.
« Avides et dissimulés, tela je les vois dans « l'avenirL Ciiei eux , tout devient sujet de que^ « relies , de procès; ... *
-~Tu m«ns, sorcière infernale, s'écria une voix du {milieu de la multitude; nos fils seront , comme nous, vaillants, tidèlcs en amitté comme en amour. Et quiconque te ressemblera « ils le pendront .comme nous allons te pendre. . . *
Ta»! que la sorcière a'avah; prc^ré que des phrases k peu près inintelligibles, on l'avait laissée parler , quoique son discours parût bien long et passablement ennuyeux. Mais , lorsque tes Normands s'aperçurent oit devinèrent qu'elle les outrageait dans leurs moeurs et leur carac-
Douze. bvGoogle
os . CHAPITRE XXin.
tère; qu'elle leur prédÏMit, pour leur postérité, la servitut)^ et le mépris , des taurmures Us passèrent aux buées, aux ris insultant», aux sifflets.'
X,e scalde £|;ill fit un signe, ef tcoislhoniiDes s'approchèrent d'Hélène par derrière. Deux lui saisirent les bras, lorsqu'elle les levait pour maudire ses malveillants auditeurs, - et le troiâème, ouvrant un énorme sac, le jeta sur sa tête et le fit rapidement descendre sur tout son corps , de sorte qu'elle en fut tout à coup enr veloppée. On lia ensuite le sac près de ses pieds, et l'on renversa la sorcière sur un brancard, que l'on porta vers la rive. Un bateau bormand la prit à son bord, gagna te milieu du fleuve et , aux yeux des spectateurs réunis sur les d«ux riv«s, deux bourreaux, levant le sac, le jetèrent dans le courant. Ou le vit quelque temps suivre le cours de l'eau, puis s'enfoncer pour ne plus reparaître.
Ainsi finit la sorâère.
Les Normands reutrérent> dans leur caKp;les envoyés de Goziin regt^nèrent tristement leur ïille.
Adalbert monta à cheval, et vint annoncer au Mont-Yalérien la nouvelle, de la déplorable mort
tlKE PROPHETIE. . 89
d'Hélène. Godiva en fiit Tivenient touchée ; elle répandit des larmes.
« Oh ! sans doiite , elle était bien coupable , disait-elle en sanglotant; mais elle m'a senri de mère!... »
«nie est morte -on- jour trop tôt, disait Judith; qui sait si elle n'emporte pas avec elle un secret important ? »
a — ■ Ccaument ne lui a-Km pas laissé le temps de se réconcilier avecDieu?dîsai(Odille;ce soir, je prierai pour elle. Et puis , quel horrible sup-^ plice ! ... La noyer enfermée dans un sac!
— Oh! répondait Nilard, ce supplice-là est très-commun chez les infidèles. J'ai vu jeter à la mer, ainsi empaquetées, trois pauvres femmes mahométanes, que l'on avait surprises avec des chrétiens. »
CHAriTBB XZIT.
Z.A CDKIIUSE.
■ TiMU ■'iiflhiiMMi pM m&a patM qai loni dfm ^fllqu» ptrolcA Mcrèteg lux -ftnnnes que tou nchtrclm an marUgc : «ncarc ipe tou> caehin diU T«tcc bM> l> dsMcim qa* rooi «k'i da Im ^□mer , Dica Mil que Totu ne l« oubliem piL Haig DC Iti ccnaàtta pu lacrèteineat , iTinE d'ivoir pmfiii ta puolw atinanéu pu U loi, M ae TDui lin p«> en marUge qua le tempi porté pat ]'^ritnre ne loU accompli. Diso aail tout ce qui ni «1 T<N OMiri I pMotBgardti Tsiwi il «M dooict clément .à ceni qui le craigaent. -
L'Alcdkim de UalwDel, chap. rfi la r«M(.
Le printemps renaîssait. La terre commençait à reprendre sa robe de verdure; les jeunes boutons des saules, des amandiers, s'entr'ouvraient aux rayons du soleil. Déjà, vers le milieu du jour, cet astre répandait dans l'air une chaleur vivifiante ; et c'était alors que ta petite colonie de femmes qui habitaient l'ermitage sortait de ses cellules pour aller cueillir, dans la campagne, la violette et la primevère.
J,r,l,z<,.f,C00gIf
CHAPITBB XXIV, LA CUBIEGSE. 9I
'GodtTa avait en vain voulu demeurer avec lès esclaves , se croyant indigne , disaùt^elfe , de vivre avec la noble épouse d'un b^r», et la mère du plus généreux des guerriers. Judith, la Televant à ses propres yeux, l'avtùt placée dans une cellule voisine de la sienne, et lui disait partatager les occupatioBS, comme les plaisirs, de la société qui s'était formée autour d'elle.
Godiva ne tarda point à reprendre stMi caractère con&ant et enjoué. Les tristes événementa de sa vie passée se représentaient bien quelque* fois à son souvenir, mais comme de sombres tableaux qu'elle se pressait d'éloigner de son esprit. Plaire à Judith, l'anouser par de vives reparties , par des contes , par des chansons , c'é> tait tout ce qu'elle désirait : elle était contente,, dès qu'elle la voyait soiuîre. £lle n'épargnait rien aussi pour se faire aimer d'Adelinde ; mais en vain lui prodiguait- elle des soins, des caresses: Adelinde l'accueillait bien avec douceur^ mais ses yeux , lorsqu'elle la regardait , se remplissaient de larmes, semblaient lui reprocher d'être aimable.
Tous les matins , Adalbert allait de l'ermitage au camp. Il y surveillait le travail des machines de guerre, qui s'exécutaient bien lentement; et pourtant, l'époque approchait où l'on avait ré- - solu de s'en servir pour s'emparer enfin de Pa- '
Doiizc^bvCoogle
lift de vive force, si Ton né pouvait contraindre la ville à capituler. Le scalde Egill , qui avait donné les plans de ces machines , était désesp^ de IM trouver parmi les Normands que des ouvriers peu intelligents, peu capables. Trois foU it avait fait recommencer une-énorme machine qui, montée sur des roues, devait approcha* tout près de la tour du grand pont : elle allait être terminée; mais il y trouvait tant d« débuts, qu'il était tenté d'ordonner que l'on ■ n'y mit pas la dernière main.
Adalbert, au fond de l'âme, n'était nullement contrarié de la lenteur des travaux. Sa vie lui paraissait très-douce. C'était un si grand plaisir pour lui de se rendre , chaque soir , au Mont- Valérien ; de se jeter en arrivant dans les luras de sa mère; de baiser et de serrer les mains de son Adelinde; de trouver toute la société de l'ermitage réunie autour d'une graftde table, et occupée , ^t à tresser des nattes , soit k filer pu il brôder.
On n'a^t point discontinué de conter des histoires; et, de toutes les conteuses, Godiva était celle que Judith , du moins , se pliùsait le plus à entendre. Elle avait appris de sa mère Ginevra un grand nombre d'anecdotes, qu'elle savait répéter avec grâce et finesse. Ce u'-étaient point des aventures de saints , d'ermites qu'elle
LA CUniEUSt. ' 93 '
racuBtait, mais quelques traita de la vie de quelques illustres personnages .d'Italie , dont plusieurs , k l'en croire , vivaient encore.
Tantôt elle disait comment s'y prit un certain Éleutfaère, fils de l'évêque Arsène, pour séduire et enlever la fille du pape Adrien II ; comment il tua, plus tard , cette malheureuse femme et sa .mère Stéphanie. Tantôt, elle offrait le scanda* leux tahleau de cette Rome qu'on nomme la sainte*.
« Vous croyez , disait-elle , que c'est là le séjour dé la piété fervente, de la chasteté , de toutes les vertus; eh bien! écoutez comme me parlait ma mère , quelques mois avant sa funeste mort :
■ N'approchie jamais de Rome, ô ma Godiva, 51 tu veux rester pupe et vertueuse. Nulle part ailleurs on ne trouve tant de vices et de oor^ ruption. En ce moment même , ce n'eât poiut le pape qui gouverne, mais deux infâmes prostituées, fières de leur opulence et de la multitude de leurs amants, L'uueest Théodora, l'autre est Marbsie , sa fille. Ce sont elles- qui distribuent , à leur, gré , les plus hautes dignités \ de l'Église. Des hommes à qui elles out vendu leurs faveurs, elles en font desévêques, des car' dinaux; et Maïosie dit , à qui veut l'entendre j
* Vo^ei U noie XKXVI.
Douze. bvGoogle
g4 CHAPITBE XXIV.
qu'elle fêta un pape de rhomme qui aura su te plus long-temps lui plaire, quand même il serait sans instruction , quand même il serût né dans la classe la plus abjecte de la société. Quant k sa mère Théodora , aussi belle encore que sa fille, elle ne parait jamais dans Borne que suivie d'-une foule d'adorateurs du plus haut rang qu'elle admet tour à .tour dans son intimité... a «Héla»! ajouta un jour ma mère, mon époux, ce Lambert dont tu devrais porter le nom, est UD de ses lavoris; elle t'a rendu père ! et cet infidèle pourtant me persécute , me fait un crûne. . . » Là, ejle s'arrêta un moment , et re{H-it ensuite : ■ J'ai pwt-étre t<«t de te &ire ces scandaleuses • confidences : tu es sî jeune'... mais, si je ne me trompe , l'întelligetkoe en toi a devancé l'âge, tu peu?t me comprendre ; et quand je ne serai plus, tu te souviendras des discours de ta mère. > Elle ne s'est point abusée. *
Toutets ces histoires qui paraissaient intéresser vivement Judith et Adalbert, déplaisaient extrêmement à la dév<Ae Odille. Élevée dans un cloîtt^, espérant peut-être d'y. retourner un jour, ' elle ne voyait pas , sans dépit, qu'on offrit un tableau trop vécidique des désordres de l'Église. Sans doute , elle avait connu , et même à ses dépens, dès sa première jeunesse , la corruption
lA CDRIEUSK. qS
des mœurs tant des moioes que des religieuses ; mais, ell^ u'en restait pas moins attachée à sun culte, n'était pas moins péoétréede respect pour tout ce qui tenait au sacerdoce, et surtout pour le souverain pontife, qu'elle r^ardait comme un dieu sur la terre , devant lequel elle prétendait que les rois mêmes devàieM toujoiu-s courber la tête , sans se permettre d'examiner ses actions' sa conduite intérieure. Mais elle avait un bien autre motif , qu'elle n'avouait pas, de désapprouver tout ce que faisait ou disait Gor diva: elle ne voyait point sans uil secret. dépit les égards, l'amitié même que témoignait Judith à la pauvre orpheline.
« Quel est donc te mérite de cette étrangèret se disût-elle , pour captiver la npble épouse de Rollon? Elle est libre dans i^s gestes, comme dans ses paroles. Ayant toujours. vécu avec de» hommes, cette aventurière tie connaît ni la, dé»' cence, ni la pudeor. Elle ne sait pas que , s'il est ' permis quelquefois d'obéir à ses passions.r >t &ut du moios cacher ses fautes à tous le|i yeux, ».
. Dès la nuit même, du jour où Godiva avait ré* Télé la corruption de la capitale du mondechré-' tien et les débauches de, la cour pontificale,. le hasard luiofErit l'occasion de se convaincra de$ sentiments très-peu charitables qu'avait poiu* elle ' la bâtarde de CharIes-le-Cbauve,la'dévore Odille.
Douze. bvGoogle
96 CHAPITBK XXIV.
Un rêve «firayant (on sait que , malî^ son caractère insmiciant et gai, les rêves de Godtva, quelle que fût la cause de cette espèce de maladie , avaient toujours quelque chose de lugubre, lui oflraient toujours des scènes sanglantes ); un rêve donc l'avait éveillée en sursaut. Lasse de chercher le aoinmeil , sans pouvoir le retrouver, elle se leva pour se promener quelque temps dans sa chambre «t calmer l'agitation de ses sens. En approchant de sa petite fenêtre, elle aperçut une lumière dans l'une dés cellules qui était de l'autre côté de la cour autour de laquelle étaient construites toutes les cellules.
C'était bien la cellule d'Odille;elle la reccuinut parfaitement. La première idée qui lui vint à l'esprit, c'est que la dévote s'était endormie au milieu de ses longues prières; mais quelle fut sa surprise en voyant, par intervalles, se dessiner, sur la fenêtre -éclairée, une ombre qui lui parut ^e celle d'un homme !
Dès-lors, SA curiosité fut excitée à l'excès; on a vu plus haut, patt sa propre confession, que l'incertitude était pour elle un mal qu'elle ne pouvait supporter. Elle s'enveloppe à l'instaut dans une large mante, ouvre sans bruit sa porte, et va se placer sous la petite fenêtre d'Odille.
A peine était-elle à ce poste qu'elle reconnaît la voix de Nitard, qui causait avec Odille, et le
Douze. bvGoOgIf
LA CUBIEDSE. 9';
nom àe'Godiva vient frapper son oreille.-Elle ' redoubk d'attention. Void ce qu'elle entendit : a — Vous me ferez vous haïr, JVitard; vous prenez la défense de. cette Godiva , de cette aventnriére, qui est tombée au milieu de nous pour mettre le trouble dans la maison.
— Maisque loi repEOchez-vous , chère Odille?
u'est-elle'pas accorte, riante?...
— ^Oh! voilà ce qu'il vous faut, à vous àutrep hommes! oui, riante!... Elle se moque de tout, même des papes et des évéques. La voit-on jamais prononcer le nom d'un saint , encore moins de la Yiei^?... De la Viei^e ! oh! je crois bien que, pour celle-là , elle n'a pas le droit de l'ioïoquer. »
Mitard ricanant : a — Bon ! v(mis crcr^ez? Elle aarait, si jeune , p^du?... Après tout, ce ne serait pas un si grand malheur.
— Comment a-t-onpuaccueillirunefemmequi, je n'en doute pas , n'a consenti à rester dans notre enuitage que pour séduire. le jeune Adalbert. Ija pauvre Adelinde ne s'en est que trop aperçue : la jalousie la dévore , la consume. Elle passe toutes ses nuits dans les larmes; voyez comme elle est changée! elleaperdu toute sa fraîcheur...
— Bah! vous pourriez croire, dit Nitard, que l'aventurière , comme vous l'appelez , vouduait se faire aimer de notre jeune?...
Douze. bvCoOgIc
gS CQ*i>iTaB XXIV.
— Gela- vont étODne d'une femme dont toute l'occupation est de plaire , de chercher à séduire ! Des main^ du vieux comte d'Andoc , o'est-dle pas tombée dans celles de ses fils? Et, après eux, que de braves Danois n'a-4>elle pas attirés , pour leur malheur, dans ses pièges?
— Mais « les circonstances où elle s'ed.trouvée étaient seules coupables? Tous ces hoiBUtts qu'elle a connus, elle-Deles avait pas èher^iés. £t puis, une femme ne peut-elle vivre, près des hommes sans snccomber? Vous,. par exemple, vous me permettez .de venir vous ottretenir quelquefois la nuit; efa bien, où est le mal ? Voqs êtes sage, toujours sage.
— Moi , j'ai de la religion. Grâces à la'sràile Vierge,etàma patronne, qui nesucccHubajanais iùx plus attrayantes tentations , Je mè seâs- la force de résister...» ., - .. .
Nitard se prit à rire: « — Voilà bieuce (pie me ■disait ma religieuse florentine, cette bonne Vé^ tronillé, qui avait tant de confiance dans sa patronnei..£t pourtapt...
- — Maladroit Nitard , vops m'avertissez du danger de nos entrevues.
— Ehîuon. Cesl un exemple qoé'je vous propose de suivre! Faites Ofynme Pétronille.
Lorsqu'elle avait à se reprocher d'être tombée avec moi dans quelque faute involontaire, elle
Douze. bvGoogle
LA CURIEOSE. 99
s'«D .accusait à son confeiseur. Elle en "était quitte pour quelques Ave qi/elle avait à réciter de plus.
— Oui) mais, dans cet emaitage, noufi n'avons pas un confesseur \ ,et tous les péchés que je pourrais &îre resteraient sur marconscience.
— Comment , pas de confesseur ! Notre voisin , le vieil ermite ^q^e visite si souvent Judith, a tout pouvtMT de confesser et d'absoudre les pèdieurs.
— Vous crojrea? ■
— Ten suis sûr. Et comme je sais que vous aurez ^ lui conter. une peccadille, dont vous prétendez que je vous ai rendue coupable hier, TOUS en Coûterait-il plus d'y en ajouter , une autre ?... » '
Il y eut ici un moment de silence. Puis , notre éconteuse entendit Odille qui disait :
« Won , je ne veux'pas. Allez-vous-en , Nitard.. . Je ne vous recevrai plus. Parce que j'ai du plaisir à passer quelques heures avec vous , feut-il abuser de ma confiance?... Encore !... Vous êtes toujours le même. »
Godiva jugeant que la scène qui se passait dans la cellule ne l'intéressait plus en rien , rentra doucement dans la sienne , et se contenta de se mettre^ sa fenêtre. *
Il faut dire, pour que le lecteur n'ait pas
,.,i,z<,.f,GoogIf
lOO CHAPITRE XXIV, LA CDRIEUSE.
mauvaise opioioa de notre dévote , qae, peu d'instants après, Godiva vit Nitard sortir, et que même Odille semblait le pousser hors de la cellule. Quand il fut sur le seuil , il parvint à la prendre eucore dans ses bras , et à lui donner même un baiser , dont le bruit vint frapper l'oreille de Godiva ; mais la sévère dévote, «'écba'ppa.Qt de ses.maius, ferma brusquement la porte. Quelques minutes après, la lampe fut éteinte.
Godiva rentra dans son lit; mais, avant de s'endormir, elle se promît bien de. saisir la première occasion qui se présenterait de se venger d'Odille , sans lui faire pourtant trop de peine. Son âme indulgente et douce ne s'ouvrait point aux passions haineuses; elle se ■sentait offensée, mais elle n'était pas irritée.
,zc.bvGoogIe
CHAPITWE XXT.
Et erUproiuanodon^lor, êtpre tonafiuùeuliu, el pnt cri^MMi criae eaUùhim, at pn> Jàtaia pretor^, eiiiàum/
ÎMUM m , af.
1 Plot de (lUiTe* odnin •« elle , plut d« toiu cm purfonu : noe sarde mnpUceri U seliiiura qui comptiaiwt a nAe; nu oilioe, U toUo ,qû eoa- .
Tcni ail brillaient l'or «t Ia< piétreHei. ■
Lepro[Mta luïl.
Dès le soir. même, Godiva trouva l'occasion qu'elle cherchait de donner à Odille lUie leçon de morale sur la disposition qu'elle montrait toujours à mal interpréter les actions des autres, sur son penchant à la médisance.
A peine le soupçr était fini tjue Judith invita Godiva à continuer Iç tableau qu'elle avait commencé des mœurs de Rome la sainte..
« Bien ne me plaît plusj dit-:elle, que dç recueillir de nouvelles preuves de l'hypocrisie de
Douze. bvCoogle
I02 CHAPITRB ZXV.
ces hommes qui se donnent comme les prédicateurs de^Ia plus austère morale, et qui vivent somptueusement aux dépens des imbéciles qui croient à leur sainteté, k leur caractère sacré. »
GodÎTa répondit : « Je ne demanderais pas mieux que de vous obéir ; mais, cette nuit , eo repassant dans ma mémoire quelques prédictions que la malheureuse Hélène d'Ândoc avait Eûtes à mon sujet, j'en remarquai une que je ne pouvais éloigner de mon esfmt :
K Le sort de Godiva sera d'être toujours mal K. jugée : ses actions les plus louables lui seront <x imputées k crime ; elle sera bonne , naïve , cona fiante , et on la croira fausse et dissimulée ; elle a sera sage , pure , et on la traitera souvent comme ■ la plus vile, la plus corrompue des femmes. »
a — Mais , observa Judi th , c'est à peu près le sort de toutes les fetumes aimables. Parce qu'îles ne sauraient se soumettre ti d'absurdes préjugés, parte qu'elles ne 'spnt point hypocrites, on ne leur aroit point de vertus.
— Je ne le sais que trop , ma respectable protectrice ; mais, comme il serait possible que, par mes dernier^ récits, j'eusse scandalisé quelques personnes scrupuleuses de notre société, permettez-moi de réparer le mal, en vous contant, ce soir, une histoire on ne petit phis édifiante ; une histoire qui servira du moins à prou-
D,a,l,zc.bvG00gIf
MASIITA. Io3
ver qa'it ne &ut point juger par les apparences, n '
En pariant ainsi elle regardait OdiUe, qui baissa la tête, et crut devoir Anre tomber an peu ptus son voile sur ses yeux.
(c Soit! dit AdaLba*! ; montrez-nous qu'il ne faut jamais coDoevdir d'injustes soupçons, > 'Et it regardait en dessous A^ùode, qyi rougissùt. ' - '
Voici l'histoirc que conta Godiva, en tâchant de paraître jritis sérieuse que de coutEone.
MARINA* (miSTOUK moiu-k ),
■ Le feu, lorsqu'il est caché, comprimé, se manifeste plus ou moios lard, mab' toujours par de violentes éruptions, par de vastes incendies, firûle-t-il librement , en plein air, il échauffe doucement ceux qui s'en approchent ; au lieu d'être le fléau de la société humaine , il en est le bienfeiteur. Les hauts murs des couvents de filles, les grilles qui font de leurs cellules des cacbûts, peuvent bien comprimer en elles, pour quelque temps, le feu des passions; mais, parvient-il à trouver une issue , il éclate avec plus de violence et de danger. Pour les femmes, au contraire, qui vivent dans le monde, au milieu
* Voyti li note XXXTU.
Io4 CHAPITAB XXV..
deshommes, leurs semblables^ les passions sout comme ce feu qui écbauffe , saus consum«r, parce que aucun obstacle ne l'arrête , et qu'il peut librement se répandre.
o Yeulent-etles , ces femmes du monde , bien plus raisonnables que les' recluses , éprouver ce bonbeur que l'on dit exister dans l'union de deux êtres qui se' conviennent , qui s'aiment , elles font un cboix dans les bommes qui tes entourent , elles, deviennent épouaes. et mù^. Ne rencontrent-elles pointrètre qui les rendrait heureuses, ou sont- elles dans l'opinion qu'on sera mieux accueilli de Dieu, dans l'autre monde, en y apport^tit sa virginité intacte , elles savent rester sages et chastes, au milieu des tentations de toute espèce, et doivent avoir , aux yeux de Dieu et des hommes, d'autant plus de mérite qu'il ne tiendrait qu'à elles, le plus souvent, de n'être ni chastes, ni sages.
a Ce fut d'abord parce qu'elle ne put posséder celui qui, seul, paraissait digne d'elle; ce fut ensuite parce qu'elle crut faire une action méritoire et glorieuse, que la bienheureuse Marina, dont je'vais vous entretenir , conserva toute sa vie sa virginité , ce trésor que l'on dit si précieux. Ma mère, dans sa jeunesse , avait connu l'héroïne de cette histoire qu'elle m'a souvent racontée.
o Ëiigénîo , père de Marina , était un très-ri-
Dolizc^bvCoOglf